ECCE ANCILLA DOMINI... FIAT MIHI
Répétons donc avec amour à la très-modeste Adolescente ces paroles d'Isaïe, qui la voyait lorsqu'il disait : u En ce jour, on chantera un cantique dans la terre de Juda ; car Sion s'élève comme la ville de notre force et dans elle-même Dieu a posé un mur de préservation*. »
Quiconque médite pieusement ces paroles devant Maler-Admirabilis trouve, dans chacune d'elles, une source de lumière et de consolation.
Marie adolescente, dans le Temple, est réellement la fontaine scellée, le jardin fermé .
Contemplons encore Marie sous d'autres gracieuses Images, par lesquelles le Saint-Esprit s'est complu à nous dépeindre les vertus de son Épouse immaculée.
Libre d'esprit et de cœur par le dégagement et la mortification, prenons notre essor vers ces régions sereines qui s'ouvrent devant nos yeux, dans la contemplation de l'intérieur de Marie. Les espaces très-purs de son Cœur sont comme un beau jardin parcouru à Taui'ore. La rosée céleste humectt^ tout ce qnï s'oIVrc au regard. « Ma sœur, vous êtes un jardin d'orangers
• Is., XXVI, 1.
chargés de fiTiits môles au nard de Chypre et aux fruits du pommier. Tous les bois du Libau, et la myrrhe et le sandal y répandent leurs plus doux parfums '. »
Où sont ces célestes climats?.. Dans le pays démon Admirable Mère!., dans ce paradis où le péché n'a rien altéré, rien bouleversé, rien flétri... Et elle daigne m'y laisser entrevoir ce que la grâce primitive y produisit de candeur, de clarté, de beauté !.. Cependant, ma sœur, vous êtes un jardin fermé, une fontaine scellée au regard du péché et de la corruption ; mais, du côté de Dieu, c'est vous, au contraire, qui serez la source des eaux de la grâce ! « Vous êtes la fontaine de nos jardins, la source d'eau vive qui se précipite du Liban ^. »
Dans les saintes Écritures, ce qui offre l'idée d'une transparence, d'une fraîcheur sensible comme l'eau, s'assimile naturellement à la pure Enfant. Voyez-la, telle qu'elle nous a été dépeinte adolescente ! tout en baignant son doux regard dans l'humide corolle de son lis, ne dit-elle pas : « Moi, petit ruisseau, sorti des eaux immenses... moi, comme un aqueduc, j'apporte les eaux du paradis. J'arroserai le jardin de mes plantations et j'abreuverai le produit de mon pré. Et voilà que, petit ruisseau, je déborde et que, nouveau fleuve, je me dirige vers la mer '. »
Oui, ô mon Admirable Mère ! vous sortez immaca-
* Caiit.,iv, 13, 14.
» Cant., IV, 15.
* Eccles., xxrv, -41, 43.
lée de l'océan de l'Être infini; et, petit ruisseau à votre source, vous allez grandissant dans une mesure si prodigieuse, que vous arrosez et abreuvez la terre entière par l'abondance et la fécondité de vos eaux!
Cette image d'un aqueduc, amenant les eaux du paradis, convient si réellement à Marie, que saint Bernard lui en donne positivement le nom.
La même figure sert encore à nous faire comprendre une belle doctrine de Bossuet. <i Dieu ayant voulu, dit-il, nous donner une fois Jésus Christ par Marie sa mère, cet ordre ne change plus, les dons de Dieu étant sans repentance... Il est, et il sera toujours véritable, qu'ayant reçu par Marie le principe de la grâce, nous en recevons encore, par son entremise, les diverses applications dans tous les états qui composent la vie chrétienne. » Voyons donc en notre très-sainte Enfant l'aqueduc sacré que Dieu jette sur l'abîme de la corruption humaine, pour transporter du sein immense de la Divinité, le torrent des grâces qui s'en échappe, et qui, par Marie, va enfin couler sur tous les hommes... Approchons de cet aqueduc virginal pour nous trouver au milieu du courant des eaux pures et vivifiantes qu'il apporte du ciel à la terre.
COLLOQUE
Prions Marie dans le sens propre de chacune des figures que cette méditation nous montre réalisées en elle, et demandons-lui une grâce spéciale comme fruit spirituel de chacune des similitudes sacrées 80US les(iuelles le Saint-Ksprit nous la présente.
PRATIQUE
Se tenir dans la disposition de pureté de cœur et de recueillement nécessaire pour comprendre le sens élevé des saintes Écritures, et pour y fixer son âme tout entière, au moins quelques instants chaque jour.
BOUQUET SPIRITUEL
Bienheureux ceux qui ont le cœur pur : car ils verront Dieu * 1
Comme une belle colombe blanche qui sort du milieu des eaux et vient secouer ses ailes sur la terre, l'Esprit-Saint sort de l'océan infini des perfections divines et vient battre des ailes sur les âmes pures, pour distiller en elles le baume de l'amour.
Quand on a conservé son innocence, on se sent porté en haut par l'amour, comme l'oiseau est porté par ses ailes.
Une âme pure est comme une belle perle : tant qu'elle est cachée dans un coquillage, au fond de la mer, personne ne songe à l'admirer ; mais si vous la montrez au soleil, cette perle brille et attire les regards. C'est ainsi que l'âme pure, qui est cachée aux yeux du monde, brillera un jour devant les anges, au soleil de l'éternité ^
' s. Matlh., V, 8.
* M. Viaiiney. Esprit (ht curé d'An.
Sur l'entrée de la Mère de Dieu au Temple.
Fragment du 11° Discours de Georges de Nicomédie.
Pour compléter l'enchaînement des faits parla tradition la plus immédiate, nous donnons ici ces quelques fragments du discours de Georges de Nicomédie dont nous avons parlé*.
«Les parents de Marie amenèrent donc la Vierge enfant jusqu'aux portes du Temple. Les anges les escortent et toutesles vertus célestes les accompagnent avec allégresse. Ils ignorent, il est vrai, le secret de ce mystère ; mais,, serviteurs fidèles, sur Tordre de leur Maître, ils prêtent leur concours à cette entrée solennelle. Ces purs esprits considèrent d'abord cette enfant, riche trésor de toutes les vertus, dont l'âme brille d'une pureté sans tache, et dont le corps n'a jamais ressenti l'atteinte des passions. Puis, accomplissant les ordres reçus d'en haut, ils remplissent leurs différents ministères. Des flambeaux éclairent cette entrée de leurs feux; le Temple entier tressaille de joie ; les créatures insensibles elles-mêmes prennent part i'i la commune allégresse.
« Et moi aussi, partageant leurs transports, je me sens pressé, comme si j'eusse été présent h ce spectacle, d'élever ma voix el de m'écrier, en m'adressant au Temple : « La
* Ce discours, traduit du grec, et celui qui suit la M»'(lilaliou du XX' jour, sont tirés do l'œuvre int^ditc d'Iiiiipolylc Marracciin , qui a pour litre : Vie de Marie, par Gcorgos do Nironu'dio. Lo livre uiauuscrit de Maraccim est conscrv»! ii Homo, dnn» la liildiollu'iiuo de la Cougrt'Kulion dos clercs de la Mère de Dieu. U- style do co discours est un peu Miétaphorique, caructirc cssentiellomcnt byzantin.
«voici, elle entre! Af^randis ton enceinte pour recevoir « Celle dont la grandeur est au-dessus de toute créature « visible et invisible ; Celle en qui Tinfini a voulu se ren- « fermer et s'anéantir pour réduire à néant la grandeur « de notre infortune! Allume des flambeaux et des feux « pour éclairer son entrée ! Élève une torche dans les airs « pour servir de signal h l'univers entier ! Convoque-le « dans tes murs pour jouir des rayons qui s'en échappent, « et pour en voir sortir bientôt la source de toute lumière I « Ouvre tes portes et reçois cette porte spirituelle par « laquelle, seul, le Verbe de Dieu a passé, et que, dans sa « toute-puissance, il a conservée, fermée et toujours scel- « lée ! Mère, elle reçoit le nom de porte ; Vierge, elle s'en « réserve la propriété et la possession, et elle en a rempli « l'office sansrompre le sceau incorruptible de sa virginité!
« Temple sacré, tire ce voile qui cache le tabernacle, « pour recevoir ce voile vivant qui recouvre le Verbe de « Dieu, et dont la substance terrestre enveloppe, sans se « consumer, les feux de la Divinité! Reçois ce chandelier « que l'Espril-Saint recouvre de son or, sur lequel il al- « lume la lumière de ses sept dons ! Reçois cette table où « nous trouvons la vie! Sur elle a été placé le véritable « pain de proposition , le Pain de vie qui rassasie d'une « ambroisie céleste ceux qui viennent s'y asseoir. A cette « table, la coupe do la Sagesse verse aux convives le vin « pur et sans mélange de la science!
« Orne le saint des saints pour recevoir le tabernacle « de toute sainteté, qui porte dans ses flancs la Divinité a môme. Notre tente, que la tempête avait renversée, a « été relevée par lui. Les ruines du Tabernacle de David « ont été réparées par lui; nos membres, paralysés par la « prévarication de nos premiers parents, ont retrouvé leur « ancienne vigueur.
« Reçois cet autel des parfums, tout entier de Tor le « plus pur. Sur lui, le Verbe offrant sa chair en holo- « causte, a embaumé l'univers de parfums célestes. Sur « lui, le crime de notre désobéissance a été effacé par le « feu. Par lui, l'air a perdu ses souillures et ses miasmes « corrupteurs; par lui, la douce odeur de l'Esprit-Saint a « pénétré le genre humain tout entier. Reçois celte arche « sainte qui, dans son sein, porte le législateur lui-même, « et renferme la manne céleste. C'est elle qui sauve la na- « ture humaine du déluge du péché, et, par sa maternité, « délivre l'univers de la mort.
« Reçois ce trésor du Nouveau Testament, cette urne « précieuse, ces tables gravées par le doigt de Dieu même, « et sur lesquelles, par un mystère incompréhensible, il « transforme le fardeau pesant de la lettre de la loi au « joug léger de l'esprit; cette verge d'Aaron qui, par le « mérite de sa foi, a produit une fleur immortelle : le Sei- « gneur!
« Reçois cette arche promise et sainte, d'où sont sorties « la justice et la vérité, et dont il est défendu d'approa cher avec des pieds revêtus de sandales, c'est-à-dire « avec une raison agitée par le doute et la défiance. Reçois « ce trône de gloire; ce char royal sur lequel le Verbe a « fait son entrée dans le monde; cette sainte Sion que le 0 Créateur a choisie et préparée avant tous les siècles « dans les secrets de sa Providence, où il s'est revêtu de « notre chair, et d'où il est sorti pour confondre l'orgueil « des impies.
« Reçois, 6 Temple, dans ton enceinte, cctle nouvelle « Éi)0use; sa beauté est incomi)arabl(', sa majesté inex- « primable, et l'éclat de ses yeux efface la splendeur du « .soleil!... C'est ce jardin fermé où les pensées du vice « n'ont jamais trouvé d'accès, où la main de l'homme ne
« passa jamais ! C'est là cette fontaine scellée d'où dé- <( coulent les ondes pures qui arrosent l'univers, dont ja- « mais le moindre limon n'altéra la pureté, et où prend « sa source ce fleuve de grâce qui fertilise la terre !
« Ce tabernacle sanctifié, cette maison de j,'loire, ce « temple indestructible dont tu n'es que le type et le sym- « bole, tu attendais la manifestation de la réalité : la « voici!... Tu la possèdes, reçois-la donc dans tes murs, « et cède à celle qui l'emporte sur toi! Laisse désormais « tes figures, ne t'attache plus à des énigmes.
« Jusqu'à quand ne saisiras-tu que des ombres? Jusqu'à « quand te glorilieras-tu d'une lettre morte? Voici que « luisent les rayons de la grâce; voici que la lettre fait « place à l'esprit! Le Rédempteur est à tes portes ; sa voix <' se fait entendre sous tes portiques : cours recevoir « l'avanl-courriére de ce mystère! Elle t'apporte l'accom- « plissement de ce que les divins oracles ont annoncé. « C'est elle qu'Isaïe désigne quand il dit : « Voici qu'une « Vierge concevra dans son sein et enfantera un (ils, et « on lui donnera pour nom Emmanuel. » C'est elle « qu'Ezécliiel appelle la porte de Dieu; ([ue David nomme « l'arche de sanctification; que Jérémie salue du nom de « voix de Dieu. C'est elle que figurait sur la montagne le « buisson de Moïse, buisson ardent (fui brûlait sans se « consumer. »
NEUYIÈME JOUR
MÉDITATION
Marie préparée à devenir la Mère Admirable
de Bïotre - Seigneur Jésus - Cbriat
par son séjour dans la solitude mystérieuse du Temple.
PREMIER PRÉLUDE. — Se représenter les majestueux parvis réservés, dans le Temple de Jérusalem , pour servir de demeure aux vierges d'Israël. Parcourir, en esprit , cette vaste et somptueuse solitude où les filles de Sion étaient soustraites à tous les regards, pour servir le Très-Haut à l'ombre de son sanctuaire.
DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander à la très-modeste EnftUit du Temple la grâce précieuse de savoir se séparer, s'isoler, afin de vaquer à la recherche de Dieu seul , si ce n'est pas absolument , au moins de temps en temps, et toujours chaque matin.
PREMIER POINT
Marie, en se séparant du monde dans le Temple, y
devient le tabernacle vivant du témoignage, le propitiatoire virginal de Dieu.
La très-sainte Enfant a dit adieu à sa famille; elle a été favorablement accueillie par ses maîtresses; ses compagnes se sont fait un devoir de l'entourer de prévenances et d'affection ; elles lui font visiter sa nouvelle demeure. Quoique Marie réponde à tout avec une grâce parfaite, rien de tout cela ne la distrait de Dieu ; il lui tarde de s'agenouiller seule, dans l'endroit le plus rapproché du saint des saints..,. Là, elle cherche à découvrir la porte d'or du sanctuaire.... Elle voudrait lavoir s'ouvrir sous ses yeux, et pouvoir soulever de sa main le voile d'hyacinthe et de pourpre qui lui dérobe la vue de l'arche d'alliance, ombragée par les ailes d'or des chérubins!....
Que faites-vous. Mère future du Verbe Éternel? Depuis votre Immaculée Conception , Dieu a glorifié la maison de sa majesté sainte, le lieu où reposeront ses pieds. C'est vous qui êtes cette maison mystique, ce lieu sacré, l'objet de toutes les complaisances du Seigneur. C'est en vous que les trois personnes divines abaissent et réduisent leur adorable immensité. Vous êtes l'arche de l'alliance véritable; la coupe qui contient la manne ; la verge d'Aaron sur laquelle fleurit le lis de Jessé; la table d'or où Dieu va formuler son Verbe! Devant vous le pr(»pitiat(»ire est sans prix, le chandelier sacré n'a plus d'éclat; les huiles parfumées des lampes perdent leur sentenr à votiv approche.... Enfant fidèle d'Abraham, vous niîM-chez, respectueuse et pleine de joie, au milieu de ces signes consacrés
de la foi de vos pères.... Mais nous, nous faisons de votre Cœur l'objet de nos plus chères vénérations, en vous voyant agenouillée sous les saints portiques! Nous répétons déjà les paroles du Prophète Aggée : (( Ce Temple sera plus glorieux que le Temple de Salomon : il verra venir le Désiré des nations *. »
Marie, modeste et inconnue, parcourt les silencieux parvis réservés; le bruit léger de ses pas se perd sous les voûtes majestueuses des galeries intérieures. Elle se dirige vers sa cellule, monte ensuite les degrés qui conduisent aux tribunes, d'où il lui est permis de découvrir l'intérieur du Temple.... Là, elle adore le Dieu Très-Haut, elle répand son âme en sa présence. Saints épanchements de Marie! vous faites la joie des Anges : ravis, vaincus, ils désespèrent d'égaler jamais la sublimité de vos transports ! Ils chantent après vous, et comme vous; ils s'unissent à vos adorations, et déjà vous proclament l'épouse la plus aimée du grand ftoi.... Mais, ils sont seuls à vous comprendre; pour les hommes et les saints de la terre, vous n'êtes encore qu'une enfant ordinaire, perdue dans la foule des servantes de Dieu !
Oh! que le cœur chrétien éprouve de consolation à suppléer ainsi, par ses hommages, au culte qui aurait dû être rendu à l'immaculée Adolescente du Temple de Jérusalem !....0 Mère admirable du Verbe! laissezmoi vous vénérer dans les parvis solitaires où vous êtes vraiment, pour mon amour, le Tabernacle virginal de
• Agg., II, 10.
l'Incarnation, l'autel de la Rédemption, et, à vous seule, la manifestation la plus belle, la plus imposante de la loi de gmce !
Marie en séjournant dans le Temple, y devient le modèle de toutes les âmes qui , à sa suite, voudront se séparer du monde pour être piws aptes à s'unir à Dieu.
Marie , seule sous le regard de Jéhovali , se rendelle compte des grâces dont elle est comme submergée? Ses destinées futures, sa grandeur réelle devant toutes ces figures dont plusieurs sont là sous ses yeux, les connaît-elle? Son humilité les lui cache; cependant la lumière divine l'investit et l'inonde, et par moments ces illuminations relèvent à des états que les Anges envieraient , s'ils pouvaient porter quchiue envie à celle qu'ils aiment déjà plus qu'euxmêmes. Ces sortes de grâces ne sont pas continuelles : d'ordinaire , Marie demeure dans toutes les conditions des autres enfants d'Adam; elle vit de foi comme tous les justes; elle travaille et souffre comme tous les saints. Dieu, qui nous la veut donner pour modèle, la laisse, le plus souvent, dans ces voies communes où nous devons marcher. Mais, au moment où elle vient de se vouer à Dieu par un acte d'amour très-pur, nous pouvons être assurés que Dieu répandit sur elle une surabondance de grâce sanctiliaute et actuelle iucommensurablej et (jue la paix et la joie (ju'cUe éprouva iilors furent en rappoil avec la générosité de son sa-
NEUVIÈME JOUK. 4m
■crifice. S'il y a uii moment sur la terre qui domie quelque pressentiment de la béatitude éternelle, sans nul doute, c'est le moment où l'àme ayant su , pour s'affranchir, braver l'humiliation et la douleui', se sent libre, séparée et en mesure de dire : « Mon Dieu, t( entre vous et moi, il n'y a plus d'obstacle.... » Avant la claire vision de Dieu , c'est peut-être ce que l'àme peut ressentir de plus doux. Bienheureuse celle qui peut compter cette joie parmi ses souvenirs!...
S'il en est ainsi pour nous, chétives créatures, qui ne savons faire que des actes d'amoui' et de dévoûment si imparfaits, qu'a dû éprouver la trcs-sainte Enfant, après avoir formulé l'acte de dévoùmeut le plus pur qu'une créature eût fait encore monter de la terre au ciel?.... Il est à croire que, dès lors, Marie répétait dans le silence de sa petite cellule du Temple : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi « de joie en Dieu mon Sauveur *. »
Voyons l'aimable Enfant , revenue de ce premier ravissement, prendre le cours de ses occupations journalières, et , pendant qu'elle travaille sous les yeux de Dieu seul, écoutons les accents de reconnaissance et de bonheur qui s'échappent de ses lèvres : « Mon âme désire avec ardeur de s'anéantir « dans la maison du Seigneur; mon cœur et ma chair «s'élancent avec joie vers le Dieu vivant''. J'ai de- « mandé une seule chose au Seigneur, c'est d'habiter
« s. Luc, 1, 46.
* Ps. LVIII, 3.
« dans la maison du Seigneur tous les jours de ma «■vie*. Que vos tabernacles sont aimables, ô Dieu « des armées! Mon âme est consumée du désir ardent « de voir les parvis du Seigneur ^n Et Marie, tout en s'entretenant avec Dieu , continue à tourner son fuseau.... Elle écoute, avec bonheur, le silence qui règne autour d'elle.... Elle jouit de l'ordonnance admirable qui l'environne, et son cœur pur monte vers les régions du rafraichissement , de la lumière et de la paix!....
0 Mère Admirable! dans le temple, vous inaugurez le bonheur de ceux qui garderont la sainte clôture religieuse!.... La première, vous ressentez les joies si douces attachées à la solitude de la cellule.... Bienheureux ceux à qui il sera donné d'en savourer après vous les saintes délices!
Toutes les âmes ne sont pas appelées de Dieu à tout quitter pour l'amour de lui. Il y avait une foule auprès des apôtres quand Jésus-Christ leur dit : «Venez, suivez-moi. » Et cette parole puissante ne s'adressait qu'à un petit nombre ; les autres étaient laissés dans la voie ordinaire. Ces âmes iguoreront les secrètes jouissances de la haute et virginale élection : mais d'autres joies, bien pures aussi , leur sont réservées, si elles sont fidèles à garder cette clôture du cicur qui consiste; à le tenir toujours séparé de tout mal. Ces joies sont celles d'une vie «Mitièrement consacrée à la
• Ps. XXVII, 7.