‹ Mater admirabilisChapitre 21 sur 44 · P8. LXXXIII · texte numérisé non relu

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pratique du devoir, et dans cette vie , toute âme doit vaquer, de temps en temps, à la recherche de Dieu seul, pour mieux connaître son adorable volonté. Pour toutes donc, Marie, retirée dans le Temple, ouvre la voie de l'isolement divin, c'est-à-dire d'une certaine séparation et d'un certain dégagement des choses d'icibas, pour n'en user que dans le besoin et selon que Dieu les met à notre usage ; mais, à l'intérieur, l'àme s'occupe librement de la présence de Dieu , de son amour et de sa gloire; eu sorte qu'en restant, par la pensée, près de Marie solitaire dans le Temple, toute âme peut goûter cette paix supérieure, ce repos divin qui illumine l'intelligence et affermit le cœur, au point qu'elle en vient à ne savoir plus aimer aucun objet créé pour lui-même , mais uniquement en son Créateur et Seigneur M Heureux état! il mérite bien les prières que nous adresserions à Dieu pour en obtenir la grâce, et les sacrifices que nous ferions pour éloigner de nous tout ce qui empêcherait cette grâce de venir et de demeurer en nous.

COLLOQUE

Dans la méditation , quittons , nous aussi , le rite antique pour y substituer le nouveau. Dégagés par la grâce du fardeau de la loi, ayant les réalités à la place des figures, offrons nos hommages, nos louanges, notre culte à Celle qui est pour jamais le Tabernacle vivant du Très-Haut.

♦ Exorc. de S. Ign. i

Prions Marie de nous apprendre à garder la cellule de notre cœur, à entrer dans notre chambre, et après en avoir fermé la porte , à y prier notre Père céleste dans le secret*.

PRATIQUE

Mettre au nombre de ses exercices spirituels une petite retraite de quelques instants chaque jour, où , loin du bruit extérieur, on cherche , comme Marie dans le Temple, à vivre sous le regard de Dieu seul. Cette solitude , ne fût-elle que momentanée , suffirait néanmoins pour être d'un vrai profit spirituel.

BOUQUET SPIRITUEL

Je la conduirai dans la solitude, et là, je parlerai à son cœur ^.

Venez à l'écart, dans un lieu désert, et reposez- vous un peu *.

Plus une ûmo se trouve seule et séparée des créaturcs, plus elle se rend apte à s'approcher de son Créateur et Seigneur ; et plus elle s'approche effectivement de lui, plus elle se dispose à recevoir les grâces et les dons d(î sa divine et souveraine bouté M

• s. Malh., VI, 6.

• Os., II, U.

' s. Marc, vi, 31.

• Excrc. (le S. Ign., 20' nniiot.

Les Retraitants de Mater- Admirabilis.

Pour les convertis de Mater- Admirabilis^ la grâce de la prière est ordinairement si dominante, que le recueillement et la retraite deviennent un besoin senti de ces âmes livrées naguère aux choses extérieures, aux distractions qui éloignent toute réflexion sur soi-même.

Quand il s'agit de porter ces âmes à la prière, dans le premier moment de leur conversion, afin de les préparer à recevoir les sacrements, la pensée de leur proposer une retraite parut d'abord téméraire, pour ne pas dire impossible. Mais encouragé ensuite par le spectacle touchant de leurs longues oraisons devant le Saint-Sacrement, on en vint à leur faire suivre les exercices de saint Ignace. Ce fut avec étonnement qu'on put alors constater, que ces nouveaux enfants de Marie étaient tellement aptes aux exercices spirituels, dont saint Ignace a tracé à Manrèse l'admirable code, qu'on voyait ces athlètes d'un jour entrer dans l'arène de la solitude et de la prière, et là, manier chacune des armes de cet arsenal immense avec une facilité si grande, qu'on les eût pris pour des vétérans des combats du Seigneur ! Questionné sur ce fait remarquable, voici ce que l'un des convertis de Mater-Admirahilis répondit dans un langage vulgaire en appai'ence, mais qui renferme de belles pensées :

« Oh! oui, je suis bien en retraite! Rien ne m'y vient de « ce bas monde... tout m'arrive d'en haut ! J'y vois tout le « plan de ma vie aussi net que si je le lisais dans un livre, « pour le passé et pour l'avenir. Pour mon passé, j'ai le « cœur brisé de pénitence... Pour mon avenir, j'ai la vo-

« lonté redressée afin d'aller tout droit où le devoir va « m'appelcr... Voyez, tout cela m'est donné comme se le- « nant ensemble : une chose vue éclaire l'autre... Et le « moyen de reculer quand on est homme d'honneur, et « qu'on se trouve saisi par cette belle ordonnance d'idées « dont l'une prouve l'autre! Et cela pour vous amener à « quoi? A faire ce pour quoi on est sur cette terre... Alors « je passe de l'examen à la méditation, dit le livre, et « puis je reviens demander h Dion et k ma Mère Admi- « rable ce que je vois si nécessaire pour le bien de mon « âme. Ah ! je crois bien que c'est la sainte Vierge qui a « dit à saint Ignace comment il fallait combiner et or- « donner tout cela pour ramener l'âme éloignée du bon o Dieu au point d'où elle est partie !

« Ma Mère Admirable est si bonne! Les hommes lui « font une pitié affreuse avec tous leurs péchés et toutes « leurs passions : elle veut les ramener à l'ordre et au « devoir. C'est dans un de ces moments où elle s'est de- « mandé ce qu'elle pourrait faire pour que les hommes, « sans être conçus dans l'innocence comme elle, aient « cependant le bonheur de revenir sans détour â leur « Créateur, qu'elle se sera dit : « Je vais leur donner une « manière de faire qui les fera rentrer dans la bonne voie, « d'où le péché originel les a retirés... » Et saint Ignace, « dans sa grotte, aura écrit celte manièi'e de faire comme « la sainte Vierge le lui aura dit, et c'est aujourd'hui ce « livre qui parachève si bien ma conversion....»

Qu'on nous laisse encore prendre dans les archives de Mat('r-AdmirabiUs(\{w\(\\\Oii notes de retraite laissées par ces petits di; l'fwangile, convertis en (juehiues jours aux jticds d(î la sainte image.

« J'entre eu retraite, <^ mon Dieu, vous m'avez

exaucé ; il y a (juatre jours que je demande à Dieu ce (jn'il

NEUVIÈME JOl R. <37

veut de moi, parce qu'une voix intérieure me fait entendre que je dois faire quelque chose de plus pour lui.»

« J'ai eu beaucoup de lumières, Dieu se plaît donc

à m'instruire... Mes péchés étaient là cependant qui m'empêchaient de rien distinguer. Quand je les ai eu ôlés, par une sincère confession, ah! mon Dieu! la considération des fatigues, des souffrances de Jésus-Christ en me souvenant de mes fautes, a allumé en moi le désir de souffrir et d'être humilié. »

« Tout mo sert de sujet de méditation, quand je

quitte la Trinilé-du-Mont et quand j'y rentre. La prière devient ma respiration. J'ai tant besoin de Dieu que je l'appelle sans cesse! »

o .... J'ai trouvé le moyen de me rapprocher de Jésus- Christ. C'est son ouvrage et non le mien; je l'en remercie de tout mon cœur. Ah! je ne l'abandonnerai jamais! je l'aimerai toujours ! Voici donc le moment où je pourrai développer les vertus que j'ai tant désire pratiquer ! Je vais avoir h faire tout ce qui me répugne ; mais c'est pour Dieu : rien n'est capable de m'arrèter en vue de Dieu ! Si j'ai du mal et des peines, ce sera pour lui, et je ne l'en aimerai que davantage! »

« Juste juge ! vengeur du crime, daignez m'accorder

mon pardon avant le jour des comptes terribles! Vous m'avez cherché avec tant de fatigues! Vous avez été crucilié pour ma rédemption : que de si grands travaux ne soient pas perdus! »

« 0 Marie ! qui êtes tout à la fois et la Mère du Dieu

terrible, et la Mère des infortunés coupables, ô Mère Admirable du juge, et Mère compatissante des captifs! puis- (pie vous êtes la mère connnune du juge et du criminel ne permettez pas qu'un Dieu, votre Fils, perde pour toujours vos autres fils, les pécheurs! »

Un converti, pour se disposera faire sa première communion, fit une retraite, et il laissa ces mots aux pieds de sa divine mère :

« Ma Mère, voici une de mes fautes : j'ai péché, et je suis resté tranquille dans mon péché !

« Maintenant, j'aime la présence de Dieu, et il ne se passe pas un quart d'heure que je ne pense à lui, et dans tout ce que je fais je crois faire mal si cela m'éloigne de cette pensée de Dieu... Dans mes prières, dans mes lectures, s'il me vient des idées qui empêchent mon attention, de suite je retourne à Dieu : voilà une de mes grandes passions! »

Et après avoir communié, il écrivait ainsi îi sa Mère Admirable.

A MATER-ADMIRABILIS

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