‹ Mater admirabilisChapitre 22 sur 44 · A MA SEULE ET UNIQUE MÈRE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE · texte numérisé non relu

A MA SEULE ET UNIQUE MÈRE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE

a Ce matin je suis venu; j'étais tremblant, agité , et mon cœur était joyeux; je ne pensais qu'au bonheur de recevoir mon Dieu. Que de fois je vous rends grâce, bienheureuse Marie, de répandre dans mon âme cette source de contentement ineffable, de bonheur continuel!... Après avoir bien prié, je suis heureux, oh! bien heureux !

« 0 ma Mère ! c'est à vos pieds que je viens déposer toutes mes souffrances et mes peines; c'està vous (lue je demande la force et les moyens de no vivre que pour vous; car à partir de ce jour j(! mc! donne tout îi vous.

« Je prends la ferme résolution de tout abandonner : famille, amis, plaisirs, jouissances, bonheur, gloire, avenir, et entin tout ce qui pourrait m'altacher aux biens de

la terre. Ma famille sera d'avoir Dieu pour père, vous pour mère, et votre fils Jésus sera mon unique ami; mes plaisirs seront de vous honorer; mon bonheur, de vous offrir mes peines, de vous demander toutes les grâces dont j'aurai besoin, et ma gloire, de souffrir pour vous!... car je subirai avec résignation toutes les peines que vous voudrez bien m'envoyer. Je ne vous demande pour tout avenir qu'une place dans le paradis.

« Je prends cet engagement sans regret, sans inquiétude, voulant et acceptant tout ce qu'il vous plaira de m'envoyer.

a Signé : J.-B. L. »

Déposé aux pieds de Mater-Admirabilis.

MÉDITATION

Marie préparée à devenir la Mère Admirable de Notre - Seigneur Jésus - Christ par son ardent amour pour le silence et la solitude.

PREMiEu PRÉLUDE. — Se représenter l'imposante majesté des constructions du Temple ; voir les galeries réservées aux lilles de Sion : tout y est dans Tordre, tout est grave, silencieux; tout, en un mot, rappelle qu'on est dans la maison du Seigneur.

DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander à Mater- Ad mirabilis la grâce la plus importante pour entrer dans la vie intérieure et y progresser, la grâce du silence : savoir se taire et faire taire tout en soi pour Dieu et devant Dieu.

PREMIER POfNT.

\^ Marie, par son amour pour le silence, honorait et imitait l'état de Dieu et ses anges.

Quoiqu'on puisse, en pensant à la sainte vie de

Dieu, exprimer ce qu'on peut en entrevoir par des images nombreuses, diverses et toutes vraies, même quand elles paraissent contraires les unes aux autres, ce qui semble frapper dans cette vie ineffable, c'est qu'elle est un abîme de solitude et de silence. Il est vrai que Dieu se parle, mais il ne dit qu'une parole et il la dit sans bruit, sans éclat, en silence. Il se parle comme le soleil rayonne, et comme la fleur embaume.

Silence de Dieu, qui vous pénétrera? qui vous imitera ?

Si Dieu parle au dehors, comme quand il parle pour créer, sa parole reste silencieuse. Le fiât n'est point un cri, c'est un souffle, moins qu'un souffle : aussi, la création qui en sort, est comme imprégnée de silence. Les soleils décriront des courbes gigantesques avec une rapidité presque incalculable; les cieux resteront dans un silence profond. La vie jaillira de toutes parts sur la terre ; les herbes germeront, les racines pousseront leurs tiges, les fleurs s'épanouiront et les fruits sortiront des fleurs, tout se passera en silence. Sans doute, il y a des bruits ici-bas : il y a le chant joyeux des oiseaux, il y a le tumulte des tempêtes, les éclats de la foudre, le mugissement des ondes, le cri des animaux qui souffrent, les vaines clameurs ou les clameurs méchantes des hommes ; mais ces bruits passent rapidement et no s'entendent pas au loin. L'étatsommaire, la note universelle du inonde, c'est le silence !

Marie, chef-d'œuvre de la création, création abré-

DIXIÈME JOUll. 443

gée, porte au plus haut degré ce caractère sacré du silence. L'Évangile fait assez entendre à quel point elle s'est tue. Mère du Verbe, son premier disciple, et confidente de ses plus beaux secrets, à peine ditelle quelques mots; et cette sobriété de paroles n'était encore que le signe et l'eflet du silence merveilleux et saint où son âme demeurait habituellement plongée. Celui du firmament, si profond cependant, n'y est point comparable. Celui du saint des saints dans le Temple n'en atteignit jamais la perfection. La contemplation et l'adoration en étaient comme l'essence en Marie. Dieu regardé d'un œil limpide, ouvert, ardent, paisible, d'un œil dans lequel l'être tout entier passait pour \oir, aimer et se donner ; Dieu adoré dans la majestueuse plénitude de son essence, dans l'immensité de ses pcrleotions, dans la souveraineté de ses droits ; adoré par un abaissement , un effacement, un anéantissement volontaire de tout l'être créé ; adoré avec une intensité d'amour et une profondeur de religion dont les anges mêmes ne seraient pas capables ; c'était tout l'intérieur de cetto vie virginale qui commençait à s'écouler dans le se- (U'et du Temple.

Le créé n'arrivait là que dons ce qu'il a de pur et de vraiment divin. Il y venait à son rang, dans sa mesure, à son heure et pour le strict nécessaire. Aussi l'ordre n'y était-il pas Iruublé, ni la paix altérée, ni le silence jamais interrompu. Tout y était simple : Marie raisonnait fort peu ; à quoi bon le circuit lorsque la vue droite est possible ? Elle ne faisait

des images intérieures qu'un usage discret ; elle en usait en souveraine et les traversait vite. Elle n'avait vraiment qu'un vouloir, n'ayant définitivement qu'un amour. Tout en elle se mouvait suavement, avec une activité étonnante, mais sans aucune secousse. Et encore qu'il y eût pour cette âme des mouvements multiples et divers, selon les diverses relations auxquelles elle était obligée, cependant il en était de son mouvement intime et général comme de la fumée de cet encens dont saint Jean dit qu'un ange se tenait devant l'autel, portant un encensoir rempli de toutes les prières des saints, et que la fumée qui en sortait montait devant le trône d'or du Très-Haut. Tout, dans l'intérieur de Marie, montait vers ce trône, tout y montait silencieusement et y montait sans cesse.

Marie sut mettre sous la sauvegarde de la solitude le silence qu'elle offrait comme une prière au Seigneur.

Notre admirable Enliint ayant été créée et constituée dans une union haute et intense avec Dieu, (!t les eiïets de cette union se produisant en elle sans l'ombre d'un obstacle, les états saints et divins lui étaient comme naturels. T/ordre, l'iLirmoiiio, lu quiétude, le silence formaient, pour ainsi dire, son tempérament spirituel. Et, à mesure que dans sa vie un instant succédait à un instant, dans son Ame un progrès s'ajoutait h un progrès; tout en elle allait s'épanouissant et grandissant. C'était racc(»mplisse-

DIXIEME JOIU. Mo

ment parfait de ce que dit l'Ecriture. « Le sentier des justes est comme une lumière brillante, il va croissant jusqu'à la plénitude du jour '. »

Gela était particulièrement vrai du recueillement intérieur de Marie. Tâchons d'en découvrir le secret en méditant sa vie dans le Temple. Que Dieu lui parlât au fond de l'àme ou par les prêtres qui l'instruisaient, ou par les Écritures qu'elle lisait, elle écoutait, a l'oreille inclinée, » oubliant titut le reste; et ce qu'elle avait entendu, elle le gardait en son esprit pour le repasser silencieusement dans son ctpur. Le silence était l'atmosphère de son âme : elle y vivait, elle s'y mouvait. Il assurait sa liberté, il ouvrait le champ à ses vertus, il embaumait ses actions; et. comme il venait surtout de l'intérieur de son âme. c'était aussi comme une sève forte qui circulait partout dans cette vie merveilleuse. Il y répandait je ne sais quoi de suave, de i»ur, d'humble, de plein, dr souverain, de sacré.

Qui nous donnera d'entendre ce silence? Qui nous donnera de le goûter et surtout de l'imiter? Trop souvent il ne faut que de la faiblesse pour parler, tandis ((u'il faut toujours exercer à la fois plusieurs vertus pour se taire à propos, u Celui qui garde ses lèvres, garde son âme : celui qui les agile sans cesse connaîtra le mal ^ »

Toute possédée qu'elle tût par la grâce et si ferme

' Apoc, viii, 3.

• Prov., IV, 18.

que fût sa vertu, Marie était vigilante sur elle-même ; et par cette vigilance fidèle elle augmentait incessamment cette grâce qui incessamment semblait l'avoir déjà remplie. Elle savait que le commerce des créatures retire souvent l'àme du centre de l'unité, tandis que la solitude et la retraite la préservent de beaucoup de distractions et la laissent plus unie à elle-même. De là l'amour intense de la très-sainte Enfant pour la solitude, amour qu'elle c'onservera toute sa vie, à Nazareth, en Egypte, à Éphèse, non pas qu'elle eût besoin de s'isoler pour se retrouver au désert ; sa nature virginale la tenait comme séparée du reste des créatures, et « la vérité la garantissait comme un bouclier, la couvrant de toutes parts *. »

Du reste, on est toujours en solitude quand on vit avec des êtres d'une autre nature que soi; et, encore que Marie fût une vraie fille d'Adam et vécût avec ses semblables; cependant, telle était l'excellence unique, où l'établissaient son Immaculée Conception, et la singularité de cette grâce, que jusqu'à l'avènement de Jésus-Christ, on peut dire qu'elle vécut solitaire. Si cela n'eût pas été par la force de son état iutérieui", elle eût tout fait pour que l'extérieur favorisât son besoin d'être seule. Ce lut, d'ailleurs, une des raisons principales (lui la conduisirent dans le Tciuple. Ou peut dire qu'elle y apportii plus de silence encore qu'elle n'en trouva : l'esprit de recueil-

« Pb. XV, 5.

lement, le parfum exquis de la solitude, une onctiou sans nom sur la terre, et une paix sanctifiante et toute céleste s'exhalaient d'elle presque sensiblement.

Les jeunes filles de Sion, ses compagnes, la voyaient passer et agir au milieu d'elles, sans bruit, sans précipitation et presque sans parole ; mais sur ses traces, à la place qu'elle avait occupée, près de sa personne surtout, un sentiment de présence de Dieu les pénétrait... Elles pouvaient bien se dire, et les plus pures, les plus éclairées se disaient sans doute l'une à l'autre : « Qui est celle-ci qui s'élève du dé- « sert comme une colonne de vapeur , exhalant la « myrrhe, l'encens et un parfum composé de tous les (( aromates * ? »

La présence de Marie les charmait. Son absence agissait.peut- être encore plus profondément sur leur àaie ; car cette absence, pleine d'enseignements, leur disait de quelles jalouses précautions doit s'entourer une àme qui veut être parfaite ; elle leur révélait surtout la sainteté de Dieu, qu'on ne trouve tout à fait qu'en sortant du créé , sa plénitude aussi, en face de laquelle le principal besoin de l'âme est de se vider de toutes choses, de s'abstraire et de tout oublier , enfin, la souveraine excellence de son être, qu'il est plus important d'adorer dans le secret qu'il ne l'est de traiter avec les créatures, même quand elles ne peuvent aucunement nous nuire, et qu'on peut en se donnant à elles leur faire un grand bien.

' Cant^, m, (t.

ns l'KKMIÈUK IWUTli:,

COLLOQUE

Prier Marie d'arrêter la fluctuation de notre pauvre nature et de nous communiquer les habitudes silencieuses de son àme et de ses lèvres bénies.

Nous laisser pénétrer par le sentiment de paix que cette méditation déposera en nous, si nous l'avons faite avec recueillement, et demander à la très-sainte Enfant l'amour de la solitude, au moins intérieure, si nous ne pouvons nous procurer la solitude extérieure.

IMIATIQIK.

Se faire une loi de peu parler et d'être dans la vigilance pour éloigner la superlluité des rapports extétérieurs. Conserver, en toute occasion, la tendance inrieure qui porte au silence et à la solitude alin d'y rentrer le plus vite possible.

BGUQl ET SPIUIÏLKL.

Celui qui garde ses lèvres garde son àme, celui qui les agite sans cesse connaîtra le mal * !

r^a solitude et le silence, ces deux grandes choses qui touchent de si près Dieu qu'elles semblent nous donner quelque idée de la nature divine elle-même et nous plonger dans sou immensité pour y rot rentier nos âmes amollies !

' l'iov.xi, 13.

DIXIÈME JOUR. li'J

La solitude est la patrie des forts, le silence, leur prière. Là Dieu parle et a^it en eux etlesenltinte aux ^vntM'fUN desseins, aux énergiques eutreiirises '.

Vincent le silencieux.

Paiini les lils de M aUn-Admirabilis, y cnvcnmixiun'i un qui ne parlait jamais; il revenait en compagnie d'un de ses camarades nommé Victor*'*^, qui voulait entrer elie/ les Frères de la Uoclrine ciirélienne et qui laisail tous les trais de la conversation dans les visites qu'il me rendait avec son ami. Un jour que Victor était malade, Vincent le silencieux arriva seul. Je voulus soigner un peu son lemporel, et je lui fis apporter «luelques aliments. Vincent me remercia de mon obligeance; il prit modestement un petit morceau de pain, puis, il me dit en soupirant : ' Je « n'ai pas faim de ce pain-là ! ra me tient plus haut : J'ai < le 7ual du paijs.

« — Comment, lui dis-je, est-ce que vous n'êtes pas ' Français?

« — Je ne le suis plus , je suis chartreux chez les « Pères délia Via j)ia, au monastèi'e dei Angeli, à Rome. »

Son secret était dit; une ibis sur son terrani, mon soldat avait recouvré la parole, et il m'ouvrit sa belle ûme avec une piété et une clarté que je n'ai jamais oubliées; il s'exprima ainsi :

« Mon détachement fut envoyé, après le siège, pour ca-

' n. p. tie r»avii!nan.

« sernercîiez les Pères chartreux de N. D. Anges. Ah! mon « Dieu ! quel saisissement de l'esprit, au sortir du bruit du « siège et du camp, de se trouver dans ce grand monas- « tore avec ces moines blancs qui ne font pas plus de « bruit que leur ombre !.., Je me suis cru mort et ressus- « cité. J'allais écouter le silence^ et ça me transportait je « ne sais oi^i. C'était si paisible que je ne pouvais quitter la « posture que je prenais; si c'était à la chapelle, pendant « que les Pères récitaient l'office, je restais là des heures! « Les Pères finissaient, puis recommençaient, et moi je « ne finissais point; dix fois je me disais : Si j'allais voir « Mater-Admirabilis ! Je suis un fils ingrat, car c'est elle « qui m'a donné le goût du bon Dieu ; mais je préférais « y penser et la voir par l'esprit que d'y aller. Sur la « terre, il n'y a plus. rien pour moi que le monastère de « N. T). des Anges. Je regardais les Frères ; à l'exception « qu'ils n'étaient pas prêtres, ils faisaient tout comme les « Pères : jamais de paroles entre eux... Ah ! c'était ça qui « m'allait au fond du cœur....

« Quand il fallut quitter ce petit bout du ciel que j'avais « vu, j'ai cru que j'allais trépasser, et, à la caserne, (juand « je songe h N. D. des Anges, le mal du pays me prend. Je « compte les mois d'ici mon congé, et j'ai deux années de « pui'gatoirc h faire avant ([uc de prendre le cliemin du « paradis ! Quand j'aurai mon congé en poche, je pars en « mendiant pour Rome, par terre, par mer, sur la tétc a s'il le faut ; je vais droit îi la porte dei AnijeU, je frappe^ « j'entre; les Pères ont promis de me recevoir à Theure « de mon arrivée. Voilà ce que je rumine la nuit, le jour, « en veillant, en mangeant ; je ne peux rien dire hors de « là; rien ne me ravive; tout me mine à rintérieur. Qu(!l i< temps qu'il fait? je n'en sais rien; avec (pii je suis? je « ne m'en occupe pas... Cette vie-là, c'est la mort!... Ma-

« ter-Admirabilis le sait bien; je le lui dis assez souvent « et, dans son repos, avec sa quenouille, avec son lis, elle ft me plaint : ça me console et me fait patienter. »

Ce contemplatif étrange était un simple paysan, rouge et lourd, mais son regard avait qiiehiue chose de profond et d'angélique qui frappait et portait au recueillement.

Hélas! Vincent ne devait pas passer par le ciel terrestre qu'il avait entrevu au monastère des Anges. Notre Seigneur voulut l'appeler de suite aux délices éternelles, dont il avait donné comme un faible avant-goût h .son humble serviteur.

Un de ses camarades me l'écrivit sans me donner d'autres détails que ceux-ci : « L'ami Vincent est mort « en bon chrétien de la maladie qui nous ravage; il s'e.si « consolé en pensant qu'il. serait chartreux en paradis... »

MÉDITATION

Marie préparée à devenir la Bfère Admirable

de KTotre-Seigneur Jésus-Christ

en recevant avec plénitude la grâce de vision, qui avait

été départie aux Patriarches et aux Prophètes

depuis le eommencenient du naonde.

PHEMiEii PiuiLUDE. — Se rcitréseiitoi' rimposant»; majesté des constructions du Temple ; voir les galeries réservées aux filles de Sion : tout est dans l'ordre, tout est grave, silencieux, tout, en un mot, rappelle (ju'on est dans la maison du Seigneur.

DEUXIÈME l'HiiLiJDE. — Solliciter aux pieds de la très-sainte Adolescente du Temple la grâce de savoir, nous aussi, voir imr la foi les choses divines et celle de dégager assez notre âme pour les aimer souverainement.

PKEMIEK POINT.

La petite Marie, dans le Temple, était déjà, plus que

tous les prophètes, élevée à une sublime vision des choses à venir.

Nous ayons yu comment, en la très-sainte Vierge, l'ombre commence à s'évanouir devant la réalité. Marie reste le trait d'union entre le Nouveau et l'Ancien Testament. Bien qu'elle ouvre la série imposante des vierges chrétiennes, la très-pure Enfant du Temple est encore la jeune fille de Sion. La loi mosaïque touche à son terme ; et, comme dans la douce clarté de l'aurore, on prévoit l'apparition du soleil, ainsi en Marie on sent déjà les grâces et l'affranchissement de cette loi nouvelle, dont elle donne l'Auteur au monde.

Le temps était venu où une véritable Adoratrice adorerait le Père en esprit et en vérité ; et c'était cette Adoratrice incomparable que Dieu cherchait en attendant le suprême Adorateur qui serait son Verbe incarné.

Avant de voir nous-mêmes la jeune Fille d'Israël s'épanouir, pour ainsi parler, en la Mère Admirable, il nous reste à méditer comment celle que l'Archange allait saluer pleine de grâce possédait éminemment ce don de vision et de saints désirs que, depuis quatre mille ans, le Très-Haut avait répandu sur les patriarches et les prophètes.

Que voyait notre Admirable Mère, pendant que, silencieuse et recueillie, elle travaillait simi)lement en la présence de son Dieu ? Tout en tirant le fin lin de sa quenouille, Marie, toujours occupée de la Rédemption universelle, voyait mieux que David, son royal aïeul, « le Stirveur attendu descendre, comme

une pluie, dans une prairie nouvellement coupée. »

Elle le voyait « dominer de la mer à la mer et de

remboudiure du fleuve jusqu'aux extrémités de la terre... Elle voyait les habitants du désert se prosterner devant lui ; ses ennemis baiser la poussière de ses pieds; elle voyait tous les rois de la terre l'adorer et toutes les nations le servir *. »

Plus parfaitement qu'Isaïe, Marie connaît les caractères sacrés de ce souverain Dominateur. Elle voit « un rejeton sortir de la tige de Jessé, une fleur naître de sa racine, et l'esprit du Seigneur se reposer sur cette fleur, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété,

esprit de crainte Elle le voit ne pas condamn<»i*

sur un ouï-dire, et se déclarer le défenseur de l'humble ». »

Devant ce regard limpide auquel l'avenir dévoile ses secrets, toute chose s'accomplit à son heure. Elle attend avec une joie pleine d'espérance le Désiré des nations, et elle sait que Dieu ne trompera pas son attente. Elle sait que si le Messie promis semble lent à paraître, « il viendra cependant, et ne tardera pas^ » Non, divine Enfant, il ne peut tarder à venir ! Et le Très-Haut lui-môme va nous donner un signe : « Une Vierge concevra et mettra au monde un fils qui sera appelé Emmanuel *. »

* Ps. Lxxi, 6-n.

* Isaïe, XI, 1-3.

' Habacuc, ii, 3.

* Is., VII, H.

C'est parce qu'elle a un degré de chasteté supérieur à celui de toute nature humaine, que Marie concevra dans ses entrailles le Seigneur Jésus-Christ; mais aussi humble qu'elle est pure, elle réalise, sans le savoir, la grande prophétie qui occupe et ravit son esprit. Elle entend Dieu dire à son peuple : u Prépa- « rez-vous à la rencontre de votre Dieu, ô Israël : voilà «qu'il vient et il vous sauvera'. » Elle s'applique cette parole à elle-même, et, pour y obéir, elle entre dans des abaissements et des ardeurs qui ne se peuvent raconter.

0 sainte Enfant, Voyante entre les plus illustres Voyants bibliques, donnez-nous part à cette lumière divine qui n'est pas dépendante du temps et qui découvre à l'homme les réalités éternelles. Faites-nous voir et connaître Jésus-Christ. Selon le sens humain, il était pour vous dans l'avenir; il est pour nous dans le passé : selon la foi, il est présent toujours, et c'est ce qui rend la foi si précieuse et si douce. Si la prophétie elle-même a (|uel(|u<.' prix, c'est qu'elle le regarde, l'annonce et le démontre. Nous n'avons pas sans doute à être des prophètes ; mais nous devons être de vrais croyants, des croyants éclairés et fermes, des témoins incorruptibles, des contemplateurs assidus. 0 Heine des prophètes, ù Mère des croyants, faites que notre œil soit simjde ; faites cju'il soit toujours ouvert; laites qu'il ne regarde cpie Jésus, car nous aussi nous ne voulons plus savoii* (jne Jésus et Jésus crucifié I

• Amos, IV, 12.

La pelite Marie^ dans le Temple, esl embrasée cVardeur pour la venue du Messie plus que tous les pa- Irîarches.

Lire les divines Écritures en union avec la trèi;sainte Vierge est une occupation si belle, et d'un profit si grand, que nous y reviendrons quand nous étudierons en détail les actions journalières de la céleste Enfant. Ne prenons, dans ce moment, que les élans de son cœur vers le Messie, et comprenons que, sur ses lèvres très-pures, chaque parole des patriarches et des prophètes devient une aspiration enflammée qui attire le Désiré des nations.

La liturgie de l'A vent renferme les soupirs les plus ardents qui soient sortis de tous ces gran<ls cœurs. Prenons-les, en union avec Marie, pour sujet de notre prière, et nous recevrons une grâce puissante qui fera venir et abonder en nous Jésus-Christ.

Écoutez !.... une voix enfantine rompt l'imposant silence des parvis solitaires du Temple. La petite Fileuse a suspendu son travail pour prendre la Bible, et les yeux élevés vers le ciel, elle dit :

«Je ne cesserai d'intercéder en faveur de Jéru- « salem, afin que mon Sauveur brille comme une « lampe '. »

« Seigneur, abaissez les cieux et descendez ^ ! »

* Isaïej VI, i.

' Ps. CXLIII, îl.

« 0 vous qui paissez les brebis de Joseph, vous quf « êtes assis sur les chérubins, manifestez-Yous * ! »

« Cieux! versez votre rosée sur la terre, et que les (( nues fassent pleuvoir le Juste ! Que la terre s'ouvre (( etenfante le Sauveur^! »

Certes, ces paroles ont déjà été dites. Que d'âmes s'en sont servies pour traduire leurs désirs ! elles furent le cri de tous les saints. Mais nul d'entre eux n'a crié comme cette Enfant bénie; nul n'a poussé de tels soupirs. Ces paroles saintes sont des rayons que la splendeur de la face de Dieu a d'abord lancés sur la terre : sortant des lèvres immaculées de Marie ou plutôt de son cœur, elles deviennent des traits de feu qui pénètrent le ciel et vont blesser le cœur du Très- Haut.

Que dites- vous donc, aimable Enfant?.... Médiatrice souvraine, vous plaidez près du Tout-Puissant la cause de votre peuple, celle de l'humanité tout entière !.... Et voici qu'un puissant Archange va bientôt vous adresser ces paroles : « Voulez-vous que « Celui qui est assis sur les chérubins se manifeste ?... « Voulez-vous que les nuées ftisscnt pleuvoir le « Juste?... Voulez-vous que votre cœur s'ouvre et en- « Hintc le Sauveur?... » Pourrez-vous refuser ce que vous avez si ardemment désiré et demandé au ciel? Alors vous prononcerez donc le fiât humble et virginal qui renouvellera la terre.

Nous le voyons : pondant les années de son adoles-

• Ps. LXXIX, 12.

• h., XLV, 8.

ronce, Marie est vraiment comme l'Esther antique, toujours en supplication pour son peuple. Dans un parvis du Temple se prépare et déjà s'inaugure la réconciliation universelle de la créature avec son Créateur. Une royale Enfant s'offre au regard du Très-Haut, parée d'innocence, de modestie etd'amour; elle apparaît si pure et si humble à ses yeux, qu'il étend sur elle son sceptre d'or, lui donnant par là le congé de tout dire et la grâce de tout obtenir *; car ce sceptre étendu signifie qu'elle est l'épouse incomparable, l'amie préférée pour quî sont tous les pri\iléges. Et Mario s'est approchée... Et Marie a prié... Et voici l'aurore de l'Incarnation qui brille au firmament, écartant les ombres de la loi et teignant l'horizon des blanches clartés de la grâce.

COLLOQUE

Demander à Marie de nous donner le vrai désir de l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ au plus intime de notre âme. Obtenir de Maler-Admirabilis la ffiveur de savoir nous asseoir à ses côtés, afin d'entendre les supplications de son cœur, lorsqu'elle soupirait d'amour dans l'attente du Sauveur destiné à être, devant tous les peuples, la lumière qui éclairera les nations ^.

PRATIQUE

Offrir souvent, comme préparation à la sainte com-

• Esther, xiv, 16.

» S. Luc, 11, 30-32.

160 PREMIÈRE PARÏIE,

munioii, les ardeurs que le coeur de Marie ressentait, pendant son enfance, pour la venue du Rédempteur.

BOUQUET SPIRITUEF..

Sachez que le royaume de Dieu est procli(\ Je \ous dis, en vérité, qu'il ne tardera pas.

Levez la tète; car votre Rédemption est proche '.

Nous sommes dans ce monde comme dans les brouillards; mais la foi est (e vent qui les dissipe et qui fait luire sur notre âme un beau soleil.

L'œil du monde ne voit pas plus loin que la vie ; l'œil du chrétien voit jusqu'au fond de l'éternité ^

Un second peintre de Mater- Admirabilis.

Un jeune peintre loj^oait à Rome dans le niêmc hôtel que M. Dlanipiii; il avait été témoin des rcmè(J(!s essayés en vain pour sa gucrison. Ce jeune homme avait le malheur d'ô:re éloij^né de Dieu depuis plusieurs années, et •semblait avoir oublié enlièreuieut qu'il élail cliréticn. Il était môme venu à Rome pour se soustraira aux exhortalions de sa pieuse mère (|ui ne cessait de {,'émir sur ses égarements : c'était Marie (|ui voulail guérir l'Ame de ce iils égaré comme elle avait guéri son lils dévoué et lidèle. Le soir môme du jour où le miracle s'était opéré en faveur

• MUirg. tic No<]l.

* Le vt^iu^nihln cuiV' (i'Ars.

ONZIÈME JOin. 161

de M. lUanipin, celui-ci, avec celte voix que la Mère-Admirable lui avait donnée, le raconta dansions ses détails au jeune incrédule, qui tout à coup, frappé intérieurement par la grâce, se rend et proniel de se convertir. Il passe toute la nuit dans de grands combats; il lui semblait dur de renoncer au genre dévie qu'il avait mené jusqu'alors; mais Marie avait conquis ce cœur rebelle, il ne pouvait plus lui échapper. Le malin, il va en toute liàle, dans son .sanctuaire béni, lui demander avec larmes le courage et la force qui lui manquaient, et promet, s'il est exaucé, de prendre son image. Au même instant le calme renaît, le souvenir de sa vie passée le remplit d'unecontrilion amére, et en quittant la sainte Vierge, il va se jeter aux pieds d'un prêtre, auquel il fait l'aveu de ses péchés. Peu de jours après il avait le bonheur de s'asseoir à la Table sainte. Voulant accomplir la promesse qu'il avait faite h sa divine Mère, il la peignit sur le mur de sa chambre et en porta sur lui une petite copie.

Celle conversion n'a pas été la seule qu'ait opérée la guérison de M. Blampin; une famille protestante qui le connaissait depuis longtemps, fui si frappée du prodige, que tous ses membres, au nombre de sept, abjurèrent leurs erreurs el entrèrent dans le sein de l'Église cathoii(iue.

MÉDITATION

Marie préparée à devenir la Mère admirable

de STotre-Seigneur Jésus-Chritt

par son amour pour la sainte pauvreté.

PREMIER PRÉLUDE. — Se représenter l'imposante majesté des constructions du Temple ; voir les galeries réservées aux fidèles de Sion ; tout est dans l'ordre, tout est grave et silencieux, tout, en un mot, rappelle qu'on est dans la maison du Seigneur.

DEUXIÈME PRÉLUDE.— S'efforcer d'obtenir, par d'instantes prières, la grâce d'arriver au détachement chrétien, et même au détachement religieux si la divine majesté nous a appelé à ce saint état.

PREMIER POINT

Marie, dans le Temple, a ouvert le trésor évangétique de la sainte pauvreté volontaire.

Conçue immaculée. Marie, par suite de cette pre-

«64 PRE3IIÉRE PARTIE.

mière grâce, avait au suprême degré le privilège d'aimer purement son Créateur et Seigneur. En dehors de cet amour un et simple, elle n'éprouvait qu'un besoin, celui de se dégager des complications et du fardeau des choses créées. Cette haute aspiration, dont Marie nous donne le plus sublime exemple, est celle d'un cœur qui se sent assez fort et assez pur pour se remplir uniquement des biens éternels; c'est le mouvement d'une âme qui se développe dans le sens de ses plus nobles attributs, qui soupire après la liberté des enfants de Dieu, et qui passe pour y arriver par-dessus tout ce que les choses visibles peuvent mettre à rencontre de sa route, par-dessus toutes les limites et toutes les barrières, par-dessus tout ce qui arrête, comprime et étouffe. La sainte et glorieuse liberté des enfants de Dieu est toujours le prix de cet effort surnaturel.

Au désert de Scété, les cénobites écrivaient sur les parois de leurs cellules : « I/homme possède les richesses qu'il ne désire pas. » Rien n'est plus vrai que cet adage. Le désir est la mesure de ce qui nous manque et la preuve de notre indigence; l'Ame qui ne désire aucun des biens créés, les a tous. D'ailleurs, plus on possède, dans cet ordre de choses, généralement plus on est possédé, et c'est la pente de la nature (jue nos désirs se multiplient avec nos jouissances. Que ces désirs soient satisfaits, nous nous sentons bientcH accablés par h; poids et l'emburras du matériel que nous traînons à noti'e suite, et au lieu d'être maîtres de ce qui s'ajoute à notre pei'sonne, nous en

DOIZIKME JOl K. <65

devenons les esclaves. Quiconque se lie k un objet est esclave de cet objet; quiconque tient à l'or est esclave de son or ; il se fait une servitude plus honteuse et plus abai.-sée que toutes les autres, car au lieu dVMro sous la domination d'un homme, il est sous la domination d'une chose. La pauvreté chrétienne affranchit ceux qui l'épousent de cet esclavage mille fois plus avilissant que l'esclavage antique : en brisant tous les liens qui les attachaient au fini, elle en l'ait, à la lettre, les véritables hommes libres ; elle les agrandit par ce dépouillement volontaire; elle leur ajoute par le dedans ce qu'elle leur ôte par le dehors; elle ouvre à l'âme des horizons infinis où sa grandeur se retrouve tout entière; parce que Dieu y rentre d'autant plus que le monde en sort davantage et cesse de l'emprisonner dans les limites du créé : c'est l'homme grand par son àme, rien que par son âme.

O mon Dieu ! ne nous faites-vous pas assez entendre qu'on ne domine la nature que par le détachement, et que la seule manière de vivre à l'aise et en liberté, au milieu des créatures, c'est de savoir s'abstenir de toute supcrtluité? « Je veux peu, disait le saint Évéque de Genève, et le peu que je veux, je le veux peu... » « Se contenter de peu, ne se plaindre de rien, dit le livre de l'Imilotion, c'est le moyen d'arriver à la vraie liberté d'esprit. » Car la vraie liberté consiste à n'avoir pas d'entraves, et pour n'avoir pas d'entraves, il n'y a qu'un secret : ne tenir à rien et n'être retenu par rien. Jusqu'à ce que nous ayons, par une application sincère de la doctrine du sacrifice, renoncé

de franc cœur à tout objet créé, la liberté n'est qu'un ^ mot. Nous sommes libres comme l'oiseau retenu par un fil; tant qu'il n'essaye pas de voler, il peut se croire libre; mais veuL-il franchir le cercle inexorable que lui a tracé une volonté étrangère plus forte que lui, il s'aperçoit qu'il est prisonnier. Telle est la liberté que nous laissent les créatures et l'attachement que nous avons pour elles. « Nous serons vraiment libres, quand la vérité nous aura délivrés*, u La vérité, c'est Dieu : pour être libre, 11 ne faut plus tenir qu'à Dieu.

Liberté supérieure du détachement chrétien, domination royale du dénùment religieux, Jésus et Marie vous ont donné un lustre divin, un charme inexprimable! A la suite de Jésus pauvre, de son Admirable Mère pauvre, toute âme éprise de la haute dilection embrassera avec amour la sainte pauvreté volontaire... Et tout chrétien détachera au moins son cœur des biens dont la grâce ne lui demtuide pas le sacrifice ou qu'il n'a pas la force de quitter.

Dans la loi mosaïque, l'élu du Seigneur possédait de magnifiques pâturages ; et sous la houlette de nombreux pasteurs, faisait paître d'innombrables troupeaux. Dans la loi de grâce, le privilégié du Maître no possède rien; dénué de tout ce qui est créé, il sera adranchi et libre, il dira à son Dieu : « J'ai choisi (( d'être le dernier dans votre maison, plutôt (juc d'ha- (bifer les tentes supcrbes\.. Vous êtes mon soleil,

' s. Jeun, viii, M.

* P*. Lxxxrii, 11.

'( mon bouclier et toute ma richesse, et vous me douuc- ( rez votre grâce et votre gloire.» Danscette disposition, la sainte pauvreté volontaire devient l'apaisement de tout désir intérieur et la possession paisible d'un bien suprême et unique, qui arrive promptement à tenir lieu de tout ici-bas. Quel qu'ait été l'état de Mai'ie dans le Temple relativement à la pauvreté elFective, on ne peut pas douter qu'elle n'ait usé de toutes choses que dans la mesure prescrite par certains règlements et dans une dépendance entière de ceux qui les interprétaient. Mais ce qui est tout à fait incontestable, c'est que, dès cet âge si tendre, elle eut dans une souveraine perfection l'esprit de pauvreté qui fait le fond de la doctrine et de la grâce évangéliques. C'est pourquoi nous disons que, même au Temple, elle a ouvert le trésor de la pauvreté volontaire, et nous l'assignons pour ancêtre, autant que pour modèle, à tous ces pauvres de Jésus-Christ qui se sont succédé dans l'Église et s'y succéderont jusqu'à la liu.

Marie^ dans le Temple, pratiqua la pauvreté affective avant de pratiquer à Nazareth la pauvreté effective.

Durant les années qui précédèrent l'accomplissement du grand mystère de l'Incarnation, l'univers était dans l'attente d'un grand événement, et une immense espérance tenait le monde comme en suspens. Une paix extérieure, signe de cette paix plus haute qui

d'ordinaire précède les grâces éminentes, régnait sur les nations soumises au sceptre de César. On regardait d'instinct l'humble Judée, que des bruits vagues, et même, disait-on, des propliétie's, désignaient comme le lieu d'où sortirait Celui qu'attendait le monde. Il semble que de partout s'entendît une voix qui soupirait : « O Orient ! splendeur de la lumière éternelle et « soleil de justice, venez éclairer ceux qui sont assis à « l'ombre de la nuit'. »

Si cet effet mystérieux seproduisait'dans l'économie générale de l'univers, quelle devait en être l'intensité dans celle qui allait devenir l'auguste Mère du divin Promis, du Désiré céleste !

Marie devait éprouver en elle-même des eflets merveilleux, provenant de la proximité du Verbe Éternel qui s'abaissait insensiblement des cieux vers son sein virginal. Dans l'attente d'une grâce incommensurable, elle devait sentir le besoin de s'isoler de plus en plus des créatures pour laisser en elle et autour d'elle plus d'espace, et participer ainsi plus librement et plus abondamment aux efï'usions de l'être infini, dont elle prévoyait l'appi'oche sans se douter qu'elle deviendrait son Tabernacle de prédilection et sa Mère selon la chair.

Cette préoccupation divine était la source Nive de l'amour de Marie pour la sainte pauvreté.

Le sentiment de la suprême excellence de Dieu et des droits qu'à mille litrts il avait sur son cieur. la

' Liturgie (IcNoél.

volonté ardente qu'elle avait aussi de livrer ce ca'ur sans réserve à Celui-là seul, qui pouvait le remplir tout à fait, portait la sainte Enfant à tenir toutes les créatures à distance; et à celles qui l'approchaient pour la charmer, elle disait volontiers comme Jésus à Madeleine, quoique pour d'autres raisons : « NoU me tangere! Ne me touchez pas ! »

Sans doute parce qu'elle avait pour Dieu une religion si parlaite et ne jouissait de rien tant que de ce qui l'honorait; elle contemplait avec bonheur toutes les magnificences du Temple, ces murailles lamées d'or, ces lambris de bois incorruptible, ces pierres précieuses, ces albâtres, ces marbres rares; mais pour elle, elle se donnait garde de puiser dans toutes ces splendeurs une seule jouissance sensible. Toute impression venue du dehors restait à la surface de son cœur, comme au seuil d'un sanctuaire plein de Dieu. Le dchoi's n'avait, pour ainsi parler, aucune prise sur elle : il ne l'entamait pas, il ne la partageait pas, il n'en distrayait rien. Ce cœur restait toujours simple et totalement converti au dedans, épris d'un seul amour, soucieux d'un seul intérêt, ambitieux d'un seul bien. Saint Dernardin de Sienne le compare au foyer d'un miroir ardent où se versent de tous côtés les rayons du soleil; ce foyer les recueille, conçoit le feu et enflamme tout ce qui l'approche. On ne peut rien dire de plus beau pour faire connaître l'âme immaculée de Marie, sans tache et sans obstacle, concevant Dieu, répandant Dieu et féconde par sa virginité. Car si l'on demande en quoi consiste la vertu de ces

meiTeilleux miroirs qui conçoivent le soleil, en renferment et en manifestent l'ardeur, on sait qu'elle tient à ce qu'ils recueillent en un point unique, en leur centre simple, tous les rayons qui les frappent. « Je suis unique et pauvre, » disait David. Marie le disait mieux que lui, et c'est parce qu'elle était unique, c'est-à-dire toute donnée à un seul, qu'elle était absolument pauvre. Au reste, elle ne se contentait pas de rester libre de toutes choses, par la force d'une application plus parfaite et d'un amour plus saint : elle assurait , elle augmentait sa liberté par ces actes positifs de privation et d'appauvrissement, comme une créature ordinaire eût pu le faire et comme le font assidûment toutes celles qui veulent sérieusement pratiquer la vertu. S'il nous avait été donné de vivre près de Marie en ce Temple somptueux, nous l'aurions vue plus occupée à éloigner d'elle tout ce dont elle pouvait se passer, qu'à rechercher ce qui lui était même strictement nécessaire. Et c'est ainsi que, dès ses jeunes années; elle se préparait à la rude pauvreté de Bethléem, de l'Egypte et de Nazareth.

COLLOQUE

Demander à la très-sainte Enfant de savoir passeï' au milieu de toutes les choses créées avec lui œil simple, c'est-à-dire en comprfMinnt (pie, tout venant de Dieu, tout doit être pour Dieu. A i.ui la jouissance el la gloire de la création tout eulii're, à moi la contemplation, l'usage on la privation de la nature en vue de Dieu et de son mite.

DOUZIÈME JOUR. f7<

Si comme mon Admirable Mère je suis appelé à passer de la pauvreté aflective à la pauvreté effective, je la prierai de m'en donner la force et le courage.

PRATIQUE

Dans tous les états où il plaira à la divine Providence de me placer, je chercherai à me contenter de peu et à ne me plaindre de rien.

BOUQUET SPIRITUEL

... N'ayant rien et possédant tout '.

... Bienheureux les pauvres*!

Le vrai trésor du cœur est le détachement. Quiconque est détaché de tout et de soi-même retrouve tout et soi-même en Dieu K

Faites-moi trouver, ô mon Dieu, cet acte si étendu et si simple qui vous livre tout ce que je suis, qui m'unisse h tout ce que vous êtes*.

Une des couronnes de Mater- Admirabilis.

Un ancien ouvrier se trouvait depuis plusieurs années réduit à la plus extrême misère, par suite d'une infirmité

' H Cor., VI, 10.

- s. Math., V, 6.

' Fénclon.

* Bossuet.

qui rempèchait de se livrer à aucune sorte de travail ; il vivait ainsi du pain de l'auniônc, résigné à la volonté de Dieu. Il entendit parl(3i' de l'image uiiraculeuse de Mater- Admlrabilis et eut Tinspiration qu'il serait guéri s'il la priait; mais ne voulant pas se présentera elle les mains vides, il lui promit une couronne d'argent. Cependant, comment lera-t-il? sa pauvreté est si grande! Sa confiance «•n Marie lui suggère une pensée subite : « Lorsque j'aurai reçu, se dit-il, de la charité des passants plus de trois sous dans la journée, je mettrai de côté ce surplus afin de pouvoir satisfaire mon pieux désir. »

A force de privations, il parvint, en deux mois environ, à réaliser la petite somme nécessaire à raccomplisscment de son dessein. 11 achète la couronne et, plein d'espérance, il s'achemine péniblenienl vers la Trinité. Il se présente h la porlerie et demande h. voir la sainte Vierge ([ni doit le guérir. .Arrivé à l'entrée du corridor où se trouve l'image miraculeuse, il se jette îi genoux, ce qu'il n'avait pu faire depuis bien des années, et mai'clic ainsi. A mesure (ju'il avance, ses souffrances diminuent; ari'ivé aux pieds de iVfl/<'r-/lrfwiraft//t.s, il est parfaitement guéri. 11 se livre aux transports de la reconnaissanciî la plus vive, fait à Marii! l'olfrande de sa coui'onnc, fruit de ses privalions, et promet à celte bonne Mère de publier partout sa gloire et le bienfait dont elle l'a favorisé. La santé de cel lionime étant devenu(! excellente, il est entré comme domesti(|ue dans une maison, où il se livre avec ardeur îi tous les travaux de son état, sans éprouver aucune souffrance.

TREIZIÈME JOUIi

MÉDITATION

Marie préparée à devenir la Mère admirable

de Notre -Seigneur Jésus -Christ

par son amour pour la pureté.

vuK.MiKK puiin i)K. — Regarder Simplement l'iimige (le Maier-Admirabilis qui semble l'image même de la liureté.

OELXiKMK iMUi[,rDE. — DiMiiaiulei' à la Mère Adiiiirahle la grâce de reproduire en nous quelques traits de sa pureté.

PUKMir.K l'OlNT.

Mère Admirable, chef-d'œuvre de pureté.

La pureté dans sa source, c'est la simplicité de Dieu, c'est la parfaite limpidité et la transparence intiniede sa sublime essence. C'est la virginité absolue de son être en qui tout est plein, intact et imnuuible,

io.

sans l'ombre d'une altération, ni d'une vicissitude possible. C'est sa complète inviolabilité qui fait que rien ne le divise ni l'entame, ni ne le distrait. C'est la jeunesse et comme la fraîcheur de sa vie qui n'a pas même une heure, encore qu'une série indéfinie de siècles n'en puisse pas mesurer la durée. C'est sa solitude excellente et cette imperturbable sérénité qui rend pour lui toute émotion impossible. C'est son unité ineffable par laquelle étant tout ce qui se peut nommer et concevoir de vrai, de bon, d'aimable, il est purement et simplement lui-même. C'est cette adhérence à lui-même qui fait que, tout appliqué à lui et s'aimant d'un amour unique et total, il ne vit qu'en lui seul par nature et par volonté. C'est, par conséquent, sa sainteté qui, pour ainsi parler, le retourne vers lui-même, le précipite tout entier en luimôme, l'y répand et l'y fixe dans une stabilité immense et éternelle. C'est cette force de prédilection et cet adorable parti pris qui est le dernier terme de sa vie intérieure, qui la clùt par conséquent et qui scelle si bien tout son être que, quelque répandu qu'il soit ensuite au dehors, il reste absolument fidèle à luimême, indiciblement chaste et iiiliniment séparé de tout ce qui n'est pas lui.

Celte pureté est en .Tés^us- Christ , et par lui elle descend sur la terre. 11 en est le révélateur ,- il en est le sacrement.

Comme révélateur il l'enseigne : c'est une doctrine que cette pureté, une lumière admirable; c'est une Sficnce et une sagesse; c'est cette U)i qui est imma-

TREIZIÈME JOUR. HS

culée et qui convertit les âmes * ; c'est l'œil tliéologique : « Les seuls purs verront Dieu ^ ! » C'est une grâce aussi, c'est la grâce même. Il en est le saci-ement ; il la contient. En nous la grâce est d'abord une épuration, mais en Jésus ce n'est qu'une pureté. Outre qu'étant vraiment et pleinement Dieu, la pureté divine est en, lui, ou plutôt est lui-même, sa sainte humanité entre totalement et volontairement dans les états très-saints de sa divinité. Elle est tout orientée vers Dieu, tout appliquée à Dieu. Elle n'est qu'un œil pour le regarder, qu'une oreille pour l'écouter, qu'une main pour le saisir, qu'une voix pour l'acclamer, qu'une force pour le servir, qu'un cœur pour l'aimer, qu'un acte de donation pour se livrer complètement à lui ! Oh ! comme cette humanité sainte de Jésus-Christ appartient à Dieu! Elle est dans un état toujours actuel d'adoration, de culte, d'amour, de consécration, d'adhésion. Il n'y a rien d'elle hors de Dieu, ni action, ni pensée, ni désir, ni volonté, ni mouvement, ni souffle, ni seconde de son existence : et c'est là sa pureté. En retour, Dieu est, vis-à-vis de cette humanité sainte, dans un acte toujours vivant (le bénédiction, d'effusion et d'union.

Cette pureté vient à nous parle don que Jésus nous fait de lui-même ; don qui est sans résene et sans mesure, si bien que ceux qui l'ont reçu peuvent dire en vérité : a Vivre, pour moi, c'est LUI ' ! Je vis, non

* Ps. XVIII, 3.

» S. Math., V, 8.

3 Philip., 1,21.

pas moi, mais Jésus vit ou moi *, » Gepeudaut ricu de ce qui est à Jésus u'est ôté à Dieu pour cela, au contraire; comme en se donnant ainsi à nous, il le fait purement pour la gloire de son Père, par amour pour son Père, en obéissant à son Père, chacune de ces donations inouïes est comme un acte de plus d'union à son Père et comme une nouvelle floraison de cette appartenance radicale qui lui permet de dire : « Je vis pour mon Père; » et môme : « Mon « Père et moi nous ne sommes qu'un ^ » C'est ainsi que regardant toutes les créatures, les aimant, les attirant, se les incorporant, non-seulement Jésus-Christ n'est pas moins pur, mais il leur communique, sans en rien perdre, de sa surabondante pureté. « Si je « l'aime, je suis pure, disait sa vierge sainte Agnès; « si je le touche, je suis chaste; si je le possède, je « suis vierge '. »

Mais il faut dire que,- dans ce sens surtout, Mario l'ut le chef-d'œuvre de Jésus et son imago expresse. Gomme Dieu s'était versé dans l'humanité sainte de Jésus, Jésus se versa dans sa Mère... c'est le même mystère de grâce et de sainteté. Marie est pure, absolument pure, parce qu'tîUe aussi est toute remplie de Dieu sans qu'il y ait place en elle pour autre chose. Dès son Immaculée Conception elle a cette plénitude de pureté; sans doute, à tout instant, son humilité creusera en elle de nouveaux abîmes, et son

' Giil.,11,20.

* S. Jeun. X, 30.

• Urdviairc romain.

TREIZIÈME JOIK. 177

amour, eu se dilatant, reculera do plus eu plus «'es limites naturelles de son être dont l'océan diviuadaiî^né se faire des rivages, mais à eliacun des imionibral)les instants de sa longue et mei'veilleuse ^ie, son Areliange aurait pu lui dire : « Je vous salue, pleine de grâce ! » C'est cette plénitude même qui croissait en Marie. Quelle transparence et partant quelle lumière ! Et, parce qu'en elle tout vient de la grâce, la lumière, versée d'en haut, fait elle-même la transparence de la créature qu'elle inonde.

Mais comprendrons-nous jamais la correspondance (le la très-sainte Vierge à la grâce ?... Quelle union [tarfaite et constante avec Dieu ! Pas une des perfections divines qui, voulant se mirer dans cette âme. ne trouve en elle un miroir fidèle et sans tache. De là, pas un droit de Dieu qui, prétendant s'exercer, ne rencontre en elle une soumission totale, aimante et ardente. Pas une de ses volontés à laquelle elle ne se livre; pas une touche intérieure à laquelle elle ne eède; pas un souille divin sous lequel elle ne tléchisse ; pas une parole du Seigneur sous laquelle elle ne fonde et ne s'écoule comme l'eau î Elle est le ciel do Dieu, le lieu de ses délices... 11 va, avec une liberté souveraine, jusqu'aux extrémités de son être. Nulle barrière ne s'oppose à son action, nul obstacle, nul circuit ; tout est droit en Marie, tout est ouvert, tout est incliné, tout est favorable. Oh ! comme elle est </onnée.'et quelque rfo/j?/ée qu'»^lle soit, comme, à l'exemple de Jésus-Christ, elle se donne encore sans cesse!

On peut dire qu'en elle tout est divin, non-seule-

ment dans sa Yie intérieure, mais dans sa \ie extérieure, dans les actes même de son sacré corps ; ainsi, ses paroles, ses sourires, ses soupirs, ses démarches, ses repas, son sommeil, tout vient de Dieu, tout va à Dieu, tout s'épanouit, se développe et se termine en Dieu. C'est là sa grande virginité! Marie est vierge dans tout ce qu'elle fait, dans tout ce qu'elle dit, dans tout ce qu'elle aime; elle est vierge dans tout ce qu'elle est : vierge parfaite et inviolable. Elle passe impunément au milieu de toutes les créatures; elle les aimepourtantimmensément,caraprèsNotre-Seigneur, nul ne les aime comme elle ; mais, comme lui, elle les aime chastement, librement, royalement, divinement. Elle aussi, en les aimant, les purifie et les élève. Elle leur est comme un paradis tout ouvert; mais elle reste le jardin fermé .'... Elle est pour tous une source intarissable, mais elle demeure une fontaine scellée! .. . Elle est la Mère universelle, mais en étant toujours l'Unique de Dieu, la Reine, l'Épouse, la Vierge.

Quoique être la Mère du Christ soit une grâce hors (le proportion avec les mérites, quels qu'ils soient, d'une créature quelconque, oh ! comme Marie peut bien être cette Mère! Jésus-Christ est la splendeur de Dieu rayonnante dans le monde : voici l'atmosphère libre et pure qui peut lui livrer le passage... Jésus-Cbiist se plaît et vit [larmi les lis : vdici un lis, ou plutAt une vallée immense où les lis croissent comme l'herbe, et où il n'y a ([ne les lis (|ui croissent!... Marie (»st donc le chel-d'œuvre de la sainte pureté; mais elle en est aussi le modèle.

TREIZIÈME JOt'U. 179

Mère Admirable, modèle depurelé.

Marie naît pure, nous naissons souillés, hélas! t-l pleins d'attraits pour ce qui souille ! . . . mais le baptême nous purifie. Une partie de notre Ame, celle qu'on appelle la partie supérieure, c'est-à-dire ce qui en nous, avec le secours de Dieu, peut toujours dominer et gouverner le reste, est élevée par ce sacrement h une sorte d'Immaculée Conception. Elle renaît donc dans le Saint-Esprit et elle devient une nouvelle créature diius le Christ ; elle est sainte et vraiment vierge, parce qu'elle est unie immédiatement à Dieu, en qui l'on peut dire qu'elle a désormais ses racines. Elle est si pure alors que, si la mort vient inopinément la séparer de son corps, sans le moindre délai, elle est en Dieu et le voit face à face.

Mais si Marie, pleinement immaculée, n'a rien tant eu à cœur, dès les premiers instants de sa sainte existence, que de perfectionner sa première pureté, en adhérant de plus en plus à Celai qui en était la source, ne nous montrcrt-elle pas par là ce que nous avons à faire? Ne nous ouvre-t-elle pas la voie pour que nous marchions sur ses traces? L'honneur de Dieu qui est engagé en nous par cette ineffable alliance du baptême; la volonté qu'il a, après nous avoir faits ses entants, de nous rendre semblables à lui et capables d'entrer pour jamais dans sa joie ; ses droits, ses bienfaits, nos intérêts les plus sacrés et les plus chers,

ceux de réteniité, ceux du temps, ceux de l'àmc, ceux du corps, ceux de nos proches, ceux de cette grande ftiraille catholique en laquelle nous vivons ; tout nous fait une loi principale et impérieuse do garder et de perfectionner notre pureté baptismale.

D'abord il faut la maintenir et partant la défendre, car elle est attaquée. Elle l'est par le dehors; l'esprit ténébreux et immonde la déteste : elle rend témoignage contre lui et lui devient un châtiment. De plus, elle est dans nos âmes la splendeur de Jésus-Christ qui est l'immortel objet de sa haine; Satan fait donc tout pour nous la ravir et il n'est rien ici-bas qu'il ne puisse détourner à ses mauvais desseins. Le monde est son grand instrument pour nous séduire, nous l)rendre et nous perdre. Puis, nous sommes attaqués au dedans. Le péché, même chassé de l'âme, laisse en nous sa trace hideuse ; et cette trace n'est pas une chose morte : c'est une force de contradiction et de révf>lte contre Dieu. On peut avoir été ra^i jusqu'au tmisiènie ciel ci sentir encore celte triste servitude. On peut être saint et éclairé jusqu'à enseigner les anges et avoir à gémir du fardeau de ces sombres chaînes.

Ah ! Marie ne connut pas ces luttes. Elle fut une iiarmonie vivante, un concert sans dissonance et sans interruption. Tout s'accordait en elle itarce que tout en elle s'accordait à Dieu. 0 lyre harnidnicuse! ojour sans nuîige! ô printemps radieux c(»mnic l'été, lécond comme l'anlonnie, niais(|uene précèdeet ([lie ne suit aucun hiver!.... Enc(ue une fois, (jui dira l'intégrité, la totalité, la perfection de la pureté do cette Vierge?

Et cependant, voyez-la ! elle vit séparée ; on peut dire qu'elle vit voilée; on la dirait timide.

« Ma mère, que craignez-vous? — Rien, hormis de « ne pas cacher l'éminence de ma grâce, de sortir de « la voie commune et de ne pas donner à tous l'exemple « que je leur dois. »

On dirait qu'elle aussi a quelque chose à défendre; mais si elle agit de la sorte, nous pécheurs, que ferons-nous?

D'ailleurs, ce n'est pas assez de sauver notre pureté et de la maintenir telle que Dieu l'a faite; il faut l'étendre. Elle occupe le sommet de notre être ; elle n'en remplit pas encore les vallées. Elle règne dans la capitale de notre royaume intérieur, mais toutes les provinces ne lui sont pas absolument soumises.... Que de retraites, en nous, où lu lumière royale de Jésus-Christ n'atteint pas sans notre concours ! C'est l'œuvre de notre liberté, prévenue, fécondée et assistée par la grâce, d'étendre partout en nous le règne de Dieu en achevant de conquérir à la vérité, à la justice, à l'amour, à la vie éternelle, non-seulement tout ce que nous sommes, mais encore tout ce que nous faisons, c'est-à-dire en sanctifiant de plus en plus notre être et nos œuvres. L'intelligence, la volonté, le cœur, toutes les puissances de l'âme, les sens intérieurs et extérieurs, le corps, la vie, toute la vie, la vie personnelle et la vie de relations : autant de régions, il faudrait dire autant de mondes, où nous devons faire pénétrer et régner notre baptême.

m PHEiMIERE PARTIE.

0 mon Dieu! ô mon Jésus 1 ô ma Mère! que je voudrais mouvrir à ces saintes invasions de la lumière et de la grâce!...

Marie fait une réponse à nos désirs et à nos prières, c!est celle-ci : «Imitez-moi comme des fils bien-aimés.» L'imiter en ceci, c'est faire de Jésus depuis la crèche jusqu'au Calvaire, une étude humble, pieuse, assidue, intérieure ; c'est le considérer souvent, et s'il se peut toujours, dans ses mystères, dans ses souffrances, dans ses sentiments, dans ses états vis-à-vis de son Père et vis-à-vis des créatures. C'est contempler, à travers sa douce et virginale humanité, les perfections splendides de sa divinité. C'est se nourrir de lui, sous toutes les formes où il nous est accessible et où lui-même se propose à nous, spécialement par l'Écriture, par les sacrements et surtout par cette communion perpétuelle à la volonté de son Père, dont luimémo déclare qu'il vivait *. C'est s'attacher toujours à lui par préférence, lui garder son cœur inviolablement et ne pas craindre d'acheter, au prix d'un sacrifice quelconque, la grâce inestimable de son intimité... Vintimitéde Jésus! ah ! c'est là qu'est la paix, lii liberté, la force et le secret de tous les triomphes; «est le trésor de toute pureté.

Imiter notre sainte Mère, c'est encore i)ratiquer les vertus, toutes les vertus : elles sont lilles de la grâce, t't leur premier emploi est de servir de rempart à l<>iu' mère. C'est aussi se délier très-humblement de

* s. Jciiii, IV, U.

soi, ne se faisant aucune illusion sur ses forces ; c'est veiller sur soi-même avec soin et avec jalousie ; c'est se retirer quand il est bon ; c'est fuir quand il est nécessaire. C'est vivre, quant au dehors, à dislance de tout, prenant uniquement et exactement en Dieu la mesure des rapprochements, que la vie de ce monde réclame ou autorise ; c'est tenir spécialement toute la création sensible en respect ; c'est prendre la simplicité pour vêtement, la sainte modestie pour armure et le silence pour gardien ; c'est faire sentir aux sens, à tous les sens, et fréquemment, la souveraineté de l'esprit. C'est être un lis au milieu des épines, une âme très-innocente et en même temps pénitente, une vierge un peu martyre.

Est-ce là tout? Ce programme est bien beau, mais qu'il est difficile I...

« Ah ! dit encore Marie, je ne suis pas seulement <i un exemplaire posé par Dieu au sommet des mon- (( tagnes ; je ne suis pas un pur objet offert à vos con- (( templations ; je ne me tiens pas si loin de vous, en- (t core qu'à tous égards je vous surpasse... Je suis un <( foyer, je suis une source, je suis une Mère... Je « suis la Mère ayant du lait pour les enfants, des ca- « resscs pour les jeunes, de la tendresse pour tous... (( Je suis la Mère de la belle dilection, de la vraie « science et de la sainte espérance ; la Mère de l'éter- « nelle sagesse et de la lumière incréée ; la Mère de {( l'Agneau... la Mère du don de Dieu... la Mère de <( Celui qui purifie toutes choses, qui eflace les pé- « elles, guérit les langueurs, bénit toutes les bonnes

« volontés, aide à porter tous les fardeaux, aplanit « toutes les voies qu'il éclaire, et mène lui-même à « toutes les fins où il a commandé d'arriver. Venez « à moi : je rayonne Jésus et je le donne !... Qui l'a « reçu de moi peut tout et possède tout... »

COLLOQUE

Louer Dieu et remercier Notre-Seigncur d'avoir versé en Marie la plénitude de sa divine pureté.

Demander à Mater-Amirabilis de rétablir en notre âme, au prix de tous les sacrifices, la pureté trèsexcellente de notre baptême, de l'y sceller et de nous faire arriver à étendre cette grâce jusqu'à la consommation de la sanctification que Dieu nous destine.

PRATIQUE

Se retirer quand il est bon ; fuir quand il est nécessaire ; vivre, en un mot, quant au dehors, à dislance de tout, prenant uniquement en Dieu la mesure des rapprochements que la vie de ce monde réclame ou autorise.

BOUQUET SPIRITUEL

lUcn de souillé ne peut entrer dans le royaume de Dieu •.

Quelle société est possible entre la lumière et les ténèbres '?

• Apoc, XXI, 27.

• II, Cor., VI, 14. u

Qui pourra rendre pur celui qui est immonde jusqu'en SCS origines? N'est-ce pas vous qui êtes seul * ?

Oh! qu'elle est belle la race des chastes, tout éblouissante de clarté ! Sa mémoire ne peut pas mourir ; car Dieu la connaît et les hommes aussi finissent par la connaître ^.

Quel est le bien de Dieu, quelle est sa gloire, sinon le froment des élus, et le vin qui fait germer les vierges '?

L'âme pure est une belle rose, et les trois personnes divines descendent du ciel pour en respirer le parfum.

L'image de Dieu se réfléchit dans une âme pure, comme le soleil dans l'eau *.

Hommage de reconnaissance à Mater- Admirabilis.

Je perdis ma mère, dès Tâge le plus tendre, et je fus confiée aux soins maternels des religieuses du Sacré-Cœur de la Trinité du Mont; ma plus jeune sœur vint bientôt me rejoindre près d'elles.

J'étais au pensionnat pendant que Ton peignait à fresque Mater-Admirabilis, et j'eus le bonheur d'être témoin des premières grâces obtenues devant l'image de celle que

' Job, XIV, 4.

* Sag., IV, 1.

' Zacli., IX, 17. ,

* M. Vianney, Esprit du curé d'Ars.

Ton nommait encore la Madona del Giglio, la Vierge du lis ; déjà elle était pour moi la Mère Admirable, et je cherchais, à ses pieds, celle que Dieu m'avait enlevée, et dont le souvenir me faisait verser tant de larmes. Ma petite sœur partageait mes sentiments, et nous allions ensemble, dans le cher corridor, nous agenouiller aux pieds de celle que nous appelions notre Admirable Mère, la priant de nous bénir.

Mon attrait pour l'image vénérée se montra sensiblement à l'occasion d'une petite composition que je fis et dont elle fut le sujet. Je fus frappée du silence et de la solitude qui régnaient autour de la jeune Vierge consacrée h Dieu dans le Temple de Jérusalem... Ses yeux fixés sur le lis, emblème de sa pureté, son recueillement, sa douce paix me semblèrent l'expression de l'union réelle existant entre la sainte Enfant et son Dieu, et déjà je voyais Jésus en Marie.

J'ai souvent pensé que la très-sainte Vierge a daigné venir elle-même poser au Sacré-Cœur pour y servir de modèle aux jeunes filles qui, au môme âge qu'elle, sont élevées à l'ombre du sanctuaire. Tout en contemplant son beau lis, Maler-Admirabilis les suit du regard pour arrêter la légèreté de leur enfance... Si elles se sentent défaillir dans leur lâche de travail manuel, qu'elles songent au petit fuseau de Maicr-AdmirabUis ; il ne reste inaclif que pour lui laisser le soin de penser à Dieu, et de lui offrir son action; celles dont l'élude abat le courage peuvent se souvenir du livre cntr'ouvcrt de la sainte Enfant, il leur indique ([ue la lecture des saintes Ecritures succédait |jOur elle au travail ; enfin, si (juclques jeunes cœurs s'attristent ou se troublent, dans l'asile de la paix et du bonheur, la vue seule de l'admirable Enfant ramène bien vite le calme et la joie.

TREIZIÈME JOUR. t87

Bientôt, ma sœur et moi, nous nous agenouillions daiis le corridor béni ! Mater-Admirabilis fut notre unique consolation dans la plus grande de nos douleurs... A ses pieds, on nous apprit que Dieu nous avait enlevé celui qui possédait sans partage tout notre amour filial. Désormais sans père ni mère, Marie devint notre Admirable Mère : tous nos instants, l\ dater de cette triste journée, en ont été un vivant témoignage.

Cependant je répondais peu à tant de grâces : je montrais une opposition prononcée pour tout ce ijui tenait îi la vie religieuse.

Pourtant Marie m'inspira le désir de me mettre plus spécialement sous sa protection, en prenant par un acte solennel le titre d'Enfantde Marie; elle vint ;i mon secours dans les efforts que j'avais à faire pour obtenir cette faveur, et le 1"mai, la médaille préservatrice me fut donnée. Ma consécration d'Enfant de Marie mettait le sceau à toutes celles que j'avais déjà faites. Dés lors la Môfc Admirable m'inclina davantage vers la prière et vers une plus grande délicatesse de conscience; depuis ce moment commença une série de touches intimes de la grâce, mais aussi de rna part une suite de luttes intérieures et de résistances prolongées; car Jésus-Christ demandait mon cœur sans partage, et je commençais îi redouter un appel plus définitif et plus parfait. Cependant, je quittai la maison bénie de la Trinité du Mont; au moment de mon départ j'allai faire mes adieux à mon Admirable Mère, je versai des larmes à ses pieds; mais j'avais la confiance qu'elle me suivrait partout, et je promis de faire tout ce qu'elle me dirait au fond du cœur.

Peu de temps après mon départ, la voix de Marie se fît entendre : Jésus Christ me voulait plus parfaitement à lui, j'avais la vocation religieuse ! et pour la première fois

je fus contrainte de me l'avouer, le contraire me paraissait en dehors de l'élément même de mon existence, et entièrement étranger à mon èlre. N'était-ce pas Mater- Admirabilis^ aux pieds de laquelle j'avais grandi, qui m'avait communiqué quelque chose de son amour pour la prière, la solitude, la virginité? N'était-ce pas. elle qui m'avait obtenu cette grâce de salut? Ce fut elle encore qui s'en fit la gardienne ; car je résistai longtemps à cet appel, et je fermai l'oreille Ji celte voix intime qui me pressait toujours de me donner à Dieu. Au milieu de ma souffrance, je conservai le souvenir de Celle qui, déjà si souvent, s'était montrée admirable en miséricorde h mon égard; je la suppliai de me garder à son fils, et de me sauver du danger, auquel je m'exposais, de perdre ma sainte vocation. Marie daigna m'écouter encore, et par un trait définitif de sa maternelle puissance, j'entrai au noviciat pour l'ouverture du mois de Marie. Depuis que de grâces et d'amour dans l'ensemble de sa divine protection!...

Ma jeune sœur, qui comme moi s'était souvent agenouillée devant l'image bénie, avait aussi respiré, près de la Madone du Lis, le parfum délicieux qui attire les Vierges à sa suite dans la solitude, pour y servir Dieu dans un dévoùmcnt absolu aux conseils évangéliques. Elle eut le bonheur d'entrer au noviciat peu de temps après moi.

q;uatoezième joue

MÉDITATION

Marie préparée à devenir la Mère Admirable de Notre-Seigneur Jésus-Chritt par Bon amour pour l'obéiciance.

PREMIER PRÉLUDE. — Se représenter Marie agissant dans l'intérieur du Temple avec la ponctualité, la liberté et la joie que donne la sainte obéissance.

DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander la grâce de savoir soumettre sa volonté à tout ce qui est l'expression du bon plaisir de Dieu.

PREMIER POINT

Marie, par son obéissance, reçoit la grâce destinée à la Mère de Dieu.

Celle qui venait écraser la tête de l'antique serpent devait recevoir de Dieu une vertu suréminente d'obéissance ; elle devait devenir la Mère de la soumission, comme Satan avait été le père de la révolte.

Lucifer, appelé par la Miséricorde devant le trône de Dieu pour y mériter sa béatitude en confessant la vérité et en accomplissant la justice, avait osé dire : « Nonserviam; je ne servirai pas! » La justice et la vérité l'avaient précipité, et l'orgueilleux rebelle était devenu le prince des avilis et des esclaves, c'està-dire le plus avili et le plus esclave de tous ceux qui l'imiteraient. D'autant plus jaloux d'avoir des imitateurs, et voulant frustrer au moins par là ce Dieu qu'il avait le malheur de haïr ëi qu'il ne pouvait personnellement blesser, il tenta l'homme. L'homme écouta l'insolent pourquoi, que cet impie hypocrite osait soulever devant lui contre un ordre positif de Dieu ; il ne s'indigna pas en voyant Dieu mis en question. Cette faiblesse le livra à l'ennemi : troublé par les artifices de Satan, ébloui par ses fausses promesses, il en vint à un acte de désobéissance formelle. C'était, sous une autre forme, renouveler le détestable cri du maudit : « Je ne veux pas servir! »

Quatre mille ans s'écoulent dans la lutte presque incessante et de plus en plus générale de la créature contre son Dieu. Cependant, voici qu'à la fin une trèsdouce enfant prononcera humblement, mais avec toute l'énergie de son âme, les paroles salutaires de la soumission et de la justice, qui rcphicerout la créature dans l'ordre primitif, c'est-à-dire dans la dépendance ouvcm's so!i Créateur : « Toici la servante du Seigueur, qu'il me suit fait selon votre parole ! n Cette fois-ci encore, ttn Ange a parlé à une Femme, mais cet Ange est l'anibassadcur du Très-Haut. Ce

QUATORZIÈME JOUR. f9<

n'est pas, il est vrai, un ordre qu'il apporte ; il vient seulement proposer à la liberté de la rréature un simple désir de son Créateur et Seigneur. Si elle acquiesce, sa docilité n'en sera que plus admirable. Écoutez, dans le recueillement et le silence, le pieux colloque de l'ange Gabriel et de Marie : comme il contraste avec celui qui eut lieu entre l'esprit du mensonge et la première femme I Aussi Eve et Satan n'enfarïtèrent-ils que le péché ; Gabriel et Marie préparèrent le salut du monde.

Ainsi que le cultivateur, quand il veut semer un grain précieux, regarde, tourne et retourne le sol auquel il va confier son trésor ; de même le Seignew, avant de jeter la semence du ciel, le froment de son Verbe dans la terre humaine, cherche ici-bas où il trouvera une portion de terre assez pure et assez féconde pour porterie fruit (frvin; nulle part il ne rencontre une Ame companiible à celle de Marie. Gefte âme il l'a toute en sa main ; il y i)eut agir avec une liberté souveraine : elle n'a pas de vie propre, pas de volonté propre ; en elle donc point d'obstacle, rien qui puisse altérer le grain de Dieu et l'empêcher fle germer et de grandir.

Celui qui fait la volonté de mon Père, dit le "Sauveur, celui-là est mon frère, ma sœur et ma Mère. Telle est la condition de la divine maternité de 1 ame à l'égard de la grâce, et la Tierge unique, qui a toujours accompli parfaitement la volonté de Dieu, a mérité pour cela d'en conserver la plénitude, le principe et la source.

in PREMIÈRE PARTIE.

0 Marie 1 par votre obéissance vous \ous êtes rendue digne Mère de Jésus. Votre cœur docile, votre esprit soumis ont ravi le Verbe de Dieu. Celui qui venait en ce monde pour faire la volonté de son Père, Celui dont cette volonté auguste était la nourriture. Celui qui se rendait obéissant jusqu'à la mort, Il est sorti de votre cœur, cet autel vivant et très-saint où l'obéissance offrait déjà à son Dieu de si parfaites oblations ; et après qu'il en est descendu. Il a marché jusqu'à la croix les yeux fixés vers son Père 1 Et tout ce qu'il a voulu, vous aussi vous l'avez voulu. Vous avez éminemment partagé avec Lui ce nom sublime que le prophète donne à l'âme fidèle ; elle sera appelée : « ma volonté en elle ; voluntas mea in eâ. » Vous seule, comme Jésus, vous avez constamment et uniquement exécuté la volonté de Dieu.

Vous avez été obéissante, depuis le premier instant de votre vie, à toutes les inspirations de la grâce les plus secrètes et les plus délicates. Vous avez été obéissaute, pendant tout le cours de votre vie, en ne cessant de veiller comme la plus admirable des mères sur le Sauveur enfant. Enfin, vous avez été obéissante, on peut le dire, jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix, parce que vous avtv. souffert en présence de votre Fils crucilié tout ce qu'il a soulfert lui-même et que vous avez voulu avec Dieu toutes ces souffrances. Voilà pourquoi vous êtes la Mère de Jésus ; voilà pourquoi Jésus est votre Fils.

L'obéissance de Marie a pour racine son humilité.

L'obéissance est en Marie comme une tige sur laquelle fleurissent plusieurs vertus. Mais la racine de cette tige, le principe de cette obéissance, quel est-il? L'humilité.

Au moment où Marie prononça l'acte suprême de son obéissance, il y avait quatorze ans qu'elle était la plus humble des créatures ; il y avait quatorze ans qu'elle s'abaissait devant Dieu, lui disant chaque jour : « Je ne suis que néant devant vous *. »

Saint Michel avait opposé au premier cri de la révolte l'élan sublime de l'humilité : « Qui est semblable à Dieu? » Il était juste que Marie, qui devait offrir à Jésus un cœur déjà parfait, se rendît, elle aussi, illustre en cette vertu qui fait toute la gloire de la créature.

L'humilité, c'est la vérité connue, acceptée et aimée par la créature ; c'est l'acquiescement complet d'un être au jugement que Dieu porte de lui ; c'est cotte intelligence surnaturelle, cette vue tranquille et contente, cette confession simple, sincère, prompte, amoureuse de son propre néant, de sa radicale et totale indigence. Comment l'obéissance n'en sortiraitelle pas? C'est à peine si, à certains égards, elle s'en distingue. Qu'est-ce en effet que l'obéissance, sinon l'humilité de la volonté, la vérité faite dans la vo-

' Ps. XXXVIII.

lonté, confessée par la Yolonté et étendue par elleaux actes de la Yie? 'Celui qui sait, qui voit, qui considère qu'il ne s'est pas donné l'être à lui-même, comment prétendrait-il diriger, en souverain, l'être qu'il a reçu? S'il n'est pas son principe, il n'est donc pas sa fin. S'il n'est ni son principe ni sa fin, comment serait-il sa loi ? S'il ne vit physiquement qu'en dépendant de son Créateur et par le fgdt même de cette dépen-*' dance, comment sa vie morale consisterait-elle à s'affranchir de Lui ?

Dans cet ordre, il est vrai, il ne dépend plus de Dieu fatalement; jnais, loin de lui être donnée pour diminuer sa soumission, la liberté qu'il a de ne se point soumettre va-t-elle, de droit, à autre chose qu'à la perfectionner, en y faisant entrer la lumière de l'intelligence, l'honneur et la fermeté d'un choix tout volontaire, et l'inestimable prix d'un don fait par amour? Loin de rclAchcr les liens, cette admirable combinaison les resserre.

Enfin, il ne faut pas réfléchir beaucoup pour voir que toute la supériorité de l'homme gît dans cette ^puissance qu'il a d'obéir, et que ,plus il en use, plus il se soumet, plus il est grand, bon, juste et saint, je dirais presque^ plus il est divin; car Dieu lui-même est dans les volontés qu'il intime à la créature, et quand la créature accueille ses volontés, elle ne fait que s'ouvrir aux ofi'nsions divines; et c'est là ce qui la nourrilcl lasanctilie en atleudant de la rendre tout à fait bienheureuse. L'humilité s'épanouit donc dans robéissanec, et l'obéissance fait que Dieu s'épanouit

dans la créature et la créature en Dieu. L'Écriture l'insinue quand elle dit : (t Gélui qui garde la loi sera rempli par la loi *. »

<( Une âme tombe dans l'action divine, dès que la bonne volonté se trouve formée dans son cœur; et cette action a plus ou moins d'autorité sur elle, selon qu'elle est plus ou moins .'ibandonnée. L'art de l'abandon n'est que l'art d'aimer. L'amonr trouve tout où on ne lui refuse rien. Et comment serait-il refusé par une âme qui ne vit que de lui?... L'amour ne peut demander que ce que veut l'amour. L'amour peut-il ne pas vouloir ce qu'il Teut? L'action divine n'a égard qu'à la bonne volonté; ce n'est pas la capacité des autres facultés qui l'attire ni leur incapacité qui Kéloigne. Trouve-t-elle un cœur bon, pur, drott, simple, soumis, filial ? c'est tout ce qu'il lui faut. Elle s'empare de ce cœur, elle en possède toutes les facultés ; et tout se trouve enfin si admirablement concerté pour le bien de l'âme, que cette âme trouve en toutes choses de quoi se sanctifier '. »

Ainsi fut Marie : l'abîme de «on humilité et de son obéissance appela l'abîme de l'être divin, et Dieu prit sa joie à combler cette âme qui apparaissait devant lui comme le lit de l'Océan avant qu'il eût reçu ses grandes eaux ; Dieu y déposa la source de la vie éternelle, le Verbe, son Fils !

Nous aussi, marchons dans les voies petites, humiliées; entrons dans la conviction de notre misère;

* Eccl., XXII, 8.

» R. P. Caussade, l'Abandon à la Providence divine, liv. III, ch. ii.

faisons le vide en notre âme ; débarrassons-la des scories de nos concupiscences et des encombrements de nos péchés.

Dieu répand sa grâce comme sa pluie et son soleil sur les bons et sur les méchants ; mais les bons obéissent et agissent en vertu de la grâce, et leurs âmes prennent quelques-uns des caractères de la divine maternité pour concevoir et développer la grâce, les autres demeurent stériles. C'est toute la vie chrétienne et toute la question des progrès de l'âme. Dieu commence, mais l'homme doit suivre, obéir, agir et souffrir pour mériter en quelque sorte d'entrer dans la sainte maternité de la grâce.

Par une obéissance radicale, livrons-nous donc à l'action de Dieu, et Dieu nous comblera des dons de Jésus-Christ, et nous partagerons ainsi avec notre Admirable Mère les grâces de l'Incarnation.

COLLOQUE

Demander à la très -sainte Vierge qu'elle veuille bien nous obtenir la force de la suivre dans la voie de l'humilité et de l'obéissance.

PRATIQUE

Considérer le Cœur de la très-sainte Vierge, en étudier les saints attraits, chercher à imiter son obéissance en refusant â la volonté proi)re tout ce (ju'on sait n'être pas dans les vues de Dieu.

BOUQUET SPIRITUEL

Vous n'avez point voulu d'hostie ni d'oblation, mais vous m'avez formé un corps... alors j'ai dit : « Me « voici ; je viens pour faire, ô Dieu, votre volonté *. »

Tout ce que vous voudrez, ô mon Dieu, comme vous le voudrez, quand vous le voudrez !...

Le point suprême de la perfection est de n'être plus, étant entièrement perdu dans la volonté de Dieu, et de ne se trouver jamais que dans l'accomplissement de cette même volonté *.

Il faut s'abandonner, se consacrer et sacrifier entièrement et irrévocablement à Dieu, afin qu'il fasse de nous, en nous et par nous, tout ce qu'il lui plaira *.

Mater-Admirabilis guérit le corps et l'âme.

Le jour de la fôte du Saint-Cœur de Marie, 1847, une sœur novice de la Trinilé-du-Mont se rendait à l'église pour entendre la messe, quand elle fit un faux pas et tomba assise; le coup porta sur l'épine dorsale, et les douleurs furent si vives que la religieuse resta sans pouvoir se mouvoir. On la plaça sur un lit; le chirugien.déclara le mal fort grave et défendit à la malade tout mouvement, même des

' Hebr., x, 8.

* Le Solitaire des rochers.

* Sainte ChanlaL

bras. La pauvre sœur était donc clouée sur son lit, pour plusieurs mois, au dire des hommes de l'art. Le soir du cinquième jour, depuis son accident, la malade demanda à la sœur infirmière un peu d'huile de la lampe de Matcr- Admirabilis; mais on l'oublia. Dans sa simplicité, elle fit alors cette prière à Marie : « Ma bonne Mère, vous savez « que j'ai demandé de l'huile de votre lampe et que je «l'attends encore; mais est-il besoin de cela pour me «guérir? Ne pouvez-vous pas vous-même passer votre « gentille petite main sur mon mal et faire disparaître « la cause de mes souffrances? Vous voyez dans quel état «je suis : me voilà devenue complètement inutile; moi « qui suis la dernière de la maison, je devrais servir les « autres, et au lieu de cela, j'ai trois personnes occupées « autour démon lit. Je vous en supplie, guérissez-moi!...» Après avoir fait sa prière elle s'endormit. Au milieu de la nuit elle se réveilla, et quel ne fut pas son étonncment de se trouver presque debout, appuyée contre son lit! Sa première pensée fut : On m'a défendu de remuer, et comment donc ferai-je pour me recoucher? Mais bientôt elle se convainquit que Matcr-Admirabilis avait exaucé sa demande; elle ne ressentait plus aucune douleur et pouvait parfaitement se mouvoir. Après avoir exprimé sa reconnaissance à sa bonne Mère, elle s'endormit paisiblement. Le lendemain, elle s'empressa de raconter ce qui lui était arrivé, puis elle se leva et se rendit auprès de la Mère supérieure. Le chirurgien, qui vint plus lard, la trouva, à son grand étonnemont, dans un état de santé parfaite; il n'eut pas de peine ù attester que celte guérison n'était nullement duc aux remèdes, mais qu'elle tenait du prodige. La bonne sœur, à dater de ce moment, put reprendre son travail sans éprouver le plus léger ressentiment de sa chute.

aUÂTORZIÉME JOUR. 199

La révérende mère Makrina, religieuse polonaise persécutée, pendant qu'elle demeurait à la Trinité-du-Mont, reçut un jour la visite de plusieurs protestants, parmi lesquels se trouvait un jeune Anglais qui prit à tâche de lui adresser une multitude de questions insidieuses. La mère, pour en finir, proposa une visite à la chapelle de Mater-Aclmirabilis. Arrivés devant l'image tous se mirent à genoux, excepté notre méchant railleur, qui persista à rester debout. La mère Makrina lui dit alors : « Vous ne <t voulez pas vous mettre à genoux; eh bien! il viendra « un jour où vous vous prosternerez aux pieds de cette « même image! » Puis elle se mit à prier Marie avec sa ferveur ordinaire. Le jeune protestant sembla n'attacher aucune importance à ces paroles, et cependant. Mater- Admirabilis avait blessé son âme d'un trait vainqueur. Peu de temps après il quitta Rome. Environ deux années s'écoulèrent. Un jour, on vit venir à la Trinité un nouveau catholique qui se dirigea aussitôt vers la sainte chapelle : là, se prosternant profondément devant l'image vénérée, il répandit son cœur dans celui de Marie en versant des larmes d'attendrissement. C'était le jeune Anglais qui avait visité la mère Makrina deux ans auparavant. Il raconta alors que depuis le jour où il était venu dans cette chapelle, il avait été poursuivi incessamment par la trèssainte Vierge; il avait beau la fuir, son souvenir le suivait portent; il n'avait plus la paix. Enfin, s'étant décidé à embrasser la religion catholique, il était devenu véritablement heureux. L'amour de Marie enflammait son cœur et

lui faisait goûter des délices ineffables : il lui devait tout son bonheur.

Bientôt il eut l'inspiration de se dévouer au salut des âmes et entra au collège des Irlandais, où il ne tarda pas à recevoir les saints ordres.

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