VI... Les promesses de l'ange se réalisent
\ii... Il y avait autour du Temple quinze liabilations et (juinze déférés d'ascension (quinze marches à monter), car le Temple était b;Ui sur une montagne, et l'on ne pouvait arriver à l'autel des holocaustes, qui était au dedans, que par des degrés. C'est pounjuoi, dans une de ces habitations, ses parents installèrent la bienheureuse petite Vierge Marie. Lorscfu'ils l'eurent dépouillée des vêtements qu'elle portait dans le voyage, et que, selon l'usage, ils l'eurent revêtue d'habils plus propres et plus riches, la Vierge, sans le soutien d'aucune main qui la dirigeât, monta tous les degrés pour marquer que dans celte occasion, rien ne mancpiail k la perfection de son âge; car déjîi le Seigneur opérait grandement dans renl'ance de sa Vierge. Donc, après avoir célébré le sacrifice, selon l'ordonnance de la loi, et accompli leur vœu, ils laissèrent l'Enfant pour être élevée pendant sept ans avec les autres vierges du Temple, et retournèrent dans leur maison, après l'avoir remise entre les mains d'Anne la prophétesse, qui devint sa maîtresse.
viii... Mais la Vierge avançait en âge et en vertu. El, suivant le Psalmiste, son père et sa mère l'avaient abandonnée, mais le Seigneur la prit'. Car tous les jours elle jouissait d'une visite divine qui la préservait de tout mal et la faisait abonder dans le bien. C'est pourquoi elle arriva jusqu'à (juatorze ans sans qu'on put reconnaître en elle rien qui fût digne de reproche.
Alors le Grand-Prêtre annonçait publiquement les
' Ps.x.\vi, 10.
vierges qui étaient dans le Temple, et qui , d'après les usages de la nation, étaient en âge d'être mariées.
Lorsqu'à l'ordre du Pontife toutes les vierges modestes se présentèrent, seule, Marie, la Vierge du Seigneur, répondit qu'elle-même et ses parents l'avaient donnée au service du Seigneur, et qu'elle ne voulait pas violer ce vœu. Le pontife était dans une grande angoisse d'esprit, car l'Écriture dit:« Accomplissez vos vœux: Vovete et reddite '. » Il craignait d'enfreindre un vœu, il ne voulait pas non plus introduire de changement dans les habitudes de la nation. Il ordonna que tous les anciens de Jérusalem et des lieux voisins se rendissent Ji la fête prochaine, pour savoir d'eux ce qu'il devait faire dans une rencontre si douteuse. Tous furent d'accord qu'il fallait consulter le Seigneur, et le Pontife cédant à la prière de l'assemblée, s'approcha pour consulter Dieu, et aussitôt une voix, sortie du propitiatoire, se fit entendre à tous, disant qu'il fallait, selon le prophète Isaïe, rechercher celui à qui la Vierge devait être fiancée ; car il est dit dans Isaïe : « Une branche sortira de la souche de Jessé, et une fleur montera de cette racine, et l'esprit du Seigneur se reposera sur elle : l'esprit de l'intelligonce et de la sagesse, l'esprit du conseil et de la force, l'esprit de la science et delà piété; et l'esprit de la crainte du Seigneur la remplira». »
D'après cette prophétie, le Grand-Prêtre ordonna que tous les hommes de la maison et de la faniilh; de David, aptes k être mariés, se présentassent h l'autel avec leur Mton, et après que diacun d'eux l'eut ai)porté, celui dont lebftton aurait ]>roduit un(! fleur et sur le sommet duquel
• Vs. XI, 1-3.
• Ps. LXXV, 12.
le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, se serait reposé, celui-lJi devrait être présenté et fiancé Ji la Vierge. IX... Au milieu de tous était Joseph, de la maison et de la famille de David. Seul parmi ceux qui, suivant l'ordre donné, avaient apporté leurs bâtons, il cacha le sien. De là, comme rien no parut répondre à la voix divine, le Pontife pensa qu'il fallait de nouveau consulter Dieu, qui répondit que parmi tous ceux qui étaient rassemblés, le seul qui devait épouser la Vierge n'avait pas apporté son bâ ton. De celte façon Joseph fut trahi, car lorsqu'il eut apporté son bâton, et qu'une colombe venant du ciel vint se reposer îi son extrémité, il parut évident aux yeux de tous que c'était lui qui devait épouser la Vierge.
Même sujet*.
L'Église de la terre ignora longtemps le jour de la naissance glorieuse de la bienheureuse Vierge Un pieux solitaire entendait, chaque année, dans la nuit du 8 septembre, d'angôliques harmonies qui descendaient des doux. Surpris de cette merveille, il pria le Seigneur de lui révéler ce que signifiaient cos concerts. Alors un ange lui apparut et lui dit : « La Vierge immaculée qui fut Mère « de Dieu est née en cette nuit même ; les hommes 1 igno- H rent; mais les anges chantent sa nativité dans les cieux.»
^larie n'avait encore qu'une année lorsque Joachini dit à sa fidèle compagne : « Conduisons l'Enfant dans le « Temple, pour accomplir le vœu que nous avons fait au « Seigneur. Peut-être que la justice de Dieu nous puni- « rait si nous tardions plus longtemps. » La pieuse Anne
' Traduit du gaulois, d'après Vincent de Beauvais, dominicain, secrétaire de saint Vincent de Lérins, mort eu 12(:4.
lui répondit : « Attendons plulôt qu'elle ait atteint satroi- « sièmc année, pour ([u'elle ne redemande pas son père « et les caresses de sa mère. »
Anne et Joacliim la conduisirent eux-mème vers le tabernacle du Seigneur. Leurs yeux se mouillèrent de larmes en pensant h la solitude de leur maison de Nazareth, que n'animerait plus la présence d'une enfant si aimable et si chère.
« Marie fut conduite au milieu des jeunes vierges de son âge, élevées à l'ombre du sanctuaire, sous les ailes des chérubins qui protégeaient l'arche du Seigneur. Les deux patriarches offrirent un sacrifice au Dieu d'Abraham, d'Isuac et de Jacob, sur l'autel des holocaustes, puis, se séparant de leur fille bien-aimce, ils revinrent à Nazareth, emportant sa pensée dans leur cœur.
« A cet Age de trois ans, la Vierge Marie parlait déjà avec la gravité d'une femme de trente ans. Continuellement appliquée à la méditation des choses du ciel, elle ne voulait pas en être distraite Elle avait pris l'habitude de ne répondre aux salutations qui lui étaient adressées que par ces paroles : Gloire à Dieu ! Ses actions étaient réglées suivant un ordre immual)le : depuis le matin jusqu'à Tierce (9 heures du matin), elle s'appliquait à la prière; depuis Tierce jusqu'à Noue (environ 3 heures après-midi), elle s'occupait à filer le lin et le chanvre, à ourdir la trame de fins tissus. Son habileté pour les travaux était telle qu'elle l'emportait sur les plus adroites ouvrières, .\ l'heure de Noue, elle se remettait en prière, juscju'à ce que l'ange du Seigneur vînt lui apporter le repas du soir.
« Cependant la prière était la plus chère et la plus fréquente occupation de la Vierge. Dieu l'y favorisait de ses communications intimes. Sou visage devenait alors sires-
plendissant de lumière que nul ne pouvait en soutenir réclat. »
Légende de la pourpre
DU MI3ME AUTEL'n.
Le Grand-Prêtre ayant fait remettre à Marie, et à sept de
ses compagnes, une certaine quaniilé de lin, d'hyacinthe, de bysse et de pourpre qu'elles devaient filer, les jeunes filles convinrent de tirer au sort entre ces travaux différents celui dont chacune aurait h prendre la tâche. La pourpre échul, ù Marie. A cette époque, la pourpre était la couleur impériale. Les jeunes filles s'écrièrent que la pourpre tombait aux souveraines, et elles se mirent à appeler Marie : Reine des Vierges!
A ces mois, un ange du Seigneur descendit au milieu d'elles : «La parole que vous avez prononcée, dit-il, ne « sera pas une parole vaine ; elle sera l'accomplissemenl « de toutes les prophéties. »
DIX-NEUYIÈME JOUR
MEDITATION
Marie Admirable dans le soin qu^elle prend dei auteli du Seign<>ur.
PREMIER PRÉLUDE. — Voir la jeune Marie passer de l'étage supérieur où était planée sa cellule, dans les chambres inférieures du Temple où de pieux emplois la réclamaient... Voyons-la s'employer aux saintes préparations des sacrifices.
DEUXIÈME PRÉLUDE. —Demandons à Mater-Achnirahilis de savoir passer, sans descendre, de la contemplation à l'action : ce qui est quitter Dieu sans le quitter. Prions-la aussi de nous donner le zèle de la maison de Dieu et de tout ce qui se rapporte à sa gloire.
PREMIER POINT
Marie disposait sagement à Vavancc l'emploi de son
temps et accomplissait ensuite fidèlement ce qu'elle avait prémédité.
Marie sort calme et recueillie du monde intérieur où elle vient de converser avec son Créateur et Seigneur. Très-pure et plus éclatante à chaque aurore , elle sort de son oraison pour agir à l'extérieur, comme Dieu sortit de son repos éternel pour créer l'univers, ou encore comme Moïse , lorsqu'il sortit de la nuée qui couvrait le Sinaï, et qu'il apparut resplendissant de la lumière que la Majesté divine venait de projeter sur son visage. Quelle paix! quelle harmonie règne dans tout l'être immaculé de la très-sainte Adolescente ! Toute recueillie en Dieu, unie à lui de toute l'énergie de ses puissances, baignée encore dans l'Esprit-Saint, elle sort de l'oraison avec des prérogatives toujours nouvelles. On dirait que la grâce de son immaculée Conception est un jour qui, ayant déjà le midi pour aurore , s'illumine progressivement de clartés qu'on n'eût pas crues possibles, et qu'en effet Dieu seul pouvait produire.
Mais, en quittant ces rendez-vous célestes, Marie descendra-t-cHe ? Rendue au monde visible, elle fera comme la femme forte dont elle se propose humblement l'imitation. Elle considérera toutes choses, avant de réduire en acte ce qu'elle veut réaliser de sou oraison. La voyez-vous, l'auguste Enfant, devant ces dfux mots : le devoir... le meilleur? Elle cherche, elle délibère et enfin elle choisit; elle arrête son ordre de journée en l'oUVant au Seigneur. Que nos matinées uttireiaicut de béuédictious sur les heures qui doivent
DIX-NEUVlÉxME JOUR. 274
suivre si, renaissant, pour ainsi dire, du seinmême de Dieu, chaque fois que l'oraison nous y aurait placés, nous revenions à la vie de la terre avec cette nouveauté, cette simplicité, œttc onction, cette vigueur, cette jeunesse céleste qu'un commerce intime et profond avec Dieu donne à l'âme !... Si, dans cette douce lumière, dont nous sommes alors investis, nous réglions les actes destinés à remplir le cadre de la journée, nous accomplirions toute chose en son temps : une telle vie aurait bientôt le parfum de l'incorruptibilité. C'était l'arôme divin qui s'exhalait de toutes les actions de la Vierge d'Israël. ¥l\e embaumait ainsi le Temple d'un encens vraiment céleste.
Mais voici la très-pure Enfant qui passe sous notre regard : modeste et recueillie , elle se rend avec diligence dans le lieu où l'appelle son devoir. La diligence, c'est l'allure régulière d'une âme que pousse le Saint-Esprit; c'est la manière d'agir de l'amour.... « Celui qui aime court, vole ; il est dans la joie; rien ne l'arrête , rien ne lui pèse , rien ne lui coûte, et à cause de cela, il peut tout ; il accomplit beaucoup de choses qui fatiguent et qui épuisent celui qui n'aime point'.» Rien n'est plus éloigné delà paresse, rien ne ressemble moins à l'empressement naturel. L'esprit du diligent est plein de lumière, son cœur est libre, sa volonté active , son œil est simple. Il va vite parce qu'il va à Dieu et ne prétend pas à autre chose...
Voici donc la diligente Marie à l'œuvre. Quel sera
' Imit., 1. m, c. V.
son emploi? Celui que l'on confiait à la Vierge, qui, au milieu des filles de Sion, excellait en révérence, en modestie, en vigilance ; celui de préparer les parfums pour les sacrifices , d'entretenir l'huile des lampes et de donner au linge, aux vêtements, aux vases sacrés, ce lustre que réclamait la grandeur du culte de Jéhovah. Certainement les lévites, dont les mains étaient consacrées pendant sept jours* , afin d'entretenir dignement ce qui avait le moindre rapport au culte du Seigneur, avaient le soin spécial des vases sacrés, mais les doigts si délicats et si purs de la Mère Admirable ne devaient-ils pas aussi , dans l'intérieur du Temple, être consacrés au service des autels? Ceci n'est pas douteux , car n'aura-t-elle pas bientôt un honneur plus insigne, et ne sera-t-elle pas chargée d'un ministère plus éminent? Les mains de la trèspure Vierge envelopperont de langes les membres d'un Dieu fait homme; elles serviront de soutien à Celui qui porte le monde; elles le donneront à Joseph, aux bergers et aux mages... On peut pieusement penser que ce fut au Temple que Marie lit ce saint apprentissage en préparant ce qui devait servir aux sacrifices.
Marie avait le plus religieux respect pour tout ce qui avait rapport au culte extérieur du Temple. Contemplons la manière dont Marie se livre à son
* Exod., XXIX, 8S.
DIX-NEUViÊME JOUR. 273
emploi. Que cette question est grave! Qu'il importe de bien la comprendre ! Rien ne .touche de si près à la perfection. Si cette question est pratiquement bien résolue, on peut dire que la perfection est atteinte.
Sans empressement, mais avec diligence, comme nous l'avons dit, la Fille des illustres ménagères bibliques prévoit ce dont elle aura besoin pour faire ce qui a été commandé. Se souvenant, avec piété, des exemples d'Anne sa mère, elle tient dans un ordre parfait les objets confiés à sa garde.
S'agit-il de préparer ce qui sera nécessaire aux prêtres pour fuire l'huile des onctions sacrées? la soigneuse Enfant ouvre le livre de la loi ; elle y relit attentivement ce qu'elle sait déjà; mais, dans son humilité, elle craint de commettre la moindre infraction en des fonctions si saintes, que Dieu luimôme a daigné en régler les détails. Dans sa balance d'or elle pèse, au poids du sanctuaire, cinq cents sicles de la myrrhe la plus précieuse, la moitié moins de cinnamome et autant de roseau aromatique ; cinq cents sicles de cannelle et la mesure d'un gin d'huile d'olive *. Lui a-t-on dit de réduire elle-même l'onyx, le galbanum, le stacte et l'encens en poudre très-fine pour composer le parfum qui devra s'exhaler devant l'arche de la loi? ses mains virginales triturent avec soin les aromates dont le Seigneur lui-même a indiqué l'usage. Elle craint d'en savourer la délicieuse essence et de n'en pas laisser toute la fraîcheur à son Seigneur et Maître.
• Exod., XXX, 31.
Pendant ces heures de travail manuel, quelle est roccupation intérieure de la modeste ouvrière? Elle ne cesse de prier, disant : « Que ces parfums mon- « tent vers vous, ô Jéhovali ! et que votre miséricorde (( descende sur votre peuple! Que mes désirs, que « mes gémissements, dans cette vallée de deuil, vous « soient des aromates dont l'odeur soit agréable à « votre Majesté sainte ! »
Présente-t-on à Marie du linge à purifier, à plier? elle y met tous ses soins ; quand elle le rend aux prêtres, on dirait une de ces belles fleurs où chaque pétale de la corolle a son pli et sa place, sans froisser le pétale qui le touche et s'appuie sur lui. Sans doute, Marie n'entrera pas dans le saint des saints; son ministère doit demeurer caché à l'intérieur du Temple ; peut-être même ce qu'elle prépare pour le sacrifice, le doit-elle déposer aux tours qui la dérobent aux yeux des lévites ; mais enfin, elle a sa part dans le sacrifice ; elle donne déjà ses parfums aux victimes figuratives, comme elle les donnera plus tard à l'Agneau divin.
Tout en s'occupant de ce qui concerne les sacrifices et les autels, Marie perçoit de mystérieux rapports entre les figures et la réalité qu'elle voit déjà apparaître à l'horizon. Pourquoi ces parfums de si grand prix? Elle a lu, dans Isaie, que le Christ serait couvert de plaies et mis à mort? pourquoi n'cntrevorrait-elle pas ((uelque chost^ des grandes scènes du Golgotha? Si elle ne se voit pas la mère du divin Supplicié, pourquoi n'aurait-cllo pas le désir d'être
ramie déTOuée qui embaumera les blessures du Rédempteur? En pliant les linges sacrés, en donnant aux instruments du sacrifice la dernière netteté, pourquoi ne penserait-elle pas à l'humanité sainte du Messie promis? Sa foi est si vive et sa charité si ardente, qu'elles lui rendent, pour ainsi dire, présents les mystères annoncés.
Elle a lu dans Isaïe : « Un petit enfant nous est né, un fils nous est donné *... » Cet enfant, ce fils de la promesse, n'est pas encore le sien, et son humilité l'arrête quand son amour l'entraîne... Mais cet enfant admirable aura une admirable mère qui pourra vénérer son corps sacré, le couvrir des marques de son amour et l'entourer des soins de sa tendresse. Heureuse mère ! ah ! que Marie voudrait la voir de ses yeux I que de louanges elle lui adresse !
Une fois ces rapprochements supposés dans la pensée de Marie, nous ne pouvons plus la suivre dans ses actes d'adoration, dans ses élans de charité et dans ses abaissements d'humilité la plus profonde. Tout dans la magnificence du culte prend vie à ses yeux... Elle pénètre les rapports mystiques qui existent entre les autels, leurs ornements et les états futurs du Verbe incarné, les circonstances de sa vie, les détails de son sacrifice. Elle envie le sort des prêtres et des lévites, tandis qu'eux-mêmes pourraient, à leur tour, lui envier ses sentiments de révérence et d'amour. Ce qu'elle touche, orne et prépare, n'atteint jamais la
' Is., n, 6.
beauté et le prix qu'elle voudrait \oir en tout ce qui doit être offert à son adoré et bien-aimé Seigneur.
0 mon admirable Mère ! que n'eussiez-\ous pas fait et ressenti si vous aviez eu, comme nous, le bonheur de vous approcher du Très-Saint Sacrement?... s'il vous eût été donné de tisser les voiles, de poser les fleurs du saint tabernacle où réside le corps, le sang, l'âme et la divinité de Noire-Seigneur Jésus- Christ? Si vous aviez pu préparer les nappes où doit s'étendre l'adorable Victime? qu'elle eût été vive votre joie I Faites que je vous imite dans les beaux exemples que vous me donnez. Que toutes les fois que j'ai à m'approcher de l'autel, je me souvienne du zèle avec lequel vous accomplissiez votre emploi dans le Temple I
COLLOQUE
Demandera Mater-Admirabilis de porter aux réalités divines de notre culte quelques-uns des sentiments de révérence et d'amour qu'elle portait aux objets qui, dans le Temple de Jérusalem, signifiaient ce qu'il nous est désormais permis de contempler.
Nous efforcer, comme Marie, de pénétrer le sens des choses saintes.
Consacrer à l'ornement des autels le temps et les biens dont on peut disposer.
PRATIQUE
Mettre dans nos pieux projets de faire une part de
travail et de dépense pour contribuer à honorer le Saint-Sacrement.
Si nous avons quelque office à remplir près des autels, nous en acquitter avec foi, ferveur et religion.
BOUQUET SPIRITUEL
(t Tu poseras l'autel en face du voile qui est sus- « pendu devant l'arche, vis-à-vis du propitiatoire qui « couvre le témoignage où je te parlerai ; et sur cet « autel, Aaron brûlera le matin de suaves parfums. « Ces parfums brûleront encore le soir quand on pla- '( cera les lampes '. »
Toutes ces choses n'ont été que l'ombre de celles qui devaient arriver, et Jésus-Christ en est le corps '.
Lorsque Dieu voulut donner une nourriture à notre âme pour la soutenir dans le pèlerinage de la vie, il promena ses regards sur la création et ne trouva rien qui fût digne d'elle. Alors il se replia sur lui-môme et résolut de se donner. 0 mon âme, que tu es grande, puisqu'il n'y a que Dieu qui puisse te contenter !
Comment ne donnerait-on pas à Notre-Seigneur tout ce qu'on a de plus riche et de plus précieux? Quelle ingratitude de se montrer avare envers un Dieu qui se montre si prodigue * I
• Ex., XXX, 7 et 8.
* Coloss., II, 17.
» M. Vianncy, Esprit du curé d'Art.
Enfance et adolescence de la Très-S'" Vierge'.
Notre auguste et tendre Reine était traitée comme les autres enfants de son âge. Sa nourriture était commune, quoique fort petite pour la quantité. Il en était de même pour son sommeil, auquel il fallait la provoquer. Elle n'était point fâcheuse, elle ne pleurait jamais. Son air était joyeux, agréable, mêlé néanmoins d'une douce gravité, et on y découvrait une majesté rare. La Reine, petite enfant, était en toutes choses reconnaissante, très-parfaite et admirable.
Par une disposition du Très-Haut, notre jeune Maîtresse garda le silence pendant le temps que les enfants le gardent. Elle demanda au Très-Haut une permission et une bénédiction pour ouvrir ses lèvres pleines de grâce, et, dans le dix-huitième mois de sa tendre enfance, elle commença à parler avec les hommes. Comme elle était trèsprudente, elle adressa ses premières paroles à sainte Anne et à saint Joachim, pour leur demander leur bénédiction. La maison de Joachim n'était pas fort riche, mais elle n'était pas des plus pauvres, c'est pourfiuoi sainte Anne .souhaitait de parer sa très-sainte Fille selon le rang honorable de sa famille. La très-douce Enfant reçut, pendant qu'elle ne parlait pas, celle marque de l'affection de sa mère; mais quand elle commença ù parler, elle la pria humblement de lui mettre un habit grossier et pauvre, ce que sainte Anne ne lit pas.
L'humilité de la très-sainte petite Fille ne fut pas moins admirable lorsqu'elle se laissait apprendre à lire cl quand
' Rxtrait des écrits de Marie d'Agreda, Cité mystique.
elle entreprenait de balayer et de nettoyer la maison; mais comme on ne voulait pas le lui permettre, nonobstant sa faiblesse, elle tûchait de le faire quand elle était seule.
L'aimable petite Marie commença à prévenir et à disposer sa mère, lui découvrant, six mois auparavant, le désir qu'elle avait de se voir déjà dans le Temple, et pour préparer son esprit à celle sensible séparation, elle lui représentait qu'étant consacrée à Dieu, dans le Temple, elle appartiendrait plus étroitement encore k ses parents que dans sa propre maison.
Les trois ans que le Seigneur avait déterminés étant accomplis, Joachim et Anne, accompagnés de quelquesuns de leurs parents, sortirent de Nazareth portant avec eux la véritable arche du Testament, la très-pure Marie, pour la consacrer dans le Temple do Jérusalem. Ils y arrivèrent enfin, et avant d'y entrer, sainte .\nne et saint Joachim prirent leur Fille et leur Maîtresse par la main et la conduisirent au dedans, et après y avoir fait tous les trois une dévote prière, le père et la mère offrirent leur fille au Seigneur, pendant ([ue la petite Marie s'offrait elle-même avec une humble adoration. Elle ouït, dans une divine splendeur qui remplissait le Temple, une voix qui lui disait : « Venez, mon Épouse, mon Élue, « venez dans mon Temple, où je veux que vous m'offriez « un sacrifice de louange et de bénédiction. »
La prière achevée, ils allèrent trouver le prêtre auquel ils présentèrent leur lille Marie, et le prêtre lui ayant donné sa bénédiction, ils la conduisirent dans l'appartement des vierges, où elles étaient élevées dans une sainte retraite et en de pieuses occupations, jusqu'à l'Age de prendre l'état du mariage.
Les aînées de la tribu royale de Juda et do la tribu sa-
cerdotale de Lévi, étaient singulièrement gardées dans cet appartement.
La montée pour y aller avait plusieurs degrés où Ton trouva d'autres prêtres qui venaient recevoir notre jeune Reine. Celui qui la conduisait la mit au premier degré. Elle lui demanda la permission de prendre congé de ses parents. Elle se tourna vers Joacliim et sainte Anne, et s'élant mise à genoux, elle leur demanda leur bénédiction. Ensuite elle monta au Temple avec une joie admirable, sans tourner la tête, sans verser aucune larme, sans faire le moindre acte puéril. Les prêtres la reçurent, la conduisirent dans Tappartement des autres vierges et la recommandèrent à celles qui en prenaient le soin, parmi lesquelles se trouvait Anne la prophétesse.
Saint Joacliim et sainte Anne s'en retournèrent à Nazareth bien plus pauvres qu'ils n'étaient venus, et pénétrés d'une vive douleur d'être privés du riche trésor de leur maison.
La jeune Marie ayant été remise à sa maîtresse, elle lui demanda à genoux sa bénédiction. Elle alla ottVir avec la même humilité ses services à toutes les vierges qui se trouvaient dans cette clôture, les salua, les embrassa chacune en particulier, les priant, comme plus anciennes, de lui enseigner et de lui commander ce qu'il y aurait à faire.
La très-sainte Enfant fit vœu de chasteté on présence du Seigneur. Elle renonça ù l'affection des choses de la terre et se proposa d'obéir à toutes les créatures pour Dieu. Elle alla ensuite trouver sa maîtresse et lui remit tout ce que .sa mère, sainte Anne, lui avait laissé. Anne la prophétesse reculée <iue cette aima))lc Eillc lui offrait et résolut d'en prendre un soin particulier, comme de la plus dépourvue. Elle prescrivit aussi une manière de vivre îi la Irès-douco et trôs-bénigne Enfant, en ayant auparavant
conféré avec le souverain Prêtre qui avait tracé ce règlement : « Ma fille, vous assisterez aux cantiques du Sei- « gneur, et vous prierez le Très-Haut pour la nécessité de « son Temple et de son peuple et pour la venue du Messie. « Vous vous retirerez à huit heures du soir pour vous re- « poser, et vous vous lèverez au point du jour pour prier « et bénir le Seigneur jusqu'à Tierce. Depuis Tierce vous « vous occuperez à quelque travail manuel, afin que vous « vous instruisiez de ce qui regarde votre élat. Observez « une discrète sobriété dans le repas que vous prendrez « après le travail. Ensuite, vous irez recevoir les instruc- « lions de vos maîtres, et vous emploierez le reste de la « journée i\ lire les saintes Écritures. »
I/heureusc mort du patriarche Joachim arriva six mois après rentrée de la très-sainte Fille dans le Temple. Il vécut soixante-neuf ans. Comme Marie était parfaite en fout, elle s'en alla aussitôt au Temple pour y renouveler son sacrifice de louange et de prière.
Le serpent, qui avait trompé Eve en la faisant déchoir de l'état heureux d'innocence, était attentif aux œuvres héroïques do la très-sainte Enfant du Temple, et comme il ne put pas être témoin des intérieures, il prenait un grand soin de découvrir les extérieures. La pureté et la sainteté de la jeune Marie l'offensaient au delà de tout ce qu'on peut dire. Il voulut bien livrer un combat par l'entremise des créatures, et pour cela il envoya quelques étincelles d'envie contre la très-sainte Vierge dans le cœur de ses compagnes. Elles se persuadèrent (ju'en regard des vertus éclatantes de la très-pure Marie, elles étaient obscurcies. Celte petite haine passa à l'indignation, et elle ne tarda pas à éclater.
La tentation se fortifiant, elles la traitèrent d'une manière hautaine, lui dirent les choses les plus dures et pré-
tendirent la faire cliasser du Temple. Marie pratiqua, à leur égard, des actes héroïques de charité, d'humilité, rendant le bien pour le mal, et des bénédictions pour des malédictions. Le Seigneur adoucit la mauvaise humeur de ces tilles, en arrêtant la fureur du démon qui les irritait, et tout rentra dans la paix habituelle.
MEDITATION
Marie Admirable lorsqu'elle prend le fuseau, la navette et l'aiguille.
PREMIER PRÉLUDE. — Coutcmplor la très-modeste Vierge dans une des chambres supérieures, dont les murailles étaient revêtues d*or*. Autour de cessplendides appartements, adjoints au sanctuaire, on voit, rangés avec symétrie, des métiers, des quenouilles, des dévidoirs, des corbeilles, tout ce qui sert à filer, à tisser et à broder les ornements du Temple.
DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander à Mater-Admirabilis l'amour d'une vie laborieuse et sédentaire , vie essentiellement chrétienne, surtout pour la femme, pour la jeune fille, auxquelles s'adressent plus particulièrement cette médit ition.
' I Par., m, 9.
28i DEUXIÈME PARTIE.
PREMIER POINT
Marie laborieuse et diligente fait succéder un decoir à un autre devoir.
La matinée de Marie s'avance; depuis que, sortant de son oraison , elle a quitté l'oratoire de sa cellule , plusieurs heures se sont écoulées dans le service des autels du Seigneur. Elle croit avoir rempli toutes ses obligations. Pour plus de sûreté, elle repasse en sa mémoire les ordres qui lui ont été donnés, les recommandations qui lui ont été faites. Elle jette un dernier regard sur son œuvre , et voyant que tout est bon' , elle donne aux objets dont elle s'est servie pour accomplir son travail manuel, un dernier lustre de netteté et d'arrangement , puis elle quitte le lieu, consacré à son office, pour se rendre en diligence vers les chambres hautes où de nouveaux travaux la réclament ^
Combien est éloigné du vrai bonheur celui qui ignore les saintes délices, attachées à une vie laborieuse, ponctuelle et passée dans la fidélité aux exercices religieux et au règlement imposé! Il reste étranger aux sereines jouissances d'une matinée radieuse, commencée par une conversation familière avec Dieu, dans l'ombre ou la lumière du jour suivant la saison, et continuée dans l'allégresse que procurent ix l'âme les devoirs sérieux accomplis.
• Gcn., I, 21).
» Nous avons tlil précédcminciil que le lieu où se conscivait le d»5pôt (les objets nécessaires au service du Temple élail nu rcz-dc-cliauss(!c.
(( Rien ne donne plus de loisir et de vigueur pour les affaires et pour tout. On croit sacrifier du temps, on en gagne. Les exercices de piété régulièrement faits, et l'oraison surtout mettent dans l'âme je ne sais quel poids de Dieu qui la maintient, qui la règle, qui l'ordonne; et qui maintient, règle et ordonne toute la vie : c'est le remède souverain et unique contre toutes les légèretés de l'esprit et de la conduite qui sont la ruine du temps. C'est aussi dans l'âme une source permanente de lumière, de paix et de force; l'esprit en devient plus lucide, l'imagination et le cœur plus calmes, le caractère plus énergique et plus terme*. »
Toute journée chrétienne devrait nous apporter cette part de renouvellement intérieur, puisque à chaque aurore nous pouvons répéter ces paroles : Notre PÈRE QUI ÊTES AUX ciEUX. Pourquoi donc descendrionsnous vers les régions inférieures en nous livrant aux choses passagères et sensibles, sans plus nous souvenir môme de ce Dieu à qui nous avons consacré les œuvres de nos mains?
Pourquoi la méditation des choses divines, des vérités éternelles, des adorables mystères de la religion nous est-elle si peu familière ? Nous pensons à tout, sauf à nous-môme et à Dieu. Quand s'est- il fait, dans notre âiue, pour écouter Dieu , une demi-heure de silence? Si quelquefois ce silence de l'esprit, ce recueillement de l'âme a eu lieu dans le passé de nos
' Mgr Dupanloiip, De l'Éducation, t. IH,
jours, nous en gardons longtemps le souvenir, et nous croyons voir encore , dans la lumière , ces solennels moments d'une vie plus pleine et plus vraie. Pourquoi ne pas nous efforcer de les ressaisir? Pourquoi ne pas reposer, chaque matin , notre âme en Dieu et chercher, par la prière et la méditation, la divine vérité, la sainte lumière dont le moindre rayon vivifie pour toujours le cœur où il a pénétré ?
Il y a dans le travail, fait devant Dieu et pour Dieu, des joies inénarrables, des horizons immenses dont les perspectives laissent entrevoiries splendeurs éternelles ! L ame , en présence de ces régions, se trouve momentanément transportée dans une atmosphère supérieure, où régnent la justice et la charité divines... Là, goûtant cette paix qui surpasse tout sentiment,
elle voudrait taire halte dans ce séjour Mais, elle
l'a entrevu : c'est assez ! Il lui restera la force de se détacher suffisamment de cet attrait ineff'able pour tendre toujours en haut et lutter ici-bas!...
Revenons à Marie. Elle a rejoint ses compagnes. La voyez-vous au milieu de ces magnifiques ateliers de travail, où les filles de Sion ourdissent de leurs mains virginales les tils d'or et de bysse, dont elles forment le riche tissu sur lequel elles brodent ensuite d'admirables dessins d'hyacinthe et do pourpre, d'écarlate et d'or ? Plus diligente et moins empressée que toutes, la sainte Adolescente les surpasse en adresse et en habileté. Sans prendre d'autre soin (lue celui de se faire oublier, elle commence sa tâche journalière, (iommo elle a une place marquée pour chaque objet.
et qu'elle sait mettre chaque objet à sa place, elle n'a rien à chercher : tout est prévu dans son esprit; aussi toutes ses démarches, tous ses mouvements tendent au but qu'elle se propose avec assurance, justesse et mesure. L'Esprit-Saint l'informe de la manière dont elle doit faire chacune de ses actions.
On dirait à la voir tourner son fuseau, lancer et reprendre sa navette, tirer son aiguille, que le mobile qui la met en mouvement est le même que celui qui fait mouvoir les astres au firmament, murmurer le ruisseau, onduler la prairie. Et, en effet, c'est bien la même main qui donne son impulsion divine à la nature et à la Vierge Immaculée !...
Comment Marie travaille-t-ellej'
Un des charmes les plus attrayants de l'image de Mater-Admirabilis est de nous montrer la très-sainte Vierge occupée à filer. Ce travail, type primitif des labeurs de la femme, lui communique une grâce ravissante. Habitués que nous sommes à méditer sur les splendeurs de la Reine du ciel, notre cœur n'estil pas touché d'un sentiment de reconnaissance, quand il considère l'humble Enfant du Temple vivant comme nous, se livrant à de modestes fonctions, faisant tourner son fuseau, maniant la navette et l'aiguille? Elle, le Miroir de justice ! l'Admirable Mère du Verbe fait chair !.... la voilà devenue notre
sœur, la douce et aimable compagne de notre travail et de notre prière !
L'homme, après sa création, avait reçu le précepte divin du travail. Sous les frais ombrages de l'Éden qui lui avait été donné à cultiver *, il devait, sans effort et sans peine, recueillir dans la joie ce qu'il avait semé dans l'allégresse. Seule, immaculée comme Adam dans le paradis terrestre, Marie recevra la loi du travail dans les conditions primitives. Sans difficulté ni fatigue, ses mains produiront des ouvrages dont l'art et la science n'atteindront jamais ni la beauté, ni la fraîcheur. Sous ses doigts habiles les broderies précieuses se forment comme naturellement. Le lin le plus fin couvre ses fuseaux, et les teintes les plus vives brillent sur les laines qu'elle colore avant de les faire passer dans son aiguille.
Nous n'avons plus qu'une faible idée de l'importance que les anciens attachaient à l'art de tisser les étoffes, de les teindre et de les broder en bosse en y enchâssant des pierreries ^ Dieu même avait semblé indiquer combien ces sortes de travaux lui étaient agréables, en remplissant de son esprit les ouvriers qu'il destinait à produire ces œuvres d'art, et s'il avait dit en parlant de Béséléel : « Je l'ai rempli de
* Gen., ir, 15.
• Le voile du second Temple, bâti par Zorobabcl, avait M rapporté de Babylonc; il Omit d'une rare boauti* et d'un si grand prix, que le grand p'rMrc ÉliSa/.ar prt'-fira donner h Crassus, grut'rul romain, la poutre d'or, pesant 300 mines, qui soutcniiit oclle tapisscrio babylonienne. Ce fut ce voile uifme qui se ddcbira t» la mort de N.-S. .I.-C.
VINGTIÈME JOLR. 289
sagesse, d'intelligence et de science en tout genre liour inventer *, » avec quelle plénitude les mêmes dons ne durent-ils pas être départis à la très-habile Ouvrière du Temple!
Ces largesses surnaturelles de Dieu sont rares, mais il se peut que nous ayons reçu de lui une aptitude particulière pour ces travaux des mains, ou même pour des travaux plus nobles. Heureuse l'àme qui ne prend point en ces dons tout gratuits, et d'ailleurs secondaires, le sujet d'une vaine complaisance, mais qui en renvoie fidèlement à Dieu tout l'honneur! Heureuse l'âme qui s'en sert purement pour la gloire du Seigneur et le bien de ses frères, qui, dans les utiles produits de l'industrie humaine, ne voit que des gages de la divine bonté, et dans les œuvres d'art, des symboles de la beauté éternelle !
Dieu confie à l'homme la matière, et lui permet de créer aussi un monde où il fera son ciel, ses horizons, où il distribuera à sou gré la lumière et l'ombre. Son ciseau y fera naître la riche végétation des ornements, et son pinceau y répandra la vie eu le peuplant d'images. Mais ce monde doit être un temple. Dieu ne prête pas à l'homme sa puissance pour la profaner; et il faut aussi que quand l'œuvre sera laite, le regard suprême la trouve bonne, c'est-à-dire pleine de justice et d'amour. Toute expression du beau est un acte d'amour qui, à ce titre, n'est dû qu'à Dieu seul. Les œuvres d'art sont comme des
' Exode, XXXI, 2.
fleurs spirituelles, qui ne doivent être offertes qu'à celui qui est jaloux de tous les mouvements de nos cœurs, et qui nous a aimés le premier.
Toutefois, même en étant doués d'une facilité de talent plus qu'ordinaire, nous n'échapperons qu'en partie, et par moment, à la rude loi du travail, à l'humiliation, à la nécessité de l'effort et de la lutte contre les obstacles. Pour qui accepte cette loi avec courage et patience, elle est l'incessante occasion d'une pénitence salutaire ; elle est la source des plus hautes vertus, et par suite, des plus grands mérites. Écoutons donc avec un respect mêlé do confusion et de reconnaissance, cette grande voix de Dieu qui retentit encore : « La terre sera maudite à cause de « toi ; c'est à la sueur de ton front que tu mangeras «ton pain * ! » Courbons la tête ; ayons cœur à l'ouvrage et pensons à ce pain de la vie éternelle, dernier et magnifique salaire d'un labeur qui, si pénii)le qu'il soit, est allégé par la grâce, et qui dure si peu!
COLLOQUE
Louer Marie adolescente de ses privilèges. La remercier de nous avoir donné l'exemple de la soumission à la loi du travail, et lui demander la f;ivoiir do travailler nous-mêmes courageusement, constannnent et surtout chrétiennement.
♦ Ccn.,111, \s>.
VINGTIÈME JOLU. 29J
PHAÏIOIF.
Prendre le travail comme une pénitence du péché, et dès lors saisir allègrement celui qui se présente sous la forme du devoir, sans considération de l'attrait et du goût naturel.
Ne passer jamais un jour sans donner au travail et à l'étude une partie de son temps.
BOUQUET SPIRITUEL
Malheur à celui qui fait l'œuvre de Dieu négligemment ' !
Il ne faut pas vouloir servir Dieu dans son moment et à sa manière ; mais toujours et de tout sou cœur, de toute son àme, de toutes ses forces, sans songer à soi... On ne cesse pas de prier en ne cessant pas de bien faire *.
La véritable dévotion consiste à chercher ses plaisirs dans ses devoirs, son mérite dans ses devoirs, son honneur dans ses devoirs *.
Marie dans le Temple de Jérusalem*.
La petite Marie sera bientôt conduite au Temple de Jê-
* Jérém., XLViii, 10.
* Sainte Catherine de Sienne, Lettres.
' Mgr Rey, évCquc d'Annecy.
* Tiré des écrits d' Anne-Catherine Emmcrich, Vie de la sainte Vierge.
â9S DEUXIÈME PARTIE.
rusalem. Anne est dans une chambre de sa maison de Nazareth; devant elle Marie, âgée de trois ans, apprend à prier, parce que les prêtres doivent venir pour l'examiner à Toccasion de son admission dans le Temple.
Marie enfant est d'une beauté très-délicate. Elle a des cheveux d'un blond doré, légèrement bouclés. Elle est extraordinairemenl grande pour son âge, et elle sait déjà lire. Tout le monde admire la sagesse de ses réponses. Les prêtres sont venus pour juger si elle est en étal de venir au Temple, et, en outre, pour la faire habiller selon un certain mode déterminé. Toute la cérémonie est grave et solennelle ; et , quoique les vieux prêtres l'accomplissent avec un sourire naïf, ils reprennent leur sérieux par suite de l'admiration que font naître les sages réponses de Marie, et b. la vue des larmes des parents.
Pendant la nuit qui suit cette cérémonie, la famille s'occupe des préparatifs du départ. Joachim, dès la veille, a envoyé un serviteur au Temple avec les animaux qu'il veut offrir en sacrifice. On charge une bête de somme devant la maison; tout a été déjà soigneusement arrangé par Anne et ses femmes.
On se met en route pour Jérusalem dès le point du jour. La petite Marie désire si vivement arriver au Temple, «[u'elle sort de la maison en toute hâte. Sur l'âne, chargé de paciuets, on a préparé une place pour s'asseoir, et Marie y est installée. Joachim conduit l'âne et porte un grand bâton de pèlerin, rond au bout. Anne est eu avant, accompagnée d'une servante (jui la suivra pendant tout le voyage. L'un des prêtres est avec le saint cortège. Ils ont une lanterne dont la lueur disparaît tout à fait devant la lumière du jour.
Les voyageurs arrivenlàJérusalem parlccôté du nord... Ils entrent par la porte aux brebis, laissant à gauche la
montagne des Oliviers et le chemin de Béllianie. Ils se dirigent vers la forteresse Antonine. La maison où ils se présentent est une auberge pour les jours de fêle. Quand ils en ont passé le seuil, on leur lave les pieds; ils sont lavés, les hommes par les hommes et les femmes par les femmes. Dès ([u'on a déchargé la bêle de somme, Joachim, qui s'est fait annoncer comme devant sacrifier, monte au Temple.
Joachim et Anne se rendent ensuite avec Marie dans l'habitation des prêtres. Après qu'on a échangé quelques paroles sur la cérémonie prochaine de la présentation, un lévite fait appeler une des femmes du Temple. La matrone qui vient d'arriver est si bien enveloppée dans ses vêtements, qu'on peut à peine apercevoir son visage. Les prêtres et les parents de Marie lui présentent l'Enfant. L'inconnue est affectueuse sans cesser d'être grave ; l'Enfant, de son côté, se montre humble et respectueuse. On instruit cette femme de tout ce qui concerne Marie. Elle descend ensuite îi l'auberge, prend les paquets appartenant à l'enfant et les emporte avec elle pour tout préparer dans le logement qui lui est destiné.
Marie est conduite au Temple par sa mère avec un cortège solennel. Anne marche en avant , puis vient la trèssainte Enfant avec une robe et un manteau bleu céleste, les bras et le cou parés de guirlandes; elle porte à la main un cierge orné de tleurs. Près d'elle, de chaque côté, marchent trois petites filles avec des tlambeaux pareils et des robes blanches brodées d'or; elles sont entourées de guirlandes de tleurs. Tout le monde se réjouit h l'approche de ce beau cortège , auquel on rend des honneurs à la porte de chaque maison. La petite Marie avait dans ses allures quelque chose de saint et de singulièrement touchant.
Lorsque le cortège arrive, plusieurs serviteurs du Temple ouvrent avec effort une porte très-grande, très-lourde, brillante comme de l'or et sur laquelle étaient sculptées des grappes de raisins et des bouquets d'épis : c'était la porte dorée. On veut conduire Marie par la main, mais elle s'y refuse; elle monte rapidement les degrés sans trébucher, pleine d'un joyeux, enthousiasme. Tout le monde est vivement ému.
Sous la porte elle est reçue par Zacliarie et par Joachim qui kl conduisent dans des salles hautes oîi un repas est préparé; le cortège se sépare ici. Les prêtres font quelques questions à Marie; ils sont étonnés de la sagesse de l'Enfant. Pendant ce temps, Joachim est allé au sacrifice avec les prêtres: il reçoit le feu pris dans un lieu déterminé et se tient près de l'autel.
Pendant ([ue le sacrifice de Joachim se consume, Anne se rend avec Marie dans le vestibule où se tiennent les femmes. Quand la porte du mur de séparation est ouverte, elles peuvent voir l'autel. Une troupe d'enfants du Tcmple,v6lus de blanc, jouent de la llùte, de la harpe et du kinnor.
Après le sacrifice, on dresse sous la porte du mur de séparation un autel portatif avec quehiues marches pour y monter. Du côté des hommes, un prêtre et deux lévites se tiennent derrière l'autel portant des rouleaux et tout ce qu'il faut pour écrire. Du côté des femmes, Marie s'agenouille sur les marches ; Joachim et Anne étendent les mains sur sa tête. Le prêtre lui coupe quehjucs boucles de dieveux (\m sont brilles sur un brasier. Le père et la mère prononcent quelques paroles (pie les lévites écrivent et par lesquelles ils offrent leur Enfant.
Des jeunes filles diantent le psaume xliV: EruclavU cor vu'U7)i verbum bonum , elles prêtres le jjsaumexLix'': l)eus
deorum, Dominiis locutus est. Les jeunes enfants duTemple jouent des instruments.
Les prêtres mettent sur la tête de Marie un voile brua ■et lui font descendre les degrés. Us la conduisent dans une salle où six vierges du Temple viennent îi sa rencontre en jetant des Heurs devant elle; elles sont suivies de leurs maîtresses. Les prêtres remettent Marie entre leurs mains et se retirent. Anne et Joacliini se trouvent là aussi; on achève les chants sacrés ; Marie prend congé de sa famille; Joachim surtout est profondément ému.
Marie se rend avec les maîtresses et les jeunes ûlles dans le logement des femmes attenant au côté du Temple proprement dit. Elles habitent des salles pratiquées le long des murs du Temple. Elles peuvent, par des passages et des escaliers, monter h de petits oratoires placés près du sanctuaire et du saint des saints.
11 y a fête chez les vierges du Temple,- Marie demande à ses maîtresses et à chatiue jeune fille en particulier, si elles veulent la souffrir parmi elles. Il y a ensuite un petit repas et une sorte de fête innocente , où quelques-unes jouent de certains instruments de musique.
Le soir, Noémie, une des maîtresses, conduit la sainte Vierge dans la cellule qui lui est destinée. La chambre de Marie est l'une des plus reculées vis-à-vis du saint des saints; on passe du corridor en levant un rideau dans une pièce antérieure, qui est séparée de la chambre proprement dite par une cloison convexe. Vis-à-vis la porte pratiquée dans cette cloison, des marches conduisent à une ouverture devant laquelle est une tapisserie, d'où on peut voir dans le Temple. A gauche, contre le mur, est un tapis roulé qui, lorsqu'il est étendu, forme la couche de Marie. Dans une niche de la muraille est placée une lampe près de lacjuelle la sainte Enfant, debout sur uu escaljeau.
lit des prières dans un rouleau de parchemin: c'est trèstouchant. Il y a dans la chambre une table basse de forme ronde. Anne la prophétesse entre; elle place sur la table un plat où sont des fruits de la grosseur d'une fève et une cruche.
Marie a une adresse au-dessus de son âge. Elle travaille déjà à de petites pièces de toile blanche pour le service du Temple. Lors de l'examen de son admission , elle a promis de ne manger ni viande ni poisson, et de ne pas boire de lait , mais seulement un breuvage fait avec de l'eau et de la moelle de jonc dont les gens pauvres font usage. Elle a renoncé à toute sorte d'épices. Elle a voulu dormir sur la terre nue et se lever trois fois la nuit pour prier; mais on le lui a refusé. Elle se lève une seule fois comme les autres vierges. Marie remplace Suzanne que Ton verra figurer parmi les saintes femmes qui suivirent Jésus.
II y a au Temple un nombre fixe de places pour les jeunes filles. Suzanne avait quinze ans quand elle le quitta, par conséquent, environ onze ans de plus que Marie. Sainte Anne a été aussi élevée dans le Temple ; mais elle n'y est venue que dans sa cinquième année.
La sainte Vierge vil au Temple, tantôt avec les autres petites filles, tantôt dans sa cellule, grandissant dans l'étude, la prière et le travail. Elle file, tisse, tricote pour le service du Temple; elle lave le linge et nettoie les urnes. Elle ne mange que pour soutenir son existence, et jamais d'autres mets que ceux auxquels elle a promis de se réduire.
Elle fait tout paisiblement et en secret. Elle prie voilée; elle se voile aussi quand elle parle aux prêtres, ou (ju'elle descend dans une chambre attenante au Temple pour recevoir sa lûchc, ou livrer ce qu'elle a fait. 11 y en a trois
de ce genre, on y conserve toutes sortes d'effets, que les femmes attachées au service du Temple entretiennent ou réparent.
Marie apprend de ses maîtresses h travailler. Elle va avec elles pour nettoyer le linge, les vases tachés par le sang des sacrifices; elle prépare les parfums, les lampes et certaines portions de la chair des victimes réservées pour les prêtres et les femmes du Temple. Plus tard, en grandissant, elle se livre plus activement aux soins du ménage. Les vierges du Temple s'occupent aussi de broderies et d'ouvrages magnifiques pour les tentures du Temple et les vêtements sacerdotaux.
Quand Zacharie est de service, il visite la très-sainte Enfant, Siméonla connaît aussi. Toute sa manière d'être, la grâce dont elle est pleine , sa sagesse extraordinaire sont si remarquables, ^que son extrême humilité ne peut cacher tout cela.
La vie de Marie au Temple, indépendamment des prières prescrites par la règle, est une aspiration continuelle vers la Rédemption.
MEDITATION
Marie Admirable par les traits divins qu'offrent son caractère et ses habitudes.
l'KKMiKK PiŒLL'DE. — Suivi'e Marie pas à pas dans le détail et la série de ses diverses actions journalières.
DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander avec instance la connaissance de Mater- Admirahilis ^ alin de lairaer avec plus d'ardeur et de la suivre de plus près.
PREMIER POINT
Marie adolescente proportionnait, à son insu, ses moindres actions aux fins relevées de ses sublimes destinées.
Tout en agitant régulièrement son fuseau , sa navette et son aiguille, Marie adolescente tient son cœur
en haut et vit dans le ciel plus que sur la terre; cependant rien d'extraordinaire ne paraît dans son extérieur; ses compagnes sont plutôt entraînées vers elle par cet attrait qui \ient du cœur, que par ce charme qui séduit l'esprit : Marie est si honne pour elles ! Avec une grâce parfaite elle se prête à leurs désirs, prévoit leurs besoins et condescend à leur impuissance. Elle sait les encourager avec une cordiale bienveillance et applaudir humblement à leurs succès. Elle arrive même à leur communiquer sa grâce et ses talents, en leur donnant à propos des conseils et en leur prêtant son habile concours. Fait-on une lecture commune? Marie écoute avec l'intérêt d'une personne qui aurait tout à apprendre. Garde-t-on le silence? la très-diligente Ouvrière en profitepour doubler la tâche qu'elle s'était imposée. Fidèle jusqu'à un iota dans l'accomplissement des règles du juvénat du Temple, Marie est pour ses compagnes une règle vivante ; elles se disent : (( Marie laisse son métier ou sa quenouille; c'est
(1 l'heure de finir le travail Marie se rend à telle
(( destination, nous devons aussi nous y rendre. »
Les vierges de Sion ont remanjué qu'elle ne quitte point une place, ne traverse aucun lieu sans y répandvc un parfum céleste, d'autant plus sensible pour ces âmes, qu'elles sont plus intérieures. Elles se sont bien des fois demandé si, sous les humbles traits de leur jeiuie compagne, ne se cachait pas un ange du Seigneur.
Cependant, l'heure marquée pour le travail s'avance; le soleil penche à l'horizon; voici les ombres qui s'in-
clinent, projetées par le Débir et VHéchat ; ci chaque travailleuse, après avoir serré ce qui est à son usage, se retire. Quelques charges générales sont confiées ù la vierge la plus soigneuse; Marie les exercera comme une laborieuse abeille en sa ruche; elle réunira les ouvrages terminés, et, ne négligeant rien, elle saura ordonner saintement toutes choses.
Persuadons-nous bien que des fruits immenses de grâce sont attachés à recueillir la saveur des actions les plus simples « de la glorieuse vie de Marie, qui honore toutes les Églises * ! » Elles ont laissé sur les sillons du père de famille des épis spirituels dont les saints, de siècle en siècle, font la plus abondante et la plus précieuse moisson.
D'ailleurs, en nous attachant à suivre de près Maier-Admirabilis, nous devons chercher à découvrir la substance, le principe constitutif de ses vertus, afin de remonter à la source divine dont elles émanent. Pour retrouver la source d'un fleuve, il faut en suivre pas à pas le cours, en saisir les méandres perdus dans l'ombre de la fraîche végétation qui abrite ses rives; de même suivons Marie lorsqu'elle traverse sans bruit les portiques qui réunissent les appartements dorés. Nous la verrons toujours recueillie, toujours dirigée vers un but louable et utile. Dans ses actes, dans ses mouvements, il n'y a rien de superflu ; tout a sa plénitude et sa juste mesure ; tout est simple, facile et parfîiit. C'est une exactitude pleine d'onction, une ac-
' Liturgie de la Nativité de Marie.
tivité qui coule comme de source. Enfin, on ne peut contempler la vie de cette Entant, sans comprendre qu'elle n'est que l'épanouissement de la justice originelle.
L'ordre est la vie de l'univers et la plus réelle expression de Dieu dans le monde sensible. L'ordre est un besoin,- en quelque sorte , inhérent à la nature divine elle-même. Comment Marie Immaculée ne se l'ùt-elle pas pleinement et toujours accordée avec les goûts essentiels de Celui qui a tout créé dans le nombre, le poids et la mesure, et dont, plus que les imges, elle avait la ressemblance et rétlécliissait la nature ?
Marie adolescente exprima dans sa conduite cette révérence, celle régularité et cet esprit de séparation du créé, qui [or ment le vrai caractère des saints.
Entre tant de caractères excellents qui se trouvent dans la condnite de notre Admirable Mère, on peut .surtout remarquer un esprit habituel et profond de révérence, de régularité et de séparation.
Marie fut, en effet, une adolescente pleine de révérence envers Dieu et envers tous ceux qui étaient revêtus de son autorité. Princesse née pour la cour céleste, elle en a déjà les habitudes ; elle en connaît les lois et b's usages. Dans ses rapports avec Dieu, habituellement anéantie devant sa toute-puiss;inte majesté, l'adorant et le louant avec les principautés et les
dominations angùliques, la religieuse Enfant nous laissa l'enseignement d'une prière si excellente et si puissante, qu'elle renferme éminemment toute demande, toute action de grâce et toute expiation. La conversation de Marie était dans le ciel ; c'est pourquoi elle apportait, en quelque sorte, les bienséances célestes dans tous ses rapports avec les créatures.
La régularité fut encore un des caractères saillants de la conduite de Marie. Sa simplicité, aussi parfaite que puisse être celle d'une créature , la faisait aller droit à son but, par la force qu'elle puisait dans une adhésion pleine, aimante et ferme au principe tout divin qui la faisait agir. L'écho ne répond pas plus fidèlement à la voix, que Mai'ie n'exécutait les volontés particulières de Dieu sur elle, allant ponctuellement où le devoir l'appelait. Était-ce à une récréation? Marie s'y rendait promptement ; elle y portait la sainte joie, l'aimable sérénité et Li bonne grâce ; déjà aussi elle y
«exerçait sa mission de consolatrice des afiligés
ICUe se faisait la paix des âmes troublées, la joie des coeurs attristés, la lumière des esprits obscurcis, l'amie cordiale et dévouée de toutes celles qui l'approchaient.
Ktait-ce l'heure du repas? la sainte Adolescente prenait sa place près de ses compagnes. Les légendes disent que parfois les anges lui apportaient des mets célestes : c'est possible; alors c'étaient de vrais miracles, et partant, ce u'est point de là que nous pouvons tirer pour nous des leçons. D'ordinaire, Marie mangeait le pain, les fruits et les autres mets dont s'é-
talent nourris ses pères, mais avec une frugalité, un respect de>i dons de Dieu, une gratitude et une piété dont nul autre avant elle n'avait donné l'exemple. Il est certain que souvent elle jeûnait, surtout à l'approche des fêtes; alors même qu'elle ne jeûnait pas, elle ne cherchait jamais dans la nourriture le moindre contentement naturel. Marie ^ra r^rsoiV tout pour ne goûter que Dieu et ne se reposer qu'en lui. Son soin constant était de se tenir l'ide des créatures, afin de posséder toujours la plénitude de la grâce qui est la plénitude même de Dieu. C'est dans ce but qu'elle entretenait dans son âme un esprit de séparation. Elle vivait intérieurement à distance de toutes choses, séparée de tout ce qui n'est pas Dieu, la lumière de Dieu, sa charité, sa volonté. Rien d'étranger ne troublait la limpidité de cette source, qui était sa trèssainte âme, ni la transparence des eaux mystérieuses, qui s'écoulaient d'elle dans un lit que Dieu lui-même avait tracé et creusé. Voyez-la! un amour, qu'il faut nommer unique, tant il est souverain, a scellé le saint des saints dans son cœur. Elle vit ailleurs que là où on la voit. Elle est tout esprit dans la chair ; toute céleste dans une vie terrestre. Elle est immaculée dans ses ra})ports avec les créatures, comme dans son être ; sainte dans ses actes, comme dans l'intime de son âme. Il semble qu'une atmosphère divine l'entoure et la protège. Elle voit de loin le monde sensible comme un immense et sombre océan, troublé par la tempête des passions et des vices ; mais elle , elle demeure si haut que Dieu seul y peut habiter. Elle est sembla-
ble à l'astre du jour qui s'élève sur uu horizon radieux et immense, dans un silence de respect et d'amour...
Ah! fuyons avec Marie vers ces sphères élevées! Séparons-nous des créatures, et si nous voulons devenir i/?J5 et simples en Dieu; fuyons encore, fuyons toujours!... Le moindre souffle humain peut flétrir en nous la sainteté et la pureté. Oh ! que la fraîcheur de l'amour divin est délicate! et qu'il suffit de peu de chose pour en altérer la transparence et en ternir le lustre!... Non, ce n'est pas assez d'être isoié, il faut encore être séparé de cœur de tout ce qui touche et altère notre Ame. N'aimons que Dieu et ce que Dieu aime et comme il l'aime. Ne nous laissons asservir par aucime créature; et nous aussi , nous sentirons Dieu éclairer, réchaufler et remplir notre cœur.
COLLOQUE
Louer Mater-Admirabilis de ses vertus infuses et acquises. Lui demander de nous donner le véritable esprit de conduite, qui sait ordonner tous les détails de la vie journalière, en faisant tendre chacun de nos actes vers notre fin dernière.
PRATIQIE.
hmioY Mater-Admirabilis dans ses exemples de révérence envers Dieu, de déférence envers le prochain,
de régularité dans l'emploi du temps, et de séparation à l'égard de tout ce qui éloigne de Dieu.
BOUQUET SPIRITUEL
J'ai appris toutes les choses secrètes et ignorées, parce que la Sagesse me les a enseignées. En elle est l'esprit d'intelligence, saint, un, varié, subtil, discret, prompt, incorruptible, certain, doux, aimant le bien, pénétrant, invincible, bienfaisant, ami de l'homme, immuable, infaillible, calme, doué de toute vertu, prévoyant toutes choses, comprenant tous les esprits, intelligible, vif et pur'.
Dieu me fasse tel que tout ce que j'emploie à mon usage soit rapporté à son service, et que ma vie soit tellement sienne, que ce qui sert à la maintenir puisse être dit servir à sa divine Majesté '!
C'est une double grâce aux bonnes œuvres d'être bien faites et d'être faites joyeusement ^
Tout en Dieu et rien en moi 1 Tout à Dieu et rien à moi! Tout par Dieu et rien par moi! Tout pour Dieu et rien pour moi * 1
Dieu seul dans mon esprit pour l'éclairer ! Dieu seul dans mon cœur pour le posséder! Dieu seul dans mes actions pour les sanctifier ' !
• Snp., vir, 2-2.
* S. l''raii(;ois de Salos, Lettres i.xxxix* clxr.ii". ^ I,u Hiriiliciirciisc Murguciilc-Maric AlucO(iuc, ' Marie Lii&tcllc.
Les arts concourent à la gloire de Mater- Admirabilis.
Après plusieurs roclierclies , faites pour nous assurer si les arts avaient souvent reproduit le sujet de Marie dans le Temple de Jérusalem , nous n'avons trouvé que deux ou trois chefs-d'œuvre qui en aient conservé la tradition : témoins précieux que les amis de Marie accueilleront avec bonheur.
En remontant au moyen âge, ce ([ui reste de plus beau et de mieux conservé sur le séjour de la très-sainte Vierge au Temple, est, dans la cathédrale d'Amiens, une boiserie, parfaitement intacte, portant la date de l'iOS. Commencée le lendemain de la fête de la Visitation, sous les auspices de la très-sainte Vierge, elle fut commandée par François de Ilalleim, évoque d'Amiens, et par Adrien de Ilénencourt, doyen du chapitre, à un ouvrier nommé Jehan Trupin.
Voici la description des stalles qui nous occupent particulièremout, étant comme un type primordial de Mater- Admirabilis. Nous la prenons dans le bel ouvrage ([ue MM. Jourdain et Duval, chanoines de la cathédrale d'Amiens, ont laissé à la i)OStérité.
Stalle de la présentation de Marie. — Ce fait important dans la vie de la sainte Vierge repose sur des autorités plus graves que celle des légendes. C'est une tradition reçue dans TÉglise que, quand elle eut accompli) troijs ans, saint Joachim et sainte Anne menèrent la Vier(jr au Temple avec leurs offrandes.
Marie, tète nue, mains jointes, monta les quinx.e degrés
du Temple sans aijde ainsi comme se fust de parfait eage; tandis que ses parents demeurés en bas la contemplent.
Le Grand-Prêtre debout et en habits pontificaux l'attend au haut du parvis sacré pour la \oiU>r. A sa gaucho, et dans un vestibule extérieur du Temple, se groupent les^ jeunes filles d'Israël, déjà consacrées au Seigneur et avides de rendre hommage à celle qui devait les laisser loin derrière elle, par l'éminence de sa sainteté et par le privilège inouï qui lui serait accordé de pénétrer jusqu'au saint des saints , pour y offrir sa prière, seule devant l'arche. Une circonstance assez intéressante de ce tableau est le nombre de degrés du Temple, que le sculpteur a pris soin de reproduire exactement, d'après le texte de la légende dorée ^ qu'il semble avoir eue constamment en main durant son travail. 11 y a lu ([ue les degrés du Temple étaient au nombre de quinze, suivant le nombre des psaumes que les Juifs y chaulaient et qu'on aurait appelés pour cela psaumes graduels.
Stalle de la prière de Marie. — Saint Évode, patriarche d'Anlioche, et saint Germain de Constantinople disent sans hésiter, et comme une chose connue par une tradition indubitable , que « Marie n'avait pas seulement lu permission de faire ses prières dans le lieu secret destiné aux vierges, mais que, par un privilège spécial, elle avait aussi entrée dans la partie la plus sainte du Temple devant l'arche d'alliance*. » C'est, en effet, dans le sanctuaire, en présence de l'arche, que l'on voit la sainte Vierge agenouillée, les mains jointes, la tète voilée, un ange debout derrière elle. L'arche qui a la forme d'un petit coffre oblong , ciselé, à toit incliné, est posée au-
• Malgré rc quo nous nvoiis dit itrt'ci'dcMiimtMit , nous liiissons ccito appréciulion, qui n'est cep<Mi(luiil que liUjeiidaiic.
dessous d'une arcade en plein cintre, sur un autel quadrangulaire, et tenue à chaque extrémité par deux chérubins qui se regardent Tun l'autre , étendant de chaque côté deux de leurs ailes et se voilant des deux autres la partie inférieure du corps. Les érudits dissertent avec une grande variété d'opinions sur la posture des chérubins do l'arche Qu'il nous suffise, pour la justification de nos artistes, de rappeler que, selon saint Thomas, ils étaient debout, les pieds sur le pavé du saint des saints, d'où ils s'élevaient pour soutenir le propitiatoire et le couvrir de leurs ailes. L'ange qui se tient derrière Marie, tel que l'humble suivant sur les pas d'une reine , montre assez qu'elle vit dans la familiarité des esprits célestes.
Stalle du travail de Marie. — Assise sur un pliant, devant un métier à tisser, la diligente Ouvrière, jeune, modeste et belle, fait habilement jouer d'une main sa légère navette à travers la chaîne, tandis que de l'autre elle en serre les fils, au moyen d'une pièce de bois ayant la forme d'un large couteau. Une corbeille remplie de fuseaux chargés de la trame, est à côté d'elle. La boiserie ((ui garnit les parois de l'atelier, encadre en môme temps plusieurs fenêtres ouvertes sur la campagne
Stalle du rei'as de Marie. — L'heure de None arrivée, la sainte Vierge ne quittait plus la prière jusqu'à ce que l'ange vînt lui apporter sa nourriture; car il se trouve des auteurs graves qui écrivent que les anges lui apportèrent son boire et son manger pendant qu'elle demeura dans le Temple, afin qu'étant hors de souci de sa nourriture, elle se pût adonner plus librement à la contemplation du doux Époux de son âine.
L'ange, humble et heureux serviteur, apporte ù Marie
* C'est en mémoire des ouvrages en lin de la Vierge que les tisserands s'Otaicnt rangés, au moyen âge, sous la bannière de l'Annonciation. La
le pain et le vase d'eau destinés à son austère repas. Mario, reine du ciel, reçoit la nourriture qui n'a pas passé par la main des hommes. Vierge recueillie , elle n'a pas abandonné son livre d'heures : la terre ne lui fait point oublier le ciel. Tout dans son attitude et ses traits respire la piété, la candeur, la reconnaissance. Mais ce qui frappe le plus, en regard de l'ange presque tremblant de respect, c'est la noble fierté de son port et le calme divin de sa figure. L'artiste a compris que la Femme accoutumée aux apparitions célestes, la future Souveraine des anges, ne devait pas, pour paraître modeste, affecter un air gauche et emprunté; l'habileté de son ciseau fait saisir ù l'œil le moins exercé qu'elle est reine : Rcgina Angclorum... chacun est à son rang. Les vêtements des deux personnages, cachant entièrement leurs pieds, aclièvent de donner à cette composition on ne sait quel air de la conversation du ciel.
Le fond de la scène est rempli, îi gauche, par un pavillon du Temple auquel conduit un escalier; îi droite, par un intérieur percé d'une fenêtre où se tient un témoin pieusement indiscret; au-dessus, la petite tablette sur laquelle sont rangés ([uelques volumes reliés et ornés de fermoir; plus loin, une pendule dont on peut distinguer, malgré rexiguïté de ses dimensions, les rouages, les poids, le cadran, les heures, jus(iu'à la nonetle ou timbre avec le marteau prêt à frai)per; joli petit meuble tout à fait à sa place pour indiquer la vie réglée de la très-sainte Vierge.
Stali.k de i.'i'TiDE DE Marie. — La Vierge, dans la compagnie des saintes filles retirées au Temple, reçoit avec elles tes leçons d'une femme plus Agée. Celle-ci est distinguée par la maturité de ses traits, par son long voile
fuliriquc d'Ainions invoque encore de nos jours pour iiatromic Notrel)uinc Je Hon-Sccours, le (Icnxi5inc hindi de Juillet.
VINGT ET UNIÈME JOUR. 3rt
et le reste de son costume grave et sérieux; Marie, par son vêtement simple, ses clieveux flottants, sa tenue modeste, et par le rang qu'elle occupe au-dessus de ses compagnes, sur un siège élevé, au niveau de celui de la maîtresse. Au costume plus riche et plus recherché des antres jeunes filles, assises plus bas, on comprend q-n^ des liens les attachent encore au monde, et qu'elles n'ont pas renoncé à la pensée d'y rentrer bientôt par le mariage. Elles expriment du geste la surprise que leur cause la perspicacité surhumaine de Marie dans l'étude des saintes lettres'.
En lait de tableaux, on en trouve plusieurs qui représentent Marie apprenante lire près de sainte Anne, et Marie présentée au Temple, montant les degrés qui conduisaient à la porte dorée.
Venise, dans son musée, possède un chef-d'œuvre de Paul Véronèse, où l'on voit, dans une architecture admirable, la petite Marie «lui, seule, monte avec allégresse un escalier superbe, au haut duquel le Grand-Prêtre et des lévites l'attendent, tandis qu'au bas des marches on remarque les pieux patriarches saint Joachim et sainte Anne» ({ui semblent se réjouir de voir leur très-pure Enianl s'élancer pour ainsi dire dans la voie qui l'élève vers Dieu. Le contraste est frappant entre le grandiose des magniliques portiques du Temple, si savamment représentés par Paul Véronèse, et la petitesse gracieuse et délicate d'une enfant de trois ans h peine. Cet immense tableau est une composition pleine d'intérêt, où tout le mystère de la Présentation de la très- sainte Vierge est fidèlement exprimé.
Mais , quant à Marie dans le Temple même, avant la
♦ Kibaïk-ueira, Vie de la sainte Vierge... Li'cj, dor., l" ccvu.
fresque de Mater-Admirabilis , nous ne trouvons qu'un tableau dans la basilique de la Santa-Casa, à Loretta, qui reproduit ce sujet. Marie y est peinte au milieu de ses compagnes, avec lesquelles elle travaille en écoutant la lecture que paraît faire une pieuse femme du Temple. Mater-Admirabills reste donc, dans les parvis solitaires du Temple, comme une petite fleur des champs qui, jusqu'à présent, était demeurée cachée dans l'ombre, et qu'il a plu au Seigneur Dieu d'en tirer, pour réjouir nos regards, charmer notre cœur et parfumer notre âme.
YINGT-DEUXIÈME JOUR
MÉDITATION
Marie Admirable dans la haute contemplation qu'elle faiaaît de la nature.
PREMIER PRÉLUDE. — Yo'iY Mater -Ad mirabilis regardant avec recueillement les horizons lointains que l'élévation du Temple lui permet de découvrir ; s'arrtHer encore près d'elle lorsqu'elle contemple les Ueurô qui ornent les beaux lieux qu'elle habite.
DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander à Mater-Admirabilis cette lumière d'en haut qui éclaire l'âme pour la faire arriver à la connaissance du Créateur par ses créatures.
PREMIER POINT
Marie adolescente offre à Dieu le sacrifice de la louange au nom de la création tout entière.
Ne nous séparons pas de Notre-Dame ; suivons ses
trnces immaculées. Que notre regard l'accompagne pendant les heures où le soleil s'abaisse à l'horizon, de même que nous l'avons considérée saluant l'aurore à son réveil. Accoutumés ainsi à vivre en sa compagnie, elle nous enseignera à suivre les pas de son divin Fils plus sûrement et déplus près. Dans cette double union nous trouverons cette vraie pierre philosophale qui changera en or tous nos aètes : or sans alliage, or digne d'être oHert au Roi de gloire pour resplendir dans les palais éternels! Après le travail, tout être éprouve le besoin du repos. La très-sainte humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu subir cette loi. « Jésus, fatigué du chemin, s'assit ^ur le bord du puits de Jacob *. » Et le soir, il s'asseyait avec ses apôtres et se reposait.
Heureux celui qui, à la fin d'une pénible journée, peut faire /la^fe en se disant : Ce que Dieu a daigné « me doimer de vie aujourd'hui a été consumé à son « service et à sa gloire! Mon cœur est rempli do joie; « j'ai chanté les louanges du Seigneur, et ma chair « repose dans respéranco ^. » Mario adolescente devait aussi ressentir le besoin du repos, et, après avoir consacré ses forces à servir Dieu, la très-pure Enfant prenait quelques saints loisirs. On aime à se lareprésentcr modestomont soriouso, mémo aux iieures où elle se prêtait aux diUassemonts connnandés par la règle. Son œil pur et simple devait rechercher alors,
• s. Jean, IV, C.