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' Sag., XIII, 3-5.
VINGT-DELXIÈME JOUR. 317 ce, sans qu'un sacrificateur fût assez pur pour être digne de lui payer, au nom de tous, le tribut de la religion et de la reconnaissance. Sans doute, il y avait eu, jusque-là, bien des sacrifices et des actions de grâces; mais tout était offert par des hommes pécheurs. Depuis que nos premiers parents, chassés du Paradis terrestre, avaient fui la face de Dieu, l'univers sans pontife, sans roi, ne pouvait entièrement répondre au grand devoir de glorifier incessamment son Créateur. Marie apparaît et voici qu'avant même de
donner naissance au Pontife, au Roi suprême, elle s'empresse de faire les honneurs du royaume dont elle est vraiment la Reine. Et, en vertu des mérites futurs de Jésus son fils, il lui est donné d'acquitter, comme personne n'avait pu le faire encore, les dettes de la création. Oui, de grandes choses s'accomplissent dans le Temple, lorsque Marie y loue simplement le Seigneur d'avoir si agréablement paré la fleur des champs et vêtu le lis des vallées !...
Marie adolescente cherche dans les créatures les vestiges de l'image de Dieu.
Si nous sommes devenus, par la méditation, habitants du Temple de Jérusalem, nous chercherons en vain des jardins dans l'enceinte de ses bâtiments; point d'espace réservé pour aucune plantation. Tout ce que l'on peut supposer, c'est qu'il existait, selon les coutumes orientales, quelques cours extérieures, où jaillissaient de belles fontaines, et quelques ter-
rasses où l'on cultivait des fleurs. La Descendante des patriarches et des bergères bibliques eût sans doute aimé à revoir quelquefois les fleurs champêtres et les frais gazons que ses pieds enfantins avaient foulés; mais au Temple, plus de gazon, plus de ruisseau qui serpente, plus d'ombrages autour d'uuo rustique demeure où rentrent les troupeaux! La modeste Fille de Joachim et d'Anne ne voit plus que l'or briller, les pierreries étinceler : partout des bois de cèdre et d'olivier sculptés avec élégance et recouverts de lames d'or; partout des marbres polis qui reflètent de magnifiques tapisseries babyloniennes, aux couleurs éclatantes, rehaussées d'or et de bysse !
Par une adoration fidèle, elle renvoie à Jéhovah la gloire de tant de richesses ; mais peut-être que son œil simple eût préféré, à ces magniiiciues ornements, la beauté d'une prairie et la simplicité de la nature ; aussi voyons-nous l'auguste Enfant s'arrêter devant les fleurs qui s'épanouissent, comme elle, à l'ombre du sanctuaire, sur les terrasses qui couronnent les parvis*. Les moindres plantes excitent alors son amour pour le Créateur ; elle médite sur leur admil'able organisation. De sa main virginale elle pi'cnd ces- petites tiges charmantes, afin de découvrir dans la corolle, (jui sort si gracieusement du calice, ces vives couleurs dont elle aime l'éclat. Délicates et tendres, mais simples et flexibles, les plantes résistent à la
• Los toilurps juives t'Ioiont plalos Pt scrvuirnl de lonnssos oil l'on «iillivnit les l'ours ; ce qui faisait des cliiinibiTs iiuntos dos n])piirlc ■ lOttitti d'iiouiiout'. (P. do Ligny.)
violence des orages et, dans cette faiblesse qui fait leur Ibrce, Marie voit l'image de son adolescence, passée sous l'aile du Seigneur. « Moi aussi, dit -elle, fragile <i et sans éclat, ma vie limitée dérive de la vie suuve- « raine et infinie qui est au-dessus de moi. Gomme <( lés rayons émanent du soleil, comme les eaux dé- <( coulent de leur source, comme cette fleur reçoit le <( mouvement vital de la sève, moi aussi je sors inces- " sammeut du sein même de l'Être des êtres qui me <( crée librement. » (^ Et son esprit est ravi de joie en Dieu son Sauveur'. »
l'our satisfaire ses goûts simples et champêtres, Marie cliL-rclie les occupations qui peuvent se rapprocher des soins domestiques dont Anne sa mère lui a laissé l'exemple; mais tout ce qu'elle touche est riche et précieux. Si, comme sou aïeule llebecca, elle descend puiser de l'eau à la fontaine, le vase qu'elle portera sur son épaule sera d'un métal ciselé avec art. « Elle n'en pourra vider le contenu dans de rustiques canaux l»our rendre au courant l'eau limpide de la source ^ » Une mer d'airain, par des moulures et des ligures en relief épanchera ses eaux en lllets jaillissants dans sou urne brillante. Puis Marie remontera, non la colline (|ui s'incline vers la fontaine de la vallée, mais bien l'escalier somptueux de bois de sandal, qui réunit les trois étages des chambres qu'elle habite près du. Temple ^
* s. I.iic, 1, -17.
* Gen., XXIV, 16.
* lostqilie, Guérie.
Que fera donc la très-sainte Adolescente dans cette magnifique demeure?
Inspirée par son amour pour les œuvres de Dieu, elle regardera du haut de l'enceinte les horizons que son œil peut atteindre. Elle découvre alors, à l'extrémité des longs portiques qui réunissent entre elles les chambres dorées, la colline du mont des Oliviers. Ces beaux ombrages reposent sa vue, et le lit sombre et accidenté du torrent de Gédron, qui coule sous ses yeux, lui fait croire un instant qu'elle peut franchir l'espace qui la sépare de la vallée de Josaphat... Mais ses pensées semblent devenir plus profondes... Elle considère sur le versant du mont Moriali le plateau du Calvaire, et puisque Abraham a vu, dans l'avenir, le jour du Christ, peut-on croire que ce jour fut entièrement caché à la Mère de Notre-Seigneur? La vue du Golgotha devait sans doute f;\ire pressentir à Marie des choses inénarrables que l'ùme méditative peut seule découvrir.
COLLOQUE
Prier Marie adolescente de partager avec nous dans l'exil, et sur une terre maudite, quelques-unes des saintes et pures jouissances, que sa nature immaculée lui permettait de ressentir au milieu de la création tout entière.
Demander à la jeune Souveraine du ciel et de la terre de nous faire distinguer, dans chaque objet matériel, le principe divin et la fin supérieure de sa créa-
tion, et de nous communiquer la grâce desavoir rapporter à Dieu et à son service l'usage que nous en faisons.
PRATIQUE
Faire avec sagesse la part des créatures, les classant de manière à en user selon l'ordre établi de Dieu. Les unes nous serviront pour la contemplation, les autres pour les besoins de la vie, et d'autres, plus nombreuses, seront la matière de nos mortifications, parce que, forcément ou volontairement, nous serons privés d'elles.
BOUQUET SPIRITUEL
Ce qu'il y a d'invisible en Dieu est devenu visible par la connaissance que nous en donnent les créatures *.
Tout est amour, tout aime Dieu à sa manière, mémo les choses insensibles; elles font sa volonté... Et parce qu'elles ne peuvent pas connaître ni aimer, il semble qu'elles s'eflbrcent de faire connaître leur auteur, afin de nous provoquer à l'aimer : c'est ainsi que tout est amour ^ !
0 mon Dieu ! mon Dieu ! me voici, hors d'haleine, à votre fontaine sainte!... Que je m'y plonge, que je m'y baigne, que je m'y désaltère, que je m'y noie,
• r.om., I, 20.
» Bossuet, Lettre \XXV1I.
que j'y puise la vie! Car je ne suis pas ma \ie à moimême *.
Loué soit Dieu, mon Seigneur, à cause de toutes les créatures, et singulièrement pour le soleil qui nous donne le jour et la lumière ! pour la lune et pour les étoiles qu'il a formées dans les cicux, claires et belles ! pour le vent, l'air et les nuages ! pour l'eau qui est très-utile, humble, précieuse et chaste! pour le feu, qui illumine la nuit, beau et agréable à voir, indomptable et fort ! pour la terre, qui nous soutient, nous nourrit, et produit toute sorte de fruits, les fleurs diaprées et les herbes M
Rose belle, rose pure! Rose nouvelle sans épine! Rose fleurissante et féconde ! Rose remplie de la grâce divine' !
Portrait traditionnel de la Mère de Dieu.
Nicéphorc emprunte à saint Épipliane ce porU'ail de la très-sainte Vicr^je ; il a sorvi de type à tous les poiiili'cs verriers cl enlumineurs du moyen âge.
« La gravité et la plus grande décence régnaient dans toutes SCS actions; elle parlait peu, mais toujours à propos; elle était d'un accès facile et écoulait patieunnenl ce qu'on avait h lui dire. Toujours alTable, elle était
* S. Aiip., Confessions.
* S. Frinu;. d'Ass., Canlico de le Crculurc.
* Saint llonavcnturc.
VINGT DEIIXIÉ31E JOL'H. "913
honorée et respectée de chacun, Sn taille était moyenne, cependant quelques-uns disent, au-dessus de In moyenne. Elle avait le teint couleur de froment, les cheveux blonds, les yeux vifs, la prunelle tirant sur le jaune et à peu près de la couleur d'une Olive, les sourcils d'un l)eau noir et bien arqués, le nez assez long, les lèvres vermeilles et dont il no sortait que des paroles pleines de suavité. Sa ligure n'était ni ronde, ni allongée, mais un peu ovale, elle avait les mains et les doigts longs. Elle était ennemie de tout faste, simple dans ses manières, ne s'occupant nullement de faire ressortir les grAces de i-on visage, n'ayant rien de ce qui tient Ji la fierté, mais agissant en tout avec la plus gi'ande humilité; les habits ([u'elle portait étaient de la couleur nalnn lie de la laliu'; c'est ce (jue prouve le Sîvint voile dont elle se couvrait la tôle et que l'on possède encore maintenant. En un mot, une grâce inlinie répandait un éclat divin sur toutes ses actions. Les dons de la nature et de fa gri'icc (\\\\ brillaient en elle la rendaient si belle et si ressemblante à son divin Fils, que saint Denis l'Aréopagite, (p'.i la vit, nous assure que, s'il n'eût été éclairé des lumières de la foi il l'aurait prise pour une divinité. »
Mais ce n'était pas seulement dans d(S descriptions fi'oides et décolorées que le moyen Age contemplait l'imîJge de sa Reine bien-aimée. Le monde, que Marie avait quitté l)our le trône du ciel, avait conservé d'elle un souveair plus fidèle et plus précieux.
On lit, dansl'épître synodale, adressée en faveur <lu -culte des images, à l'empereur Théophile, par les trois •patriarches. Job d'Alexandrie, Basile de .lérusnlona et Christophe d'Antiochc, le passage suivant :
« Le saint apôtre et évangèliste 'Luc a fait avec la matière mélangée dont se servent les.pélnh'es, la cirefdadue
avec les couleurs, le divin et vénérable portrait de la trèschaste Marie, Mère de Dieu, pendant qu'elle était encore à Jérusalem, demeurant dans la sainte Sion; et il a fait ce portrait afin que la postérité y pût contempler les traits de Marie comme dans un miroir. Et lorsque saint Luc eut montré son travail à la sainte Vierge elle-même, elle lui dit : « Ma grftce sera toujours avec cette image. »
Saint Jean Damascène confirme de son autorité l'existence d'une image de Marie peinte par saint Luc. Le portrait de Marie devint la propriété des empereurs chrétiens de Conslantinople, après que cette ville eut hérité de la grandeur de Rome. L'impératrice Pulchérie, ayant élevé une église en l'honneur de la Vierge, y fit déposer l'image peinte par saint Luc. A ce tableau s'attachèrent depuis les destinées de l'empire. L'antique Bysance se crut mieux défendue par celte image sacrée que par sa position formidable et sa toute-puissance. Le portrait de la Vierge gagnait des batailles. Les croisés latins qui vinrent attaquer l'usurpateur Mursuflîe, commencèrent à bien augurer de leur entreprise, le jour où le saint étendard fut tombé entre leurs mains. On disait dans le camp que la patronne de Conslantinople abandonnait les Grecs perfides et trompeurs pour la cause des Latins; car c'était une opinion reçue dans ce temps, que « l'esprit de la sainte Vierge résidait dans le portrait peint de la main de saint Luc. » Et le pape Innocent III (M98-1216) fut obligé (le combattre publiquement cette erreur.
Chose remarciuable ! les croisés, qui enrichirent le nord de l'Europe de tant de saintes dépouilles, enlevées aux égli.ses de Constantinoplc, n'osèrent pas emporter celle-ci. Les plus illusires ciiets se disputèrent cependant sa possession : Beaudouiu oc Flandre voulait l'envoyer au couvent de Cileaux, (jui représentait alors en France la science
VINGT-DEUXIÈME JOLR. 325
«n la piété monnsliqucs. De son côté, le vieux Dandolo voulait léguer le drapeau sacré au palais des doj^es et aux destinées de Venise, mais ni l'un ni l'autre ne réussirent à s'en rendre maîtres. Le Vénitien se contenta d'en envoyer dans sa patrie une copie exacte, et l'original demeura au monastère deChara. Il fallait (jne le palladium de l'empire subsistât autant que lui. En 1453, les Turcs arrachèrent sa bordure d'or, les diamants et les autres joyaux qui renrichissaient, puis le traînant ignominieusement par les rues, ils le foulèrent aux pieds et finirent par le briser comme ils venaient de briser une puissance de dix siècles.
Ce portrait, fameux dans l'histoire du monde, où tant (le générations contemplèrent les traits de la Reine du ciel, n'est pas le seul que la tradition attribue à saint Luc. Ou en compte jusqu'à sept, dont le plus célèbre est celui de Sainte-Marie-Majeure, h Home.
C'estce tableau que porta saint Grégoire dans la fameuse procession qui mil fin à la peste dont Rome était désolée; et c'est ce môme tableau que porta aussi Grégoire XVI dans les rues de sa ville pontificale, lorsque le choléra renouvela à la fois, en 1832, elles ravages et le prodige de l'année 604.
YINGT-TROISIÈME JOUR
MÉDITATION
Marie termine admirablement ses journées.
PREMIER PRÉLUDE. — Chercher à voir Marie adO" lescente, dans chacun des lieux qu'elle parcourt. « la chute du jour : s'arrêter où elle s'arrête, prier où elle prie, afin d'en tirer quelque profit spirituel.
DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander à la très-pure Enfant de savoir, après les labeurs et les sollicitudes de la journée, se refaire en Dieu, se récréer en sa divine essence, par la prière et par le saint oubli de tout ce qui est inférieur et sensible.
PREMIER POINT
Marie adolescente faisait de chacune de ses joui'nées le résumé de toutes les vertus qui caractérisent la vie chrétienne.
J.a journée de la divine Adolescente touche à sa (in ; déjà elle voit le soleil se cacher derrière le mont des Oliviers, elle en imite le cours. Dès l'aurore, nous l'avons vue s'élancer radieuse dans la carrière de ses occupations journalières, et voici qu'elle aussi semble se dérober aux yeux des mortels, sans qu'aucune ombre se môle à son déclin et diminue l'ardeur de ses rayons; au contraire, elle sent en son âme des leux nouveaux de charité. Les mérites de la journée, passée dans une union étroite et croissante avec Dieu. ont immensément augmenté la ferveur de son amour et perfectionné ses vertus. Aussi, le soir venu, la trèscandide Enfant sent une soif de Dieu plus brûlante. T^e travail assidu et courageux qu'elle a fait lui rend le repos plus précieux et plus doux, et son repos, c'est de se répandre librement dans le sein de son Créateur et Seigneur. Les ombres, en l'isolant des créatures, l'aident encore à trouver la pure lumière. Lorsqu<i tout disparaît à nos yeux. Dieu nous semble plus seul et plus proche ; quand tout se tait, on l'entend mieux !...
La lumière sidérale des nuits! qui peut savoir les vertus secrètes de cette lumière si humble, mais si attractive, qui vient de l'immensité et qui semble vouloir nous élever doucement vers la vie éternelle et innncnse? L'àme est ravie à elle-même tant que brille la lumière du jour; elle est comme répandue au dehors dans les objets sensibles ; elle se disperse sur la terre, flottant awc. les Ilots, volant avec les nuages, mêlée à toutes les harmonies de la nature.
VINGT-TROISIÈME JOl K. 3i9
Dès que les ombres ont efl'acé le champ de ses courses vagabondes, elle revient sur elle-même, se concentre et grandit de tout ce que les ténèbres lui font perdre. Le jour, nous conversons avec les hommes ; la nuit. Dieu et les anges conversent avec nous. Ne privonsnous pas notre vie des plus divines ressources en vulgarisant notre sommeil? N'empêchons-nous pas l'accroissement de l'âme en Dieu, et l'éclosion de ce germe dont l'Évangile a dit : « Soit que l'homme veille, soit qu'il dorme, le germe se développe. >» Ne jamais s'éveiller la nuit pour prier, ne jamais préparer au sommeil son aliment sacré ! oh ! quelle faute et quel oubli des devoirs de l'âme î
Jésus aimait cette oraison du soir et priait trèssouvent la nuit. Que de fois, à l'heure dernière du jour, il quitta ses disciples et' s'en alla sur la montagne ! Que de fois même il vint sur cette montagne des Oliviers que Marie aime tant à regarder 1 Que de fois il s'y reposa de ses labeurs apostoliques en se dilatant dans les profondeurs paisibles et béatifiques de sa propre divinité ! « Jésus alla sur la montagne des Oliviers, et, dès l'aurore il retourna au Temple, dit saint Jean '. »
Les deux Cœurs de Jésus et de Marie s'éclairent l'un par l'autre, car ils viennent l'un de l'autre. Le Fils a préparé la Mère, et la Mère a donné ensuite son tempérament et son caractère à son Fils. On ne peut dire ni à quel point Jésus s'est appliqué à créer,
• s. Jean, viii, 1.
à orner cette Vierge sainte, ni à quel point Marie s'est donnée et livrée tout entière à enfanter et à former son Jésus. C'est un enchaînement merveilleux d'amour, de communications, de titres, de liens qui, faisant d'abord entre eux une ressemblance parfaite, se termine à une union si vivante et si pleine, que c'est une sorte d'unité. Ils sont un par l'esprit et même selon la chair ; on peut dire que ce sont deux ruisseaux coulant d'une même source, deux rameaux sortant d'une même tige. Il en résulte qu'un des meilleurs moyens de connaître Jésus, c'est d'étudier Marie, comme aussi l'un des moyens les plus sûrs de connaître Marie, c'est d'étudier Jésus.
A JÉSUS PAR Marie ! telle est la devise chérie des âmes.
Mais plus la royale Enfant sent d'ardeur pour se retirer du commerce des créatures, afin de vaquer à l'oraison, dans un saint loisir, plus elle sent la nécessité de faire un sérieux examen, qui lui donne l'assurance que tous ses devoirs journaliers ont été ponctuellement et parfaitement accomplis. Nous devons être assurés que cette Vierge humble, prudente et sage allait toujours au positif de la vertu, et que, si elle s'oubliait absolument elle-même pour ce qui est de ses intérêts propres, elle était pleine de zèle pour considérer son âme et sa vie, afin d'y assurer les intér/^ts de Dieu et d'y maintenir l'intégrité de sa gloire. Le Verbe disait déjà en elle : « Ce n'est pas celui qui «crie : Seigneur 1 Seigneur! qui entrera dans le « royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de
« mon Père céleste ', » et encore : «Si vous m'aimez, « gardez mes commandements *. >»
Avant de remonter à sa cellule, la très-diligente Marie parcourt une dernière lois les lieux confiés à sa surveillance. Souvent elle trouve qu'un ordre plus parfait pourrait être établi dans les choses, un lustre plus brillant donné à tout. Ici, les vierges de Sion, ses compagnes, n'ont point assez soigneusement enfermé les fils d'or, les tissus de pourpre et de bysse dont l'air altère l'éclat ; là, les parfums n'ont point été hermétiquement couverts... Par ses soins vigilants tout est prévu, tout est réparé, et tout atteint sa perfection relative.
Selon les ordres qu'elle a rerus, ou du moins la permission qui lui eu a été donnée, elle nettoie encore de ses mains quelques parties des lambris dorés, quelques vases précieux : tout brille, tout resplendit sous ses doigts délicats ; mais avant de se retirer, elle effleure de ses lèvres les murailles qui la séparent du saint des saints
Marie adolescente terminait chacune de ses journées en s' élevant jusqu'au sein de Dieu, sur lequel elle prenait son repos.
L'auguste Adolescente, après avoir pris congé de ses maîtresses, dont elle écoute docilement les ordres
• s. Malh., VII, 21.
^ S. Jean, xiv, lli.
et les conseils, après avoir prié une dernière fois avec ses compagnes, regagne enfin sa cellule, et seule avec Dieu, elle se livre tout entière aux attraits de son âme. Elle entre dans une conversation familière avec son Créateur. C'est l'enfant qui le soir, aux dernières lueurs du crépuscule, s'épanche dans le cœur de son Père. Tantôt elle contemple paisiblement quelque perfection de Dieu; tantôt elle se perd dans ses grandeurs infinies ; quelquefois elle prend la Bible et cherche humblement ù alimenter et à renouveler ses saintes pensées par l'étude des divines Écritures.
0 vase spirituel ! pourquoi chercher à vous remplir de lumière par l'assistance de la parole écrite, quand vous êtes investie des splendeurs du Verbe divin ? Pourquoi lire quand Dieu vous parle? Répétons-k* encore, répétons-le toujours : Marie était la plus humble des créatures; elle prenait pour direction le plus sûr de la vertu ; et le plus sûr, c'est le phts humble. Le Très-Haut élève toujours l'âme comparativement à son humilité.
La lecture la conduit à une plus haute oraison : Marie s'y plonge. Et de même que notre âme, dégagée du poids de la mortalité, s'élancera dans la région du rafraîchissement, de la lumière et de la paix, après les travaux de cette vie, que l'Écriture appelle le jour d'aujourd'hui, de même la très-pure Adolescente, après les labeurs de son active journée, vient avec délices se reposer, se perdre dans l'océan de son principe et de sa fin.
VINGT-TROISIÉMK JOUR. 3J3
Et qui n'a pas compris, après ses journées pleines (le sollicitudes, de travail fatigant, de lutte pénible et souvent de souffrances, ce qu'une âme qui se jette, par la prière, entre les bras de Dieu, y trouve de paix, de dilatation et de bonheur ! Avec ce secours d'un repos régulièrement pris sur le sein du Père céleste, tout se supporte, tout s'oublie, tout se pacifie, tout rentre dans l'ordre, tout acquiesce à l'épreuve, à l'expiation, au sacrifice. Une âme devient l'enfant de Dieu, et elle marche, elle avance dans l'exil, elle entrevoit la patrie.
Mais faut-il pour atteindre Dieu, pour monter jusqu'à son sein et s'y reposer, arriver à un état d'union et de ravissement céleste? Non, certes, il ne faut qu'une chose, il faut, dans un sentiment profond de sa misère et de l'impuissance des créatures, dans la vue de la miséricorde divine, s'écrier avec une foi intense ; Mon Dieu et mon toit! Tout, c'est Dieu et rien que Dieu. Quelque chose avec Dieu ce n'est plus tout. Si nous voulons tout, donnons donc tout, les yeux fermés sur les créatures et sur nous-mêmes. Dieu ne veut pas d'un cœur partagé. Ce que nous ne lui donnons pas, il ne nous le donnera pas ; et ce que nous n'aurons pas de Dieu, nous ne l'aurons pas du monde, quoi que nous fassions pour le monde, et quoi que le monde fasse pour nous. Le contentement du cœur, c'est la plénitude du cieur. Le monde entier ne saurait remplir un seul cœur.
Mon Dieu et mon tout ! Marie le répète, cet élan des cœurs que l'amour a touchés, et, dans une sépa-
ration totale des créatures, elle parvient à une union avec Dieu qu'elle seule peut atteindre. C'est le secret de la Reine. Nul ne sait ce que le Roi lui révèle, lorsqu'il lui dit : « Oublie, ma fille... écoute... prête l'oreille... »
Maintenant, très-pure Enfant, reposez sur la montagne de la myrrhe, sur la colline de l'encens, jusqu'à ce que le jour se lève, et que les ombres déclinent *.
Tout en fermant ses paupières, Marie répète ces paroles de son Dieu, qui deviennent l'expression de son action de grâces : « Je mènerai paître mes brebis sur les hautes montagnes d'Israël ; elles s'y reposeront sur l'herbe fleurie, et elles trouveront leur nourriture dans les pâturages les plus fertiles. Je ferai paître mes brebis et je les ferai reposer moimême *. n
COLLOQUE
Demandons à Mater-Àdmirabilis de savoir faire de chacune do nos journées le résumé d'une vie vraiment chrétienne, et d'apprendre, à son exemple, à déposer, chaque soir, dans le sein de Dieu le pesant fardeau de nos peines et de nos souffrances, afin de recommencer, chaque matin, à servir Dieu en nouveauté de vie.
PRATIQUE
Se ménager, tous les soirs, un temps pour la prière
• Cîint., IV, 6,
• Éiéch., Mxnr, l8-<5.
VINGT-TROISlÊME JOIR. 33S
i'A quelques réllexions sérieuses. Éloigner de soi tout ce qui, au dedans et au dehors, empêcherait d'accomplir ce devoir. Se persuader que ce temps de repos en Dieu importe beaucoup à la perfection de la vie intérieure.
BOUQUET SPIRITUEL
Aaron brûlera, tous les matins, un encens de suave odeur sur l'autel. Il l'allumera quand il réparera les lampes dans le saint lieu, et lorsqu'il les arrangera de nouveau, vers le soir, il brûlera le parum qui doit s'élever perpétuellement devant le Seigneur *.
Lorsque tout reposait dans un profond silence, et que la nuit était au milieu de sa course, votre parole toute-puissante vint du ciel, le séjour royal de votre gloire, et fondit tout à coup sur la terre '.
Mon âme vous a désiré pendant la nuit; et dès l'aurore, je m'éveillerai pour vous chercher par mon esprit et par mon cœur *.
Dieu pouvait créer un plus beau monde, taais il ne pouvait donner l'être à une créature plus parfaite que Marie. Aussitôt créée, la sainte Vierge a la plénitude de la vie et se promène, dans le grand océan de la grâce, comme le poisson à peine né se promène dans l'eau.
Lorsque nos mains ont touché des aromates, elles
' Ex., XXX, 7, 8.
' Sag., XXVIII, 14, i'ù.
' Is., XXVI, 0,
336 DEUXIÉxMl- PARTIE.
embaument tout ce qu'elles touchent : faisons passer nos prières par les mains de la sainte Vierge ; elle les embaumera *.
Comment Mater-Admirabilis fait saintement mourir.
Un dévot de la Mère Admirable l'ut atleint d'une maladie qui, en peu de jours, le réduisit à rextrémité. 11 no pouvait se résigner à faire le sacrifice de sa vie, el la mort lui inspirait les plus grandes terreurs. Dans celle épreuve suprême, il a l'inspiration de recourir i\ Marie ; il l'invoque avec ferveur. La sérénité rentre bientôt dans son âme avec un abandon parfait à la volonté de Dieu.
Ceux qui rentouraienl, surpris d'un changement si subit, unirent leurs actions de grilces aux siennes, et le malade, sur le point d'expirer, témoigna le désir qu'on suspendît un cœur d'argent à l'autel de Mater-AdmirabUis, h qui il se reconnaissait redevable de la plus précieuse des grAces, celle d'une bonne mort. Elle couronna, en effet, son glorieux coml)at.
Un vieux péclieur de quatre-vingts ans, (jui n'avait donné depuis son enfance aucun signe de religion, et <iui de plus avait pris une part active aux horreurs de la grande révolution française, résistait constamment à tous
' Etprit dv ntrf d'Ars. ('.ntt'Hiisnir sur In sniiito VitM-gc.
VINGT-TROIS lÉME JOLR. Sa-
les efforts qu'on faisait pour le ramener ù Dieu ; il ne répondait même que par des injures aux instances qui lui étaient faites de songer à son âme. Il avait déjà eu plusieurs attaques, et l'on attendait en frémissant celle ((ui devait l'emporter. Une jeune personne, qui avait entendu parler de la chapelle où la Vierge est honorée sous le titre de Mater-Admirabilis, se sentit inspirée d'aller y prier pour la conversion de ce malheureux. Elle y vint en effet avec toute la confiance d'obtenir la grâce qu'elle sollicitait ; elle y revint, le lendemain, portant un grand cierge, et. ce jour-là même, on commença une neuvaine à la Trinité du-Mont; c'était le mardi, n mai <850 ; toutes les élèves s'y unirent, et, quelques jours après, on apprit que le pécheur était réconcilié avec Dieu.
Voici comment celle conversion s'était opérée. Dès le premier jour de la neuvaine, le caractère du malade s'était adouci tout à coup; les personnes qui le soignaient, au lieu de paroles outrageantes, n'entendirent plus que des expressions de reconnaissance. Le jour suivant, on essaya de lui parler des miséricordes divines; il écoula, et l'on vit couler ses larmes. Le samedi, il eut une nouvelle attaque, et, dans cette occasion on put remarquer combien la grâce avait travaillé celle âme. 11 demanda lui-même un confesseur , l'accueillit avec une consolation pleine de joie, lui lit sa confession, et le minisire de .Tésus-Christ se retira tout ému et heureux des bonnes dispositions du malade, auquel il apporta le lendemain le saint Viatique. Un mieux subit se manifesta à la suite de celle auguste cérémonie, et peu après l'état du vieillard était satisfaisant. Il a dit lui-même qu'il avait éprouvé quelque chose d'extraordinaire. Il s'informa si l'on avait fait des prières pour lui ; sur la réponse affirmative il s'écria : « C'est donc à la Mère Admirable que je dois
a mon bonheur; sans elle je me serais précipité dans 1 « Tenfer, et par son secours je puis espérer de passer « saintement les jours qui me restent à vivre. Qu'elle en « soit à jamais bénie ! »
Hommage et amour soient à jamais rendus à notre Admirable Mère!
M. l'abbé E. Le Blond, du diocèse de Montréal, au Canada, avait épuisé sa santé dans les missions de son pays natal. Sa vie apostolique comptait deux, années seulement, mais deux années laborieuses et remplies de privations. Au milieu de la défaillance générale de ses forces, ce qui lui était le plus sensible, c'était d'avoir la vue si notablement affectée, qu'il lui fallait suspendre la récitation du saint oflice. Déjà, il y avait plus de cinq années qu'il subissait cette pénible épreuve. Sur ces entrefaites, les médecins conseillèrent un voyage en Italie, loin des rigueurs du climat canadien. Au printemps de 18o4, M. Le Blond était à Rome. Dans la lointaine Amérique il avait entendu parler des prodiges opérés par la protection de Maler-Admirabilis.
La vue du sanctuaire, avec sa touchante madone, acheva de lui inspirer cette confiance dont Dieu nous fait la gricc, quand il lui plait de nous préparer quelque faveur extraordinaire. Ici , la simplicité de la chapelle, l'absence de tout ornement, exigée par le local niênie, et peut-être l'aspect sous lecpiel la Vierge enfant se présente aux regards, ajoutent encore à l'émotion.
Une neuvaine commença. Cependant la Providence, qui
aime à nous éprouver, afin que l'épreuve épure notre foi, voulut que Tinfirmité du malade empirât durant le cours des exercices. Le neuvième jour accompli , il souffrait plus encore qu'à l'ordinaire ; il paraissait donc loin de sa guérison. Un dixième jour de supplications fut ajouté avec un redoublement de ferveur. Ce jour-là même, 13 mai <854, c'était un samedi, mille et mille grâces en soient rendues à Marie! le malade put, pendant trois quarts d'heure, et dans le sanctuaire miraculeux, lire et réciter la partie de l'office divin prescrite par les rubriques... Il était guéri.
En foi de quoi, ce 20 juillet 1861, sept ans après l'événement, M. Le Blond, venu une seconde fois à Rome, a signé la présente narration.
E. Le Blond, prêtre.
Rome, au Séminaire français, 20 juillet I8GI.
yincjï-quatiuème jour
MÉDITATION
Marie célébrait admirablement le tabbat et les fêtes ■olennelleg.
PREMIER PRÉLUDE. — Voir le sanctuaire, le vestibule, les parvis du Temple décorés avec pompe ; se ligurer l'ordre maguiliquc» des fondions sacerdot<Ues ; considérer la foule du peuple qui se presse sous les portiques.
DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander à la très-illustre Fille d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, qu'elle nous communique ces sentiments de haute vénération qui portent l'Ame à sanctifiei' en vérité les jours consacrés au Seigneur.
PREMIER POINT
Marie adolescente avait pour les observances relatives au sabbat le plus religieux respect. Tous les jours de notre pèlerinage ici-bas ne sont
pas des jours de labeurs et de sollicitudes terrestres : non ! à l'aube de certaines journées, notre Père qui est au ciel murmure plus fort à notre oreille : Sursum corda ! les cœurs en haut ! Trêve alors au travail pénible, trêve aux complications des choses sensibles et variables. Sursum corda! lame se soulève au-dessus de la multiplicité des soins et de la fluctuation humaine. Elle se dégage et monte, une et simple, vers son Créateur, car ce jour n'est plus le jour de l'homme, mais le saint jour du Seigneur. Jéhovah n'a-t-il pas dicté cette loi : <( Vous travail- «lerez pendant six jours; le septième, vous cesserez de «labourer et de moissonner '.»
« Remercions Dieu de cette divine loi si bien en rapport avec les aspirations célestes de notre âme. Quel tumulte sur la terre ! Serait-il donc possible do baisser toujours le front vers ce sol que nous arrosons de nos larmes et de nos sueurs, sans jamais lever la tête vers les cieux, notre patrie?... Quoi ! toujours le bruit confus des ouvriers et des travailleurs ! Quoi ! toujours les inquiétudes et les horizons bornys du temps! Enfants du Père céleste, candidats de l'éternité, à qui saint Paul a dit : « Vous n'êtes pas «des étrangers ni des hAtes, vous êtes de la famille «et de la maison de Dieu %» nous devons avoir nos heures, nos jours et nos lieux sacrés, où, loin du courant de la vie vulgaire et des clameurs humaines,
* Ex., IV, ti.
• Éphttt., II, l'J.
nous puissions offrir au Seigneur l'expression de notre respect plein d'amour. 0 mon Seigneur èl mon Père! « la vie éternelle est de vous connaîti-e, vous, seul Dieu véritable, et Jésus-Christ, que vous avez envoyé '. » Or, afin d'ébaucher ici-bas cette connaissance, seul but de notre passage en ce monde, est-ce trop d'un jour sur sept pour reposer son esprit et son corps dans la pensée de Dieu, dans une prière aimante et dévouée ? Est-ce trop d'un jour sur sept, puisqu'il faudra éternellement nous fixer dans la vérité incréée, nous plonger dans la divine essence ? Ne pouvons-nous pas vivre d'une vie spirituelle l'espace d'une journée * ? »
Cependant le jour du Seigneur est négligé, ce principe souverain d'ordre est méconnu, cette loi fondamentale est oubliée, ce devoir suprême est dédaigné, marchandé, limité. Pour le plus grand nombre, les joies si pures du dimanche restent inconnues; et le cœur fatigué, défaillant, demande aux choses inférieures et sensibles ce repos nécessaire que le jour du Seigneur apporte si pleinement quand on sait accomplir la loi.
Nul doute que Marie adolescente n'ait éprouvé le bonheur attaché au sabbat fidèlement observé, et ce renouvellement puisé dans un repos consacré par plus d'adoration et de prière. Chacun de ses joui*s était déjà plein du souvenir de Dieu, mais dans les
' s. Jean, xvi, 3.
• R. P. de Ravignan.
jours réservés au Seigneur, ne pouvons-nous pas croire qu'elle subissait, plus fortes et plus pénétrantes, ces heureuses transformations qui arrachent une âme à la terre pour l'élever jusqu'au ciel? Toujours fidèle, selon la loi de Moïse, Marie se souvenait du sabbat pour le sanctifier. « Six jours elle travaillera et fera son œuvre, le septième elle cessera tout travail ; car le Seigneur fit en six jours le ciel et la terre, la mer et tout ce qui est en eux, et il se reposa le septième '. »
Au sixième jour de chaque semaine, la très-pieuse Adolescente bannissait des lieux confiés à sa surveillance tout ce qui pouvait rappeler l'idée du travail manuel. Et quand les trompettes, retentissant au déclin du soleil, proclamaient le jour saint, la première et la plus fervente, elle se prosternait pour adorer le Seigneur en lui ofl"rant les dons, les vœux et toutes les choses dont elle avait le libre usage. De toutes les prémices présentées dans le saint lieu, l'oblation virginale de Marie était certainement la plus précieuse. D'un soir à l'autre, la très-pure Enfant célébrait le sabbat. Des tribunes réservées, elle suivait les prières publiques, assistait aux nombreux sacrifices, et, en ne se dispensant d'aucune observance, elle donnait à son insu le puissant secours de sa coopération sainte ù tout ce que le culte judaïque apportait d'honneur et do gloire à Dieu.
' Exod., XX, 8.
Comment Marie passait les jours de fête.
11 y avait encore dans le Temple de Jérusalem de "bien beaux jours, les jours très-solennels et trèssaints des fêtes du Seigneur : la solennité des pains sans levain, la fête des prémices, celle des expiations, la fête des Tabernacles. Et dans ces solennités on offrait des sacrifices, des holocaustes et des libations selon la coutume du jour '.
Nous n'avons qu'une faible idée de la pompe sacerdotale déployée dans les fêtes juives. Nos livres saints cependant nous révèlent, dans de magnifiques détails, la somptuosité avec laquelle le peuple de Dieu offrait à son souverain Roi ses trésors et les richesses de tous les peuples orientaux, ses voisins et souvent ses tributaires.
Gomment notre royale Adolescente se conduisaitelle en ces solennités saintes? Servante du Seigneur, avant tout, elle mettait son amour à préparer soigneusement tout ce que sa haute prévoyance lui dictait comme devant être nécessaire soit pour les sacrifices, soit pour l'ornement du Temple. Son dévoùment alors était sans bornes, et, par la pureté de son intention, elle consacrait, eii quelque sorte, tout ce qu'elle touchait.
Reconnue la plus habile, c'étaient ses mains trèspures qui donnaient à l'éphod, au rationaldu Grand-
' Lév., XX, 2, 3.
Prêtre, une fraîcheur et un éclat nouveau. Elle connaissait la signification de chaque partie de ces ■vêtements sacrés, et, par la prière, que le travail n'interrompait pas, elle appliquait le sens mystérieux de chaque objet au culte qu'il était destiné à rendre.
Marie trouvait, à l'approche des fêtes, le moyen d'accomplir la loi qui prescrivait d'affliger son ûme en vigiles saintes *, les considérant comme des jours de propitiation, afin de rendre le Seigneur favorable aux demandes qu'on lui faisait, dans l'esprit propre de chaque solennité.
Enfin les trompettes retentissent, pour la dernière fois, autour du Temple; un peuple d'adorateurs inonde les deux parvis des Juifs et des Gentils. Dans celui des prêtres, de longues files de lévites, revêtus de lin, circulent autour de l'autel, où les sacrifices se succèdent, d'un soir à l'autre, sans interruption ; l'air est embaumé par l'oblation incessante des parfums, et les voûtes répètent les sons harmonieux des psaltérions, des cithares, des orgues, des cymbales et du kinnor.
Où sera Marie pendant que la foule ondule sous les portiques, dans les cours et dans le vestibule "^ Elle restera solitaire et cachée dans les tribunes réservées, jouissant au fond de son cœur de voir un peuple tout entier rendre à Dieu l'honneur et le culte (jui lui sont dus. Elle ne fuit pas, elle ne
MNGT-aiJATRIÈME JOUR. 347
s'isole pas; l'amour de son Créateur et Seigneur l'a fixée partout on elle le voit servi, aimé, glorifié. Elle suit avec dévotion le rite et la liturgie propres à chaque fôte ; elle mêle sa voix à celle des chantres, voulant ainsi louer le Seigneur par tout ce qui est en elle.
Elle s'identifie avec l'esprit de chaque psaume, et elle ressent en son cœur ces élans d'amour qui passaient dans l'âme de David, son aïeul, quand il disait : « Je marcherai vers le Tabernacle du Seigneur : « j'entrerai dans la maison de Dieu même, parmi les (( cris d'allégresse et au milieu des cantiques de joie « qui s'élèvent dans nos solennités sacrées *. »
Voici l'annonce de la clôture du sabbat très-saint ; la multitude se retire; la très-modeste Adolescente regarde cette foule immense, qui s'écoule à regret, et voit les parvis devenir déserts. Bientôt l'imposante solitude des lieux saints a repris son caractère majestueux, et Marie prie encore, comme pour dédommager Dieu de l'isolement où semble le laisser le peuple qui s'éloigne. Avec quel bonheur ce Cœur très-pur ne lui dit-il pas : « Pour votre adoration, il y a des jours <( consacrés, des jours à part, où ce peuple jouit plus « particulièrement de vos faveurs, où il vous honore <( avec plus d'amour; pour moi, chaque jour je vous (( bénirai et je louerai votre nom dans les siècles des « siècles *. Au milieu de la nuit je me lèverai pour pro- (' clamer l'équité de vos jugements M »
' Ps. XLI, i.
' Ps. CXXIV, 12.
^ Ps. cxviii, 61.
Aux adorations de la Vierge d'Israël se mêle alors, dans son àme,le besoin de prier pour son peuple ; elle sent que les fêtes les plus saintes ne sont pas pures aux yeux du Très-Haut. Elle voudrait offrir au Seigneur tout ce qui a manqué aux sacrifices, aux chants sacrés, aux ornements divers.
Courage, divine Enfant! vous ignorez à quel point vous atteignez le but de votre expiation, présentée si humblement au Seigneur! Vous dites : « Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple!... » Et Dieu efface de sa mémoire les crimes qui ont souillé le Temple, par le passage impie des Nabuchodonosor, des Héliodore, des Antiochus. des Pompée, des Grassus... « Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple !... » Et toutes les fautes, toutes les négligences qui ont eu lieu, pendant la fête, sont oubliées, et votre prière a vaincu le cœur de Dieu et arrêté son bras vengeui'.
COF.I.OOUK.
Louer MalerAdinirabilis d'avoir donné au culte judaïque une gloire incomparable par ses «actes d'amour, par la justice, la ferveur et le succès de ses demandes.
Lui demander la grâce de vénérer avec amour les jours consacrés au Seigneur.
La prier de nous apprendre à suivre les offices et les prières liturgiques, on pénétrant le sens que la sainte Eglise y attache.
VlNGT-ttlATRlÉME JOLR. 3i9
PRATIQUE
S'imposer la loi inviolable d'assister, selon son pouvoir, le dimanche et les fêtes, aux offices de l'Église, et d'y entrer dans l'esprit de la fête et du temps.
BOUOIET SPIRITLEL.
Souvenez-vous du jour du sabbat pour le sanctifier'.
0 Juda, célèbre tes jours de fête, et rends tes vœux au Seigneur ^ !
Les fêtes par leur fréquence et leur diversité sont le charme de la vie chrétienne. Elles font descendre la joie comme un rayon céleste an milieu des tristesses de l'exil. Ce que le port est au matelot battu par la tempête et revenu des fatigues d'une navigation périlleuse, nos solennités le sont à l'homme accablé sous le poids des misères d'ici-bas... C'est un demi-jour sur le monde invisible, c'est une échappée de vue sur l'éternité, c'est une ouverture du côté du ciel, par ou nous arrivent les lueurs consolantes et les harmonies lointaines de la patrie.
Un jour de fête, c'est l'oubli des peines, le sommeil des chagrins; c'est une récolte de joie, une provision de bonheur... c'est la moisson des pauvres, l'ornement
* Exode, XX, 8.
* Nahiini, i, 15.
so
des Églises.., le tombeau de la haine, le berceau de l'amitié ; c'est le ciel sur la terre * !
Il y avait un saint qui disparaissait la veille de toutes les grandes fêtes : on ne le revoyait plus que le lendemain. Il allait célébrer la fête en paradis; nous devrions faire comme lui... Il faudrait mourir le dimanche à cette pauvre terre et ressusciter le lundi '.
Les petites miraculées de Mater-Admirabilis.
Mater-Admirahilis semble avoir des grâces spéciales pour les petits enfants, et, à leur tour, ces candides créatures, parées du beau vêlement de Tinnocence baptismale, se sentent, d instinct, en rapport avec TAdoIescentc immaculée du Temple et éprouvent pour sou image un attrait tout particulier.
Une petite fille, d'un an environ, était fort malade par suite de la dentition. De violentes convulsions survinrent, et les médecins déclarèrent que lenfant était perdue. La mère désolée avait entendu parler de la Vierge miraculeuse de la Trinité, elle se détermina Ji y porter sa petitf fille, qui n'avait plus qu'un souffle de vie. Celt(^ pieuse mère la présenta devant la fresque de Mnter-Admi-
' s. iMdcliis, év. (le Consliint.
• Ktjirit (lu curé d'Ars.
rabilis, en implorant Marie, avec toute la ferveur que lui inspirait sa tendresse, et retourna chez elle, remplie de confiance : c'était un vendredi. Dans la nuit, l'état de l'enfant s'améliora ; une grosse dent parut ; le samedi suivant, une seconde; l'autre samedi, une troisième, comme pour attester que la guérison était due à la Mère Admirable. Les parents s'empressèrent de porter leur fille à ses pieds ; elle était alors redevenue fraîche et rose. Elle regardait Mater-AdmirahUis avec amour et semblait, dans son petit langage, gazouiller une hymme de reconnaissance, tout en lui envoyant des baisers de ses deux petites mains.
Une jeune veuve , d'origine polonaise , avait deux gentilles petites filles; mais la seconde, âgée d'environ quatre ans, était privée de l'usage de ses jambes et ne pouvait même se tenir debout. Cet état était causé par un dépôt d'humeur, formant une plaie au pied et à la main. Tous les remèdes, employés jusque-là pour la guérison de la petite Marie, étaient restés sans résultat. Sa mère ayant obtenu de la Russie, à un très-haut prix, son passeport pour Rome, entendit parler de Mater- Admirabilis^ et elle alla lui présenter ses deux enfants. Peu de jours après, elle fit célébrer une messe dans le sanctuaire vénéré, et elle y assista avec la petite infirme. Dès ce jour, Marie put se tenir sur ses jambes, subitement raffermies, et, la semaine suivante, elle marchait sans difficulté. Les prières de la pieuse mère continuèrent, et la Vierge admirable compléta son œuvre. L'humeur, cause du mal, disparut entièrement, et à la mélancolie, qu'on avait jusque-là remarquée dans cette enfant, succéda une gaîté d'autant
plus vraie qu'elle ne pouvait être étudiée. Mais la sainte Vierge lui préparait une autre grâce.
Environ un mois après, le médecin indiqua pour cette enfant une double ordonnance ; il s'agissait de faire une friction et de prendre une médecine. La femme de chambre, mal informée, fait boire à Marie le sel ammoniacal indiqué pour la friction. Aussitôt la pauvre enfant est saisie d'horribles douleurs ; sa langue et ses lèvres deviennent noires; son visage bouleversé révèle l'empoisonnement; malgré tous les moyens employés pour le combattre , elle ne devait pas voir la fin de la journée à moins d'un miracle. Dans cette extrémité, on a recours, pour la seconde fois, à la Mère Admirable. La femme de chambre, au désespoir, se jette aux pieds de la Madone, la conjure, en versant un torrent de larmes, de réparer son erreur et de sauver l'enfant....
La sainte Vierge se laissa toucher et, une fois encore, elle guérit sa petite cliente.
Le lendemain, Marie demanda à sa mère de lui acheter un panier; ce qu'on lui accorda volontiers. Dès qu'elle l'eut entre les mains, elle s'empressa de séparer ses joujoux de ceux de sa sœur, puis elle plaça les premiers dans le panier. On la regardait faire avec étonnement, sans deviner son projet. Enlin, sur la demande de sa mère : « Mater Admirabilis m'a guérie, répondit Marie, je vois « que maman ne lui envoie rien encore ; moi je veux, en • attendant, lui donner mes joujoux. » Elle croyait, la naïve enfant, ïah-e alla San (isnima Yer<iincUa un plaisir semblable à celui qu'elle avait éprouvé elle-même en les recevant.
VINGT-QUATRIÈME JOLR. 353
La fille de la princesse S***, âgée de trois ans, fui atteinte d'un mal qui la mit bientôt aux portes du tombeau , mais la princesse, persuadée que la sainte Vierge luiconserverait sa chère petite Léonie, se rendit à laTrinité, et demanda à la mère Makrina de prier avec elle devant l'image de Mater- Admirabilis. Après qu'elles l'eurent fait l'une et l'autre avec une grande ferveur, la mère Makrina dit à la princesse : « Avez-vous quatre piastres?— Oui.— « Eh bien! avant de rentrer chez vous, portez-les àThô- « pital : ce sera comme le prix de votre fille. Consacrez- « la à la sainte Vierge; dès aujourd'hui elle lui appar- « tiendra, mais vous la garderez auprès de vous. »
La pieuse dame, heureuse de l'assurance qu'elle vient de recevoir, va dans un hospice, y donne les quatre piastres, puis, en toute hâte, retourne chez elle. Lorsqu'elle se présente à la porte de la chambre de la petite malade, les femmes qui étaient auprès d'elle veulent l'empêcher d'entrer; car Léonie n'était presque plus qu'un cadavre; mais la princesse insiste et trouve son enfant à l'agonie. Remplie de foi et de confiance, cette pauvre mère s'agenouille et prie. Peu après, au grand étonnement de toutes les personnes présentes, l'enfant reprend la connaissance parfaite, s'assied sur son lit en s'écriant : « Maman, je .suis guérie ! » En effet, le mal avait disparu.
La princesse transportée de joie remercie le jour même la très-sainte Vierge dans son sanctuaire, et trois jours après, l'enfant sauvée venait exprimer son amour et sa reconnaissance à la Mère Admirable, par des paroles pleines de tendresse et de naïveté.
Depuis, celte aimable enfant visitait souvent l'image de sa Mère du ciel, et se plaisait à lui baiser les pieds. Elle croyait la fresque animée et Marie vivante! Aussi faisaitelle demander quelquefois des nouvelles de Matev-Admirabilis. Au retour du domestique, elle courait au-devant de lui et lui disait avec empressement : « Eh bien ! com- « ment se porte la Mère Admirable? n'a-t-elle besoin de « rien?.,.» Et sur la réponse qu'on lui donnait, elle demeurait tranquille.
Son bonheur était d'aller se promener sur le Pincio. « levais la voir,» disait-elle alors; et de la porterie, Léonie courait seule à la chapelle de sa Mère Admirable. Comme elle la croyait vivante, on la voyait s'arrêter avec respect devant l'image vénérée et la saluer profondément. Enfin elle osait approcher pour lui baiser la main... Étonnée de trouver une surface plane, Léonie touchait la corbeille, la quenouille, puis regardait autour d'elle pour avoir l'explication de ce qu'elle ne pouvait comprendre... Ordinairement ses visites se terminaient par des baisers quelle envoyait à la très-sainte Enfant, sa protectrice et sa mère, et cela, en marchant et en regardant l'image jusqu'au moment où elle la perdait de vue.
Une jeune élève du Sacré-Cœur fut trouvée, un jour, gravement assise devant un vitrail représentant Mater- Admirabilis. Comme celte onfant, ordinairement trèslurbulenle, paraissait absorbée, peut-être pour la première fois, par une pensée sérieuse, on lui demanda ce qu'elle faisait dans celte atlitude. «Chut! dit-elle à voix « basse, je commençais îi l'entendre. .. et voici que vous
VINGT-QUATRIÈME JOUU. 355
« allez tout déranger... — Mais, qu'entendez-vous ? « demanda-t-on à la petite Amélie. — J'ai dit à Materli Admirabilis, reprit-elle, que je savais fort bien ([u'elle « pensait de très-belles choses et que j'allais m'asseoir là, « devant elle, jusqu'à ce qu'elle me dise ce qui l'occupe. « — Et vous a-t-elle déjà parlé? ajouta son interlocutrice. « Qu'avait-elle donc commencé à vous dire quand je suis « venue vous interrompre? »
Amélie répondit gravement : «Elle ne parle pas comme « tout le monde, MatcT Admirabilis... Elle garde le silen- « ce... et l'on comprend. Eli bien! j'ai compris qu'elle « a l'air de regarder son lis... et qu'elle regarde aussi le « bon Dieu qui a créé son lis; et que, de là, elle monte « tranquillement au ciel, où elle voit tout ce qui est beau, « grand et pur!... Et j'essayais de voir ces choses-là avec « elle. Je lâche aussi d'entendre ce qu'on lui dit du ciel... « mais je ne sais pas encore si c'est le bon Dieu ou les « anges qui lui parlent... » Et Amélie reprit l'attitude de sa profonde contemplation...
A partir de ce moment, la vivacité de cette enfant de onze ans eut un frein. Elle demanda à conserver constamment sa place en face de son vitrail chéri; et à peine avait-elle jeté les yeux sur Mater-Admirabilis qu'on la voyait suspendre ses incessants mouvements pour se composer dans un maintien plein de réserve et de modestie. Calme et laborieuse, elle accomplissait la tâche qu'elle s'était imposée, tout en levant fréquemment les yeux sur son admirable modèle.
YllNGT-CINQUIÈME JOUR
MÉDITATION
Marie Admirable dans lei adieux qu'elle fit ea quittant le Temple de Jérusalem.
PREMIER PRÉLUDE. — Se représenter la très-sainte Vierge, âgée de quinze ans environ. Elle visite une dernière fois les lieux où son adolescence immaculée s'est paisiblement écoulée.
DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander à Mater- Admirabilis un cœur reconnaissant et rempli de confiance et d'abandon.
PREMIER POLNT.
La très-auguste Adolescente s'abandonne à la volonté de Dieu.
La sainte Enfant croissait en âge et en sagesse, devant Dieu et devant tous ceux à qui il était donné de
jouir de son aimable présence. Elle possédait tous les dons, non point selon la mesure ordinaire de son âge, mais selon les fins admirables auxquelles Dieu l'avait destinée. Son âme inondée, submergée par des grâces toujours nouvelles, toujours accrues, répondait à toutes les ardeurs de la charité divine par une fidélité si constante, que les anges la proclamaient déjà bénie ntre toutes les femmes, et la reconnaissaient pour 'auguste Souveraine de la terre et du ciel.
Hâtons-nous! et, à l'exemple des chérubins et des séraphins, empressons-nous avant que la divine Adolescente quitte le Temple, de lui adresser les louanges que l'Esprit-Saint avait mises pour elles sur les lèvres du Prophète-Roi, lui disant avec amour : « Vous êtes 0 toute belle et aucune tache n'est en vous... Votre sta- « ture est celle du palmier; et comme le lis au milieu « des épines , vous vous élevez au-dessus des jeunes « vierges, vos compagnes... Vos yeux sont ceux de la i( colombe; ils brillent à travers votre voile... Ah! vous (( êtes un jardin d'orangers chargés de fruits et mêlés « au nard de Gliyprc et aux fruits des pommiers *!...»
Marie connaît les lois inviolables du Temple : à quinze ans, elle doit abandonner ce lieu cher et vénéré... Dîyà tout se prépare pour son départ. Le Grand- Prétre lui a manifesté les volontés divines; on va la fiancer à Joseph, homme juste et saint, de sa parenté. Des signes évidents et providentiels déterminent ce choix : il faut obéir.
' Caiit., passim.
Que se passe-t-il dans le cœur immaculé delà Vierge des vierges? Sanctuaire impénétrable, qui peut en franchir l'entrée? Ce qui dut s'y passer , ce fut peutêtre une de ces luttes qui, sur la terre, précèdent souvent l'acte d'abandon, même dans les âmes les plus livrées à Dieu. Cette lutte dut être suivie d'un acte de confiance suprême, qui lui fit sacrifier aux desseins du Seigneur, non sa virginité, mais toute vue personnelle pour entrer d'avance et sans restriction, dans les dispositions de la volonté divine à son égard.
Pour atteindre à ce simple acquiescement aux adorables conduites de Dieu, pour trouver bon qu'il fasse d'elle, comme de son ouvrage, tout ce qu'il plaira à sa majesté sainte, n'allons pas croire que la très-pure Adolescente ait ignoré les combats qui précèdent la victoire! Mais fidèle descendante d'Abraham, elle sait espérer contre toute espérance, et Dieu lui dit au Cœur : « .\utant les cieux sont élevés au-dessus de la « terre, autant mes voies sont au-dessus de vos voies el « mes pensées au-dessus de vos pensées*. » Pour devenir père d'un peuple aussi nombreux que les étoiles du firmament, Abraham consent volontiers à sacrifier son fils unique ; Marie, pour demeurer vierge, se délaisse totalement à la puissance divine, et consen volontiers à couvrir, du manteau d'une union chaste et consacrée, le saint vœu qu'elle a fait.
Ahl Mère Admirable! c'estdonc ainsi que vouscomr mencez à opérer, à aimer, à vous sacrifier dans la foi!
Isalc, Lv, 9. /
Et l'exercice de cette grande vertu théologale vous fait, vous aussi, vivre d'une vie plus pure, puisque par elle, vous vous perdez, vous vous anéantissez dans la volonté de Dieu qui vous transforme en lui î
I^ volonté de Dieu, l'ordre de Dieu, son bon plaisir, sa grâce, sont une même chose : c'est Dieu travaillant à rendre l'âme semblable à Lui. La perfection est dans le concours fidèle de l'âme à ce travail de Dieu. L'ordre de Dieu, reçu avec simplicité par un cœur pur, opère la sainteté, comme un remède pris avec soumission opère la santé, dans un malade qui ne sait et n'a que faire de savoir la médecine. La vraie science consiste à connaître cet ordre de Dieu, qui est la plénitude de tous nos moments; il s'écoule sous mille apparences diverses, qui devenant tour à tour notre devoir présent, forment, font croître et consomment en nous l'homme noiyyeau, jusqu'à la plénitude que la Sagesse divine nous a destinée.
Ce mystérieux accroissement de Jésus-Christ en nos cœurs est le terme produit par Yordre de Dieu : c'est le fruit de sa grâce et de son bon vouloir. Ce fruit se développe et se nourrit par la succession de nos devoirs présents, que la môme volonté de Dieu remplit, de sorte qu'en les suivant, c'est toujours le meilleur que nous accomplissons. Il n'y a qu'à laisser faire la volonté divine et s'y abandonner en aveugle, totalement et sans réserve. Elle est infiniment sage, infiniment prévenante et infiniment bonne pour les âmes qui cspi'rent en elle, qui n'aiment et ne cherchent qu'elle et qui croient avec une invincible foi et une im-
VINGT-CINQUIÉ3IE JOUR. 36i
ment est le mieux, sans aller au delà et sans vouloir saisir l'insaisissable rapport des choses extérieures avec l'ordre de Dieu.
L'ordre de Dieu est l'essentiel, le réel et la vertu de toutes choses ; c'est l'ordre de Dieu qui les prépare, les dispose, les ajuste et les rend propres à l'âme ; sans lui tout est vanité , mensonge et néant. L'ordre de Dieu est le salut, la paix, la santé, la vie de l'âme et du corps. Quel que soit, dans les choses humaines, l'aspect qu'elles présentent : que l'entendement en ait les idées qu'il lui plaira, et que le corps en reçoive les sensations qu'il pourra; ne fussent-elles pour l'esprit que ténèbres et désolations; pour le cœur, que trouble et déchirement; pour les sens, que mort et souffrance : il n'y a ni à craindre, ni à vouloir, ni à exclure, ni à distinguer. Ce n'est point l'aflaire de l'âme de définir l'objet de la soumission qu'elle doit à Dieu; sa seule occupation est d'être soumise et prête à tout. La volonté de Dieu donne à toutes ces choses, à l'égard de l'âme qui s'y conforme, une valeur éminente et une efficacité souveraine : tout ce qu'elle touche, tout ce qu'elle renferme, tout ce qu'elle implique, elle l'élève, elle le transfigure, elle le divinise; tous les objets sur lesquels elle se répand deviennent éléments de sainteté et de perfection.
Et ce n'est pas sur la nature des choses prises en elles-mêmes, c'est sur l'ordre de Dieu et sur l'acquiescement de l'âme que se mesure la sainteté : non-seulement elle est indépendante de l'éclat extérieur des œuvres et s'allie avec les ténèbres de la vie de pure
SI
toi, mais ou peut môme dire que cette, foi obscure et cette >ie d'anéantissement renferme dans ses ténèbi^es lumineuses les dons les plus éclatants. Tout ce que nous voyons d'admirable dans les saints n'est qu'un rayon de l'excellence de leur état, contenu et caché dans l'exercice de la foi, de cette foi amoureuse qui sait \oir et entendre Dieu partout, jouir de Dieu en toute chose.
Voilà la sainteté, la sainteté tout entière! Voilà le grain de sénevé dont on ne recueille pas ks fruits parce qu'on ne sait pas le reconnaître dans sa petitesse I Voilà la drachme évangélique, le trésor qu'on ne trouve pas, parce qu'on le cherche trop loin. Ne demandez pas le secret de trouver ce trésor. De secret, il n'y en a point. Ce trésor est partout; il s'offre à nous eu tout temps et en tout lieu : amies ou ennemies, les créatures nous le versent à pleines mains et le font couler, par tous nos sens et toutes nos facultés pensanteset aimantes jusqu'au plus intime de uoti'e àme. L'action divine inonde l'univers; elle ruisselle avec les flots de la création ; elle coule dans tous les êtres; elle surnage au-dessus : il n'y a qu'à se laisser emporter par ses ondes bienfaisantes *.
Se livrer ainsi au Seigneur dans le moment présent, c'est le secret de la vie parfaite et de l'union avec Dieu; c'est aussi le secret du bonheur, autant qu'il peut y en avoir sur la terre. « Le jjrésent seul nous apporte Dieu ; le présent, c'est le sacrement d(î la di-
• Voir l'Abandon à la Pr(jVidence divine du R. 1». Caussudc,
VINGT-CrNQUIÈME JOUR. 363
vine Providence... C'est l'éternité saisie an milieu des vicissitudes du temps '... » S'abandonner à la volonté de Dieu dans le moment présent, c'est entrer dans le cœur de Dieu, c'est s'y perdre.
Toutes les créatures sont vivantes dans la main de Dieu. Les sens n'aperçoivent que l'action de la créature, mais cette action est un voile qui recouvre les profonds mystères de l'action divine, et la foi, pénétrant ce voile des choses extérieures, nous fait apercevoir Dieu en tout. Il n'est aucun moment où Dieu ne soit présent sous la forme de quelque peine, de quelque obligation ou de quelque devoir. Tout ce qui se fait dans nous, autour de nous et par nous, enveloppe et contient sa volonté. Si nous percions l'enveloppe et si nous étions vigilants et attentifs, Dieu se révélerait sans cesse à nous et nous jouirions de son action en tout ce qui nous arrive : à chaque événement heureux ou malheureux qui traverse notre existence, nous dirions: C'est le Seigneur : Dominusest!
Le moment présent avec ce qu'il implique d'épreuves et de consolations, de répugnances et d'attraits, de devoirs et de sacrifices, est l'ombre sacrée derrière laquelle la vertu de Dieu se cache pour produire en nous Jésus-Christ. Sous leurs obscures et viles apparences, les événements de chaque instant recèlent la vérité du divin vouloir, qui seul mérite notre respect et notre attention. C'est ainsi que Marie envisageait toutes choses; aussi, les ombres d'ici-bas, bien loin
* Le P. de Uavignan.
de lui faire illusion, d'obscurcir le ciel de son âme et d'en troubler la limpidité, remplissaient sa foi de Celui qui, quoique invisible, est présent partout. Sous l'enveloppe commune des accidents les plus vulgaires, elle découvrait sa vertu, opérant en elle de grandes choses.
Si nous avions la foi de Marie, nous considérerions les créatures comme des instruments de la bonté divine ; nous les aimerions et nous les remercierions intérieurement de ce qu'elles servent à nous perfectionner sous la main de Dieu ; nous penserions que rien ne nous manque et que le soin continuel de Dieu le porte à nous départir ce qui nous convient ; nous serions dans un commerce ineffable avec Lui , nous Lui parlerions cœur à cœur. Ce que l'air est à nos pensées et à nos paroles comme moyen de transmission, tout ce qu'il nous arrive de faire ou de souffrir le serait par rapport à Dieu ; ce ne serait que le corps de sa parole; en tout elle se produirait au dehors; tout nous serait saint, tout nous serait excellent. La gloire établit cet état dans le ciel ; la foi l'établirait sur la terre. La foi est l'interprète de Dieu ; elle est la lumière du temps ; elle donne une face céleste à toutes les choses d'ici-bas ; elle les éclaire, elle les pénètre, elle ôte le voile et fait paraître Dieu qui se cachait derrière elles.
0 bonne volonté! ô cœur pur! que Notre-Seigneur a bien su vous mettre à votre place, quand il vous a mis au premier rang des béatitudes!... Quel bonheur plus grand que de posséder Dieu tandis qu'il nous
possède réciproquement! Etat délicieux et plein de charme! on y dort paisiblement sur le sein de la Providence ; on y joue innocemment avec la divine Sagesse, sans inquiétude sur l'issue de la course. Celui à qui nous nous confions saura bien nous conduire, du présent au présent, jusqu'aux dernières limites de sa volonté sainte.
La très-auguste Adolescente quitte le Temple de Jérusalem.
Marie a donc entendu un second Veni, et l'antique forme sacramentelle de toute vocation divine lui est répétée par Dieu même : « Sors de la mai- « son de ton père... Viens en la terre que je te mon- « trerai '. »
Entendez-vous, très-modeste Enfant? Quoi! sortir de la maison de votre Père céleste pour aller dans une terre déserte, aride et sans eaux ! Colombe sans tache, trouverez-vous, en sortant de l'arche sainte, où poser le pied? Vous voyez avec effroi les eaux de la corruption qui couvrent la surface de la terre ', et vous voudriez vous retirer sous l'aile des chérubins, qui habitent les saints lieux où vous résidez encore ! Du haut des collines sacrées vous regardez avec anxiété la vallée des larmes, et vous vous écriez avec recon-
* Gen., xii, 1.
• Gen., VIII, 9.
naissance • « Sion est la \ille de ma force, elle est pro- « tégée par un mur et un contre-mur *. .. » Ne craignez rien! dans son amour et sa sagesse, le Seigneur, qui a fait de grandes choses en vous , fait aussi de grandes choses pour vous.
Dans la tribu de Juda, dans la famille de Da\id, le Très-Haut s'est choisi un serviteur selon son cœur : Joseph est son nom. Et si, pour devenir la Mère Admirable du Verbe, vous en avez reçu, ô Marie ! les vertus et les perfections par anticipation, Joseph, pour devenir votre époux, recevra aussi , par anticipation, vos vertus et vos mœurs pudiques. Comme vous, il a vécu simple, pur et détaché; comme vous il a voué au Seigneur son être tout entier; il sera le gardien de votre virginité, l'imitateur de vos vertus, le fidèle compagnon de votre travail et le protecteur de votre auguste personne. Sortez donc du Temple en toute sécurité, puisque le juste , le bienheureux Joseph va vous recevoir, au nom de Dieu, de la main du Grand-Prêtre.
La très-pure Vierge veut parcourir une fois encore les lieux sacrés où, depuis sa plus tendre enfance, les dons les meilleurs descendirent du sein de Dieu sur elle, comme les rayons émanent du foyer lumineux qui les produit. Elle sait que d'inviolables lois interdisent l'entrée des appartements réservés aux vierges de Sion ; elle prévoit donc que lorsqu'«'lle reviendra au Temple, ce sera dans la foule : elle sei-n ]>arnii les
' Iialc, XXIV. 1.
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femmes d'Israël pour offrir des sacrifices et subir la loi des purifications ordomiées.
Suivons une dernière l'ois cette admirable Adolescente dans son oratoire et sa cellule... Son œil plonge encore dans le Temple ; elle pense avec une certaine tristesse ne plus voir sur la terre rien d'aussi céleste, d'aussi divin. Ici, elle s'agenouille avec amour sous les parvis réservés et solitaires, où tant de fois elle arrêta le mouvement de son fuseau pour écouter ce que l'oreille de l'homme n'a jamais entendu, pour voir ce que l'œil de l'homme n'a jamais vu. Avec quelle tendresse ne pose-t-elle pas ses lèvres sur les objets consacrés que ses mains très-pures ont tant de fois touchés? Elle croit ne plus approcher d'aussi près les choses saintes... La voyez-vous prosternée une dernière fois dans les tribunes, d'où elle peut apercevoir le parquet d'olivier plaqué d'or du Débir, et le voile d'azur, d'hyacinthe et de pourpre qui dérobe l'Oracle à ses yeux? De son cœur s'exhale l'hymne de la reconnaissance : « Bénissez aujourd'hui le Seiu gneur, vous qui habitez dans la maison et dans les «parvis du Temple de Dieu*.» Et jamais sacrifice d'action de grâces ne s'est élevé plus suave et plus agréable vers le trône du Très -Haut.
Marie offre à ses maîtresses l'expression de sa gratitude; elle les aime profondément. Elle remercie humblement ses compagnes de l'avoir soufferte en leur compagnie; elle les embrasse, non sans regret,
* l's. cxxxin, 1.
une dernière fois. Elle ignore, dans sa modestie, ce qu'elle laisse d'admirables exemples, de touchants souvenirs, d'amour et de douleur, dans ces lieux où il ne sera plus donné de la contempler et de la vénérer. L'âme qui s'est unie à Marie dans le Temple, la voit sortir de ces saints lieux avec une vive anxiété. Il lui semble que le jardin fermé va s'ouvrir et qu'il va laisser la foule cueillir ses fleurs... Il lui semble que la fontaine scellée va s'épandre et que les indifférents pourront y puiser sans respect; mais lorsqu'elle voit l'immaculée Fiancée, confiée par le Grand- Prêtre à Joseph, la paix remplace les perplexités, l'allégresse même succède à la douleur ; car, de l'aurore elle voit naître la lumière resplendissante : elle entrevoit Bethléem, Nazareth, et dans les bras, sur le cœur de Marie encore adolescente, elle pourra désormais adorer Jésus-Christ !
COLLOQUE
S'entretenir avec Mater-Admirabilis des bienfaits qu'elle a reçus de Dieu pendant son enfance et son adolescence. Faire sur ceux qu'on a reçus soi-même un retour plein d'amour, et avec Marie, épancher son âme dans un sentiment de vive gratitude, sentiment qui, par sa nature, fait naître celui de l'abandon et d'une amoureuse confiance.
PRATIQUE
Avant de terminer ce mois, appliquons-nous à nous
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unir à adolescente. Prenons l'iiabitude de faire toutes nos actions, même les plus ordinaires, en sa compagnie, soit dans le Temple, soit dans les autres mystères de sa glorieuse vie.
BOUQUET SPIRITUEL
Rien ne se fait que par Dieu, et de quelque côté que j'aille sous sa conduite tout ira bien. Mon âme n'a point de rendez-vous qu'en cette providence de Dieu *.
0 pain des Anges, manne céleste, sacrement du moment.présent! tu donnes Dieu sous d'aussi viles apparences que la crèche, le foin et la paille de Bethléem. Mais à qui le donnes-tu?... Dieu se révèle aux petits dans les plus petites choses ; et les grands ne s'atlachant qu'à l'écorce ne le découvrent pas même dans les grandes.
0 saint dégagement, c'est toi qui fais la place de Dieul ô soumission sans réserve, ô bienheureux anéantissement , c'est toi qui attires Dieu dans les âmes I... Faites, Seigneur, ce que vous voudrez de ce petit être. Tout est à vous, de vous et pour vous. Je n'ai plus rien à y voir. Pas un seul moment de ma vie n'est de mon ordonnance ; c'est à vous à tout régler. La perfection, la direction, c'est votre affaire. La mienne, c'est d'être content de vous et de dire : Amen^ !
* s. François de Sales, Lettre à madame de Chantai.
* R. P. Caussade, l'Abandon à la Providence divine , 1. II. c. ii.