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AVANT-PROPOS

Adolescente du Temple, et tandis que les impressions (le Maler-Admirabilis, reçues dans l'oraison, éclairent les saintes Écritures, l'Eucharistie vivifie les représentations ainsi formées: elle est \Taiment le sceau posé sur le cœur de Celle qui s'élève du désert, appuyée sur son Bien-Aimé.

Nous 'parlerons donc aussi, dans cette troisième partie, de ces présents, et ils seront comme le couronnement du mois qu'on aura consacré à honorer Ma ^er - Ad mirabilis.

YINGT-SIXIÊME JOUR

MÉDITATION

Mater- Admirabilis à Bethléem.

PREMIER PRÉLUDE. — Se représenter une grotte solitaire, vue par une belle nuit d'Orient, et, dans l'intérieur de cette grotte, une étable et une crèche.

DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander la grâce de savoir s'élever, dans la méditation, à la hauteur du mystère de la Maternité divine de Marie , afin de la contempler, en réalité , Mater-Adm ira bilis par excellence.

PREMIER POINT

Les ombres de la nuit couvrent la terre, et les ombres de la mort couvrent les peuples... Cependant une lueur s'élève sur une colline solitaire de l'Orient

« Passons jusqu'à Bethléem!... » Le cœur des disciples de Mater-Admirahilis est joyeux comme à l'approche de la Yisite de Dieu. C'est plus encore ; car Dieu a visité la terre...

Ouvrons avec respect la chétive masure que nous avons sous les yeux; que voyons-nous? Une étable, une crèche, un enfant, une admirable Mère et un homme juste par excellence...

Quoi ! à Bethléem, dans le lieu le plus abaissé de la plus humble des villes, dans une pauvre étable, près d'une pauvre crèche et humblement penchée sur la pauvre paille de cette crèche, nous trouvons notre

royale Adolescente! Que s'est-il donc passé?

Illustre Fille d'Israël, depuis votre départ du Temple de Jérusalem, qu'ètes-vous devenue, pour que les marbres d'Ophir et de Paros, les bois d'olivier et de sandal, l'or très-pur et les pierres précieuses, qui couvraient votre somptueuse demeure à Jérusalem, soient remplacés par les parois rustiques et humides d'une grotte abandonnée?...

Ce qui s'est passé ? Le voici : Pendant que les hommes jouissaient et souffraient, se haïssaient et s'entre -tu aient, pendant que le monde, portant au comble l'oubli de Dieu et le mépris de l'homme, descendait de plus en plus dans la nuit de toutes les er-. reurs et de tous les vices, et se sentait abjectement mourir, le ciel s'est ouvert , la sainte Trinité s'est penchée sur la terre, un messager divin s'est arrêté en une pauvre bourgade, où, solitaire et cachée, j'avais reçu l'ordre de me fixer jM/ès do Jesoph.

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Un colloque merveilleux entre l'Auge et moi , l'humble servante du Seigneur, a changé la destinée du monde 1... Le monde tombait, il se relève; il descendait et il remonte. De même que la terre, au moment où elle touche le point de sa course le plus éloigué du soleil, s'en irait en tombant toujours, si l'immense force du soleil ne la ramenait ; ainsi le monde moral allait, sans fin, vers les ténèbres, si Dieu, faisant lever en Orient le nouveau soleil de justice, ne l'avait relevé par son Verbe incarné.

Le Verbe s'est fait chair!... la Divinité s'est anéantie l et la face de la terre a été renouvelée... Oui, renouvelée !... L'humilité est devenue une prérogative royale, la soumission est devenue la liberté, la pauvreté est devenue la gloire ; la pureté, la chasteté , la virginité sont devenues fécondes, et un Fils m'a été DONNÉ... Je l'ai couché sur la paille de cette crèche, et cette paille et cette crèche elfaceront désormais toutes les splendeurs du Temple, parce que les membres du Fils de Dieu ont reposé sur elles...

Approchez, ô vous qui avez suivi mes pas enfantins et médité mes jeunes années, passées à l'ombre du Sauctuaire l vous ne serez point effrayés du dénùment, de la solitude et du silence de l'étable, préparée par Dieu même à devenir l'admirable Mère du divin Pauvre, du divin Abandonné, du divin Méconnu! Ne m'avez-vous pas vue chérir et pratiquer ces vertus d'anéantissement et d'amoindrissement inconnues à la terre ?

Désormais suivez-moi, faites-vous petit serviteur,

petite servante de mon divin Fils, et marchez avec Joseph et moi... les yeux et le cœur fixés sur l'adorable Jésus, qui, pour vous remercier d'avoir aimé l'adolescence de son admirable Mère, vous ouvrira de ses petites mains les trésors du temps et de l'éternité, en vous découvrant la source céleste de la voie , de la vérité et de la vie...

Marie et Joseph sont seuls... la nuit couvre le reste de la terre, et la clarté céleste les environne... C'est qu'eux seuls dans l'univers adorent la lumière « qui luit dans les ténèbres, et Celui que les ténèbres ne comprennent point, mais en qui est la vie ; et la vie est la lumière du monde *. »

Voici la crèche, et la lumière en descend à flots. Ce nouveau-né, couché dans ce réduit misérable, donne tout d'abord au monde qu'il vient instruire une des leçons sur lesquelles il insistera le plus. Il est le pauvre du prophète : ipse jmuper. Il est aussi ce petit enfant, dont parle Isaïe, qui sait rejeter le mal et choisir le bien. Le bien qu'il choisit, c'est la pauvreté et l'humilité, première réprobation de la mollesse qui nous rend esclaves et de l'orgueil qui nous avilit. C'est ainsi que Jésus se montre, dans la faiblesse méprisée et dans la pauvreté haïe ; et c'est ainsi que nous l'ai-

* s. Jean, i, 5.

merons, et que, détournés des convoitises de la terre, nous serons attirés à l'amour des choses invisibles.

Voici l'hostie pure, l'hostie immaculée qui est la Rédemption de tous les hommes... Et de tous les hommes, Marie et Joseph sont, dans l'étable, les seuls ambassadeurs pour offrir au ciel l'hymne sacrée de l'action de grâce et de l'amour.

Mais on entend des chants inconnus : « Gloire a Dieu et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! »

Ce sont des pâtres qui les répètent dans le silence des campagnes voisines... Les accents célestes se rapprochent; on frappe à la porte de la grotte; Joseph va recevoir les humbles visiteurs. Ce sont des bergers, et ils savent la bonne nouvelle ! Des anges n'ont pas cru s'abaisser en les invitant à partager la fête des cieux. Ils sont les premiers appelés, parce que le Seigneur est venu « à cause de la souffrance des pauvres et des gémissements des misérables; » et parce qu'ils sont simples et que le Seigneur aime l'entretien des simples.

Simples pasteurs, « il vous est né en ce jour un Sauveur. » Il est à vous et pour vous 1 Vous le trouverez, enfant, dans une crèche. Venez et contemplez sa glorieuse infirmité! Ils viennent et ils contemplent... Gomme ils sont aimants et joyeux ! Il nous faut aimer et nous réjouir avec eux : Paix aux hommes de bonne volonté !... Ils baisent les pieds et les mains de l'Enfant Jésus. Avec quelle grâce Marie leur livre le trésor du ciel et de la crèche 1... Voici, près du monarque uni-

386 TReiSlÈME PARTIE.

versel, ses premiers adorateurs. Yéiiérons-le avec ces ambassadeurs des petits , des humbles, des méprisés et des inconjius ! . . .

Que se dit-il dans l'étable?... Rien. On aime, on adore, et ce langage céleste est entendu du Verbe éternel, qui se tait déjà à Bethléem pour nous enseigner le divin tacehat du prétoire et du Calvaire.

Je ne sais s'il ne vaudrait pas mieux s'unir au silence de Marie que d'en expliquer le mérite par des paroles. Car qu'y a-t-il de plus admirable, après ce qui lui a été annoncé par l'Ange, et ce qui s'est passé en elle, que d'entendre parler tout le monde et de rester dans le silence? Elle a porté dans son sein le Fils du Très-Haut; elle l'en a vu sortir comme un rayon de soleil d'une nuée pure et lumineuse. Que n'a-t-elle pas senti par sa présence ? que ne pouvait-elle pas en dire ? Cependant elle le laisse louer partout le monde et elle se tait... Joseph imite son silence, lui à qui l'ange avait dit de si grandes choses et qui avait vu le miracle de l'enfantement virginal!...

Les grandes choses que Dieu lait, au dedans de ses créatures, opèrent naturellement le silence, le saisissement et je ne sais quoi de divin, qui supprime toute expression; car que diraient -elles, et que pourraient-elles dire, qui pût égaler ce qu'elles ressentent ? Ainsi on tient sous le sceau le secret de Dieu : ce qui se condense par le mystère s'évaporerait par la parole.

Et sur la terre que se passe-t-il? Pendant ([ue Maiar-Admirabilis ïe^nrùe l'AuMlUABLE qui, après le dé-

VlNGT-SIXlÉME JOUR 387

part des bergers, s'est endormi dans ses bras, une étoile a paru en Orient, et les Mages se dirigent vers Jérusale m

Suivant la tradition, les mages étaient prêtres et rois, descendants des trois grandes races sorties de Noé. Par leur science, leur puissance et leur nombre, ils représentent le genre humain tout entier; ils apportent à Jésus-Christ l'hommage du sacerdoce, de l'empire et de la sagesse des nations.

Suivons ces illustres pèlerins qui s'en vont chercher un Dieu sur une terre étrangère... parce qu'il s'est fait lui-môme voyageur sur la terre.

Le royal cortège s'avance au milieu des déserts et des pâturages... En ces temps primitifs, les nations civilisées n'ont point encore effleuré la surface du globe; les vestiges de la Divinité se reti'ouvent dans les créatures avec tout leur émail et toute leur fraîcheur ; et les illustres voyageurs, sur leur monture aux pas réguliers et rapides, franchissent l'espace qui les sépare du Désiré des nations.

Gomme ils savent désirer, ces bons Bois!... Une étoile a suffi pour éveiller en eux de nouvelles ardeurs. Et comme ils savent croire , ces premiers conquérantsde la vérité!. .. Ils arrivent à Jérusalem. Quelle honnête bonne foi ! Ils demandent à un régnant où se trouve le Roi... c'est que ces caractères antiques sont restés simples, ils ignorent les détours de l'aml)ition et les réticences de la jalousie... Alors vous êtes dignes de passer jusqu'à Bethléem, où le monde infernal des passions vient d'être vaincu.

On frappe à la porte de la grotte. Cette fois ce sont des rois, Mère Admirable, qui viennent visiter votre bel Enfant... Marie ne s'émeut pas; habitante de la cour céleste , elle connaît les bienséances divines, et, le regard fixé sur son Jésus, elle oublie que les hommes croient avoir leurs titres et leurs prééminences...

Les Mages adorent le très-saint Enfant que la Mère auguste leur présente avec condescendance... et Marie et Joseph adorent avec eux, ce qui met un prix suprême à ces premiers hommages de la foi, de l'espérance et de la charité... Comment ces nobles étrangers reconnurent-ils ce pauvre enfant dans cette pauvre maison ? C'est qu'ils avaient la foi qui sait voir, l'amour qui voit mieux encore : puisqu'ils cherchaient, ils devaient trouver.

Des trésors s'ouvrent sur la litière de la pauvre étable... Marie, voici de l'or, de la myrrhe et de l'encens pour offrir à Jésus : au roi, l'or; au Dieu, l'encens; à l'homme qui mourra, la myrrhe, parfum des sépultures... Ces dons vous rappellent le Temple; vos

mains savent manier ces objets précieux Mais,

votre acte de religion accompli, vous les éloignez de vous... Je le crois bien, quand on presse Jésus sur son cœur, on possède l'or, la myrrhe et l'encens des cieux.

Matcr-Admirahilis a répandu sur les Mages sa bénigne influence; elle leur comiiumiquo tout ce qu'elle pouvait donner de Jésus; ils resteront fidèles...

Les bons rois s'éloignent, mais, par un autre chemin... Quand on garde en soi Jésus, Marie et Joseph,

VINGT-SlXIÉME JOUR. 389

on cherche une route inconnue jusqu'alors; et cette route mène au ciel...

Pauvre Mages ! en vos climats lointains vous allez ressentir les souffrances de l'exil... à la crèche vous êtes devenus citoyens du Paradis... Courage ! votre foi vous méritera la vision béatifique dont l'Enfant de la promesse vient de vous donner les arrhes...

COLLOQUE

Se tenir en silence et en adoration près de la crèche où repose le saint Enfant Jésus , et contempler Marie et Joseph, qui seuls sur la terre connaissent le mystère de l'Incarnation.

Avec les bergers, chanter Gloria et Pax.'... Se faire simple comme eux.

Prier saint Joseph de partager désormais avec nous les soins qu'il donnera à Jésus et à Marie.

PRATIQUE

S'exciter à faire, aux pieds de Jésus naissant, cet acte simple, qui lui donnerait tout ce que nous sommes, et nous unirait à tout ce qu'il est.

BOUQUET SPIRITUEL

Passons jusqu'à Bethléem, et voyons comment a été fait pour nous le Verbe qui a toujours été; car ce que

nous ne pouvions voir, quand il était le Verbe, non;le voyons depuis qu'il a été foit chair'.

Le voilà donc ce Sauveur qu'on nous a annoncé ! A quelle marque nous le fait-on connaître ? A sa pauvreté sans égale. Non, jamais nous ne nous plaindrons de notre misère. Si quelque chose nous manque, aimons, adorons, baisons ce caractère de Jésus-Christ^.

En sortant de la Table sainte nous sommes aussi heureux que les Mages, s'ils avaient pu emporter l'Enfant Jésus ^

Origine de la Médaille de Mater-Admirabilis *.

« Pendant le siège de Rome, noire couvent de la Trinité-du-Mont fat l'objet d'une protection toute spéciale de la part de la très-sainte Vierge. En reconnaissance des périls auxquels nous avions échappe, nous et les quelques élèves restées sous l'égide de Marie, nous forniAmes le projet et le vœu de faire frapper une médaille de Mater- Adviirabilis, si nous étions préservées de tout mal. Nous le fûmes contre toute attente humaine. Aussitôt la paix rendue Ji la Ville-Éternelle, en juillet 1849, sauvées de la tempête, notre premier besoin fut de renq)lii' rengagement que nous avions contracté. La médaille proniisi- est

« Le vén. Bfcde.

• Bossuct, fUévalionii sur les Mystères. ' M. Viunney, Esprit du C.urô d'Ars.

* Récit (le la suiniiicure de lu Trinilé-ihi-Moiil.

donc commandée; un ouvrier de la monnaie vint en dessiner l'empreinte.

a II nous offrit, pour orner le revers de la médaille, de dessiner une guirlande de fleurs, faisant allusion à l'inscription : Ego flos cainpi et lilium convallmm. Je suis la fleur des champs, le lis des vallées. Nous acceptâmes sa proposition. A cette môme époque , en témoignage de leur reconnaissance pour les dangers auxquels nous venions d'échapper, nos élèves voulurent porter, pendant un an, les livrées de Marie. Le 1 6 juillet, h l'aulel de Mater- Admirabilis,,G\\es, reçurent le cordon bénit des mains du saint abbé Palotta, bien connu par ses vertus, et mort depuis en odeur de sainteté.

« Au moment où l'on rapporta les deux premières médailles, frappées en Thonneur de Mater-Adrnirabilis, les élèves, en les considérant, comptèrent les fleurs de la couronne, et joyeuses, nous firent remarquer l'identité de leur nombre, qui était de dix-huit, avec celui de leur petite troupe.

« Le jour mèniL' où la siipùriciirc recevait la prcniiéri' médaille de Mater-Admirabilis^ deux jeunes gens entraient h la Trinité. L'un d'eux, venu quelques semaines auparavant , avait été conduit à la chapelle miraculeuse , où il était resté fort indifférent , sans daigner même se mettre à genoux. Laissé seul dans le petit sanctuaire, on l'en avait vu descendre les larmes aux yeux, tout en gagnant furtivement la porte, de peur d'être remarqué dans un état qu'il trouvait une faiblesse indigne de ses habitudes d'esprit fort. Il avait été fidèle à la lumière reçue ai piedi délia Madonna ; il s'était approché des sacrements, et, ce jour-lù, il amenait son ami. C'était un jeune protestant qu'il aurait désiré voir entrer dans la vraie religion; mais il allait quitter Rome, comment exé-

cutcr son pieux projet? Il eut la pensée de confier son ami à celle qui avait su le toucher lui-même, et le déterminer à changer de vie... « Je vous le donne, » dit-il à haute voix, en s'approchant de la Mère Admirable... La supérieure, qui se trouvait là, désirant aider de son concours un si confiant appel, voulut que le jeune protestant fût le premier h porter la médaille qu'on venait de frapper. Elle lui présenta donc l'épreuve qu'elle tenait en sa main, et l'assura que la très-sainte Vierge le prenait dès lors sous sa maternelle protection.

« Cependant le jeune protestant ne revenait pas à la Trinité-du-Mont, et les prières pour sa conversion ne cessaient pas. Il semble que Mater-Admùabilis eut remis cette âme aux soins des anges gardiens, car ils l'amenèrent au couvent, le 2 octobre, jour de leur fête. Il y venait entièrement décidé à se faire catliolique, et h consacrer à son instruction religieuse tous ses instants de liberté. Il prit au baptême le nom de Marie-Joseph, et fit, le lendemain , sa première communion . Peu de jours après, il recevait le sacrement de confirmation et, pour la seconde fois, le pain des forts. Il demanda le scapulairo; son flogme apparent était changé en transports de joie la plus vive : « Que je suis heureux! disait-il, je crois être au ciel ; oui, « je le crois! parce qu'à présent je suis sûr que j'irai... « Ah ! je voudrais mourir pour voir Dieu !... »

« En rentrant à l'hôtel après son abjuration, il rencontra un de ses amis, qui lui demanda d'où il revenait avec l'air si joyeux : « Eh bien ! je vais vous le dire, répondit-il, « ce malin j'étais protestant, maintenant je suis calho- « lique; je viens de faire mon abjuration... — Vous avez « bien fait, reprit son ami, admirant la force de ses pa- « rôles si positives ; et moi, catholique sans l'être, je dea vrais bien en remplir les devoirs ..—Je vous montrerai.

« dit le nouveau converti, le lieu où ces choses-là se font « comme d'elles-mêmes... » Le lendemain, les deux amis étaient deux fervents chrétiens.

« Celui qui avait été protestant devint rapidement homme d'oraison. Il arrivait au monastère, les saintes Écritures sous le bras ; il montait au sanctuaire de Mater- Admirabilis., et y passait des demi-journées. Là, on le voyait lire quelques lignes, puis réfléchir, puis lire encore, puis encore méditer. Après ce pieux exercice, il priait longtemps à genoux; et, enfin, il se retirait silencieusement, la joie dans le cœur et la paix de Dieu sur le visage. »

YINGT-SEPTIÈME JOUR

MÉDITATION

Mater-Admîrabilts en Egypte.

PREMIER PRÉLUDE. — Sc représenter successivement la sainte maison de Nazareth , les routes montagneuses de Judée, le désert, et enfin une petite contrée de l'Egypte.

DEUXIÈME PRÉLUDE. — Solliciter la grâce de sentir vivement l'exil d'ici-bas et l'amour de la patrie éter^ ncllo.

PREMIER POLNT.

La sainte Famille est de retour en Thumble bourgade de Nazareth ; là Marie et Joseph peuvent entourer le Verbe fait homme des soins que réclame sa faible enfance. Leur indigence leur laisse du moins les ressources d'un laborieux travaih

Un ange vient encore du ciol en Galilée; il parle

cette fois à Joseph qui est devenu le chef de la famille bénie: «Fuyez, a-t-il dit, on cherche l'Enfant pour « le faire mourir... »

Joseph ne demande pas pourquoi cet enfant merveilleux, à qui de si grandes destinées sont promises, doit fuir pour échapper à la mort. L'Évangile est une leçon d'obéissance. Joseph obéit. Rien n'indique qu'il ait su le mystère de cette fuite : obéir, c'est savoir... Il se lève aussitôt, il prend l'Enfant et sa Mère, il part, il va en Egypte, sans savoir quand il reviendra dans sa patrie, à son atelier et à sa maison.

Comment ! mon Seigneur et mon Dieu, revêtu de notre chair mortelle, vous n'êtes pas assez caché? Il faut encore dérober votre berceau aux yeux des hommes !

Oui, fuyez au désert! L'homme passionné n'ira pas vous chercher là; il a horreur de la solitude et il ignore encore que vous venez établir votre royaume loin du monde, hors du monde, et que vos sujets les plus fidèles seront les cachés, les oubliés, les séparés!...

L'Écriture ne dit rien du voyage ni du séjour en Egypte. Suivant une tradition, quand la sainte Famille traversa le désert où avaient erré les Hébreux, les fleurs et les fruits sortirent de terre à leur approche et ornèrent les solitudes arides. Du moins Jésus était-il lui-môme la semence de ces fleurs et de ces fruits admirables, que l'on y verra germer quand ses serviteurs viendront au désert.

Saluons avec allégresse le mystère de l'exil !... il est

ViNGT-SEPTIÉME JOUR. 397

si précieux aux âmes qui se sentent bannies du ciel...

proscrites de la patrie Étrangers et voyageurs %

nous avons besoin sur cette terre de suivre un Dieu qui fuit, qui souffre des douleurs de l'absence, un Dieu exilé... Fuyons, nous aussi, avec Jésus, Marie et Joseph... Quelle joie pour l'âme de s'isoler avec ce qu'elle aime de préférence, au ciel et sur la terre ! Combien il lui est profitable de suivre les trcs-sainis bannis sur la terre étrangère , eux qui étaient déjà étrangers à la terre!...

Ce grand mystère de fuite est la source de merveilleuses grâces de détachement, qui aident le cœur à s'isoler du sensible, du variable, de l'inférieur.

Peu d'âmes chrétiennes savent s'enrichir des trésors enfouis pour elles, dans ces climats lointains où Jésus a passé ses années d'exil. C'est que peu aiment ù se nourrir d'abandon, d'obéissance et de chaste isolement... peu comprennent la profondeur et l'élévation qui caractérisent tout acte qui tend à fuir pour rester séparé, de manière à se trouver seul avec Jésus... Ahl c'est qu'il faut di\jà éprouver le besoin intense d'être oublié... Et qui a la force et l'humilité d'en arriver là dans la vie spirituelle?

Certains mystères de la vie de Notre-Soigneur conservent toujours un côté inconnu, jusqu'au moment où l'âme est comme initiée, dans la méditation, aux mœurs et coutumes de la sainte Famille; mais, après avoir pénétré les secrets des quinze premières années

' l!clu'., XI, 13.

de Marie Immaculée, 1 ame n'a plus qu'à suivre,- elle connaît les habitudes, les attraits, les goûts de son Admirable Mère ; elle les retrouve dans tous les mystères évangéliques; et, de la connaissance acquise qu'elle a de Mater-Admirabilis, elle arrive facilement à la connaissance à acquérir de Jésus-Christ.

La très-sainte Adolescente du Temple s'est toujours sentie « étrangère au milieu des habitants de Cédar '; » toujours elle a soupiré vers Dieu dans la terre des vivants ; et à ses intimes^ Marie a dû communiquer ces saintes mélancolies de l'exil, en même temps qu'elle a découvert les horizons lumineux du monde invisible et éternel. Avec Mater- Admirahilis^ filant dans les parvis de Jérusalem, qui n'a pas redit le chant sublime du bannissement : «Assis sur les bords des lleuves de Babylone, nous avons pleuré au souvenir de Sion. Comment chanterions-nous les cantiques de la joie dans une terre étrangère ^ ? »

En fuyant en Egypte avec la sainte Famille, réiiétons ces gémissements ineffables de l'isolement et de rabsence...

Avec la sainte Famille il nous faut passer les ravins, franchir les collines escarpées, descendre les vallées solitaires du pays des montagnes, qui sillonnent la Galilée, la Samarie et la Judée. Nous connaissons ces contrées ; ne les avons-nous pus déjà plu-

' Ps. cxix, b.

• l's. CXXXVI.

VINGT- SEPTIÈME JOLU. 399

sieurs t'ois parcourues sur les pas de Marie enfant, lorsqu'elle se rendait au Temple et, après la salutation angélique, lorsqu'elle allait de Nazareth en Juda pour y visiter sa cousine Elisabeth? Nous savons bien qu'il y a un grand profit spirituel à voyager en si sainte compagnie. En ces pérégrinations intellectuelles, l'esprit se repose des incessantes courses et des marches forcées, que l'homme, voyageur ici-bas, fait pour atteindre un but souvent chimérique.

En voyage, efforçons-nous de rendre à Jésus, à Marie et à Joseph les petits services qui sont en notre pouvoir. Demandons à Mater-Admirahilis la faveur de porter, à notre tour, son divin Enfant... Avec saint Joseph, préparons le gîte du soir, afin que la Mère et l'Enfant puissent s'y reposer sans trop souffrir des intempéries du climat et de la rusticité du logis.

Dans le désert surtout, ne nous séparons pas des pauvres bannis; cherchons à découvrir, au milieu des sables brûlants, quelques sources d'eau vive, à l'ombre des pins ou des palmiers... Cherchons, d'un œil aimant, quelques bananiers, dont l'essence extraite puisse offrir aux lèvres des saints voyageurs un agréable rafraîchissement.

Que l'âme est bien avec Jésus, Marie et Joseph, surtout quand elle les rencontre exilés, inconnus et rebutés!... Elle voudrait en son amour leur tenir lieu de tout ce qui leur manque, et, dans son impuissance, elle dit : « Oui, tout ce qui tient au monde sensible est « indigent; mais qui a Jésus est dans l'opulence, car (i il a tout... ') Et, dans ces saintes occupations iuté-

rieures, ne seiit-on pus bien vite que l'àme aussi lait halte au désert, et que la contemplation lui est comme une fraîche oasis, où elle se repose des fatigues de ce bas monde?..

Ne quittons plus le lointain pays où la sainte Famille s'est réfugiée.... Sur cette terre d'Egypte, toujours inhospitalière aux Juifs, quel lieu choisira Joseph pour servir d'habitation à la Mère Admirable et à son divin Enfant?

Très-sainte Vierge Marie, ne regrettez-vous pas en ce moment les marbres de Paros, les lambris dorés, les escaliers de bois de sandal, les panis d'olivier et de genévrier du Temple de Jérusalem?... Comment! vous, servante du Seigneur, vous avez passé votre adolescence dans la plus somptueuse demeure de l'univers, et le Verbe fait chair, que vous pressez sur votre sein béni, n'a pas où reposer sa tête!...

Marie vit de foi et d'amour : les richesses oui corrompu le monde ; le monde doit être racheté par la très sainte pauvreté...

Tenons compagnie à la Mère et à l'Enfant pendant que saint Joseph travaille au dehors... Marie aussi contribue au soutien de la famille... Les femmes égyptiennes, savantes dans l'art de se parer, ont bientôt découvert qu'une habile ouvrière, formée dans le Temple de Jérusalem à ourdir les trames d'or et de bysse, pour les orner ensuite de broderies rehaussées d'hyacinthe et de pourpre, habite parmi elles; elles conllent aux mains délicates de Marie de riches provi- Bions, que l'auguste tugilivc s'empresse diligcnjment

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de mettre en œuvre pour recevoir quelque salaire et alléger ainsi le poids de travail qui pèse sur le bon Joseph.

Laborieuses journées de l'artisan et de l'ouvrière, vous ravissez la cour céleste !...

Soirées paisibles que la sainte Famille a passées sur la terre étrangèfe, je vous contemple avec admiration ! A travers de longs siècles et de lointains climats, vous m'apportez encore le parfum du repos et de l'isolement divin!...

C'est en Egypte que le Verbe éternel fit entendre la première parole prononcée par son humanité sainte; c'est là aussi, sur la terre de l'exil, que notre Créateur fit ses premiers pas... Marie tend les bras à son Fils; elle tremble parce qu'elle est Mère... Rassurezvous, Mère Admirable, car votre Fils est Dieu !...

Volontiers l'àme resterait en Egypte, où elle se sent divinement séparée, réfugiée et bannie... près de son seul trésor, de son unique bien, de l'unique objet de sa foi, de son espérance et de son amour... Mais un Ange apparaît de nouveau : « Prenez la Mère et l'En- « faut, dit-il à Joseph, et retournez à Nazareth. »

Encore un voyage ! l'Enfant marche seul : donnonslui la main... L'âme chemine allègrement avec Jésus au milieu du désert...

Pourquoi aimons-nous tant à voyager, même en esprit? C'est que bannis du ciel, proscrits du Paradis, nous croyons, en déplaçant notre maison de boue, atteindre un sommet assez élevé pour y entrevoir les confins de la patrie d'en haut.

Hélas ! ces horizons du monde supérieur s'aperçoivent parfois d'ici-bas ; mais ils s'éloignent au moment où le pèlerin terrestre croit s'en rapprocher... Élans incessants vers les régions divines I... fuites toujours nouvelles vers l'invisible !... que vous faites bien sentir cette douleur inénarrable du cœur humain, que l'on pourrait appeler la nostalgie céles'te ou le mal du pays!...

COLLOQUE

Parler avec une intimité respectueuse aux saints voyageurs, et formuler, en leur compagnie , un acte d'abandon et de soumission aveugle, en union avec celui qu'ils fanent, pendant de longues années, sur la terre étrangère.

PRATIQUE

S'exercer à obéir spontanément aux petits événements imprévus qui brisent notre volonté propre, à chaque instant du jour.

BOUQUET SPIRITUEL

Levez-vous et fuyez* !...

Espoir d'Israël et son Sauveur au jour de l'aniiction, pourquoi seriez-vous dans votre terre comme un étranger ou comme le voyageur qui passe sans s'arrrter? Pourquoi seriez-vous comme l'homme timide et fugitif, ou comme le fort qui ne peut pas se sauver '^ ?

• s. Malli., II, 13.

• Jéréin., XIV, 8.

VINGT-SEPTIÈME JOUU. 403

Sortez de votre terre, et de votre parenté, et de la maison de votre père, et venez en la terre que je vous montrerai*.

Malheur à moi ! car mon exil a été prolongé. J'ai habité sous les tentes de Gédar; mon âme y a été étrangère... Qui me donnera les ailes de la colombe, et je m'envolerai, et je me reposerai''?

Nous savons que si cette maison terrestre où nous habitons se détruit. Dieu nous donnera une autre maison, qui ne sera point faite de main d'homme, une maison éternelle dans les cieux. C'est pourquoi, tant que nous sommes dans ce corps comme dans une tente , nous gémissons sous sa pesanteur , désirant être revêtus de la gloire de cette maison céleste comme d'un second vêtement... en sorte que ce qu'il y a de mortel soit absorbé par la vie '.

Qu'est-ce que la liberté des enfants de Dieu, sinon l'étendue et la dilatation d'un cœur qui se dégage de tout ce fini? Voulez-vous être libre? dégagez-vous donc, sortez de vous-même, coupez, retranchez*.'...

Extrait

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