‹ Mater admirabilisChapitre 32 sur 44 · A ON AUTRE PÈUE DE LA MÊME COMPAGNIE · texte numérisé non relu

A ON AUTRE PÈUE DE LA MÊME COMPAGNIE

« Me permcttriez-vous, mon révérend Père, de jeter îi

* Gen., XTi, 1.

» Ps. cxix, 5. Id., uv, 8.

^ H Cor., V, 1, 2, 4.

* Bossuet, Panégyrique de S. Iknoil.

la hâte sur le papier une toute petite histoire que vous ne trouverez peut-être pas indigne de faire entrer dans votre précieuse collection?

« Par un concours providentiel de circonstances, tel que le bon Dieu veut bien m'en ménager souvent pour m'aider à mieux faire, je lisais ce matin, dans un in-folio qui date de deux cents ans, le beau trait du Père Rhem que vous nous avez cité, au sujet de la Mère Admirable.

« J'ai toujours beaucoup aimé cette invocation, mon révérend Père, et j'en sais des merveilles...

« 11 y a quatre ans, je fus envoyé dans les Pyrénées pour rétablir ma pauvre santé. Une pieuse famille m'hébergeait. Dans le parc attenant à la maison, se trouvait une statue de la sainte Vierge qu'un de nos Pérès avait bénite peu auparavant, et que nous vénérions sous le vocable modeste de Notre-Dame du Parc.

« Un soir, une joyeuse bande de jeunes gens, dont la plupart étaient mes élèves, revenait d'une de ces excursions si pittoresques des montagnes, et les bêtes hâtaient le pas; car l'orage grondait menaçant et la nuit tombait. Le moment vint où l'obscurité fut complète, déchirée de irnips â autre par de larges éclairs.

« L'un de ces jeunes gens avait eu le tort de monter un cheval peu fait à ces courses difficiles ; mais les jeunes gens soupçonnent-ils le péril/ Le sentier était étroit : à droite le rocher, îi gauche le ravin. Un faux mouvement épouvante le cavalier; il veut se jeter ;i terre, il rencontre le vide. Un cri, un seul cri partit : Ma mère! ! ! puis, plus rien...

« Ah ! mon révérend Père, quand la mère du jeune homme me raconta celte affreuse histoire, je me rapi)elle encore le frisson qui courut daîis mes membres, l(>rs(iiie,

arrivée à cet endroit de son récit, elle disait : « J'entendis un cri : Ma mère! ! ! puis, plus rien... »

a Car la mère était là, le père aussi. La mère égarée, les mains au ciel, criait: « Sainte Vierge! sainte Vierge! « Mère Admirable! Mère Admirable!!! » c'était son invocation habituelle; elle ne prononçait point de phrases, mais chacun comprenait ce que ce cri voulait dire.

« Je ne sais ce qui se passa en ce moment et quel prodige de préservation s'accomplit; mais quand les gens de la métairie voisine descendirent dans le ravin avec des torclies, ils trouvèrent le jeune homme, souriant de son meilleur sourire, et le ramenèrent sans la moindre égratignure auprès de sa mère en pleurs, qui n'avait plus de voix que pour crier encore : « Mère Admirable! Mère Ad- «mirableU!

« Quand je suis parti, on allait graver en lettres d'or ce cri du cœur sur le piédestal de la statue de famille, qui ne s'appelle plus Notre-Dame du Parc, mais bien LA MfiRE ADMIRABLE! »

Un père et une mère reconnaissants.

.Le 4 juillet 18G3, la plus jeune de mes filles, âgée de huit ans, tomba malade dans la maison du Sacré-Cœur de la Trinitô-du-Mont où elle était élevée.

Cette enfant, par un trait prodigieux de la divine Providence, avait déjà échappé ù la mort au moisde septembre

4859. Elle avait, bien jeune encore, dans la forteresse de Gaële et sous le feu de Tennerai, affronté avec courage des périls de tout genre, auxquels je m'étais volontairement exposé, afin de donner à mon cher et malheureux roi une preuve de ma fidélité.

Cette môme enfant fut atteinte, au Sacré-Cœur, d'une fièvre typhoïde dont les premiers accès furent si violents, et dont le dénoùment apparaissait si fatal et si prochain, qu'il nous fut impossible de la faire transporter du couvent du Sacré-Cœur dans notre maison.

Tous les soins de l'art, prodigués h plusieurs reprises, furent inutiles; la maladie faisait des progrès effrayants, et tout présageait une mort prochaine. En outre, l'enfant se refusait aux remèdes prescrits par le bon et intelligent docteur Valéry; la prostration de force était l'i son comble et éloignait ainsi tout espoir de crise favorable.

Mais, dans l'abandon de toute ressource humaine, croissait en moi la confiance dans la puissance divine et dans l'intercession de la très-sainte Vierge. Alors je commençai h solliciter les secours spirituels des familles religieuses, établies dans la capitale du monde chrétien, et je redoublai de prière avec mon épouse désolée et les dames du Sacré-Cœur, aussi affligées que nous.

Notre consolation n'était plus que dans les visites journalières que nous faisions à l'image bénie de Mater-Admirabilis. Ces prières réitérées firent briller à nos yeux la première lueur d'espérance pour la guérison de notre enfant bien-almée, dont nous attendions le dernier soupir

Deux faits précédèrent cette guérison. Chaque fois que nous priions devant Mater-Admirabilis, nous sentions l'as surance qu'une grande grftce nous serait accordée; si bien qu'après plusieurs inspirations semblables, la maniuiso

en fit part aux religieuses du Sacré-Cœur : « J'entre ici, « leur dit elle, allligée et mourante de douleur, et j'en « sors contente et assurée que mon enfant sera rendue « à ma tendresse. » De mon côté, je ne pouvais dire autre chose, sans m'expliquer comment la grâce nous serait accordée.

11 y eut cependant encore un moment de découragement général. Alors, plusieurs des religieuses se consultèrent, et l'une d'elles m'adressa ainsi qu'à ma femme, ces paroles: « Voudriez-vous vouer votre fille à la sainte « Vierge pour un an? » Sans hésiter, nous en fîmes la promesse, et ces dames la reçurent avec bonheur, en nous donnant de précieuses espérances.

En effet, à dater de ce jour, 1 2 juillet, un mieux réel se déclara. Ceci n'était certes pas ordinaire, dans l'absence totale de forces physiques où l'enfant était réduite, dévorée depuis deux semaines par une fièvre ardente. Mais . afin que la grâce fût plus manifeste, le mieux fit des progrès si rapides et si prodigieux, que le 26 de ce même mois de juillet nous pûmes transporter la petite malade chez nous, où, après une semaine, nousla revîmes, comme avant la maladie, bien portante, fraîche, vive et joyeuse; on ne se serait pas douté qu'elle avait eu à soutenir une si terrible lutte.

J'ai dû, depuis cette époque, pour des raisons particulières, quitter Rome et m'établir à Paris avec ma famille; j'ai confié mes deux filles aux soins maternels des religieuses du Sacré-Cœur, do la rue de Varennes. La vraie petite fille de la Mère Admirable a pris le nom à jamais béni à'Admirabilis^ qu'elle porte avec une joie reconnaissante.

C'est pour ajouter à la série des miracles de la sainte Enfant du Temple que je m'empresse de publier cette

i08 TROISIÈME PARTIE.

relation authentique, afin de rendre un solennel hommage il la Mère de Dieu, pour le triomphe de la sainte Église romaine, dans laquelle nous plaçons toutes nos espérances du ciel et de la terre.

Signé : Joseph Longo de Vinchiaturo Carolina Lettieri,

Marquis et marquise de Cosenlino

YINGT-HIÎITIÈME JOUR

MÉDITATION

Mater-Admirabilis à Nazareth.

PREMIER PRELUDE. — Se représenter la Santa-Casa telle qu'on la voit encore dans le sanctuaire de Lorette: une seule chambre longue, un foyer à l'extrémité, une porte au milieu... Ou croit que le divin charpentier avait son atelier dans la cour, et que la petite chambre de Jésus et de Joseph était dans le rocher adossé aux murs de la maison.

DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander la grAce de savoir grandir les plus humbles emplois par une élévation constante de l'esprit et du cœur vers Dieu.

PREMIER POINT

Les saints voyageurs sont de retour, ils entrent dans la pauvre maison de Nazareth, qu'ils ont si furtivement quittée quelques années auparavant.

Voici la placé où l'ange Gabriel salua Marie pleine de grâce et bénie entre toutes les femmes. La trèssainte Vierge croit encore entendre la voix de son archange, et, avec amour, elle presse dans ses bras Celui qu'elle peut appeler le Fils du Très-Haut et son Fils... Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu, et vous êtes en vérité la Mère Admirable du Verbe.

Désormais, l'âme admise dans l'intimité de la sainte Famille devra vivre à Nazareth, où, pendant plus de vingt ans, elle pourra rester seule avec les divins hôtes de la sainte maison, sans que personne vienne troubler la solitude sacrée qu'ils habitent. Pendant ces paisibles années, elle profitera, croissant en sagesse et en grâce avec Celui qui a consacré nos progrès par les siens... Profigiebat * 1 quel mystère !. ..

L'âme appelée à la familiarité du mystère de Nazareth entrera dans une sphère supérieure à toutes les vicissitudes d'ici-bas. Oui, à Nazareth, toutes les grâces de la vie cachée sont à leur apogée et dans leur floraison la plus sensible; et la vie cachée ne doit-elle pas être l'état fondamental de toute âme destinée par Dieu aux plus sublimes fonctions, aux ministères les plus élevés, puisqu'elle fut pendant trente ans la vie de Notre-Seigneur ?

En effet, quel édifice de sainteté ne devra pas s'élever sur les vertus simples et modestes qui se pratiquent dans riiumblo demeure où Jésus, Marie et

s. I,uc, II, M.

Joseph forment la Trinité de la terre? Qui pourrait ébranler une âme , lorsqu'elle aura pris l'habitude de s'éveiller, chaque matin, en union a\ec les paisibles habitants de la sainte maison, et, qu'à partir de cette heure matinale, elle ne quittera plus, par la pensée, les hôtes divins de Nazareth?

Avec eux, cette âme se sera perfectionnée dans les voies éminentes de l'oraison. Quelle oraison on faisait à Nazareth ! Pendant que l'univers reste plongé dans le sommeil de la mort, le soleil des illustrations divines brille sur une petite bourgade de Galilée. Ah! c'est que là, dans cette petite contrée méprisée, la lumière luit dans les ténèbres *.

L'âme doit ici faire son oraison, comme Marie et Joseph faisaient la leur, en contemplant Jésus dans la sienne... Jésus aimait tant à prier pendant qu'il habitait parmi nous!.. C'est que l'oraison était le seul repos de son âme très-pure et de sa très-sainte humanité, parce qu'il se plongeait alors dans l'océan de sa divinité... L'oraison seule n'est-elle pas aussi notre souverain repos?... Oui, car le repos, c'est la vie se recueillant et se retrempant dans ses sources, et l'oraison seule nous replace en Dieu, source éternelle de la vie.

Le grand devoir de la prière accompli, pour la sainte famille comme pour nous commençaient les pénibles labeurs du jour. Marie connaissait admirablement la belle loi du travail... Adolescente, nous l'avons vue se livrer avec activité au service du Temple et des

* s. Jean, i, 5.

4<2 TROISlÉxME PARTIE.

autels. Maintenant que du fruit de son travail elle aide Joseph à nourrir Jésus, son zèle et son ardeur ne se ralentiront pas. Mater-Admirahilis sera à Nazareth, comme en Egypte, le modèle par excellence de la femme forte et laborieuse.

Marie prépare elle-même le repas des très-saints ouvriers. Ses mains ne touchent plus les métaux précieux, les riches étoffes... Au Temple, dans sa modestie, elle gémissait secrètement de se voir environnée de tout ce que le luxe oriental déployait de magnificence à la gloire de Jéhovah. A Nazareth, elle savoure les austères délices de la sainte pauvreté ; mais Jésus peut en souffrir... elle saura seconder Joseph afin d'en adoucir les rigueurs.

Le temps où Jésus peut partager le travail de ses parents est arrivé. Avec Joseph, il équarrit le bois et y creuse des mortaises ; avec lui il ira aussi en journée... Les charpentiers ne sont pas toujours dans leurs chantiers, ils vont poser sur place les pièces qu'ils ont préparées, et Jésus suivra les usages reçus dans tous les genres de travaux qu'il entreprendra : en faisant mieux, il imitera humblement ses devanciers.

Et Marie! elle restera seule, elle aime tant la solitude 1 oui, mais si, avant la naissance de Jésus, nous l'en avons vue goûter les saintes joies, dans les parvis du Temple, maintenant qu'elle jouit de la présence du Verbe incarné, cha(|uo lois qu'elle sera éloignée de son divin Fils, qui pourra rendre la tristesse de son cœur maternel?...

Cependant, elle distrait les douleurs de l'absence par un travail assidu: de nouveau, sa quenouille s'élève à ses côtés; elle n'est plus couverte de bysse et de pourpre; de la plus simple laine elle tire l'écheveau qu'elle ourdira ensuite pour en faire la tunique sans couture, que les bourreaux de Jésus tireront au sort sur le Calvaire... Ignoriez- vous ces choses, ô Mère Admirable !... Pendant les paisibles années de la vie cachée, vous les méditez, et vous voyez, avec résignation, avancer la pointe du glaive dont Siméon vous a prédit la blessure.

Faisons-nous habitants de la sainte maison. Tenons fidèle compagnie à notre Mère , et à la fin de ces oraisons prolongées, allons avec Mater AdmirahilU au-devant des saints ouvriers pour abréger la souffrance de la séparation... Marie les a vus s'éloigner le matin, son œil les a suivis longtemps; elle sait le chemin qu'ils ont pris... et,àlachute du jour,comme la mère de Tobie, elle ira s'asseoir sur la route par laffuello ils doivent revenir, afin de les apercevoir de jdiii *.

Les voici!!! les tristesses de l'absence ont disparu ; tout est oublié...

La journée a été laborieuse; Jésus est fatigué ; il se repose. Reposons-nous à ses pieds... Pour tout ouvrier apostolique, l'oraison du soir est nécessaire : alors tout s'éloigne, tout s'éteint, tout passe ; on ne relient que Dieu.

* Tobie, IX, 7.

Quand l'âme revient, dansla méditation, à Nazareth, après avoir subi les distractions attachées à la nature de ses devoirs extérieurs, il lui semble qu'elle vient de faire un pénible et lointain voyage, et qu'enfin il lui est donné de goûter les charmes et les délassements du retour au foyer domestique...

L'Église n'a pas de fête particulière pour convier l'âme au grand mystère de Nazareth ; il faut y suppléer dans les habitudes d'une vie d'oraison, et se donner, non point un jour, mais bien un temps où l'esprit et le cœur viendront se nourrir, se rassasier de vie cachée, dans une méditation prolongée du mystère qui en contient par excellence la substance toute divine... Nous n'y pensons pas assez; nous ne demeurons pas, par la pensée, dans ces lieux sanctifiés pendant de longues années, par la présence corporelle de Jésus et de Marie. Gomment 1 pendant vingt ans et plus, Notre -Seigneur Jésus-Christ, la très- sainte Vierge, saint Joseph ont adoré, aimé, souffert, travaillé, en un mot inérité dans une pauvre petite maison de Galilée ! et ce lieu ne serait pas pour notre âme comme une mine d'or, où nous pouvons découvrir toutes les richesses divines qui courent risque d'y rester enfouies, si nous ne venons les exploiter par lu contemplation et la méditation?... Ah! passons jus-

• s. Luc. 11,15.

^'à Nazareth, et voyons le prodige qui s'y est accom- ,et que le Seigneur nous a fait connaître; et reslà des années, si la vie cachée répond au besoin Lre âme ! . . .

"ive, dans la vie intérieure, un moment su- , c'est celui où une âme recueille le fruit des ^de la mortification qu'il lui a fallu déployer ^aints combats de l'esprit. A force d'effacer ^gination les choses visibles et sensuelles [,ituer le souvenir des faits évangéliques IjfCS choses invisibles, cette âme acquiert inpire de l'intelligence et elle devient ^ibitante des régions paisibles et rait.

pour le recueillement ! car la de-

ime est là où se trouve son amour.

habituel des choses terrestres nous

Tidéal divin et diminue la tendance

3sprit... C'est une perte immense que

^lr nous enlevons ainsi aux actes de

lent leur émail surnaturel. Mais pour

pureté fixe et presque immuable de la

it une sainte audace intellectuelle... il

à faire prédominer en soi la solitude in-

' désert, du cœur, avec son silence, et cela

du bruit et des complications des devoirs

et d'état... Il faut, malgré les vicissitudes

savoir s'affranchir en se concentrant dans

le sa foi, de son espérance et de sa charité...

[fficile !.. . pourtant avec le secours de Jésus, de

m TROISIÈME PARTIE.

Marie et de Joseph, cela s'obtient du ciel ; et, à Nazareth, cela s'apprend admirablement...

Mais re\enons à la sainte maison : comme nous devons y contempler toutes les vertus, ce sera Joseph .qui nous donnera l'exemple de la douceur dans la maladie, puisque la chair immaculée de Marie doit rester exempte de toute infirmité et corruption, suites du péché originel.

Voyons comment Joseph reçoit la visite des douleurs corporelles... Quelle aimable résignation 1 Mais aussi quels soins lui sont prodigués! et par qui!... Qu'il est touchant de contempler Jésus près de son père adoptif, et de le voir soutenir, de son bras toutpuissant, les pas chancelants du saint vieillard, qui naguère dirigeait à son tour ceux d'un Dieu devenu petit enfant !

Il y a bien de la gêne maintenant à Nazareth : Jésus doit seul gagner le pain qui nourrit Marie et Joseph. De son coté, Notre-Dame voudrait aider Jésus par le produit de son fuseau et de sa navette ; mais le saint malade absorbe son temps Complications humaines, exercice de la sainte pauvreté, gêne et sollicitudes de la vie de ce bas monde, nous vous retrouvons à Nazareth ! Vous avez su atteindre notre Dieu et son admirable Mère, pendant qu'eux aussi étaient voyageurs sur la terre, afin de leur faire produire des actes héroïques qui seront à jamais notn^ exemple et notre force.

Voici que Joseph touche au terme de son pèlerinage. T.o juste i)iu' excellence, eu coinpaguio de .lésus

et de Marie, a atteint une perfection inaccessible à nos faibles vues humaines... Devenu le plus saint de tous les saints, il va mourir... Mais pour Joseph la mort est la séparation et non l'union... Il va quitter le ciel où il contemple journellement Jésus et Marie, pour attendre sa délivrance, pendant de longues années, dans les limbes. Il jette avec amour et adoration un dernier regard sur le Verbe Éternel fait homme; il remercie Marie, la Reine du ciel et de la terre de l'avoir admis en sa sainte compagnie. Quelle agonie digne d'envie! . . . Enfin, sur le sein môme de la vie, Joseph voit arriver la mort... A Nazareth, avec Jésus et Marie, oh! qu'il est doux de mourir!... Bientôt, alors, la réunion sera éternelle.

COLLOQUE

Converser avec Marie quand on la trouve senle à Nazareth : elle nous apprendra à parler à Jésus lorsqu'il sera de retour en la sainte maison. Causer aussi avec saint Joseph; apprendre de lui la science de la vie cachée, la résignation dans la maladie, et lui demander de préparer notre âme à une mort digne d'être unie à la sienne.

PRATIQUE

Réduire notre activité naturelle au point do régler nos actions quotidiennes sur les actes de vertu que nous voyons pratiquer par la sainte Famille. Se répéter souvent, en forme d'e.vamen : Est-ce ainsi qu'on agissait à Nazareth?

BOUQUET SPIRITUEL

Est- il donc croyable que Dieu habite avec les hommes sur la terre * ?

Le passereau trouve une demeure, et la tourterelle un nid... Pour moi, Dieu des vertus, vos autelsM...

La vie intérieure est un bain d'amour dans lequel l'âme se .plonge... elle est alors comme noyée dans l'amour... Dieu tient l'homme intérieur comme une mère tient la tête de son enfant dans ses mains pour le couvrir de baisers et de caresses'.

Un Us que la MADONNA DEL GIGLIO a fait éclore

C'est avec joie que je viens ajouter une dernière fleur îi la couronne de louanges qui a été on'crlc k la très-sainte Adolescente du Temple: c'est une fleur de reconnaissance; je lui dois tout mon bonheur! Dès mon enfance, j'avais été frappée tic ce passage de rÉcrilurc: « Les vierges suivront l'Agneau partout où il ira. » Je comprenais îi peine le sens de ces douces paroles , et cependant elles faisaient naître en mon cœur le désir ardent d'être un jour au nombre de ces Ames privilégiées. Ce germe , don du ciel, grandit en moi, surtout îi l'époque de ma première communion; mais c'était à l'ombre de nia Mère Admirable qu'il devait prendre tout son accroissement. Néanmoins,

' Pariilii)., IV, 18.

* Ps. LX.XXIII, 3, -l.

» M. Viannoy, Esprit du curé d'An.

celte pensée d'èlre plus lard toul entière à Jésus-Christ ne se présentait pas à mon esprit libre d'obstacles. Je dois môme l'avouer : parfois, je regardais celle vocation sainte comme incompatible avec mon caractère et mes goûts naturels, et de plus, celles qui m'élevèrent m'avaient souvent répété que je n'étais point faite pour marcher dans la voie des conseils.

Mon premier aurait pour la vie religieuse semblait s'éteindre chaque jour; l'amourdu monde reprenait le dessus dans mon cœur; je m'y laissais entraîner sans déliance.

A peine arrivée h Rome, je tombai malade, et tout l'hiver s'écoula sans que je prisse part aux divertissements que j'avais enviés. Je vis passer le carnaval avec regret. Cependant, comme malgré moi, je me répétais parfois au fond du cœur: ;< Ah! si j'avais la vocation religieuse, je « ferais facilement le sacrifice de tout le reste, et je serais « tout entière à Jésus-Christ ! »

Sur ces entrefaites, je lis la connaissance des dames du Sacré-Cœur de 1 1 Ti-inité-du-Monl. Je n'avais pas vu de religieuses depuis mon retour dans ma famille, et mon bonheur fut extrême. Dès le premier jour, je visitai le sanctuaire de Mater-Admirabllis , et les pieuses gardiennes de la sainte image m'engagèrent à faire quelques jours de retraite; j'y consentis.

Je passai la plus grande partie de ces heures de solitude aux pieds de la petite Fileuse du Temple. Je lui confiai , plus que jamais , mon avenir et tout moi-même, la suppliant de me faire connaître la volonté de son divin Fils. Cette tendre cl admirable Mère, qui déjJi m'avait préservée de bien des dangers, écoula m.i prière et donna à son enfant un nouveau gage d'amour. Ma retraite touchait à sa fin ; Marie allait accomplir son œuvre. Mes anciens désirs de la vie religieuse revinrent plus vifs que

par lé passé, et cependant je luttais encore. Mais un jour que je méditais sur les vertus de la très-sainte Adolescente, une pensée subite me frappa, tandis que je regardais son image bénie. « Quoi! me disais-je, Marie aurait « renoncé à la dignité de Mère de Dieu, plutôt que de perdre «le lis de sa pureté virginale, et moi, je pourrais mettre « en balance ce don précieux avec les misérables et pas- « sagères joies du monde !... » Je fus vaincue, et des lors il sembla s'échapper du Cœur de ma divine Mère une douceur si suave, que mon âme en fut toute pénétrée. Je restai tranquillement heureuse à ses pieds , ne doutant plus de mon appel h la vie religieuse.

Avant de quitter le Sacré-Cœur, j'eus le bonheur d'être reçue Enfant de Marie. La très-sainte Vierge voulait ainsi me garantir des dangers qu'elle prévoyait pour moi avant mon arrivée au port; car ce ne fut qu'un an après que je pus -rompre les liens du siècle. Je me retrouvai dans la Ville Éternelle quelques jours avant la fête de Mater-Admirahilis; je me rendis à la Trinité et me prosternai avec bonheur devant la fres(iuc vénérée. Si Marie adolescente m'avait d'abord attirée par sa douceur, il me semblait, en ce moment, que sa pureté virginale m'inspirait une force qui m'avait été jusqu'alors inconnue. Je voulais, à tout prix, être tout entière à Jésus seul.

Quelques semaines après, j'entrais au noviciat, sous les auspices de mon Admirable Mère. Depuis cet instant béni, que de fois mon cœur s'est reporté avec amour et reconnaissance vers Celle l'v qui je dois celte grâce insigne! Puisse-t-clle encore découvrir ses charmes fi d'autres cœurs et les attirer à Jésus par l'odeur des parfums de son lis virginal! C'est là le vœu de son enfant reconnaissante et dévouée.

YINGT-NEUYIÈME JOUR

MÉDITATION

Matei-AdmirabiliB après la mort de Iffotre-Scigneur JésuB-Christ.

PUEMiEU PRÉLUDE. — Sc représenter une maison solitaire.

DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander à la très-sainte Vierge la grâce de savoir traverser les événements de la vie eu les dominant par une vue supérieure des lins dernières.

PREMIER POINT

La vie intérieure a ses différentes saisons; mais les beaux jours et les trimas n'y ont rien de périodique. Dieu seul connaît en quel temps l'âme doit être éclairée, échauffée par le Soleil de justice, et en quel temps elle doit subir l'épreuve des jours nébuleux et glacés...

Oue fait alors l'âme privilégiée de la Mère Admirable?... Elle n'entrevoit plus la vision céleste de ces uirores radieuses qui lui permettaient de vivre dp

lumière, de paix et d'amour; elle est entrée, elle aussi, dans l'arène des saints combats, et la voici assaillie et défaillante au milieu des ténèbres et de la lutte... Marie abandonnera-t-elle ses amis au moment où son secours matériel leur est plus nécessaire que jamais?... Pour l'âme qui souflre le martyre indéfinissable, mais réel, des peines sans nom, Marie oHVe la contemplation des dernières années qu'elle a dû passer sur la terre ; elle convie ses intimes à venir partager sa retraite qu'elle garda jusqu'à sa bienheureuse mort.

En rentrant dans l'humble réduit que Jean a préparé avec amour pour la Mère qu'il reçut de Jésus en mourant, on retrouve Marie solitaire et laborieuse comme elle l'était sous les parvis du Temple de Jérusalem... Mais quel changement! Près d'elle, du côté opposé à sa quenouille, ce n'est plus un lis qui incline vers elle sa corolle entr'ouverte, c'est une croix qui se dresse sous son regard... et Notre-Dame contemple ■cet instrument de supplice, qui lui rappelle les scènes ù jamais mémorables du Calvaire.

Vous tous qui souffrez, venez près de la Mère Admirable, dont le Fils est mort sur la croix 1 Voyez dans quelle paix Notre-Dame des Douleurs possède son c\mel... Que souffrez-vous qu'elle n'ait la première enduré? Et l'on se confie si bien à ceux qui nous ont précédé dans la carrière des douleurs!... Ah ! venez lui dire vos peines; elles seront ici toutes comprises; car après avoir éprouvé tous les martyres du corps et de l'àme, en partageant ceux de Jésus, Marie a dû iaire

le sacrifice de ce qu'il y avait de plus pur et de plus divin pour vivre d'isolement, de séparation et de solitude. Les apôtres, les disciples viennent visiter Notre- Dame entre leurs courses apostoliques. La Mère de Jésus est restée lalumièredes Évangélistes et la force des conquérants chrétiens; cependant on aime à la contempler écoutant plus habituellement qu'elle n'enseigne. Nous connaissons ses mœurs et coutumes, et de même que Jésus a aimé les siens jusqu'à la fin, Marie gardera le silence jusqu'à la fin. Jean seul aura droit à des communications plus intimes; Jésus mourant n*a-t-il pas dit à sa Mère : Femme, voila

Page 1