VOTRE FILS
Hors ces instants donnés aux consolations mutuelles de la charité, Marie vit dans la plus profonde retraite... Quoi ! la Mère de Jésus est encore parmi les hommes rachetés par son divin Fils, et elle est seule dans une retraite inconnue !... Le saint des saints de l'Église naissante reste désert!... Nul mortel n'y vient adorer les vestiges de la Divinité!... Le monument auguste de l'Incarnation est abandonné!... Que font donc les hommes de si important, qu'ils ne pensent pas à visiter la Reine du ciel et de la terre? Il en est toujours ainsi; c'est devant une foule insouciante, étrangère et distraite, que les faits les plus importants de l'éternité s'accomplissent dans le temps...
Notre-Seigneur Jésus-Christ a été inconnu , exilé, oublié à Bethléem, en Egypte, à Nazareth, et il continue ces divins anéantissements dans la sainte Eucharistie... Jésus a choisi cette voie mvstérieuse de la
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vraie grandeur; sa très- sainte Mère choisira cette part devenue dès lors la meilleure, et Marie, le second sacrement de l'amour de Dieu pour les /iommes , offrira les mêmes caractères que le premier.
Pourquoi encore Notre-Dame restera-t-elle bannie sur cette terre où elle ne verra plus Jésus?... C'est que l'Église a déjà ses apôtres, ses martyrs, ses docteurs; elle n'a pas encore ses vierges, ses pénitents, ses anachorètes... Les déserts ne sont point encore peuplés par les athlètes de la mortification et de la prière, et les solitudes monacales ne renferment pas encore ces innocentes victimes de l'amour divin, qui attirent du Ciel la sève féconde du zèle apostolique. Pendant la première année de vie de la sainte Église, à Marie seule sera réservé de la féconder; car le Verbe éternel en quittant son sein virginal a laissé, dans ce sanctuaire consacré par sa présence, la source surabondante de toutes les grâces qui se répandront ensuite par les canaux si purs des divers ordres religieux.
0 mon Admirable Mère , c'est donc particulièrement pour enfanter les âmes rédemptrices, qu'il vous a ftillu souffrir un long exil après l'ascension de Jésus-Christ!...
DErXlftME POINT.
Pénétrons dans la pauvre demeure qui abrite la maison dorée par excellence, domus atirea... Mano reçoit toujours bien les âmes qui viennent la visiter dans les divines solitudes de l'oraison, où elle-même
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leur donne entrée... Ne l'avons-nous pas expérimenté à Jérusalem, à Bethléem, en Egypte, à Nazareth? Mais ici nous nous enfonçons dans une solitude inexplorée, et pour être la confidente de Notre-Dame, après la mort de Jésus, il faut avoir conquis ses blasons spirituels, c'est-à-dire avoir des habitudes préalables de silence, d'immolation et d'abnégation absolue... car ici la divine Anachorète veut initier les âmes aux derniers secrets du désert...
Ces secrets, que seront-ils? Les enseignements de la foi dégagée de tout ce qui n'est pas sa pure lumière et son austère essence... Qu'est-ce qui soutenait Maler-Admirahilis ^ après la mort de Jésus-Christ? Ce qui nous soutient nous-mêmes pauvres pèlerins sur une terre étrangère : ce qu'elle croyait, ce qu'elle espérait, ce qu'elle aimait d'éternel... Qu'est-ce qui charmait sa vie? ce qui charme la nôtre, la sainte Eucharistie...
Pour son admirable Mère comme pour nous Jésus a dit : « Vous me verrez vous autres parce que je serai « vivant et que vous le serez aussi, » et Marie est arrivée à cette vie toute de foi. Après en avoir acquis tous les mérites et pratiqué toutes les vertus, elle en devient la maîtresse en même temps que l'exemplaire par excellence. Demandons-lui ses divins enseignements, et, avec elle, après l'ascension, habitons les splendides régions où la foi à la divine Eucharistie rend vivant l'invisible et très-doux Jésus.
Qu'il est touchant de contempler Notre-Dame seule, sur la terre où son divin Fils l'a laissée dans l'exil, et
de la Yoir adorant , aimant le très-saint Sacrement qu'elle conserve toujours près d'elle et qu'elle entoure d'honneur et de vénération comme elle environnait le saint Enfant Jésus de tendresse et desoins délicats!... Elle est seule, mais sa foi est si vive qu'elle vit avec son divin Fils; elle ne possède rien, mais son opu/ence c'est l'Eucharistie... Vivons donc de ce qui sustente notre Admirable Mère, et, dans notre pauvreté radicale, puisons avec elle dans le trésor eucharistique, où se trouve tout bien désirable.
Lorsque Marie reprend le fuseau et la navette, quels seront ses souvenirs les plus familiers? Si nous sommes depuis longtemps contemplatifs de sa sainte âme, nous distinguerons bien vite que la Passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ devait occuper sa pensée tout entière. Certainement , elle conserve en son cœur et elle repasse en son esprit les mystères adorables accomplis dans l'étable, dans l'atelier du charpentier, dans les bourgades de Judée ; mais elle a vu, depuis, les scènes horribles qui se sont consommées sur le Calvaire ; désormais , le souvenir des douleurs de son divin Fils est gravé dans son Ame ; le chemin de la croix est le seul que sa pensée aime à parcourir chaque jour , et le glaive qui transperça son cœur ne sera plus retiré de la plaie qu'il y a faite, qu'au ciel, où elle répétera éternellement avec Jésus : « Il fallait que nous souffrions ainsi pour entrer dans « la gloire!... »
C'est sans doute en union avec les dernières années que la très-sainte Vierge passa dans la vallée des larmes.
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que nous voyons presque tous les saints, h la fin de leur vie, ne plus nourrir leur âme que du souvenir de la Passion de Jésus-Christ et de la sainte Eucharistie...
Nous aussi cherchons la substance de notre vie spirituelle à ces deux grandes sources de toute sanctification. L'adolescence de Marie bien comprise, bien méditée, doit avoir son couronnement, sa floraison dans la contemplation habituelle de ce qui a le plus puissahiment occupé Mater-Admirabilis : si nous avons grandi avec elle, si nous nous sommes fortifiés en grâce avec elle, devant Dieu et devant les hommes, nous arriverons infailliblement comme elle à vivre de foi, d'espérance et d'amour entre un tabernacle et une croix... Toute la vie chrétienne est là... Elle se résume, se soutient, se consomme là... Le présent, le passé, le futur de toute âme, qui veut arriver à la plus haute sanctification, ne sont-ils pas Jésus crucifié et Jésus hostie?... Or, Marie en est la voie... Suivons ses pas enfantins, et nous cheminerons, par d'humbles et paisibles sentiers, des parvis de Jérusalem au sommet du Golgotha... et de là, avec elle toujours, nous entreverrons les collines éternelles, où l'ardeur de notre amour nous introduira enfin pour jamais, à côté de notre .admirable Mi'to.
COLLOQUE
Dans la paix et le silence qui régnent près du saint tabernacle, repasser en notre esprit les sentiments qui devaient occuper le Cœur de Marie, pendant les années qui suivirent la mort de Jésus; nous unir au souvenir même que la Mère des Douleurs devait avoir de la passion de son divin Fils.
PRATIQUE
Se faire une filiale habitude de prendre souvent pour sujet de sa méditation, non-seulement les mystères évangéliques, mais bien aussi les époques principales de la vie de Notre-Scigneur et de celle de la sainte Vierge : cette contemplation apporte un grand profit à l'âme.
BOUQUET SPIRITUEL
Mon bien-aimé est pour moi comme un faisceau de myrrhe '.
Voix de mon bien-aimé! le voilà qui vient bondissant sur les montagnes, franchissant les collines*.
0 Mère Admirable, imprimez fortement dans mon cœur les plaies de votre Fils crucifié' I
• Cant., I, 13.
• Id.,ii. 8.
• l'roso Slidiat.
Marie Admirable