‹ Mater admirabilisChapitre 34 sur 44 · DANS SA MISI'UICORDE POUR LES PÉCHEURS · texte numérisé non relu

DANS SA MISI'UICORDE POUR LES PÉCHEURS

Je suis natif de Douai, -en Flandre; j'étais venu à Romo en 1 850; j'avais trenie-trois ans, et depuis dix ans je n'avais plus rempli aucun devoir religieux.

J'ai visité Saint-Pierre, Saint-Jean de Latran, Sainle- Marie-M ajoure, sans éprouver la moindre impression religieuse. Je restai neuf mois à Rome, parcourant les églises et regardant leurs ministres avec mépris. Je n'avais plus la foi ; ma croyance en Dieu était fort ébranlée ; j'avais môme oublié que j'étais né chrétien. J'étais perdu sans retour, si, le 7 mai, Dieu ne m'eût envoyé l'inspiration de visiter l'église de la Trinité du Monl-Pincio. Ce n'était certes pas pour y prier que j'y allais, mais uniquement pour voir les décors; je montai donc les marches du grand escalier, sans penser au bonheur que je devais trouver là. Dans l'église, j'admirai les peintures qui ornent chaxiue chapelle, n'y voyant que la main de l'artiste, sans faire la moindre attention aux sujets pieux que représentent ces tableaux; je ne m'inclinai même pas devant celui de la sainte Vierge, placée sur l'autel à cette époque de l'année.

J'allais me retirer, quand je vis une des bonnes sœurs françaises qui habitent le couvent attenant à l'église. J'avais entendu parler d'une peinture qui se trouve dans riniérieur de celte maison. Je priai la sœur, par un sentiment de curiosité, de me permettre d'y entrer pour la voir. Elle m'y conduisit. A peine y étais-je que je sentis

tout mon corps couvert d'une sueur froide... Je tressaillis à Taspect d'une figure admirable. Ce n'était plus l'artiste que j'admirais, c'était la Vierge elle-même que je voyais dans toute sa splendeur; car, dans l'état de ravissement où j'étais, je croyais la contempler en réalité. Je tombai à genoux au pied de l'autel; je ne priai pas; j'étais ému au point de rester insensible h tout ce qui m'entourait.

Après un quart d'heure passé ainsi, je sortis de la chapelle... j'étais un autre homme. La bonne sœur me dit: « Si vous avez de la peine, si votre âme n'est pas en paix, « revenez prier Marie... » Je le promis.

Depuis ce moment, je croyais que la sainte Vierge s'était détachée du mur où elle était peinte, et que je l'emportais avec moi ; car je la voyais partout présente à ma pensée: dans mes songes et dans mes occupations elle était devant mes yeux. Assistant à un feu d'artifice, dans la soirée du 9 mai, c'était l'image de Mater-Admlrabilis que je voyais au milieu de toutes les étincelles. J'étais revenu le 8, au matin, entendre la messe dans sa chère chapelle; j'avais été encore plus touché que la veille.

Lorsque je sortis, le 8, la bonne sœur m'engagea à me confesser; je ne pouvais m'y décider; mais dans le courant de la journée je n'étais pas tranquille; il me fallut retourner devant l'image de la Mère Admirable ; je me sentais pressé par quelque chose de surnaturel. Pendant quatre jours ce fut la même chose.

Enfin, le 13, j'allais partir ; la bonne sœur s'apcrcnit que j'avais les yeux humides de larmes. En effet, ce ([ui se passait en moi était étrange... J'avais vu mourir quantité de mes amis sans pouvoir verser une larme, et devant Mater- A(lmirabilis,iG me surprenais pleurant comme un enfant. La sœur m'offrit de me conduire à un prêtre ; je dis oui... je lui fis l'aveu de mes fautes.

VINGT-NEUVIÉJIE JOUR. 4il

Depuis cft jour, j'ai relrouvù le bonheur et la paix de Tànie. Grâce à Dieu et k la sainte Vierge, je puis vivre et mourir en bon chrétien. J'engage les personnes qui liront ceci à suivre mon exemple , en se convertissant, si elles ne l'étaient pas, sans hésiler un seul instant. Les miséricordes du Seigneur sont infinies, et Marie est si charitable! .. J'ai laissé cet écrit au couvent de la ïrinité-du-Mont pour attester la vérité de ma conversion, qui a eu lieu le i3 mai 4850.

Fait et signé par moi.

Pen de jours après , le nouveau converti était, h cinq Ireures du matin, aux pieds de Mère Admirable; il y déposait, en fondant en larmes , une couronne de fleurs naturelles: « J'ai été occupé toute la nuit, dit-il, de la trèsce sainte Vierge Marie; avant le jour j'étais au château « Saint-Ange; j'ai couru h l'aurore dans les prairies qui sont « derrière la forteresse pour y cueillir des fleurs, et ayant « trouvé sous ma main un cercle de fer, débris du feu « d'artiilce du 9 mai, je m'en suis servi pour faire une couce ronne que j'apporte à ma Bienfaitrice... »

Un fils de Mater-Admirabilis devant le Saint Sacrement.

L'oraison devant le Saint-Sacrement devient souvent l'élément des âmes généreuses et confiantes , converties par Mater - Admlrabilis.

ce Vous vous êtes ennuyé de m'attendre, » disait une

religieuse du Sacré-Cœur à un soldat qui s'inlitulail tilsdc Mater -Achnirabilis, parce qu'il était revenu à Dieu devant son image. « Non, répondit-il, on m'a fait entrer devant « le Saint-Sacrement. — Et combien de temps êtes-vous « resté ainsi devant le Tabernacle?... — Tenez, ma sœur, « maintenant que je suis revenu à mes devoirs de chré- « tien, avec le bon Dieu il n'y a plus de temps... On se met « à penser qu'il est, Lui, éternel, et que nous ne sommes, « nous, qu'en passant... et tout est dit... Puis, quand cela « se prolonge, on en vient à la sainte Vierge Marie; on « jette un regard dans son Cœur immaculé... ah! que c'est «beau! que c'est vaste! que c'est paisible!... On lui « demande la permission de se promener dans l'intérieur « de son âme! ali! que tout est eu ordre là-dedans!... Et « si elle le permet, on passe en revue toutes ses vertus... « On s'arrête à sa pureté , puis à son humilité, à sa bon- « té... le temps s'en va sans qu'on y songe... et malgré « que cela soit pénible, il faut arriver enfin à se consi- « dérer soi-même , et l'on se compare... Ah ! quel bruit! t quelle noirceur! quelles horreurs on voit dans son « propre cœur, plein de vices, de passions, de frivolités, « de bagatelles!... Alors ou retourne vile se réparer près « de celui de la trés-sainte Vierge, et rien qu'en considé- « rant ce Cœur immaculé, on se sent transformé. Tenez, « ma sœur, ([uand le leu)ps me dure la nuit, en montant « la garde, tout en restant de planton, je m'en vais vi- « siter l'intérieur de Mater-Admirabilis... Et les heures a s'envolent...

« D'autres fois, je considère les mystères de la vie de tt Notre-Seigncur Jé.sus-Christ qui se sont passés la nuit, « k l'heure où je me trouve. Notrc-Soigncur aimait vrai- « meut la nuit; je suis sûr (jue c'est îi cause du silence « el de latrnnquillité qui régnent dans b nnturc, pcndani

VINr.T-NErVlÉME JOLR. 433

-< ce temps. Regardez plutôt : son Annonciation, sa Nais- « sance, sa Fuite en Egypte!... Et ses prières sur la mon- < tagne ; ses veillées avec Nicodènie ; la pèche avec ses « apôtres; sa marche sur les eaux et son agonie !... puis, (( quand il fut traîné de tribunal en tribunal jusqu'à la '( pointe du jour'.... Ah! que de temps je voudrais avoir .< pour stationner convenablement en tous ces beaux <i mystères ! C'est la sainte Vierge qui les enseigne à l'àme « qu'elle adopte. Le saint Tabernacle est bien le lieu le « plus propre pour comprendre tout ce que la foi nous « découvre de ces choses du bon Dieu et de la bonne « sainte Vierge. »

ÏIIENTIÈME JOUR

La dévotion à Marie adolescente serait seul un puiï^sant secours spirituel, puisqu'elle donne entrée dans le Cœur immaculé de la Mère de Dieu, Temple mystique, construit par Dieu lui-même à la gloire de la très-sainte liumanité du A'erbc éternel. Considérer, dans la méditation, la structure et rornementation de cet édifice divin; goiiter, dans la contemplation, le calme et la paix céleste qui régnent en ce lieu trèssaint, est déjà pour l'âme une voie certaine el lumineuse, qui la fait passer dans une sphère où tout est resté exempt de souillure, où tout est plein de ces clartés et de ces parfums, que Dieu répand \h où il est assez le maître pour s'épanouir en liberté, où tout enfin porte l'âme à faire sa demeure en /lauf, laissant en bas, sur la terre, ce qui arrête, entrave et souille le cœur.

i^(j TROISIÈME PARTIE.

(Juelle grâce ! Et cependant, ce n'est encore que la préparation de grâces plus éminentes...

L'âme a franchi le seuil du Temple ; elle en a pénétré la première enceinte, mais elle n'est pas introduite encore dans le Cœur immaculé de Marie, qui sert au Prêtre éternel comme de sanctuaire, pour y célébrer son divin sacrifice... Qu'elle se recueille dans la prière, la séparation et l'oubli des choses de la terre; qu'elle attende!... Et Marie, de qui il estécrit : «En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité. » Marie, dans le temps convenable, à l'heure de Dieu, fera à ses privilégiés plusieurs dons spirituels, récompense insigne de ceux qui aiment son Adolescence.

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