DE CARRARE
Ire. Falcovaia.
IIe La Polla.
IIIe Ravaccione de l’Altissimo.
Crestola.
Betogli.
Ravaccione de Carrare.
I. — Le marbre du mont Àltissimo est celui qu’on regarde comme étant de qualité tout à fait supérieure. La carrière la plus célèbre et donnant un marbre qu’on peut citer comme type, est celle de Falcovaia. Après, et encore au premier rang, viendrait le marbre du monte Corchia, qui est jusqu’à présent peu exploité et par suite peu connu dans le commerce. Ces marbres de lre qualité ont une teinte blanc jaunâtre, uniforme, qui les fait rechercher particulièrement. Ils sont compactes, homogènes , à grain fin; ils prennent par le poli un éclat gras ou cireux, et ils sont légèrement translucides. Leur prix, sur les lieux, varie par mètre cube de 1,200 francs au double de cette somme. Lorsque les blocs ont des dimensions un peu grandes, il n’y a pour ainsi dire plus de règles pour le prix.
La première qualité de Carrare est à peine inférieure à celle de Serravezza. On la trouve à Crestola, Poggio Silvestro, Torano, Miseglia, etc. Son prix est également de 1,200 francs. Elle forme une variété qui paraît manquer à Serravezza.
MARBRES
II. — Le marbre statuaire de deuxième qualité n’a plus, comme les deux précédents, une teinte blanc-jaunâtre translucide : sa couleur est blanche, mais peu uniforme. Il s’exploite, par exemple, à Betogli, près Carrare. Le marbre de Betogli est lamelleux et peu compacte ; il présente souvent des taches , ainsi que des paillettes de mica et il ne résiste pas très-bien à Faction de l’air.
La deuxième qualité s’exploite aussi à la Polla, dans l’Altissimo. C’est un marbre à grain très-fin; il a beaucoup de cohésion et il résiste très -bien à l’action de l’air. Le prix du marbre de deuxième qualité s’abaisse jusqu’à 300 fr. , mais il peut aussi s’élever au double de cette somme.
III. — Le marbre de troisième qualité est le marbre statuaire le plus ordinaire ; on le nomme ravaccione , du nom de la carrière dans laquelle on l’extrait aux environs de Carrare. Cette carrière a été exploitée pendant quelque temps pour le compte du Gouvernement français, qui ne recevait, par conséquent , que du marbre statuaire de troisième qualité. Plusieurs chefs-d’œuvre de nos sculpteurs perdent même une grande partie de leur valeur artistique, parce qu’ils ont été exécutés avec des marbres tout à fait inférieurs. Il serait donc bien désirable que le Gouvernement, qui paye ces marbres à un taux extrêmement élevé, prît des mesures pour prévenir de semblables abus, et pour n’admettre dans nos monuments que des marbres statuaires de bonne qualité.
Le ravaccione est blanc, opaque, avec quelques taches ou veines grisâtres. Il a de la cohésion ; il résiste très-bien à l’air, qui lui donne même une teinte plus blanche. Il est à la limite du marbre statuaire, et en Italie on l’emploie le plus souvent dans l’architecture. A Serravezza, son prix s’élève encore jusqu’à 300 francs; c’est ce qui a lieu, par exemple, dans les carrières de la Polla ; mais à Carrare il descend à 200 francs. Ce marbre est surtout très-déprécié lorsqu’il renferme des cavités tapissées par ces cristaux limpides de quartz hyalin qui sont bien connus de tous les minéralogistes.
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Les statues qui décorent le palais Degli Uffizi, à Florence, sont en ravaccione de Serravezza. C’est aussi en ravaccione que sont les statues de nos principaux monuments, notamment celles de la cour d’honneur au palais de Versailles, la statue équestre de Louis XIII à la place Royale, ainsi que les colonnes intérieures du Conseil d’État et du Corps Législatif L
— Plusieurs variétés de marbre statuaire se trouvent généralement réunies dans une même carrière ; ainsi la première qualité de marbre statuaire forme accidentellement des lentilles dans le ravaccione : on a reconnu, par exemple, que lorsqu’on atteint dans le ravaccione une veine assez épaisse de madremacchia ou de calcaire saccharoïde pénétré par du mica, on rencontre le plus souvent au-dessous du marbre statuaire de première qualité; aussi la madremacchia est-elle regardée, parles ouvriers, comme un indice favorable pour l’exploitation.
L’exploitation du marbre statuaire en Italie remonte aux derniers temps de la République romaine; elle avait d’abord lieu dans les environs de la petite ville de Luni, qui est actuellement détruite et dont les ruines ont été retrouvées près de Carrare. Quant à l’exploitation de l’Altissimo, elle date seulement de 1517 et elle fut commencée par Michel Ange, d’après les ordres du pape Léon X. Les carrières de Ceragiola et de la Capella datent aussi de la même époque. Toute ces exploitations étaient très-actives sous Corne Ior ; mais elles furent interrompues à la fin du siècle , et c’est seulement vers 1820 qu’elles ont été reprises. Maintenant elles occupent plusieurs centaines d’ouvriers. On peut estimer que le Monte Altissimo produit annuellement 2,500 mètres cubes de marbre statuaire ; le Monte Gorchia en produit 1,500 ; ce qui donne en tout, pour la Toscane, environ Zi ,000 mètres cubes.
Les marbres statuaires de Carrare et de Serravezza sont à une petite distance de la mer, en sorte qu’ils peuvent être
1 S. Henraux : Notice sur les marbres.
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transportés à peu de frais sur tous les points du globe. On ne doit donc pas s’étonner que, malgré les droits considérables qui protègent, en France, le marbre indigène, ils soient exclusivement employés.
Marbre blanc. — Le marbre blanc est celui qui est trop inférieur pour être employé dans la statuaire ; il est le plus souvent veiné. Il s’exploite au Monte Corchia, ainsique dans plusieurs localités des environs de Carrare, notamment à Solia, Ceragiola, Costa, la Capella, Trambissera. Sa production annuelle s’élève à 17,000 mètres cubes. On se sert surtout du marbre blanc ordinaire pour faire des dallés, et cette industrie est très - importante , car elle entretient dans un état constant d’activité un grand nombre de scieries qui se trouvent dans les environs de Serravezza.
Il existe encore du marbre blanc en Toscane, dans le Campiglièse, mais il est généralement à grain grossier et à teinte grisâtre : cependant à Monte Bamboli , près de Campiglia , on a trouvé du marbre statuaire dont l’exploitation a été commencée récemment ; ce marbre est quelquefois lamelleux et translucide, en sorte qu’il se rapproche du Paros.
Les montagnes des environs de Pise ont la même constitution géologique que les Alpes Apuennes, et l’on y trouve aussi du marbre blanc, saccharoïde. Le meilleur est celui de San-Giuliano, qui a toutefois peu de cohésion et qui s’altère très-facilement à l’air; on l’a cependant employé dans le pays, notamment dans quelques monuments de Pise.
— Tous ces marbres blancs résultent d’un métamorphisme du terrain jurassique inférieur. Dans le Campiglièse, ils sont quelquefois traversés par de petits fdons d’amphibole ou par des veines métalliques. De même que la plupart des calcaires saccharoïdes, ils contiennent d’ailleurs du graphite.
Bleu turquin. — Le bleu lurquin est un calcaire saccharoïde mélangé de matières charbonneuses , qui lui donnent une couleur grise ou bleue ; c’est le bardiglio scuro des marbriers italiens.
En Toscane , il appartient au calcaire noir qui représente
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le trias et il repose immédiatement sur le vermcano. On l’exploite seulement dans quelques localités voisines de Serravezza. Le plus beau provient des carrières de la Capeila. Son prix est de 200 francs le mètre cube , et sa production annuelle est à peu près de 1,000 mètres cubes.
Bardiglio. — Le bardiglio est un marbre gris ou bleuâtre qui diffère seulement du bleu turquin en ce qu’il est traversé par des veines noires. Il a d’ailleurs le même gisement et il appartient comme lui au trias. Il est d’autant plus estimé que son fond est plus clair et que ses veines sont plus fines. Quand ses veines, au lieu d’être simplement sinueuses, ressemblent à des espèces de fleurs, on le nomme bardiglio fiorito (marbre barbouillé et fleuri). Le bardiglio fiorilo s’exploite à Montalto , dans la montagne de Retignano , près Stazzema. C’est un marbre qui est extrêmement recherché , surtout en France. Comme le bleu turquin , on l’exploite très-activement, et il peut être obtenu en blocs de trèsgrandes dimensions. Son prix, supérieur à celui du ravaccione , s’élève à 300 francs ; il égale même celui du plus beau marbre statuaire de deuxième qualité. La production annuelle du bardiglio est environ de 4,000 mètres cubes.
Depuis quelque temps on emploie dans la marbrerie le calcaire noir et triasique des montagnes de Pise et surtout celui des Bagni alla Duchessa. C’est une variété des marbres précédents.
Brèche africaine ou de Stazzema. — La brèche de Strazzema , près de Serravezza , est un calcaire saccharoïde généralement blanc, qui est traversé par des veines violettes. Quelquefois aussi elle est d’une couleur rose, lilas, fleur de pêcher, jaune ou rouge. C’est une roche métamorphique, qui appartient au lias inférieur. Elle est très-propre à la décoration des monuments , surtout lorsque ses fragments de calcaire ont une belle couleur blanche.
La brèche de Stazzema a été exploitée par les Romains, et nous la retrouvons souvent au Louvre, dans le musée des antiques. Elle a été employée au château de Versailles, et on
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en voit de belles tables dans les grands appartements. Les colonnes du bosquet de la colonnade sont même faites d’une brèche blanche à veines violettes , qui lui ressemble beaucoup; toutefois, ces colonnes ont très-mal résisté à l’action de l’air, et la partie blanche formée par le calcaire saccharoïde s’égrène très-facilement.
La brèche de Stazzema n’est pas exploitée régulièrement. Les deux carrières qui fournissent les plus belles variétés sont souterraines ; elles portent le nom de cava del Rondone et de cava deW Africano. C’est pour ce motif, sans doute, qu’on l’appelle dans la marbrerie brèche africaine , bien quelle ne provienne aucunement de l’Afrique.
On nomme mischio une variété violette ou rouge violacé de la brèche de Strazzema, qui est presque entièrement pénétrée par des veines de fer oligiste. La chaux carbonatée qui est saccharoïde, s’y trouve en fragments qui ont le plus souvent une couleur violette. Le mischio s’exploite darïs les carrières dell’ Africano et del Rondone. Il est très-recherché, et il se vend au prix de 1,200 francs le mètre cube, c’est-àdire aussi cher que le marbre statuaire de première qualité. Il est assez dur et difficile à travailler, mais il résiste trèsbien à l’action de l’air; ainsi, c’est en mischio que sont quelques-uns des chevaux de grandeur colossale qui décorent la grande fontaine de Neptune, sur la place Vecchia à Florence.
— La ville de Sienne fournit des marbres qui sont trèsrenommés, et nous allons décrire sommairement ces marbres, qui appartiennent tous au calcaire rouge ammonitifère.
Jaune de Sienne. — Le jaune de Sienne a une belle couleur jaune, tantôt pâle, tantôt foncée. Il est d’autant plus estimé que sa couleur jaune est plus uniforme.
Le jaune de Sienne veiné est traversé par des veines de couleurs foncées, le plus généralement violettes.
Lorsque ces veines deviennent extrêmement nombreuses et s’entrelacent dans tous les sens, on a la brocalelle de Sienne (Rrocalello) .
Le plus beau jaune de Sienne s’exploite à Monte Arenti^
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dans la Montagnola de Senese; il se vend à peu près 1,000 francs le mètre cube. Il est très-rare de l’obtenir en gros blocs, et on s’en sert surtout pour des pendules, des mosaïques, ou pour de petits objets d’ornement. La brocatelle et le jaune veiné de Sienne s’exploitent aussi à la Montagnola Senese. Leur prix est environ de 700 francs.
— Aux environs de Pise , il y a également des marbres jaunes généralement bréchiformes. Ils appartiennent aux mêmes couches que ceux de Sienne , mais leur couleur est moins belle, et leur exploitation moins régulière.
Enfin, il y a encore des marbres jaunes appartenant aux mêmes couches, à Miseglia, près de Carrare, et dans les envions de Serravezza.
Rouge de Sienne. — Le marbre rouge de Sienne diffère trèspeu du rouge antique exploité en Grèce. C’est un calcaire glanduleux d’un rouge vif, qui appartient au calcaire rouge ammonitifère.
Des marbres rouges , provenant du calcaire rouge ammonitifère, se trouvent également à Castagneto et à Caldana dans la Campiglièse; mais ils ont une couleur rouge marron ou rouge brun , et ils prennent assez mal le poli.
Portor. — Le portor est un marbre de couleur noire ou grise, qui est traversé par des veines jaunes, rouges ou brunes, formées par un carbonate ferrifère. Le portor le plus beau, celui qu’on peut considérer comme type, s’exploite dans l’île Palmaria, et surtout à Porto Venere , dans le golfe de la Spezzia (États Sardes). Cependant, il y a aussi du portor à Carrare et à Serravezza ; mais il est difficile d’en avoir de beaux blocs, et il n’est pas exploité régulièrement. D’après M. le professeur Savi, le portor d’Italie est une variété du calcaire noir à silex , qui représente le terrain néo comien dans les Alpes Apuennes , et qui forme une grande partie de leurs plus hautes cimes.
Marbre ruini forme. — Une variété d ’albêrèse formée par un calcaire marneux et compacte , doit encore être mentionnée parmi les marbres remarquables de la Toscane t
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c est la pietra paesina. Cette roche a subi un grand nombre de retraits qui se sont produits dans divers sens ; les fissures auxquelles ils ont donné lieu, ont été remplies postérieurement par un ciment ferrugineux et calcaire, en sorte qu’il en résulte des dessins assez bizarres, qui ont le plus souvent l’apparence de ruines; aussi cette roche a-t-elle reçu le nom de marbre ruiniforme.
L’albérèse ruiniforme se trouve dans les environs de Florence, au pont de Rignano (Yal de Sieve).
Dans les alluvions anciennes du lit de l’Arno, il y a un albêrèse zonage, à couches brunes concentriques, et aussi une variété à’albèrèse fleurie ( Alberese fiorilo ).
L’albérèse inférieur est traversé par des veines de chaux carbonatée spathique.
Toutes ces variétés d’albérèse sont des calcaires gris, jaunes ou brunâtres, très-compactes, quelquefois même aussi compactes que la pierre lithographique ; mais comme ils sont marneux, ils prennent assez mal le poli.
Albâtre. — L’albâtre calcaire existe sur plusieurs points de la Toscane , notamment à Serravezza, à Yignone , à San- Filippo (Yal d’Ombrone Senese), à Grosseto, à Castelnuovo delf Abate.
M. Borrini (n° 1 h). — M. Borrini, directeur d’une société pour l’exploitation des marbres, a découvert récemment un gisement de marbre blanc au Giardino, à l’est du Monte Altissimo , près de Serravezza. On trouve dans ce gisement des calcaires saccharoïdes blancs et veinés, et il y a surtout une très-belle variété de marbre statuaire.
Le marbre statuaire du Giardino a, en effet, cette couleur blanche translucide, très-légèrement jaunâtre, que les artistes recherchent spécialement et qu’ils préfèrent beaucoup au blanc mat ; il est compacte, sonore, à grain trèsfin ; c’est un marbre de première qualité qui n’est pas inférieur au plus beau marbre de Falcovaia. Quelques sculptures envoyées à l’Exposition montraient qu’il produit un très-bel effet. Il se laisse surtout découper en ornements
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très-délicats, et une feuille qui était représentée avec ce marbre se rapprochait , autant que possible , de la nature. Déjà plusieurs sculpteurs de Florence, parmi lesquels on cite MM. Cambi, Giovanozzi, Batistini, Maioli, ont employé le marbre statuaire du Giardino, et ils l’ont trouvé d’une qualité excellente ; il paraît surtout très-propre aux détails qui exigent de la finesse.
Les couches exploitées au Giardino sont d’ailleurs dans le massif de l’Altissimo.
Les recherches faites jusqu’à présent ont donné des blocs d’assez belles dimensions, et, d’un autre côté, la carrière est à une petite distance de la mer, ce qui lui permettrait d’exporter facilement ses produits au loin.
Le marbre statuaire n’est exploité que dans un petit nombre de localités, et cependant son emploi se répand de plus en plus : aussi, en France, en Prusse et dans le reste de l’Europe, les gouvernements ou les sociétés savantes ontelles proposé des prix dans le but d’encourager la recherche de nouveaux gisements de marbre statuaire , et pour diminuer, sinon pour détruire le monopole qui s’est créé au profit de Carrare. La découverte d’un gisement de marbre statuaire dans la montagne du Giardino vient donc satisfaire un intérêt réel et général; elle peut dans l’avenir créer en Toscane une concurrence nouvelle au marbre de Carrare ; car le marbre du Giardino est de bonne qualité , et il se trouve dans des conditions d’exploitation avantageuses. D’après ces considérations , le Jury a pensé devoir proposer une médaille de deuxième classe pour la société du Giardino , représentée par M. Borrini , son directeur.
M. J. Montorselli (n° 156). — M. Montorselli, marbrier à Sienne, avait exposé une cheminée en marbre jaune de Sienne. Le marbre qui forme cette cheminée présente un fond jaune, tirant quelquefois sur le rouge; il est traversé par de nombreuses veines brunes ou violacées, et on y remarque aussi des veines grises. Sa couleur est loin d’être aussi uniforme et aussi pure que celle du jaune de Sienne ,
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qui a été exploité par les anciens et que nous retrouvons si souvent dans nos musées; mais quoi qu’il en soit, le marbre exposé par M. Montorselli est encore assez remarquable.
M. le comte U. Della Gherardesca (n°153). — M. le comte U. Della Gherardesca avait envoyé une table de marbre brun rougeâtre , qui provenait du calcaire rouge ammonitifère. Elle a été extraite des carrières des comtes de Castagneto.
M. le marquis F. Pantiatichi d’Aragon (n° 157). - — M. le marquis F. Pantiatichi d’Aragon avait présenté une table en lumachelle d’une couleur grisâtre. Cette lumachelle s’altère très-facilement, et alors elle devient brun jaunâtre. Elle appartient à une variété compacte de la Panchina du terrain miocène, qui se trouve à une petite distance d’un porphyre quartzifère.
Les deux marbres desquels nous venons de parler en dernier lieu ont des couleurs peu agréables, et il n’est pas vraisemblable que leur exploitation commencée depuis peu de temps fasse une concurrence redoutable aux marbres si remarquables qu’on extrait depuis longtemps dans la Toscane.
ÉTATS SARDES
Les Etats Sardes sont très-riches en marbres , de même que tous les Etats du nord de l’Italie, et la ville de Gênes surtout est célèbre par la profusion des marbres employés dans ses constructions. Comme dans la Toscane et comme dans le duché de Modène, on trouve dans les États Sardes du marbre blanc et même du marbre statuaire ; mais des difficultés de transport et une situation moins heureuse des carrières empêchent leur exploitation de prendre du développement. Certains marbres très-remarquables, tels que le portor et l’albâtre de Busca, sont d’ailleurs tout à fait spéciaux aux États Sardes.
Yoici quel est le prix moyen du mètre cube des marbres
indigènes et étrangers qui sont le plus employés à Turin , soit pour l’ameublement, soit pour les constructions :
Marbre gris de Fabrosa . 225 fr.
— barcligtio de Valdini. ...... 275
Albâtre de Busca . 325
Marbre blanc veiné de Carrare . 325
— portor . ZiOO
— jaune de Vérone . h 25
— blanc statuaire . 600
On voit que ces prix sont bien inférieurs à ceux auxquels les mêmes marbres se vendent à Paris.
Nous allons énumérer rapidement les principaux marbres des Etats Sardes, en jetant un coup d’œil sur la belle collection de l’Institut technique de Turin.
Institut technique de Turin ( n° 61). — La collection de l’Institut technique de Turin réunit tous les matériaux de construction des États Sardes; mais nous nous bornerons ici à décrire les marbres.
Marbres blancs. — Le marbre blanc et même le marbre statuaire se rencontrent sur un grand nombre de points du Piémont.
Le marbre qui est le plus propre à faire des statues et des groupes s’exploite à la carrière royale, au pont d’Ivrée. Il existe aussi un marbre statuaire qui pourrait s’extraire en blocs ayant 10 mètres de longueur, à Crevola, dans l’arrondissement d’Ossola; mais il contient un peu de mica.
On trouve du marbre blanc dans plusieurs localités de l’arrondissement de Pignerol, notamment à Roccabianca, commune de Jaetto ; à Ghizo , commune de Prales ; à Saint-Martin, commune de Perosa; à la Combe-clu-Marbre, commune de Prales ; à Rocca-Sansone , commune de Salza. Le marbre blanc de la carrière du Perero à Pignerol est surtout très -beau et très -pur. A Yenasca, arrondissement de Saluces, on a un marbre blanc qui est pellucide. Enfin, il existe encore du marbre blanc dans les arrondissements
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du val Sesia, de Pallance, de Novare, de Suse, de Goni, de Mondovi.
Ces marbres blancs appartiennent aux roches métamorphiques. De même que ceux des Alpes Apuennes , ils passent souvent à des calcaires saccharoïdes contenant du mica. Quelquefois ils renferment aussi une substance serpentineuse ou bien de l’amphibole comme à Pallanza , ou même de la chondrodite comme à Isasca et au Monte Sacro dans le val Sesia.
Marbres gris et noirs. — Lorsque la structure cristalline des calcaires blancs et saccharoïdes vient à diminuer, ils passent à des marbres gris ou noirs. Tantôt leur couleur est uniforme , tantôt ils sont veinés et même bréchiformes. Les marbres gris sont extrêmement fréquents dans les États Sardes; ils se trouvent dans la Savoie, le Faucigny, la Maurienne , à Pallance , Ossola , Aoste , Ivrée , Suse , Turin , Pignerol, Saluces, Chiavari et Gênes. D’après M. le général Alb. de la Marmora, il y en a aussi à Iglesiras et à Gagliari, dans l’ile de Sardaigne.
Le bardiglio screzialo de Prales est un marbre à veines gris noirâtres très-contournées.
Portor. — Les États Sardes possèdent le portor type, qui est l’un des plus beaux marbres que l’on connaisse. Ce marbre a été étudié par M. Gordier dans sa Statistique des Apennins. 11 s’exploite surtout au cap Porto-Venere , duquel il tire son nom; cependant il y en a aussi dans les îles Palmaria, Tino et Tinetto, à l’extrémité de ce cap. Il se trouve également à Ormea et à Garescio (Mondovi) . A Madonna delle Grazie (Porto-Venere), il peut s’extraire en blocs de 5 à 6 mètres cubes et le prix du mètre cube , sous voiles, est seulement de 300 fr. ; il est donc assez bizarre que les marbriers de Paris parviennent à le maintenir à un prix sextuple.
Le portor est surtout remarquable par l’éclat de son poli et par le contraste agréable de ses couleurs. Son altération à l’air est toutefois assez rapide, et sa couleur noire devient grisâtre. On distingue plusieurs variétés de portor; la plus estimée est à fond d’un noir foncé, traversé par des veines
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assez larges, inégales, ondulées, de couleur jaune d’or ou brun rouge; elle provient de la montagne Mezzorone (Porto-Venere) et de Spezia (Levante).
Une variété à veines fines et vermiculées se trouve à Pozzolo (Porto-Venere).
A Nava (Oneglia), l’on exploite un porlor dans lequel les veines jaunes de carbonate ferrifère se fondent intimement dans la pâte noire , et deviennent presque aussi abondantes que la pâte elle-même.
Marbres divers. — Plusieurs variétés de marbre jaune compacte s’exploitent à Saint-Sulpice , en Savoie; à Sambucro Balestrino, près d’Albenga; à Fabrosa Soltana, près de Mondovi, et à Bonario, près de Gagliari.
La brèche violette d’Hermitage, à Villette-en-Tarentaise , sur la rive droite de l’Isère, est aussi un marbre remarquable. Son fond est violet noirâtre ou brun chocolat ; elle contient un grand nombre de débris de fossiles et d’encrines, ainsi que des fragments calcaires, bruns, jaunâtres ou blancs, dont la couleur tranche d’une manière agréable sur celle du fond. Elle est dure et difficile à travailler , mais elle prend très-bien le poli et elle est trèsrenommée dans la marbrerie.
Albâtre. — Les Etats Sardes renferment encore de riches gisements d’albâtre qui est blanc jaunâtre ou brunâtre, concrétionné et stalactiforme.
Le plus remarquable est celui de Busca (Guneo), qui est très-recherché dans la marbrerie; il présente des dessins concrétionnés à formes bizarres ; sa couleur varie du blanc au jaune, au brun rougeâtre et au brun foncé.
L ’ albâtre, plus ou moins translucide, s’exploite aussi à Vetta-del-San-Bernardo, à Garessio (Mondovi), àTurbia, près de Nice, à Gênes, à Pignone et à Coni.
M. F. Gussoni (n° 93). — M. Gussoni avait exposé de beaux marbres des Etats Sardes :
L ’ albâtre de Busca, qui présentait des zones concentriques jaunes brunâtres;
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Le porlor de Porto- Venere, ayant un fond d’un noir uniforme traversé par des veines de fer carbon até d’une belle couleur jaune.
Signalons aussi la serpentine si remarquable désignée sous le nom de vert de Suse que nous avons déjà décrite antérieurement et qui se distingue de toutes les serpentines connues dans la marbrerie par sa belle couleur vert bleuâtre.
M. G. Isella (n° 94). — M. Isella avait exposé à peu près les mêmes marbres que M. Gussoni.
Son usine, qui se trouve à Turin, date de 1831 : elle occupe 15 ouvriers , payés à raison de 2 à h francs par jour. Elle fabrique environ pour 20,000 francs de produits.
Chambre d’agriculture de Chambéry (n° 1). — La Chambre royale d’ Agriculture et de Commerce de Chambéry avait envoyé une belle collection des marbres de la Savoie . Cette collection, réunie spécialement pour l’Exposition Universelle , avait été exécutée par M. Mortillet , sous la direction de M. le baron Jacquemond , président de la Société. Elle comprenait 35 échantillons de marbre , que nous énumérons ici :
Marbre blanchâtre, de Faucigny.
— gris clair, de Curienne.
- gris avec ammonite, de Saint-Jeoire-sous-Challes.
— — gris à veines claires et sombres, de Seytenex (Faverges).
- - gris, de Pierre-Pointe (Ugine).
- gris,, tacheté de roux et de noir, de Bellecombette.
- gris veiné de blanc, de Saint-Jeoire (Arthos).
- gris veiné de blanc, de Limene.
- gris veiné de blanc, de la Thuile.
- gris foncé, de Barberaz.
- gris veiné, de Saint Jeoire (route de Croisillon).
- - gris noir, de Gtaise (Favergesb
— — noirâtre veiné de blanc, de Saint-Jean-de-Tholome.
- noirâtre, taché de blanc, d’Oncin.
- noirâtre veiné de blanc , de Doussard.
- - noir veiné de blanc, de Saint-Jeoire (Faucigny).
- noirâtre, de Saint-Roph (Faverges).
- noir veiné blanc, de Montailleur.
Marbre noirâtre, de Saint-Sixt.
- noir, de Grezy (sur Isère).
- noir, de Saint-Jeoire-Avesnay.
- roux , de Saint-Jeoire-Jouvant.
- jaune , de Saint-Sulpice.
- jaune et rosat, de Yenne.
- jaune et noir, brèchiforme, d’Oncin (sous l’Église).
- jaune et blanc, de Chaparon (la Thuile).
- gris nuancé de lie de vin et dentelé, de Taninges.
- rouge brique nuancé , de Mieussy.
- dentelé, avec nuance d’agate, de Taninges.
- portor veiné de roux , de Grezy (sur Isère).
- poudingue avec des parties concrétionnées , de •
Vi mines.
- brèche d’Hermitage à Villette, dite brèche violette
ou larentaise.
Nous n’insisterons pas plus longtemps sur ces marbres de la Savoie qui ont généralement des couleurs peu vives , et qui jusqu’à présent ne sont pas exploités sur une grande échelle : le plus remarquable d’entre eux est la brèche violette d’Hermitage , de laquelle nous avons déjà parlé. Le poudingue de Vimineset quelques marbres jaunes sont également assez estimés.
ÉTATS PONTIFICAUX
La marbrerie des États Pontificaux était représentée par des œuvres d’art remarquables , dont l’examen appartenait à la Classe XXIV. Si nous en parlons ici , c’est afin de signaler d’une manière spéciale quelques marbres antiques provenant des fouilles de Rome , sur lesquels notre attention a été appelée par M. le baron du Havelt , commissaire des États Pontificaux.
Jaune antique (giallo anlico) . — M. Diès avait exposé des réductions de monuments romains en marbre jaune antique. Ce marbre présente une belle couleur jaune, nuancée de tons rougeâtres. De même que le jaune de Sienne veiné, il est d’ailleurs traversé par des veines brunes ou violacées:
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on y observe aussi des veines blanches de chaux carbonatée spathique : c’est sans doute une variété du marbre de Numidie.
Nous avons déjà parlé de la belle coupe en marbre jaune antique de M. Galland, et nous avons fait remarquer quelle ressemble beaucoup au marbre jaune des environs de Philippeville (Algérie).
Rouge antique. — Le marbre rouge antique se trouve souvent à Rome, notamment au Forum et à la voie Appienne.
M. Galland avait représenté en marbre rouge antique les colonnes de Marc-Aurèle, de Nerva et du temple de Jupiter. Ce rouge antique provenait vraisemblablement de Grèce ; il avait cependant une teinte rouge brunâtre plus vive que l’échantillon exposé parmi les marbres de la Grèce; sa teinte était aussi plus uniforme et les veines blanches y étaient plus rares.
Le piédestal de la colonne Trajane , exposée par M. Spagna , montrait une variété de marbre rouge antique , traversé par des veines de chaux carbonatée blanche, qui avaient plus d’un centimètre de largeur.
Marbres divers. — Une coupe très-remarquable qui avait été exposée par M. Galland a été achetée par M. le duc de Galbera. Elle était faite d’un marbre antique, qu’on désigne sous le nom d ’ albâtre tigré. C’est un calcaire concrétionné blanc , opaque, tacheté de jaune , de brun et de gris ; on ignore d’où les Romains tiraient ce marbre, qui a été trouvé dans les ruines de la Sabine.
— Un autre albâtre formait le piédestal de la colonne Trajane, de M. Spagna. C’est un calcaire fibreux, blanc, opaque, veiné de gris et de noir. Il est traversé par des dendrites noires et concentriques , qui sont d’un effet trèsagréable.
— Parmi les marbres antiques signalons encore le marbre tuberculeux qui formait la bordure d’un damier acheté par S. A. I. le prince Napoléon. Il présente des tubercules de couleurs très-variées , qui sont jaune de laiton , rouges
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et verts. A l’intérieur de ces tubercules, il s’est quelquefois formé des cavités qui sont remplies par de la chaux carbonatée blanche et spathique. La structure de ce marbre rappelle celle delà brocatelle d’Espagne, mais ses couleurs sont beaucoup plus vives.
Le damier dans lequel se trouvait le marbre tuberculeux avait été exposé par M. Galland: il réunissait une collection très-remarquable de marbres antiques.
— La quantité de marbres accumulés dans les ruines de Rome est véritablement prodigieuse , et ces ruines ellesmêmes sont les carrières les plus riches qu’il soit possible d’exploiter. Elles recèlent , en effet , des marbres dont le gisement nous est maintenant inconnu , et que les Romains faisaient venir à grands frais de toutes les extrémités du monde.
GRÈCE
Les Dèmes de Crocées, Sparte, Lageïa , Tripolï , Nauplie (n° 6).
— Les marbres tenaient le premier rang parmi les produits envoyés par la Grèce à l’Exposition Universelle. Ces marbres, exposés par plusieurs communes (Dèmes) de Grèce , provenaient tous de carrières anciennement exploitées. Nous allons décrire rapidement les principaux marbres de cette belle collection , qui sont devenus célèbres par leur emploi dans les monuments de l’antiquité et par les descriptions que nous en ont laissées les écrivains.
Marbres blancs. — Le marbre de Paras est connu dans le monde entier par les chefs-d’œuvre de l’antiquité. Il est blanc, ou blanc légèrement jaunâtre, lamelleux et à gros grain ; il jouit d’une certaine translucidité qui produit un effet très-agréable et qui l’a toujours fait rechercher pour les statues. Malheureusement il est souvent micacé. De plus, il est fort rare d’en trouver des blocs de grandes dimensions ; aussi les difficultés que présente son exploitation ont-elles depuis longtemps forcé les sculpteurs à recourir
MARBRES
au marbre de Carrare. D’après des renseignements transmis au Jury par M. Spiliotakis, l’ exploitation du marbre de Paros sera prochainement reprise sur une grande échelle -, un chemin de fer et un embarcadère , qui se construisent en ce moment même , permettront d’amener directement le marbre de la carrière jusque dans le vaisseau qui devra le transporter.
— Le marbre Pentélique était représenté par un monument funéraire. Il est blanc grisâtre, lamelleux, un peu translucide comme le marbre de Paros ; il passe fréquemment au cipolin. Le monument exposé montrait, il est vrai, plusieurs veines opaques et jaunâtres, ainsi que des paillettes de graphite ; mais , à l’Exposition des Beaux-arts , il y avait plusieurs statues en marbre pentélique de belle qualité. Ce marbre a été employé à la décoration de plusieurs édifices de la moderne Athènes.
— Le marbre de Tenos est aussi un marbre blanc , mais opaque et de qualité inférieure. Il ne paraît pas avoir été exploité par les anciens. Il revient, sur les lieux, au prix de 135 fr. le mètre cube, tandis que le Pentélique coûte 160 fr. , et le Paros 200 fr. ; tous ces marbres blancs de la Grèce pourraient donc s’exploiter à un prix très-peu élevé , si le manque de routes ne rendait pas , quant à présent , leur transport très-difficile.
— Parmi les marbres blancs les plus célèbres, citons encore ceux des îles de Tinos, de Naxos, de Chio, de Thasos, de Syra , d’Antiparos 1.
MM. Virlet et Dumont, qui ont visité les gisements du marbre blanc de la Grèce , ont remarqué qu’il est enclavé dans des schistes cristallins et associé à du marbre blanc veiné ainsi qu’à du bleu turquin. Souvent aussi il passe au cipolin. Il paraît d’ailleurs probable que ce marbre blanc de la Grèce provient du métamorphorisme du calcaire nummulitique.
Marbre rouge antique. — De tous les marbres de couleur,
1 Géologie et Minéralogie de la Grèce •. Boblaye et Virlet, p. 50, 61, 69, 72, 106.
MARBRES
le plus remarquable et le plus rare est le ronge antique ( rosso antieo). Les anciens, qui en ont fait un grand usage , lui donnaient le nom d ’Ægyptum. Ils le confondaient , sans doute , avec le porphyre rouge antique qui a la même couleur et qui vient de l’Egypte ; mais le marbre rouge antique n’a pas été trouvé en Égypte , et son gisement précis était inconnu jusque dans ces derniers temps. L’Exposition est venue nous démontrer d’une manière irrécusable que les anciens l’ont surtout exploité en Grèce. On trouve, en effet, d’anciennes carrières de marbre rouge antique à Cynopolis, et aussi à Damaristica (dème de Lageïa). Un bloc provenant de Lageïa avait 1 mètre de longueur, 0m,30 de largeur et 0m,15 d’épaisseur : parallèlement à son lit, il présentait deux bandes blanchâtres, avec des traces de fossiles indéterminables. Il était d’ailleurs aussi beau que le rouge antique connu dans nos musées ou dans ceux de l’Italie , et il présentait comme lui une structure arénacée. Deux grands candélabres sculptés , ayant plus de 2 mètres de hauteur, qui avaient été exposés par M. Sieguel , professeur à l’École des beaux-arts d’Athènes , étaient formés de rouge antique et de pentélique. La série des marbres de l’Exposition Grecque montre que le rouge antique passe par des dégradations successives à des marbres d’une couleur rouge marron , veinés de blanc , de noir et plus souvent de gris. Ces derniers marbres , qui sont d’un aspect peu agréable, se trouvent, par exemple, à Lageïa.
Marbres divers. — Le marbre de Sparte a une belle couleur jaune, qui passe au jaune nankin, au jaune rougeâtre et même au violet. Il présente des taches de calcaire saccharoïde blanc ou blanc grisâtre. Il peut devenir bréchiforme.
— Une brèche de Taygèle a un fond brun jaunâtre, sur lequel se détachent des fragments calcaires gris ou jaunes; elle est de plus traversée par des veines noires.
— A Ténare , à Mantinée , à Bryseates et dans les environs de Sparte , il y a des marbres noirâtres ou noirs grisâtres traversés par de petites veines de fer carbonaté ; ces mar-
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bres sont des variétés de portor ; mais leur couleur n’est pas très-belle.
Albâtre. — Il y avait aussi un échantillon de Y albâtre calcaire provenant de l’îlot Psythalia , dème du Pyrée. Il est concrétionné , à veines ondulées, de couleur blanche ou blanc jaunâtre. Les anciens l’employaient spécialement pour les lacrymatoires.
— La Grèce moderne a retrouvé les anciennes carrières qui donnaient le marbre de Paros, le marbre pentélique, le rouge antique, le marbre de Sparte et le porphyre vert des Grocées. Déjà même ces carrières ont été exploitées pour la décoration de la Grèce moderne , de Constantinople et de la Crimée. Les monuments restés debout , les chefs-d’œuvre conservés dans nos musées témoignent d’ailleurs que les marbres de la Grèce ont pu suffire autrefois à tous les besoins de la sculpture et de l’architecture. Si , jusqu’à présent , la Grèce n’a pas tiré tout le parti possible de ses richesses minérales , si leur exploitation n’a eu lieu qu’à de rares intervalles , il faut l’attribuer aux difficultés sans nombre qui entravent l’industrie dans un pays régénéré depuis un petit nombre d’années , qui manque de routes , de capitaux , et clans lequel tout est pour ainsi dire à créer.
PORTUGAL
L’exposition du Portugal présentait de belles collections qui indiquent dans ce pays l’existence de nombreux gisements de marbres. La découverte et l’exploitation de ces marbres doivent en partie être attribuées à M. Dejeante.
M. P. -B. Dejeante (n° 16). — M. Dejeante est un Français qui s’est expatrié à la suite des événements politiques de 1815 , et qui est allé se fixer en Portugal. Il avait exercé la profession de marbrier et celle d’ébéniste , et il créa à Lisbonne une usine importante , mue par une machine à vapeur destinée au sciage des bois et des marbres. L’industrie des marbres était alors dans un grand état d’abandon ,
MARBRES
et quelques carrières seulement étaient exploitées aux environs de Lisbonne. M. Dejeante se livra aux recherches les plus actives sur le gisement des marbres , et on lui doit la découverte de la belle collection qui figure aujourd’hui à l’Exposition Universelle. Plusieurs des marbres quelle renferme ont été retrouvés dans les monuments de Rome, et proviennent d’exploitations faites anciennement parles Romains.
— Parmi les marbres les plus remarquables du Portugal, signalons le marbre cVEstrennas , dans les Algarves. C’est un calcaire saccharoïde, blanchâtre, à grandes veines gris bleuâtre; il a été exploité pendant que le Portugal était sous la domination de l”Espagne, et il a servi à décorer le palais de l’Escurial.
— Dans les Algarves on trouve aussi une espèce de cipo lin , formé par un calcaire saccharoïde rose, traversé par des veines de mica vert.
— Un marbre de ï Alentejo a une belle couleur jaune qui rappelle le jaune de Sienne ; son prix de revient est d’ailleurs assez élevé.
— Un autre marbre de l’ Estramadure , qui est jaune rosâtre, produit un très-bel effet.
— Dans l’Alentejo on a encore une brocatelle et des brèches à fond jaune , qui sont assez semblables à celle d’Alet.
— D’autres marbres ont une couleur jaune nankin , rouge pourprée , chocolat , violacée , lilas.
— Une table rectangulaire entourée par un cadre métallique était formée d’un marbre très-curieux qu’on appelle marbre agate. Il présente des fragments calcaires de couleur brun rougeâtre, jaune de laiton, ouvert de bronze, qui sont réunis par de la chaux carbonatée blanche et spathique ; cette chaux carbonatée est de plus transparente , ce qui donne à ce marbre un caractère tout particulier.
— Une belle table mosaïque réunissait 96 échantillons formant une collection minéralogique à peu près complète des marbres du Portugal.
— Les marbres exploités par M. Dejeante se trouvent dans
MARBRES
les provinces d’Alentejo et d’Estramadure , ainsi que dans le royaume des Algarves. Ceux des Algarves sont des calcaires saccharoïdes enclavés dans des roches métamorphiques et cristallines ; ceux de l’Estramadure et de l’Alentejo contiennent souvent des fossiles , notamment des hippurites et divers rudistes.
Les marbres de l’Estramadure s’exploitent dans des conditions très-avantageuses ; aussi M. Dejeante espère-t-il les livrer à Paris aux A/5 du prix auquel se vend le marbre de Sainte-Anne, qu’on tire en si grande quantité de la Belgique.
La plupart des marbres de LAlentejo ne coûteraient pas plus de 600 francs le mètre cube : or ces marbres ont des couleurs assez vives , et il est permis de croire qu’ils pourraient lutter avec les marbres un peu monotones de la Belgique et du nord de la France.
Dès à présent, M. Dejeante a su trouver des débouchés à ses marbres en Italie, en Russie, et surtout en Angleterre.
L’importante usine qu’il a créée à Lisbonne occupe plus de 100 ouvriers, et en 185A elle a produit des marbres pour une valeur de 120,000 francs. Le travail de ces marbres ne laisse d’ailleurs rien à désirer ; l’on a remarqué notamment des plaques polies de marbre à rudistes qui étaient réduites à une épaisseur tellement petite , qu’elles étaient devenues translucides.
A l’ Exposition Universelle de Londres , les marbres de M. Dejeante avaient déjà fixé l’attention , et il a reçu une médaille de prix ainsi qu’une mention honorable. Depuis cette époque , il a fait les recherches les plus actives pour paraître dignement dans sa patrie à l’Exposition Universelle de Paris. Il a reconnu un grand nombre de nouveaux gisements de marbre ; dès maintenant il en a exploré 80, tandis que lors de l’Exposition de Londres il n’en connaissait encore qu’une cinquantaine.
M. Dejeante a donc créé, pour ainsi dire , l’industrie des marbres en Portugal ; après quarante années de recherches pénibles et persévérantes, il voit enfin ses efforts couronnés
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de succès ; aussi le Jury a-t-il pensé qu’il était digne, à tous égards , de la médaille de lre classe.
M. De Figueiredo (n° 23). Commission filiale d’estremoz (n° 10). Commission filiale de Borba (n°8). M. Campos (n°5). —
D’autres exposants du Portugal ont encore envoyé des collections remarquables de marbres. Nous citerons notamment des marbres blancs, saccharoïdes, d’un grain moyen, qui proviennent d’Estremoz, de Vianna (Alentejo) et de Borba (Evora) . Si ces marbres pouvaient être exploités en blocs suffisamment gros, ils seraient assurément propres à la statuaire. Ils sont associés à d’autres variétés de marbres qui accompagnent généralement le marbre blanc; il y a, par exemple, un marbre blanc veiné de jaune, un autre venté de gris par du graphite. Un bleu turquin se trouve à Serpa (Beja).
Un marbre violet avec taches blanches et veines noires a été envoyé par la Commission d’Estremoz.
Un cipolin blanc veiné de vert , identique à celui travaillé par M. Dejeante, provient de Yianna, dans l’Àlentejo ; il a été exposé par M. de Figuieredo. Ce marbre présente de petites veines de quartz qui doivent rendre son travail assez difficile ; en outre il ne prend pas très-bien le poli , surtout dans ses parties vertes.
Tous ces marbres sont des calcaires saccharoïdes , et ils se trouvent habituellement dans les roches cristallines et métamorphiques.
ESPAGNE
U’ Espagne exploite très-peu de marbres maintenant, mais elle en renferme cependant de nombreux gisements. La table mosaïque qui se trouve au Muséum de Paris et qui a été donnée, en Ml h, par le roi Charles III, nous montre, en effet, une collection des principaux marbres de l’Espagne, et cette collection est très-riche.
A l’Exposition , on retrouvait sous un format plus grand une partie des marbres de cette table de Charles III.
Albâtre algérien .— Parmi les plus beaux marbres de l’Es-
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pagne, signalons tout d’abord un albâtre identique à Y albâtre algérien. M. J. Benavidès en avait exposé un petit coffret sans indication de localité ; mais d’après des renseignements que nous a transmis M. Casiano de Prado, cet albâtre existe en gîtes exploitables dans la commune d’Aracena, province de Séville.
On fait voir aux curieux qui visitent le Grand Trianon un service de table en albâtre algérien , offert par le roi Ferdinand VI d’Espagne à l’empereur Napoléon Ier. La destination même de ce présent montre bien que Y albâtre algérien était alors regardé comme une matière fort rare. L’albâtre algérien existait cependant à Aracena, sur le sol même de l’Espagne, et nous verrons plus loin qu’on le trouve aussi dans une de ses anciennes colonies, le Mexique.
Albâtre. — L’Espagne est d’ailleurs très-riche en albâtre . M. G. Schulz, inspecteur général des mines, avait envoyé des albâtres ordinaires d’une couleur jaune ou brun jaunâtre, qui provenaient des provinces de Grenade et d’Alméria.
Marbre blanc. — Le marbre blanc de l’ Alhambra était représenté par un échantillon. Ce marbre s’exploitait à Macael , dans la Sierra de Bacares , sur le prolongement de la Sierra Nevada. Il s’exploite même encore maintenant et dans ces derniers temps on l’a employé dans quelques hôtels de Madrid. Il a également servi à décorer la promenade publique de Baza, en Andalousie. C’est un beau marbre, légèrement translucide, d’un grain moyen, d’une couleur blanche accidentellement veinée de grisâtre. 11 est enclavé dans des schistes cristallins quelquefois grenatifères.
— Dans leur dernier voyage en Espagne , MM. de Verneuil et Colomb ont aussi visité en Andalousie près de Yelez Bubio , dans la Sierra de Oria , d’anciennes carrières d’un marbre blanc que les Maures ont exploité autrefois pour les monuments de Grenade. Ce marbre passe parfois au gris et au gris veiné ; il est formé par un calcaire saccharoïde enclavé dans des schistes de transition.
— Au sud de Valence, il existe également de grandes car-
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rières d’un marbre blanc ou blanc rosé , qui a été exploité anciennement et qui est connu sous le nom de marbre de Buixcaro. Il peut s’obtenir en très-gros blocs.
— M. Gasiano de Prado a observé du marbre blanc dans la chaîne cantabrique à Salientes , à Muxias de Paxedes et à Guevas de Sil. Dans ces dernières localités , ce marbre est même assez commun pour qu’on l’emploie dans les constructions ordinaires, mais son transport serait très-difficile.
— Enfin dans les Pyrénées orientales, près de Rosas, il y a aussi un marbre blanc , saccharoïde et à grain fin dont l’exploitation a été entreprise récemment.
Les autres marbres de l’Espagne étaient :
— Une brocalelle brune et jaune avec concrétions de plusieurs centimètres, d’Espajon en Castille. Il y avait aussi quelques brocatelles du terrain nummulitique de l’Espagne ; leur gisement n’était pas indiqué , mais elles provenaient vraisemblablement de Tortose.
— Une brèche blanche et violette ressemblant à la brèche africaine de la Toscane ; elle se trouve dans la Navarre espagnole.
— Un marbre blanc à veines violettes , analogue au précédent, d’Escaro, province de Yalladolid.
— Un marbre rouge veiné de brun de Murcie.
— Un marbre brun rouge contenant une multitude de tiges d’encrines de couleur blanche ; il provient du terrain dévonien de Gueta dans la province de Léon , et il avait été exposé par M. Benavidès.
— Un beau marbre porlor à veines brun-rouge, de la province de Valence.
M. Moreno (n° 104) . — M. Moreno avait exposé des marbres de f Espagne et des colonies espagnoles. Parmi ces marbres, mentionnons spécialement une variété de porlor , dont le fond est brun foncé au lieu d’être noir; sur ce fond se détachent des veines grisâtres, brun- jaunâtres ou rouges, formées par un carbonate ferrifère. Ce marbre remarquable s’exploite à Castellar, près de Barcelone.
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