UU
Le calcaire argileux qui produit ce ciment est en bancs homogènes ; car une analyse faite quelques mois auparavant, à l’école des Ponts et Chaussées, a donné à peu près les mêmes résultats.
Le ciment de Champ-Rond appartient aux ciments énergiques de M. Vicat : c’est un produit de très-bonne qualité. Son prix de vente à Grenoble varie de Zp,50 à 5f,50.
11 est propre à faire tous les travaux hydrauliques qui s’exécutent ordinairement en ciment, ainsi que les tuyaux de conduites, les dallages, les ornements et les moulages délicats. C’est la fabrique de Champ-Rond qui avait exposé la statue du Mineur se trouvant dans la cour du Panorama ; cette statue était assez remarquable, mais elle présentait un grand nombre de petites fissures. Des fissures semblables s’observent d’ailleurs dans la plupart des ouvrages en ciment qui ont été exposés pendant quelque temps àl’action de l’air.
D’après les ordres du maréchal Vaillant, le Génie militaire de Grenoble vient d’employer le ciment de Champ-Rond à la construction de barraques pour le campement des troupes. Ces barraques, coulées en ciment mêlé de sable et de pierrailles, présentent une voûte ogivale de ûm,6 de largeur sur âm,2 de hauteur. Si l’essai qui vient d’être tenté réussit, il permettra de réaliser une économie notable dans la construction des barraques de soldats et des logements d’ouvriers.
La production de l’usine de Champ-Rond a été très-faible jusqu’à présent; elle pourrait cependant s’élever à 300 quintaux métriques par année.
MM. Dumolard et Viallet (n° 4279).
Le ciment grenoblois s’exploite à la porte de France près de Grenoble.
Le calcaire argileux qui le fournit contient, d’après M. E. Gueymard, 23 d’argile sur 77 de carbonate de chaux.
C’est seulement en 1852 qu’une fabrique de ciment a été établie par MM. Dumolard et Viallet, à proximité de celle de la Porte-de-France, qui est beaucoup plus ancienne. La qualité du ciment qu’on obtient est, du reste, à très-peu près la même. Comme à l’usine de la Porte-de-France, on fabrique par les mêmes procédés du ciment prompt et du ciment lent. Sa résistance est très-considérable ; car, d’après des expériences de M. Gentil, ingénieur des Ponts et Chaussées, elle serait de 30k par centimètre carré pour un mortier âgé de 5 mois, et formé de volumes égaux de sable et de ciment grenoblois. Or un mortier de ciment de Vassy, composé de la même manière et âgé d’un an, a seulement une résistance de 15 kilog. Le poids du mètre cube du ciment grenoblois est à peu près de 1000 kilog. Nous avons constaté que dans le gâchage de ce ciment bluté, la contraction de l’unité de
volume est de . 0,28;
l’augmentation de F unité de poids est de . 0,5.
Un volume de ciment grenoblois peut supporter le mélange d’un volume de sable et de 2 volumes de gravier; il en résulte 2 1/2 volumes de mortier. Il suffit d’ailleurs qu’on mélange 1 volume de ciment avec 11/2 volume de sable, pour qu’il n’y ait plus de fendillements.
Le ciment grenoblois peut être employé aux mêmes usages que le ciment de la Porte-de-France ; il est donc inutile de les mentionner de nouveau. Parmi les ouvrages exécutés avec ce ciment, signalons seulement les bassins du collège de Chambéry, les conduites d’eau de Morestel (Isère) , celles de Bauzel (Savoie) Jesconduitesdel’usineàgazdeVizille (Isère).
MM. Boulet et Feuillet (n° 4259).
M. Boulet a fondé à Corbigny une usine dans laquelle il
fabrique depuis 1839 du riment et delà chaux hydraulique. Il occupe environ 12 ouvriers qui reçoivent lf,75. Il emploie pour moteur des chevaux qui font tourner les meules servant à pulvériser ses produits. M. Boulet a aussi exposé du tripoli ainsi que des pierres lithographiques, qu’il a découvertes et qu’il pourrait livrer au prix de 80 c. le mètre carré.
— Ciment de Corbigny. — Le ciment de Corbigny est des plus remarquables. Il s’exploite dans le terrain basique.
Celui que nous avons examiné était une poudre brunâtre. Il faisait une légère effervescence avec l’acide chlorhydrique et il dégageait un peu d’hydrogène sulfuré, indiquant la présence d’un sulfure. Sa perte par calcination, qui consistait en eau et en acide carbonique, était de 5,5. Sa résistance à la traction est supérieure à 2t,13.
Le poids du mètre cube du ciment bluté s’élève à 950 kil. Dans le gâchage, lmc- de ce ciment bluté, pesant 902 kil.,
éprouve une contraction de. ... . . . » , , 0,23;
l’augmentation de l’unité de poids est de, .... 0,38,
c’est-à-dire double de ce qu’elle est dans le ciment de Portland d’ Angleterre (p. 255) .
Sa prise est prompte ; elle a lieu au bout de 3 à 4 minutes seulement, et avec un échauffement considérable. Il acquiert immédiatement une grande dureté. L’eau qui baigne sa gangue ne se charge pas de chaux. Il est extrêmement compacte et imperméable ; aussi peut-il servir à faire des siphons ou des tuyaux de conduite, qui ne se laissent traverser pi par l’eau, ni par l’air.
Composition :
Chaux . 54,92
Magnésie . . 0,68
Silice et résidu sableux, , . . , .... , , .) ^ \ 24,63 Alumine, oxydedeferet un peu de manganèse. j° ’ ( 15,31 Sulfate de chaux. ... M6
Le ciment de Corbigny appartient aux ciments ordinaires de M, Vriçat.
Il se vend sur les lieux au prix de 5f,50 le quintal métrique; il revient à 7f,25 transporté à Paris.
— La même usine produit aussi de la chaux hydraulique qui se vend au prix de 10f le mètre cube, lorsqu’elle est en fragments, et au prix de 15f, lorsqu’elle est concassée. Cette chaux hydraulique vient d’être désignée pour les travaux du canal du Nivernais.
— Jusqu’ à présent la production de l’usine de Corbigny a été assez limitée et il serait à désirer qu’elle prît plus de développement.
. Le ciment de Corbigny est très-propre à faire des tuyaux de conduite ; le prix du mètre courant posé, pour un diamètre intérieur de 10 centimètres, est de 2f,55. A la forge impériale de Guerigny, il a servi à couler d’une seule pièce un tube ayant une centaine de mètres de longueur et un diamètre intérieur de 0m,25 : ce tube amène dans 15 feux de forge, l’air qui est envoyé par la machine soufflante.
Le ciment de Corbigny est surtout employé pour tous les travaux hydrauliques, les digues d’étangs, les bassins pour fontaines. Il a été employé aussi avec la brique, pour faire les voûtes et les clochers de plusieurs églises.
Il se moule très-bien et l’Exposition montrait un chapiteau corinthien , qui était assez remarquable.
Signalons encore le modèle d’une maison destinée à une exploitation rurale, qui est entièrement construite en matériaux hydrauliques. Cette maison a toutes ses parois formées en mortier de chaux hydraulique avec des moellons; son plancher est en mortier de ciment ; elle revient au prix de 13.600L
Le ciment de Corbigny était un des meilleurs de l’Exposition ; il a fixé d’une manière spéciale l’attention du Jury qui a décerné à M. Boulet une médaille de lrc classe.
MM. Pavin de Lafarge et L. Regny (n° Ix 325).
Chaux du Theil. — Depuis plusieurs siècles on exploite la pierre à chaux des carrières de Lafarge , qui sont situées près le Theil, eau ton de Viviers, département de l’Ar-
dèche. Ces carrières fournissent une chaux hydraulique qui est très-estimée parce quelle donne des mortiers qui résistent bien à la mer; elle est connue dans le commerce sous le nom de chaux hydraulique du Theil.
Les carrières de Lafarge sont placées au bord du Rhône et traversées par la route impériale. Les couches exploitées ont une cinquantaine de mètres de puissance et elles sont trèshomogènes. Elles appartiennent à la partie inférieure du terrain néocomien. Le nombre des ouvriers employés varie de 60 à 300 selon les besoins de la fabrication : ils reçoivent de lfr-,50 à 5 fr. par jour.
L’usine placée au bas des carrières et près du Rhône ne compte pas moins de 18 fours à chaux. Chacun de ces fours peutproduirelOOq. m. de chaux par jour. D’immenses fosses d’extinction présentent des installations pour une distribution régulière d’eau et elles peuvent renfermer 10,000 q. m. de chaux. Une machine à vapeur de 12 chevaux et une roue hydraulique sur le Rhône servent de moteurs à 2 tournants et à là blutoirs métalliques. On peut obtenir 1.500 q. m. de chaux blutée par jour. Il y a d’ailleurs des appareils de pesage et d’embarquement. La production annuelle dépasse 300,000 q. m. A sa sortie des fours, la chaux du Theil séjourne pendant 10 ou 15 jours dans des fosses de délitement; elle s’y éteint en absorbant lentement de l’eau, puis elle passe dans un blutoir à toile métallique; cette toile porte le n° 40, c’est-à-dire quelle contient Zi0,000 trous par décimètre carré; lorsqu’elle sort de ce blutoir la chaux est donc hydratée et réduite en poudre très-fine. D’après des expériences de M. l’ingénieur Noël , le mètre cube de cette chaux non tassée pèse moyennement 683 kil. et au plus 700 kil. ; sa densité est donc faible. C’est en 1845 que la chaux éteinte et blutée a été prescrite par M. Talabot pour les travaux du chemin de fer de Lyon, et son usage s’est tellement répandu dans le midi de la France que depuis 1849 l’usine du Theil n’en fabrique plus d’autre.
Nous avons constaté que pour la chaux du Theil en pierre,
pesant 580 kil. au mètre cube , le foisonnement ou l’augmentation de volume dans le gâchage est de. . . . 0,35
L’augmentation de poids est de . 0,95
Pour la chaux blutée, pesant 653 kil. au mètre cube,
il y a d’ailleurs une contraction qui est de . 0,âl
L’augmentation de poids est de . 0,3â
M. Pascal , ingénieur des ponts et chaussées , a fait des expériences sur la résistance à l’arrachement de la chaux du Theil. 11 a opéré sur un mortier formé de 3 volumes de chaux et de 5 volumes de sable. Il a trouvé que lorsque le mortier avait séjourné dans l’eau de mer, la résistance par centimètre carré était :
De â\05 après 3 mois.
De 6%05 id. 6 mois.
De 8k,53 id. 22 mois.
Pour du mortier resté simplement à l’air, la résistance était un peu moindre.
La chaux du Theil et le calcaire qui la fournit ont été analysés à l’École des Mines par M. Rivot.
Le calcaire attaqué par l’acide laisse un résidu insoluble qui varie de 12 à 17 p. 100. Ce résidu est formé de silice libre, de sable quartzeux, et de très-peu d’argile : il renferme des proportions de silice et d’alumine qui sont assez constantes et on y trouve dix fois plus de silice que d’alumine. A l’état naturel l’argile est d’ailleurs inattaquable par l’acide chlorhydrique. 11 est visible , d’après la composition de la pierre à chaux du Theil , qu’elle renferme de la silice libre. Nous avons recherché si cette silice était immédiatement soluble dans les alcalis ; mais nous avons reconnu que lorsqu’on fait bouillir le calcaire du Theil avec une lessive de potasse au dixième, il se dissout seulement 1,87 p. 100 de silice. Quoique difficilement soluble dans la potasse, cette silice est à l’état pulvérulent, et dans l’attaque du calcaire par un acide elle forme un résidu boueux.
Composition :
Calcaire du Theil.
Chaux du Theil.
Chaux . 46,3
Oxyde de fer . 0,7
Silice, Sable quarlzeux et
Argile . . . 15,0
Acide carbonique et eau . . 37,6
Chaux . 78,29
Oxyde de fer . traces.
Silice . j ( 18,20
Alumine . > 21 ,71 < 1 ,80
Sable quarlzeux. . ) ( 1,71
La chaux du Theil se vend lfr-,50 le quintal métrique. A la gare de Châteauneuf, sur le chemin de fer de Lyon à la Méditerranée, son prix est de lfr-,70 ; en vertu d’un traité spécial, elle peut d’ailleurs être transportée sur toute la ligne au prix très-réduit de 0fr ,006 par quintal et par kilomètre. Bien que le chemin de fer ne soit ouvert que depuisquelques mois, le transport mensuel de la chaux y dépasse déjà lOOOtonnes.
G’ est en 1 8 3 2 , qu’ on appliq na pour la première fois la chaux du Theil aux constructions à la mer et elle donna des résultats très-satisfaisants qui ont successivement engagé à l’employer dans les principaux ports français de la Méditerranée. En 1852, on l’a même transportée jusqu’à Rochefort. Les travaux quelle a servi à exécuter sont le revêtement du môle de Cannes, les avant-cales de l’arsenal de Toulon, le port, le bassin de carénage et la jetée de la Joliette à Marseille, les ports d’Alger, de Port-Vendres, de Cette, de Bastia, et de l’île Rousse en Corse. Les ingénieurs chargés de ces travaux étaient MM. de Montricher, Paulin Talabot, Noël, Toussaint, Mouttet, Régis, Desplaces, Janvier, Bernard, Vogin. Leurs certificats, que nous avons sous les yeux, constatent unanimement que la chaux du Theil a toujours donné de bons résultats et qu’elle peut être employée à l’air et dans l’eau douce aussi bien qu’à la mer. Pour les travaux du port d’Alger, par exemple, M. Ravier a reconnu qu’elle résiste trèsbien , tandis que des mortiers faits avec de la chaux grasse et les meilleures pouzzolanes de Naples ou de Rome sont au contraire détruits rapidement.
Dans les constructions à la mer, elle a servi à faire des blocs artificiels destinés au revêtement extérieur des jetées; ces blocs étaient généralement immergés après une dessiccation préalable à l’air de plusieurs mois. Elle a servi aussi à faire des massifs de fondation qui étaient au contraire immergés immédiatement. Dans les deux cas, elle a bien résisté soit à l’action chimique de l’eau salée, soit au choc des vagues; son durcissement a été progressif et jusqu’à présent , c’est-à-dire pendant une période de plus de vingt ans, elle n’a subi aucune altération dans la Méditerranée. La chaux hydraulique du Theil jouit donc d’une réputation méritée et elle est digne de fixer d’une manière spéciale l’attention des constructeurs.
Chaux de Montélimart. — Il existe aux environs de Montélimart, dans la Drôme, plusieurs usines dans lesquelles on fabrique de la chaux hydraulique qui , comme la chaux du Theil, s’exploite à la partie inférieure du terrain néocomien. Dans toutes ces usines, la chaux est à peu près de même qualité et elle se vend au même prix. Nous allons donc faire connaître d’abord ses caractères en prenant pour exemple celle de Montélimart même qui a été exposée par M. Pierre Arnaud.
La chaux hydraulique de Montélimart est une poudre blanche. Elle ne fait pas effervescence dans l’acide, mais par calcination elle perd 11,85 d’eau. Elle s’échauffe fortement avec l’eau lorsqu’on a soin de la calciner d’abord. Sa prise n’a lieu qu’au bout de 2 jours 1/2. Son durcissement est d’ailleurs assez faible.
Si on traite par l’acide le calcaire qui donne la chaux de Montélimart,. on obtient pour résidu quelques centièmes de sable et d’argile, mais surtout de la silice pulvérulente, comme avec le calcaire du Theil. Quand la chaux est traitée de la même manière, il se produit de la silice gélatineuse qui résulte de la combinaison de la silice avec la chaux pendant la cuisson.
Composition :
Chaux . 69,83
Magnésie . 1,34
Silice . | 27 68 ( 2<M4
Alumine et oxyde de fer. j * \ 1,54
Sulfate de chaux . 1,15
L’analyse montre que cette chaux est hydraulique par la silice libre qu’elle contient ; car elle renferme très-peu d’alumine et par suite très-peu d’argile. Le calcaire néocomien qui produit la chaux de Montélimart est donc siliceux et non pas argileux ; par suite la chaux hy draulique de Montélimart se rapproche complètement de celle du Theil qui est de l’autre côté du Rhône; elle contient seulement une plus grande proportion de silice. La chaux des environs de Montélimart peut être vendue à très-bas prix, car l’exploitation en est trèsfacile ; de plus, la main-d’œuvre n’est pas élevée, les ouvriers ne recevant que de 2 fr. à 3 fr. par jour. Le calcaire blanc ou bleu qui sert à fabriquer la chaux coûte seulement 0f,15 ou même 0f,12 le quintal pris sur les lieux. La chaux hydraulique elle-même coûte au quintal lf,10 non blutée et au plus lf,50 lorsqu’elle est blutée. Le Rhône permet d’ailleurs de la transporter facilement à de grandes distances, et cet avantage a puissamment contribué au développement des fabriques de chaux hydraulique des environs de Montélimart.
M. P. Arnaud (n° 4245). — L’une des principales de ces fabriques est celle de M. Pierre Arnaud , qui est à Montélimart même. Elle date de 1810; elle occupe 15 ouvriers. Un manège de 4 chevaux fait marcher les blutoirs ; il y a 6 fours à chaux.
M. E. Mercier (n° 4318). — La fabrique de M. E. Mercier n’est pas moins importante que la précédente , bien quelle date seulement de 1853. Elle se trouve àl’Hommed’Arme, à Savasse. Le nombre de ses ouvriers est de 20; elle n’a pas moins de 8 fours. L’analyse de cette chaux, faite au laboratoire de l’École des Mines , a montré que le
résidu insoluble est à peu près de 25 p. 100. Il consiste surtout en silice.
M. J. de Serre (n° 4339). — La fabrique de M. Jules de Serre se trouve près du château de Serre, à Montélimart. Elle existe depuis un temps immémorial. Elle occupe 15 ouvriers. Elle se compose de 5 fours.
M. A. Dayme (n° 4272). — La fabrique de M. Dayme a été établie à Montélimart en 1840. Elle occupe 8 ouvriers et elle a 4 fours. Elle est moins importante que les précédentes.
MM. Chouet et Lejard (n° 4269).
Chaux de Senonches. — MM. Chouet et Lejard fabriquent de la chaux hydraulique à Senonches (Eure-et-Loir). Ils occupent 32 ouvriers qui reçoivent de !f,50 à 3 fr. L’usine compte 15 fours et la cuisson a lieu avec le bois, le charbon , ou bien avec le coke.
La chaux de Senonches est une chaux hydraulique naturelle; de même que celle de Montélimart elle doit cette propriété à de la silice. Son foisonnement, lorsqu’elle est en pierre, est à peu près de 0,20.
Le poids du mètre cube bluté est environ de . . 900 kil.
Pour la chaux blutée pesant 807 kil. au mètre cube, la contraction par le gâchage est de . 0,2 J
L’augmentation de l’unité de poids est de. . . . 0,42
Elle se vend à l’usine au prix de 18 fr. le mètre cube.
Son exploitation remonte à plus de deux siècles.
Parmi les grands ouvrages quelle a servi à exécuter dans ces derniers temps, on peut citer le viaduc de Maintenon et des travaux importants sur le chemin de fer de l’Ouest, près d’Épernon.
MM. Dumas et Berger (n° 29). — En 1855 MM. Dumas et Berger ont fondé à Marseille l’usine de la Yalentine, dans laquelle ils fabriquent du ciment et de la chaux hydraulique . Ils occupent dès à présent une centaine d’ouvriers qui reçoivent de 2 à 6 fr. Le moteur est une machine à vapeur de 12 chevaux.
Ciment de la Yalentine. — Le calcaire argileux qui donne
le ciment s’exploite sur les communes de Peypin et de Saint- Savournin. Il se trouve au-dessus des couches de lignites de la concession de la Yalentine. II forme 3 bancs ayant chacun 2 mètres d’ épaisseur ; ces bancs sont séparés par un calcaire qui donne de la chaux éminemment hydraulique. Le ciment de la Yalentine pèse 865 à 1050 kil. le mètre cube, lorsqu’il est bluté et non comprimé. Par le gâchage, la contraction
de F unité de volume pesant 865 kil. est de. . . . . 0,33 Son augmentation de poids est de . 0,A5
Nous avons obtenu à peu près les mêmes résultats pour les ciments des environs de Grenoble.
Son prix est de 8 fr. le quintal métrique.
M. Pascal , ingénieur du service maritime à Marseille , a fait des recherches sur la résistance du ciment de la Yalentine à la traction et il l’a comparé au ciment de Yassy. Ces deux ciments ont été placés dans les mêmes conditions d’âge et de mélange, puis on les a fait durcir, soit à l’air, soit sous l’eau.
11 résulte de ces recherches que lorsque ces ciments sont durcis à l’air, celui de la Yalentine présente une résistance plus grande que celui de Yassy. Lorsqu’ils sont au contraire durcis sous l’eau, c’est généralement l’inverse qui a lieu.
Le ciment de la Yalentine est dur et bien compacte. 11 est propre au moulage et l’Exposition nous montrait de petites statuettes exécutées avec ce ciment , dans lesquelles on ne distinguait aucune gerçure.
Baron-Chartier (n A251).
M. Baron-Chartier a créé en 1848 une fabrique de chaux hijdraulique et de ciment à Antony, près de Paris. Cette fabrique a prospéré, malgré les circonstances défavorables contre lesquelles elle avait à lutter. Dès à présent, elle occupe 120 ouvriers qui reçoivent de 3 à A francs par jour. Une machine à vapeur de 12 chevaux fait mouvoir 2 grosses meules de 200 quintaux ainsi que des blutoirs.
La chaux hydraulique et le ciment d’ Antony sont fabriqués avec les marnes du gypse qui s’exploitent sur les lieux
mêmes, ainsi qu à Fresnes-les-Rungis. Ces marnes, qui sont bien connues, ont une couleur verdâtre : elles doivent cette couleur à une argile magnésienne verte qui se retrouve dans un grand nombre de couches du terrain de gypse. Suivant la proportion de calcaire qu’elles contiennent, on en fait de la chaux hydraulique ou du ciment.
Chaux dî An tony. — La chaux hydraulique est en poudre d’un gris clair, jaunâtre ou verdâtre. Le calcaire marneux qui la produit pèse 1210 kil. le mètre cube. La chaux elle-même pèse 650 kil. quand elle est en pierre et au moment où elle sort du four. Quand elle est blutée, son poids est de 700 kil. Pour la chaux en pierre, pesant 652 kil. , le
foisonnement est de . 0,58
. L’augmentation de poids est de . 1,77
Pour la chaux blutée pesant 875 kil. , la contraction est de . 0,20 ;
L’augmentation de poids est de . 0,33
Avec l’acide, la chaux d’Antony a fait effervescence; elle s’est dissoute en donnant de la silice gélatineuse et un résidu sableux , provenant du sable quartzeux contenu dans la marne. Sa perte par calcination , qui consistait en eau et en acide carbonique, s’est élevée à 20 0/0. Quand on la traite par l’acide chlorhydrique, elle dégage une odeur très-sensible d’hydrogène sulfuré indiquant quelle renferme un sulfure : ce sulfure s’est produit dans la cuisson et il résulte de la réduction du sulfate de chaux qui se trouve dans la marne à la proportion de plusieurs centièmes. Sa prise est complète au bout de 18 heures; elle peut s’opérer sous l’eau. Sa résistance à la traction est su^ périeure à 0k,52.
Composition :
Chaux . 53,05
Silice et sable quartzeux . ! 42 86 i
Alumine, magnésie et oxyde de fer. ( ’ ( 21,44
Sulfate de chaux . 4,09
Cette chaux d’Antony est éminemment hydraulique.
Elle se vend au prix de 2f,20 le quintal; à Paris elle revient au prix de 3f,70. Sa production en 1855 s’est élevée à 1300 mètres cubes.
Ciment d'Anlony. — Le ciment d’Antony est une poudre blanc grisâtre. La marne qui le produit pèse 1250 kil. le mètre cube. Il pèse lui-même 1000 kil., lorsqu’il est bluté.
Sa contraction par le gachâge est de . 0,20.
Son augmentation de poids est de . 0,27.
L’échantillon analysé a fait une légère effervescence dans l’acide, et sa perte par calcination est de 5,50 : elle consiste en eau et en acide carbonique. Quand on l’attaque par l’acide chlorhydrique, il donne beaucoup de silice gélatineuse soluble et un résidu de sable quartzeux.
Lorsqu’on le gâche, il prend une couleur claire comme celle de la pierre; par suite les travaux faits avec ce ciment sont d’un aspect plus agréable que ceux faits avec les ciments de couleur foncée. Sa prise est lente, en sorte que son emploi n’exige pas d’ouvriers spéciaux, comme cela est nécessaire avec les ciments à prise rapide. Toutefois la prise de l’échantillon envoyé à l’Exposition a été presque instantanée. Sa résistance à la traction est au moins de lk,A0.
Composition :
Chaux . % . 55,92
Silice et sable quartzeux . ) AO 07 f
Alumine, magnésie et oxyde de fer. ) ’ j 8,â6
Sulfate de chaux . Zi,01
De même que la chaux hydraulique, ce ciment contient Ix 0/0 de sulfate de chaux. Cette proportion assez élevée tient à ce que les marnes qui fournissent le ciment et la chaux hydraulique d’Antony appartiennent au terrain de gypse. La composition de ce ciment le classe dans les ciments limites inférieurs. Son prix est de 5 fr. par quintal et de 6f,50 lorsqu’il est rendu à Paris. Sa production est considérable; elle s’est élevée en 1855 à 15,800 quintaux métriques : elle va en croissant très-rapidement. L’usine d’Antony peut fabriquer 200 quintaux métriques de ciment par jour.
Les principaux monuments de Paris dans lesquels on a employé le ciment d’ An tony sont les halles centrales, la tour Saint-Jacques , la Sainte-Chapelle , le Palais de justice, les Invalides et l’église de la Sorbonne. Les certificats des architectes et notamment de M. Baltard, architecte en chef des halles centrales, constatent qu’il donne de bons résultats , qu’il acquiert de la dureté et qu’il adhère très-bien aux matériaux.
Fouchard et Vacher (n° 4283).
Depuis 1845 on exploite à Try, dans la commune de Dormans, une chaux hydraulique naturelle. L’usine occupe 15 ouvriers recevant de 2 fr. à 3 fr. Il y a 9 fours continus dont 2 ou 3 seulement sont en activité.
Chaux de Try. — Le gisement du calcaire qui fournit la chaux hydraulique de Try a d’abord été indiqué par M. Vicat. Ce calcaire est grisâtre, argileux, friable et tache les doigts. Il se trouve au-dessus de l’argile plastique.
Le poids du mètre cube de la chaux au moment où elle
sort du four est de . 920k
Elle est soumise à une immersion momentanée dans laquelle son augmentation de volume est de. . 0,41 ;
son augmentation de poids est alors de . 0,13
Cette immersion donne en volume 5/7 de chaux en poudre et 2/7 de parties qui s’éteignent lentement.
Le poids du mètre cube de la chaux blutée est de. . 665k Sa contraction par le gâchage est en moyenne de. . 0,29
Son augmentation de poids est de . 0,47
Sa prise a lieu au bout de 5 à 6 jours.
Elle se vend au prix de 18 fr. le mètre cube.
— Dans la même usine on fabrique avec la chaux hydraulique de Try, des carreaux en pierre factice ; ils ont une dureté assez grande pour que l’acier ne les entame qu’avec difficulté ; ils ne sont pas fendillés et ils prennent très-bien le poli; ils conviennent donc pour les dallages. Leur prix serait à peu près de 5 fr. le mètre carré ; mais jusqu’àprésent ils n’ont pas été fabriqués d’une manière régulière. Ils sont
formés de 0,5 de chaux éteinte en poudre, de 0,3 de surcuits pulvérisés, auxquels on ajoute 0,2 de scories provenant de la combustion de la houille ainsi que du poussier de charbon. Ces carreaux atteignent une dureté et une résistance extraordinaires , ce qui doit être attribué à la présence des silicates frittés ou fondus , tels que les surcuits et les scories de houille. Le charbon est d’ailleurs une substance inerte qui n’est introduite dans le carreau que pour lui donner une couleur foncée. On a essayé aussi d’enduire quelques-uns de ces carreaux avec une dissolution de silicate de potasse d’après le procédé deM. Kuhlmann, duquel nous parlerons plus loin.
L’usine de Try a été créée pour fournir la chaux hydraulique nécessaire à l’établissement du chemin de fer de Paris à Strasbourg ; elle a servi à faire tous les travaux d’art entre Meaux et Vitry-le-Français. Elle est employé en ce moment à la construction des barrages et des écluses de la Marne.
Rozet et de Menisson (n° 95).
MM. Rozet et de Menisson, maîtres de forges au Clos- Mortier, dans la Haute-Marne, ont établi une fabrique de ciment à Vitry-le-Français. En 1850 une tranchée faite pour l’établissement du chemin de fer de Paris à Strasbourg afait découvrir une couche de marne grisâtre et plastique, qui est propre à la fabrication du ciment; cette couche a 3 mètres d’épaisseur et peut être facilement exploitée sur une grande surface. Une usine ne tarda pas à s’élever : elle comprend 2 fours, 2 meules et un appareil pour broyer le ciment. Les ouvriers employés sont au nombre de 16; ils reçoivent de 2 fr. à 3f,50; il y a en outre 3 chevaux.
Ciment de Vitry. — On distingue deux variétés de ciment de Vitry, le ciment brûlé et le ciment vif. Ces ciments sont soumis à des degrés différents de cuisson, et ils n’ont pas non plus la même composition.
Le ciment brûlé est celui qui a été chauffé à la température la plus élevée. Il a une couleur gris verdâtre comme le ciment de Portland. Sa prise est très-lente et elle est accom-
pagnée d’un retrait considérable. On l’emploie avec 1/A de sable. Il est très- propre à faire les enduits minces qui doivent être exposés à l’action de l’air. Lorsqu’il a été tamisé, il peut servir aux moulages les plus délicats surtout quand on emploie la gélatine. L’exposition de MM. Rozet et de Menisson montrait des médaillons, des bas-reliefs, et notamment une descente de croix qui étaient des œuvres remarquables.
Le ciment vif a une couleur jaune pâle d’ un aspect agréable, Sa prise est assez rapide pour gêner le travail de l’ouvrier. Il acquiert très-promptement une grande dureté sous l’ eau ; m ais il n’ en est pas de même lorsqu’ il est à l’ air . Sa dureté est d’ailleurs moins grande que celle du ciment brûlé. Il est convenable d’y ajouter 1/3 de sable ; il peut en recevoir une proportion plus grande que le ciment brûlé. Il est très-bon pour les ouvrages qui séjournent sous l’eau.
Composition d’après M. fiivQt :
Chaux . .
Magnésie .
. traces.
Silice .
Alumine .
Oxyde de fer . . .
Le cimept de Yitry présente à peu près la même composition que le ciment de Yassy.
Le prix de fabrication de ce ciment est de lf,92 pour le quintal métrique. Il faut y ajouter lf,36 pour la mise en barriques. La prise de vente est de 5f,50 par quintal. Il est un peu plus élevé pour le ciment brûlé.
Le ciment de Yitry-le -Français a été employé pour les travaux des chemins de fer de Paris à Strasbourg et de Saint- Dizier à Gray. Des certificats des ingénieurs, et notamment de M. Decomble, constatent qu’il est d’aussi bonne qualité que le ciment de Yassy.
La valeur actuelle des produits fabriqués à Yitry est seulement de 60,000 fr. ; mais il est probable qu elle s’ accroîtra
prochainement. En substituant la vapeur aux chevaux et en remplaçant les meules verticales par des meules horizontales, la production pourrait immédiatement s’élever à A, 000 quintaux par mois. La fabrique de ciment de Yitry est d’ailleurs dans une position très-heureuse pour écouler facilement ses produits. Elle se trouve, en effet, au centre des plaines de la Champagne qui sont complètement dépourvues de bonnes pierres à bâtir, et dans lesquelles on est obligé d’avoir recours à la craie. Elle est en outre sur le chemin de fer de Paris à Strasbourg, à 300 mètres d’une rivière navigable et à 900 mètres du canal de la Marne au Rhin.
MM. Modenel et Briand (n° A320).
Chaux cïÊchoisy. — MM. Modenel et Briand ont exposé la chaux hydrauliques d’Echoisy près de Mansle , dans la Charente. Cette chaux qui a été découverte, par M. Dupont, conducteur des ponts et chaussées, provient du calcaire jurassique moyen. Ce calcaire a une couleur bleue d’ardoise; il se présente en bancs homogènes qui ont une grande puissance et qui sont facilement exploitables. Le mètre cube cassé pèse 1360 kil. Sa composition est la suivante d’après MM. Henry Deville et P. Michelot :
Carbonate de chaux . 80,30
— de magnésie . 2,60
— de fer . 0,58
Argile (silice, alumine, protoxyde de fer). IA, 60
Soude et potasse . 0,12
Eau et matière bitumineuse . 1,00
Pyrite de fer . 0,80
L’argile de cette pierre à chaux s’attaque en partie par l’acide; elle est quelquefois mélangée de sable.
La cuisson de la chaux d’Echoisy a lieu dans des fours continus, et avec du charbon anglais qui revient au prix de 5fr. le quintal métrique. Le mètre cube cuit et en fragments,
pèse . 800k
11 renferme en moyenne 0,06 d’incuits : son foisonnement par le gâchage est de . 0,25
Le mètre cube bluté pèse environ. . . 500k
Pour la chaux blutée, pesant 663 kil., la contraction par le gâchage est de . . 0,20
L’augmentation de poids est de . 0,42
Sa prise a lieu au bout de 6 ou de 12 heures. Elle peut être employée à l’air ou sous l’eau. Pour les constructions sous l’eau on mélange 0 ,4 de chaux à 0,6 de sable. Pour les constructions qui restent à l’air, il suffit de 1 volume de chaux et de 2 volumes de sable. Le sable s’ajoute à la chaux réduite en pâte et mélangée à 0,3 ou à 0,6 d’eau. Le mortier que l’on forme ainsi acquiert, au bout de quelque temps, une dureté comparable à celle de la pierre.
M. Gharvin, conducteur des travaux hydrauliques au port de Rochefort, a constaté qu’un mortier formé de 2 de chaux d’Echoisy et de 3 de sable, puis immergé pendant 18 mois en eau douce, présente une résistance à la traction, qui est de 4k,9 par centimètre carré.
La chaux d’Echoisy peut être livrée au prix de 13 fr. le mètre cube bluté, rendu à la gare du chemin de fer. Son prix, à Paris, serait seulement de 33 fr.
Cette chaux a été employé par MM. les ingénieurs Garnier, Duvignaud, Saige, de la Rochetolay, et leurs certificats constatent quelle a donné des résultats satisfaisants. On s’en est servi pour les travaux du chemin de fer du Midi, du chemin de fer d’Orléans et du Grand Central. Depuis le mois de juin 1855, on en a fait l’essai pour les travaux à la mer du fort Boyard, au port de Rochefort.
MM. Hermitte et Olàgnier (n° 4 296).
Ciment de Gap. — MM. Hermitte et Olàgnier ont , à Gap , une usine dans laquelle ils fabriquent du ciment Elle a été créée en 1850 et elle occupe 8 ouvriers. Le moteur est une roue hydraulique de la force de 1 4 chevaux. 11 y a 4 meules pour broyer le ciment et un seul four à chaux.
Le ciment de Gap est une poudre brun jaunâtre. 11 fait une légère effervescence avec l’acide et il laisse un petit résidu de sable siliceux, Par calcination il perd 6,4,
29 t CHAUX, CIMENTS ET MORTIERS.
La prise a lieu en h minutes ; elle est accompagnée d’un dégagement de chaleur ; le durcissement est prompt et progressif ; il devient considérable. La résistance à la traction est supérieure à 2k,31.
Composition :
Chaux . . 51,70
Magnésie . t . . 0,40
Silice et résidu sableux, j j 28,33
Alumine et oxyde de fer. i * j 19,57
Sulfate de chaux . Quantité notable.
La composition de ce ciment le classe dans les ciments ordinaires.
Son prix , à Gap , est de 5 fr. le quintal métrique.
Une tête de Vénus, une feuille d’acanthe, une rosace, montraient à l’Exposition que ce ciment peut se mouler en objets très-délicats ; il est d’ailleurs très-compacte et ne se fendille pas par le retrait; sa couleur est toutefois d’un aspect peu agréable.
En résumé ce ciment est de bonne qualité , et il serait à désirer que sa fabrication prît plus d’extension.
M. P.-A.-C. Garrau (n° 4287).
Chaux des Morins. — M. Garrau fabrique de la chaux hydraulique aux Morins près Sainte-Foy (Gironde) . Son usine occupe 45 ouvriers qui reçoivent 2f,25. Les fours pour la cuisson sont au nombre de six ; on y brûle du coke et ils sont à feu continu. La pulvérisation se fait au moyen d’un manège mû par des chevaux.
La chaux hydraulique des Morins soumise à notre examen n’était pas un produit homogène; elle avait une couleur grise , mais on y distinguait des parties blanches de chaux plus pure ; elle ne faisait pas effervescence , mais elle a perdu 14,6 d’eau par calcination. L’argile qui lui était mélangée ne s’est pas attaquée par l’acide chlorhydrique. On a essayé de faire plusieurs gangues avec cette chaux , mais il n’y a pas eu prise, et la chaux s’est même compté-
tement delitée dans l’eau. Sa résistance à la traction a été trouvée de 0\20. 11 est vraisemblable que l’échantillon soumis au jury avait été mal choisi. Quoi qu’il en soit, voici quelle était sa composition :
Chaux .
Magnésie .
Silice et résidu inattaquable.- . .
Alumine et traces d’oxyde de fer.
Sulfate de chaux .
traces.
La chaux hydraulique des Morins se vend au prix de 12 francs le mètre cube. On s’en est servi pour de grands travaux d’art , notamment pour les souterrains de Lormont près de Bordeaux, pour le viaduc et pour le pont de Libourne , ainsi que pour le barrage qui est près de Bergerac , sur la Dordogne.
M. H. Ferry (n° 4282).
Chaux de Robache. — La dolomie du grès rouge est exploitée par M. H. Ferry, aux Boids de Bobache, près de Saint-Dié. L’exploitation est souterraine et elle se fait par h ouvriers.
La dolomie de Bobache forme une couche de 2m,50 de puissance. Elle a une couleur gris jaunâtre qui passe quelquefois au brun , au rose , au verdâtre. Sa densité est de 2,872. Elle a une structure cristalline ; ses cavités sont tapissées de cristaux de dolomie.
C’est une dolomie contenant un peu d’argile; elle donne, par la cuisson, une chaux magnésienne maigre éminemment hydraulique.
Sa cuisson a lieu dans des fours qui servent en même temps à cuire la brique. Leur forme est un parallélipipède rectangle qui a 5m,50 de hauteur; ses dimensions à la base sont de 3 mètres et de 2m,70. On dispose la dolomie de manière à former une voûte sur le prolongement de deux alandiers qui se trouvent à la partie inférieure des fours et par lesquels on fait le feu. 11 y a 3 fours dans l’usine, et
chacun d’eux cuit en moyenne 22 mètres cubes de chaux. Cette chaux pèse 840 kil. le mètre cube, quand elle est en fragments; lorsqu’elle est blutée et non tassée, son poids est seulement de 625 kil. Gâchée avec l’eau, elle éprouve un foisonnement qui augmente son volume dans le rapport de 1 à 1,37. Elle se vend au prix de 2f,80 le quintal métrique.
Le tableau suivant fait connaître, d’après le docteur Carrière , la composition de la dolomie de Robache et celle de la chaux qu’elle produit :
Dolomie de Robache.
Chaux de Robache.
Chaux . 29,38
Magnésie . 21,55
Acide carbonique . 45,80
Argile . 3,25
Chaux . 54,21
Magnésie . 39,76
Argile . 6,00
L’emploi de la chaux éminemment hydraulique de Robache est prescrit pour les travaux publics dans les Vosges. On s’en est servi pour le pont suspendu d’Épinal , ainsi que pour les ponts de la Voivre, de Saint-Dié et de Chatel sur Moselle.
M. Beauvois (n° 4253).
En 1845, M. Beauvois, conducteur des ponts et chaussées, a construit à Fagnières (Marne) une fabrique de ci ment artificiel. Cette usine, qui appartient à M. Jacquesson de Châlons-sur- Marne, comprend 4 fourset4 manèges. Le ciment de Fagnières se prépare artificiellement en mélangeant intimement 2 parties d’argile avec 3 parties de craie. On fabrique aussi dans la même usine une pouzzolane artificielle, en calcinant l’argile qui est employée pour le ciment. La pouzzolane et le ciment sont réduits en poudre de manière à passer à travers des toiles métalliques dont les numéros varient de 30 à 70.
Ciment de Fagnières. — L’échantillon de ciment de Fagnières, envoyé à l’Exposition, était en poudre d’un rouge brique clair, Avec l’acide il faisait une effervescence assez
vive, et il perdait 13,08 par calcination. Une gangue a été faite avec ce ciment et immergée immédiatement : sa prise n’a eu lieu qu’au bout de 4 heures. Une autre gangue immergée 10 minutes après le gâchage s’est en partie delitée : la première gangue a bien pris une certaine dureté , mais l’eau qui la baignait s’est très-fortement chargée de chaux venant s’efïleurir à sa surface.
La résistance à la traction était de 0k, 75 ; il est p>ossible que l’échantillon envoyé à l’Exposition ait été mal choisi ou altéré dans le voyage.
Le poids du mètre cube, non tassé, est de. . 940 kilog.
Le poids du mètre cube tassé est de. . . . 1050 kilog.
Par le gâchage, son augmentation de poids est de 0,36.
Composition :
Chaux .
Magnésie .
Silice .
Alumine et oxyde de fer. .
Sulfate de chaux .
traces
Le ciment de Fagnières appartient aux ciments limites supérieurs.
Son prix varie de 25 fr. à 50 fr. le mètre cube , suivant qu’il est réduit en poudre passant dans des tamis du n° 30 ou du n° 70.
Le ciment de Fagnières est utile à Châlons-sur-Marne, où l’on n’a guère d’autres matériaux de construction que la craie. Jusqu’à présent il a surtout été employé dans les caves immenses de M. Jacquesson, et il a permis de préserver complètement les voûtes de l’infdtration. Les ouvrages en ciment envoyés à l’Exposition laissaient toutefois beaucoup à désirer, car ils étaient fendillés dans tous les sens : la fabrication du ciment de Fagnières, réclame donc encore quelques perfectionnements.
Pouzzolane artificielle de Fagnières. — L’argile calcinée ou la pouzzolane artificielle donne au contraire de très-bons ré-
CHAUX y CIMENTS ET MORTIERS.
sultats. Le poids moyen du mètre cube estdel300kil. Son prix est de !5fr. pour len° 30, et il s’élève à 30 fr. pour le n° 70.
La pouzzolane artificielle de Fagnières a été employée avec la chaux hydraulique de Try, par MM. Dugué, Hotteaux et Garro, ingénieurs des ponts et chaussées. Il résulte de leurs expériences qu’elle active d’une manière très-notable la prise de cette chaux hydraulique ; ainsi, un mortier formé de 0,50 chaux, 0,35 sable, 0,15 pouzzolane artificielle, fait prise après 5 jours d’immersion ; lorsqu’on porte la pouzzolane au double, c’est-à-dire à 0,30, en réduisant d’autant le mélange de sable, la prise a lieu au bout de 2 jours seulement. La pouzzolane artificielle de Fagnières peut aussi être employée avec de la chaux grasse ; ainsi 2 parties de chaux grasse et 1 partie de cette pouzzolane font prise en 42 heures. La pouzzolane artificielle résultant de la calcination de l’argile de Fagnières joue donc le rôle d'une pouzzolane énergique : elle peut rendre de grands services dans un département aussi pauvre en matériaux de construction que l’est celui de la Marne.
M. Mouton (n° 4322).
M. Mouton exploite l’établissement fondé en 1825 par M. Damars, architecte à Chartres. Cet établissement consiste en une chauffournerie et une tuilerie qui se trouve aux Petitsblés, boulevard Saint-Michel à Chartres. Il occupe en moyenne 30 ouvriers à l’usine et 8 ouvriers aux carrières. Le prix de la journée varie de 2 fr. à 4 fr. Quatre manèges mus par des chevaux opèrent le broyage ainsi que le mélange des matières qui serventà fabriquerla chaux hydraulique artificielle.
Chaux de Chartres. — La chaux hydraulique de Chartres, est artificielle; on la fabrique d’après le procédé ordinaire, en mélangeant 4 parties de craie marneuse et 1 partie d’argile bien exempte de sable. La cuisson a lieu dans des fours à chaux continus qui sont chauffés à la houille. Elle fait prise sous l’eau en 8 jours. Son augmentation de volume par le foisonnement est de 1/4 du volume primitif. Le poids du mètre cube est de 700 kilog. ; son prix est de 25 fr.
La chaux hydraulique artificielle de Chartres est admise dans les travaux du Génie et des Ponts et Chaussées à l’égal de la chaux hydraulique naturelle de Senonches. Elle a surtout été employée au chemin de fer de l’Ouest, ainsi qu’aux viaducs de Maintenon et de Chartres; on s’en est servi également pour divers ponts qui ont été construits sur l’Eure par MM. les ingénieurs de Boisvilette, Boucher, Angiboust, Brianchon et Vallée.
Pouzzolane artificielle de Chartres. — Par la calcination d’ une argile exploitée près de l’usine, on obtient une pouzzolane artificielle qui, mélangée à 2/3 de chaux hydraulique, donne un mortier dont la prise a lieu sous l’eau, au bout de 3 jours. Le mètre cube de cette matière calcinée pèse 1200 kilog. ; il se vend au prix de 15 fr.
— L’usine de Chartres fabrique encore des tablettes en pierre artificielle. Cette pierre est formée d’un béton dans lequel il entre de la chaux hydraulique, du ciment et des scories de forge ou des silex. Son prix est de h fr. le mètre carré, pour une épaisseur de 0m,10. On lui donne d’ailleurs telle largeur qu’il est nécessaire. Les tablettes de pierre artificielle servent à couvrir les parapets et les murs d’appui.
M. Paysant (n° A327).
Chaux de la Mancelière. — Depuis quelques années une fabrique de chaux hydraulique a été établie à la Mancelière, près Brezolles (Eure-et-Loir). Elle comprend onze fours et elle occupe une centaine d’ouvriers; elle peut produire 80 mètres cubes de chaux par jour.
Le calcaire qui produit cette chaux hydraulique est blanc grisâtre, tendre et même terreux. Il est parsemé d’un grand nombre de nodules sphériques et radiés de pyrite de fer ; ces nodules ont quelques centimètres de diamètre.
La chaux de la Mancelière est une poudre blanc-grisâtre. Avec l’acide elle fait une légère effervescence ; elle laisse un résidu de sable siliceux. Par calcination elle perd 13 0/0 d’eau et d’acide carbonique.
Sa prise a lieu au bout de 2 jours. Par le gâchage, le mètre
cube bluté, pesant 573 kil. , éprouve une contraction de 0,29
Son augmentation de poids est de . 0,53
Sa résistance à la traction est considérable ; elle a été déterminée comparativement par la méthode d’essai que nous avons indiquée et elle est au moins de. . 1\74 Composition :
Chaux . 7Zi.90
Magnésie . 0,24
Silice . j 23 62 j 4-6,73
Alumine et Oxyde de fer. ) ( 6,89
Sulfate de chaux . 1,24
C’est une chaux hydraulique ordinaire.
Le prix du mètre cube pulvérisé est de 12 fr. à la Mancelière.
La chaux hydraulique de la Mancelièrea été examinée par M. le général Morin. Elle a été employée dans des constructions militaires par M. le capitaine du génie Rousseau. Elle a été employée aussi par M. Bertrand, ingénieur des ponts et chaussées à Evreux, ainsi que par M. Rhodes, ingénieur anglais du chemin de fer de Paris à Cherbourg. Elle peut facilement supporter un mélange de 3 volumes de sable, et généralement on l’admet au même prix que la chaux de Senonches.
M. Le Petit de Sauques (n° 4311).
Ciment du Havre. — M. Le Petit de Sauques avait exposé des dalles et des moulures, faites avec un ciment remarquable. Ce ciment est fabriqué avec de la chaux hydraulique de la Hève et avec de la chaux grasse; on y ajoute d’ailleurs des matières qui jouent le rôle de pouzzolanes artificielles, telles que les débris de tuiles, de briques et de faïence, les scories provenant de la combustion de la houille; on y met également de la suie, qui produit de petites taches noirâtres. Enfin on y mêle encore une certaine proportion de sable. La composition de ce ciment varie suivant les usages auxquels on le destine.
Le ciment de M, Le Petit de Sauques, a un grain serré et
CHAUX , CIMENTS ET MORTIERS. 30t
une très-grande dureté. 11 se moule bien et il ne présente pas de gerçures. Son prix est peu élevé ; le mortier ordinaire fabriqué avec .ce ciment, revient en effet à 30 fr. le mètre cube. Le mortier pour dallages et moulures ne dépasse pas 40 fr. Des carreaux en ciment cotés au prix de 2f,75 le mètre carré, avaient parfaitement résisté à l’usure; car l’un d’eux se trouvait depuis onze ans dans un passage du Havre, et cependant il s’était fort bien conservé.
— Nous signalerons encore quelques produits hydrauliques qui sont moins importants que ceux desquels nous avons parlé jusqu’ici.
Chaux de Casuel (n° 74). — M. Grondel-Samsoen fabrique à Gassel (Nord) une chaux hydraulique se vendant au prix de 8 fr. le mètre cube.
Chaux d'Yssinqeaux (n° 4255). —M. Béraud avait envoyé un échantillon de la chaux hydraulique d’Yssingeaux (Haute- Loire), qu’on exploite depuis un temps immémorial.
Ciment de Narbonne (n° 4281). — M. Fages avait exposé une marne propre à faire du ciment, qui provient des environs de Narbonne.
Chaux et ciment de Doué (n° 4303). — M. Oscar de Laleu vient d’établir une nouvelle fabrique de chaux hydraulique et de ciment près de Doué (Maine-et-Loire) . Les produits de cette fabrique pourraient être livrés à un prix peu élevé. Toutefois il n’est pas inutile de rappeler à cette occasion, que d’après des expériences faites par M. Feburier, ingénieur en chef des ponts et chaussées , la chaux de Doué ne peut pas être employée à la fabrication des mortiers destinés à la mer.
M. G. Peret (n° 10159).
M. G. Peret a eu l’idée de remplacer les fontaines filtrantes en pierre qui sont habituellement employées à Paris par des fontaines en ciment hydraulique qu’il moule tout d’une pièce. Ces fontaines sont faites en ciment de Portland; elles sont imperméables et suffisamment résistantes ; elles ne donnent pas lieu à des frais d’assemblage. Leur prix varie de 10 fr. à 20 fr. ; il est
so a
inférieur de 50 0/0 à celui des fontaines en pierre de Tonnerre.
M. Lambqt-Miraval (n° 4094).
M. Lambot - Mirayal , de Carcès (Yar), propose d’employer le fer et le ciment pour tous les objets qui peuvent se détériorer par l’eau. Avec des tiges de fer et avec un treillage en fil de fer, il forme la carcasse de l’objet qu’il s’agit de construire; le ciment hydraulique est ensuite mastiqué sur cette carcasse, de manière à la recouvrir et à l’empâter complètement; il y adhère d’ailleurs très-bien, parce qu’il se produit une combinaison du fer avec le ciment.
M. Lambot a construit ainsi un bateau qui est entièrement en fer et en ciment. Ce bateau qui a 3m,30 de longueur , fonctionne depuis 6 ans. Il a demandé pour sa carcasse 63 kilog. de fer et 250 kilog. de ciment de Roquefort. Il a pu être exécuté très-rapidement, et il est revenu au prix très-modique de 90 fr.
On comprendra sans doute que si nous citons cet exemple, ce n’est assurément pas pour recommander l’usage de bateaux en ciment, mais uniquement pour appeler l’attention sur les nombreuses applications du ciment et sur la possibilité de l’employer avec le fer. On peut en effet obtenir avec le ciment et le fer des parois qui conviennent très-bien aux constructions, puisqu’elles présentent l’avantage d’être à la fois imperméables et incombustibles.
Compagnie des Eaux de France.
La Compagnie des Eaux de France avait exposé un modèled’un grand réservoir en ciment qu’elle vient de faire construire près de Lyon. Ce réservoir a été entièrement exécuté en ciment, qui a été moulé absolument comme le pisé. Un béton formé de ciment et de gravier du Rhône, était jeté, puis tassé dans des moules en planches qui avaient les dimensions à donner aux murs du réservoir ; ces murs étaient d’ailleurs reliés par des longuerines avec clefs. Quant aux voûtes elles ont été moulées de toutes pièces sur des cintres en charpente.
M. Coignet (n° 2336).
Depuis une époque reculée , le béton s’emploie pour
mouler des constructions de toutes pièces. Les Romains nous en ont laissé de nombreux exemples, et dans le cours de ce rapport nous avons souvent mentionné des travaux remarquables qui ont été exécutés de la même manière dans ces derniers temps. Plusieurs exposants ont même présenté à l’Exposition Universelle, les modèles de constructions qui sont entièrement coulées en béton de ciment (pages 247, 267, 302).
Aux exposants que nous avons déjà cités, il faut encore ajouter M. Goignet , qui a construit à Saint-Denis une maison d’habitation en béton moulé et comprimé. Cette maison est à 2 étages, et sa façade est monumentale. Pour dissimuler la couleur du béton qui est peu agréable à l’œil, on l’a revêtue d’une couche de peinture blanche. Elle ne montre aucune crevasse ni lézarde, bien qu’elle ait déjà traversé l’hiver de 1855. Son prix de revient est incomparablement moindre que si elle eut été construite en pierre. Les usines de M. Goignet qui sont près de Lyon, ont été exécutées de la même manière.
Faisons connaître les deux variétés de béton queM.Coignet emploie pour ses constructions en béton moulé et comprimé.
1° Béton économique. — On sait que dans certaines provinces de France, on fait des maisons avec une terre argileuse, qu’on humecte et qu’on tasse dans des moules. C’est ce que l’on appelle construire en pisé. Le pisé est, il est vrai, très-économique; mais il a un inconvénient extrêmement grave ; il est promptement détruit par l’eau.
Le béton économique par lequel M. Coignet propose de le remplacer a la composition suivante :
Chaux non délitée . 0,09 volume.
Terre argileuse crue. ..... 0,27 —
Sable et gravier. . 0,6à —
Béton économique . 1 volume.
Il se rapproche du pisé par la terre argileuse crue ; il en diffère par la présence de la chaux qui lui permet de résis-
ter beaucoup mieux à l'action de l’eau. Toutefois, des bétons semblables ont déjà été expérimentés antérieurement, et les résultats qu’ils ont donnés n’ont pas été satisfaisants , car leur emploi ne s’est pas propagé.
En estimant à 2f 50 la main d’œuvre pour le mètre cube de ce béton, son prix de revient dans Paris serait seulement de 8f 25. Des expériences sont encore nécessaires pour être fixé sur la durée de ce béton ; bien qu’il soit certainement économique. Il ne conviendrait pas dans les villes, mais il pouvait y avoir avantage à l’employer dans les campagnes pauvres et dans des climats où les constructions ne seraient pas exposées à une humidité prolongée : il devrait être proscrit au contraire dans tous les lieux exposés aux inondations, car il n’y résisterait guère mieux que le pisé.
'2" Béton dur. — Le béton dur diffère du béton économique, en ce que la terre crue y est remplacée par des matières calcinées jouant le rôle de pouzzolanes artificielles. Voici quelle est sa composition :
Chaux grasse ou hydraulique non délitée. 0,13 volume.
Cendres de houille pilées . 0,09 —
Terre argileuse cuite et pilée . 0,08 —
Sable et gravier . 0,70 —
Béton dur . 1 volume.
Il est facile de voir, d’après les proportions de la chaux et des matières calcinées qui lui sont ajoutées, que leur mélange doit donner un ciment énergique ; le béton dur n’est donc autre chose qu’un béton de ciment.
Il en a d’ailleurs les propriétés; car sa prise est rapide, et au bout de quelques jours il acquiert une grande durelé. Sa composition le rapproche du ciment du Havre duquel nous avons parlé (page 300) . Dans les conditions, peut-être un peu exceptionnelles, dans lesquelles ce béton a été fabriqué à Saint-Denis, son prix est resté inférieur à 15 fr. le mètre cube ; par conséquent le béton dur réunit le double avantage de la solidité et de l’économie.
M. J. -B. VlCAT.
Mortiers inaltérables à la mer. — M. Yicat fils , ancien élève de l’École polytechnique, s’est occupé de l’étude de l’importante question des mortiers inaltérables à la mer.
La marche suivie par M. Yicat est la plus naturelle : il a recherché, en effet, quelle était la composition des mortiers altérés dans l’eau de mer, et il a formé de toutes pièces des mortiers ayant même composition. Or M. Yicat a constaté que dans les mortiers altérés àla mer, la chaux aété remplacée par de la magnésie : cette substitution , qui se fait au bout d’un temps plus ou moins long, doit être attribuée à l’action du chlorhydrate et du sulfate de magnésie contenus dans l’eau de mer. En composant des mortiers exempts de chaux , il était donc naturel de penser qu’ils ne seraient pas décomposés, et que, par suite, ils résisteraient indéfiniment. D’après cela, M. Yicat a été conduit à remplacer complètement la chaux par de la magnésie , et à n’admettre dans la composition de ses mortiers que des silicates exempts de chaux, ou bien contenant de la chaux à un état de combinaison tel que l’eau de la mer ne pût la mettre en liberté.
Au premier abord il semble presque impossible de se procurer de la magnésie à un prix qui permette de l’employer dans la fabrication des mortiers ; remarquons cependant qu’il existe quelques gîtes de carbonate de magnésie. Nous signalerons comme les plus remarquables ceux que nous a fait connaître la Commission géologique du Canada. Ils se trouvent à Bolton et à Sutton , et ils pourraient être exploités sur la plus grande échelle. Nous en parlerons avec détail aux Colonies Anglaises.
Le carbonate de magnésie existe aussi dans l’Inde , et il y a même été employé à la fabrication du mortier. Ainsi M. Macleod s’est servi de mortier à base de magnésie pour faire des terrasses de maisons , et les résultats qu’il a obtenus ont été satisfaisants.
En France, on ne connaît pas de gisement exploitable de carbonate de magnésie ; mais d’après des renseignements
qui nous ont été transmis par M. Balard , il serait cependant possible d’obtenir économiquement de la magnésie. Les eaux mères des marais salants renferment en effet du chlorure de magnésium qui peut être débarrassé des sels de chaux mélangés et amené à concentration. Lorsque le chlorure de magnésium est à cet état, il est facile d’en extraire la magnésie par deux procédés. Le premier, par voie sèche, consiste à chauffer le chlorure de magnésium dans un four à réverbère; l’acide chlorhydrique se dégage et il reste de la magnésie. Le second procédé , qui est par voie humide , consiste à traiter le chlorure de magnésium par de la chaux , ou mieux encore par un mélange de chaux et de magnésie provenant de la cuisson d’une dolomie; la magnésie serait alors précipitée par la chaux. Gomme d’ailleurs il ne paraît pas absolument indispensable que la magnésie soit chimiquement pure, on conçoit qu’il serait possible de se la procurer économiquement par l’un ou l’autre de ces procédés; toutefois des expériences en grand seraient nécessaires pour établir d’une manière précise son prix de revient.
Quant aux silicates nécessaires à la fabrication des mortiers magnésiens , il serait facile de se les procurer économiquement. M. Vicat a constaté cependant que les pouzzolanes volcaniques devraient être rejetées , et il est d’ailleurs facile de s’en rendre compte ; car les roches volcaniques contiennent beaucoup de chaux , et lorsqu’elles sont à l’état de pouzzolane , elles se laissent attaquer très-facilement par les acides. Mais on peut très-bien employer des pouzzolanes artificielles, c’est-à-dire des arènes ou des argiles calcinées. M. Yicat indique les argiles blanches connues sous le nom de terre de pipe. Il s’est servi également de l’arène provenant de la décomposition des roches dioritiques de Glomel , dans le Finistère : cette arène avait déjà été employée par M. Avril pour la construction du canal de Nantes à Brest , et après calcination elle reviendrait seulement au prix de 30 francs le mètre cube rendue à Brest.
Estimant la tonne de magnésie à 100 francs, M. Vicat
calcule que le mètre cube de ciment magnésien pur, formé avec l’arène dioritique, ne serait que de 36f,â7. Or le prix du mètre cube du ciment de Portland s’élève jusqu’à 80 fr. Dans ces évaluations on tient compte uniquement du prix des matières premières, sans avoir égard à la main-d’œuvre.
L’expérience montre d’ailleurs qu’un mélange de pouzzolane artificielle avec 15 à 20 0/0 de magnésie caustique, préalablement réduite en bouillie claire pour quelle soit mieux divisée, fait prise en h jours sous l’eau douce aussi bien que sous l’eau de mer. La dureté de ce ciment magnésien augmente ensuite graduellement , et au bout de 3 mois sa résistance est de 6 kilogrammes par centimètre carré.
C’est à l’expérience seule qu’il appartient de prononcer sur l’importance pratique des recherches de M. J.-B. Yicat ; mais, quoi qu’il en soit, on lui doit dès à présent d’avoir frayé une voie nouvelle pouvant conduire à la fabrication de mortiers indestructibles à la mer.
M. Claudot (n° ààüli).
Peinture-marbre. — Depuis un temps immémorial le lait de chaux est employé pour blanchir les murailles, et comme la chaux absorbe l’acide carbonique de l’air, il se forme à la longue un petit enduit de carbonate de chaux. M. Claudot a cherché dans ces derniers temps à donner une plus grande épaisseur à cet enduit, de manière qu’il protégeât plus efficacement la paroi sur laquelle il était appliqué. Il essaya d’abord de carbonater la chaux plus rapidement , en traitant la chaux vive pulvérisée par 3 fois son volume d’eau chargée d’acide carbonique à à atmosphères. Il appliquait le mélange sur la pierre avec un pinceau, puis lorsqu’il avait pris un peu de consistance par l’absorption de l’eau dans la pierre , il remaniait cette première couche avec la truelle ; il donnait ensuite une deuxième couche , puis une troisième, jusqu’à ce que la surface de la pierre fût recouverte par un enduit suffisamment épais de carbonate de chaux. Pour carbonater complètement la dernière couche , il y injectait d’ailleurs de l’eau chargée d’acide carbonique.
Par ce procédé, on obtient bien des enduits qui sont parfaitement adhérents et qui ont la dureté du marbre ; mais ils sont inégalement répartis et ils ne présentent pas un poli suffisant.
Plus récemment M. Glaudot a renouvelé ses essais en supprimant la truelle et l’acide carbonique. Il opère avec de la chaux porphyrisée et aussi pure que possible.
Voici de quelle manière il procède : il met la chaux en suspension dans de l’eau qu’il décante ; il opère de nouveau sur cette eau qu’il décante encore; il obtient ainsi une pâte d’hydrate de chaux qui est très-ténue. Il en fait un lait de chaux contenant une partie de chaux et trois parties d’eau. Avec un pinceau cylindrique, il étend ce lait de chaux sur la pierre ou sur l’objet qu’il s’agit de couvrir d’un enduit, et il comprime la petite couche d’hydrate de chaux qui reste à sa surface , non pas avec une truelle , mais avec un pinceau plat. Il multiplie beaucoup le nombre des couches déposées et il prolonge l’emploi du pinceau compresseur ; il ne tarde pas à obtenir une surface solide , parfaitement polie et ayant le brillant d’une couche de vernis. En quelques jours, la surface de l’enduit acquiert une dureté assez grande pour que l’ongle ne puisse plus l’entamer ; la couche superficielle s’est alors changée en carbonate de chaux. Au bout de 2 ou 3 mois , suivant l’influence de l’atmosphère , l’enduit tout entier s’est changé en carbonate de chaux dont l’épaisseur est seulement d’une petite fraction de millimètre, mais qui est blanche ou blanc-jaunâtre , brillante et polie comme du marbre ; de plus elle recouvre et préserve complètement la pierre sur laquelle elle a été appliquée. Cette peinture - marbre , comme l’appelle M. Claudot, peut d’ailleurs s’appliquer sur d’autres matériaux de construction que la pierre , et à cause du bas prix de la chaux , la principale dépense à laquelle elle donne lieu est celle de la main-d’œuvre. Si cette dépense de la main-d’œuvre n’est pas trop considérable, la peinture-marbre sera plus économique que la peinture blanche à l’huile, à laquelle elle ressemble complètement au
premier abord; elle lui serait d’ailleurs préférable, en ce qu’elle aurait une plus grande dureté et en ce qu’elle préserverait la pierre d’une manière plus complète.
Il manque encore à la peinture-marbre de M. Glaudot la sanction du temps et d’une expérience faite sur une grande échelle ; mais cette expérience sera tentée prochainement , et dès ce moment elle est commencée au palais du Sénat sous la direction de l’un de nos collègues , M. de Gisors.
M. Bidreman (n° 2159).
Four à chaux fumivore . — M. Bidreman vient de réaliser un progrès dans l’art du chaufournier par l’invention d’un haut fourneau fumivore. Les fours à chaux sont, comme l’on sait, des établissements insalubres, qui, jusqu’à présent , ne peuvent être établis qu’à une certaine distance des villes. Leur travail doit même être interrompu dans les campagnes à l’époque des récoltes , parce que les vapeurs qui s’en dégagent donnent un goût désagréable aux fruits. M. Bidreman a construit un four à chaux , qui consomme moins de combustible que les autres et dans lequel toute cause d’insalubrité a tellement disparu , que , sur la proposition du Conseil de salubrité, le Préfet du Rhône a autorisé son établissement dans la ville même de Lyon. (Arrêté du 10 janvier 1855.)
Ce four à chaux présente une forme elliptique ou de haut fourneau, comme cela a lieu pour certains fours qui sont employés depuis longtemps ; mais sa partie supérieure est surmontéed’une longue cheminée en tôle, et la charge se fait par une porte latérale susceptible de se fermer. La largeur de ce haut fourneau est de 2m,0A au ventre, deOm,65 au gueulard. Sa hauteur, jusqu’à la cheminée de tôle , est de 8m,50 ; cette cheminée elle-même a de 20 à 25 mètres. Le dégagement du gaz y est réglé par un registre.
Ce four à chaux est à feu continu; cependant on ne le charge pas pendant la nuit. La charge s’effectue 3 fois en 2A heures ; elle se compose d’un mélange bien mouillé de pierres calcaires et de combustible. On emploie pour com-*
bustible du poussier de coke de mauvaise qualité , qui pèse 55 kilog. l’hectolitre; on se sert aussi de houille de rebut, telle que la houille maigre et menue de Saint-Étienne. On a constaté que 85 kilog. de poussier de coke , c’est-à-dire moins de 2 hectolitres, peuvent cuire 1 mètre cube de chaux. La production de ce four e$t d’ailleurs h fois plus considérable que celle des fours de même largeur usités actuellement dans les environs de Paris.
Mais ce qui distingue particulièrement ce four à chaux , c’est l’absence d’odeur et de fumée. Au moment de la charge, on voit bien sortir de la vapeur d’eau et un peu de fumée ; mais il n’y en a pas plus que dans les foyers ordinaires, et la fumée s’observe seulement pendant quelques minutes. La cheminée produit en effet un tirage très-actif qui amène dans le fond du four la quantité d’air nécessaire pour la combustion, et, lors même qu’on emploie de la houille, on ne voit pas s’échapper de gaz colorés.
Le four à chaux de M. Bidreman réalise donc à la fois économie et salubrité : aussi , bien que son invention soit très-récente , 19 fours semblables fonctionnent déjà dans des villes, et on n’en compte pas moins de 7 à Lyon (Vaisse et la Guillotière) .