HOLLANDE
M. G. Soetens (n° 132).
Composé asphaltique. — M. G. Sœtens, de la Haye, fabrique un composé dit asphaltique , qu’il emploie au moulage de différents objets. Ce composé renferme du goudron de gaz, de la stéarine, de la résine, du coke pulvérisé : on y introduit en outre des matières terreuses telles que du sable, de la chaux, des cendres et même un peu de verre pilé. On y met du verre notamment, lorsqu’on veut avoir une surface rugueuse.
Le point de fusion est à 125 degrés. A 50 degrés le composé asphaltique est encore assez mou pour recevoir l’empreinte des doigts. Les proportions dans lesquelles les matières premières sont mélangées varient avec l’objet qu’il s’agit de couler. En traitant successivement un échantillon de ce produit par la soude caustique, par l’alcool, puis par la benzine, nous avons obtenu un résidu noir, terreux et charbonneux , pesant 80 pour 100.
Le composé asphaltique est fragile, et il présente une cassure terne et granuleuse. Il est généralement noir, mais on peut aussi lui donner une couleur brune ou marron. Il est bien compacte et il rend avec exactitude tous les détails du moule. Aussi peut-on l’employer à mouler divers objets d’art tels que de petites boîtes , des encriers , des socles de pendule et même des médaillons ou des bas-reliefs. Nous avons remarqué spécialement un médaillon brun entouré d’un cadre noir, qui était d’un très-bel effet.
Comme la lave fusible, le composé asphaltique de M. Sœtens peut être employé à couler de toutes pièces des objets de grandes dimensions qui, dans les constructions, sont exécutés en pierre ou en ciment. On s’en servira, par exemple, pour des bassins, des auges, des crèches, des puisards, des pierres à laver, et même pour des seuils de portes et de fenêtres, ainsi que pour des marches d’escalier.
Les objets fabriqués avec le composé asphaltique de M. C. Sœtens reviennent à un prix assez bas ; caries matières premières employées sont peu chères et il n’y a guère d’autres frais de main-d’œuvre que le moulage : ces objets présenteraient donc sous ce rapport un certain avantage. Il reste à savoir cependant si leur durée et leur solidité seront aussi grandes que celles des matériaux qu’ils sont destinés à remplacer, et l’expérience seule pourra nous éclairer à cet égard»
ÉGYPTE
Suivant Hérodote, les anciens Egyptiens tiraient du bitume des lacs Sirbon et de Nitrie. Ils recueillaient aussi le bitume qui était déposé par des sources de pétrole se trouvant dans le Djebel-Ghareb , en tre Beni-Zouef et la mer Rouge. Ces pétroles ne sont plus exploités maintenant, mais ils étaient cependant représentés à l’Exposition de l’Égypte.
Bitume dit égyptien » ~~ Il existe dans le commerce un
bitume dont la provenance précise est inconnue et que l’on appelle égyptien, parce qu’il s’achète en Égypte.
Nous avons fait un essai de ce bitume : il est noir, à cassure éclatante et conchoïde; sa densité est de 1,158. Calciné en vase clos , il se boursoufle beaucoup , et il donne un coke impur ayant l’éclat métallique. Il se dissout facilement dans la benzine ; cependant la liqueur laisse déposer assez promptement de la matière bitumineuse , et sa filtration est très-lente ; il y a d’ailleurs une partie charbonneuse qui est complètement insoluble et qui ne fond pas quand on la chauffe. Cette matière charbonneuse étant grillée, on a pour résidu une argile brune, très-sableuse , qui contient de petites paillettes de mica blanc argenté.
composition î
Bitume . SU
Matière charbonneuse . 3
Argile . 7
Sable . 6
Ce bitume a déjà été raffiné, et la proportion de matières terreuses qui lui est mélangée est peu considérable. L’élé^ vation de son prix, qui est de 120 francs par quintal métrique , empêche qu’il se répande dans le commerce.
Bitume de momie . — Les Égyptiens ont quelquefois employé le bitume dans leurs constructions ; mais ils s’en servaient surtout pour conserver les momies. Nous avons fait quelques essais sur du bitume de momie que M. Jeanron a bien voulu mettre à notre disposition.
Le bitume de momie est noir lorsqu’il est en masse; pulvérisé, il a une couleur brun-rouge, à tons très-chauds, qui le fait rechercher dans la peinture. Il répand généralement une odeur assez agréable. Il se ramollit complètement à une température voisine de 25 degrés. Quand on le chauffe, il éprouve un boursouflement énorme ; il dégage beaucoup d’eau et des vapeurs jaunes qui donnent une huile en se condensant. Il répand d’ailleurs une odeur piquante. L’alcool
en dissout une certaine partie et se colore en brun; la benzine le dissout en se colorant en noir. Calciné dans un creuset de platine , il donne un coke impur très-boursouflé; le grillage de ce coke produit une cendre terreuse , pulvérulente, d’une couleur blanche légèrement rougeâtre. La petite quantité de matière dont nous disposions n’a pas permis d’analyser cette cendre.
Composition s
Matières volatiles. ....... 75
Carbone fixe . 3
Cendres . 22
Le bitume de momie est donc loin d’être pur ; il est associé à différentes substances , notamment à une résine , et plus d’un cinquième de son poids consiste en matières terreuses.
Ce bitume était introduit dans la tête, dans la poitrine et dans le ventre des momies dont l’embaumement paraît avoir été fait avec le plus de soin. Les Égyptiens modernes désignent ce bitume sous le nom de moumia ; aux environs de Memphis, ils le retirent des momies en y pratiquant des incisions , et , comme il est très-estimé pour la peinture , ils le vendent à un prix assez élevé.
MEXIQUE
Département de Yera-Crux (n° 76).
Bitume cT A Ivarado. — Le département de la Yera-Crux avait envoyé un échantillon de bitume. M. Virlet d’ Aoust, qui a fait un séjour de quelques années au Mexique, a constaté que ce bitume se recueille aux environs de la ville d’Alvarado, située sur la rivière de ce nom , à 12 lieues au sud-est de Yera-Cruz. Il est amené par des sources qui se répandent dans la rivière même, en sorte qu’il vient flotter à la surface de l’eau, qu’il trouble même jusqu’à une assez grande distance en mer. Il est vraisemblable que ces sources de
bitume sont en relation avec des phénomènes volcaniques , car le volcan de Tuxtla ou de Saint-Martin n’en est éloigné que de quelques lieues.
Le bitume d’Àlvarado envoyé à l’Exposition avait une belle couleur noire , un éclat vitreux , une cassure conchoïde. Son odeur est celle du bitume pur ; sa densité est seulement de 1,081. Quand on le chauffe dans une cornue de verre, il dégage un peu d’eau et de soufre. Il se dissout complètement dans la benzine, et il donne seulement 2 pour 100 de résidu sableux. Nous appelons d’une manière spéciale l’attention sur ce bitume du Mexique , qui est très-pur et de bonne qualité.
COLONIES ANGLAISES. — CANADA
Il existe au Canada plusieurs sources de pétrole et des gisements de bitume. Le pétrole ainsi que le bitume proviennent des schistes d’Utica, qui renferment des graphtolithes et qui appartiennent au terrain silurien inférieur. Ces schistes eux-mêmes sont quelquefois fortement imprégnés de pétrole et de bitume. Le pétrole se trouve, par exemple, à Mosa et sur la rivière Tranche, à la rivière Saint- Jean, au ruisseau Argenté1.
Bitume d' Enniskillen. — A Enniskillen , il y a également des sources de pétrole, et par l’évaporation de l’huile de naphte , elles paraissent même avoir donné naissance à du bitume.
Ce bitume était présenté à l’Exposition ; nous allons donc en parler avec quelque détail. Il a été reconnu sur une surface de plusieurs arpents , et il forme trois couches qui , en certains endroits , ont une épaisseur de 65 centimètres.
Le bitume des pays méridionaux est généralement solide, carie naphte qui le dissout et le rend liquide, s’évapore facilement au contact de l’air. Mais il en est autrement dans
1 Si.-FIunt, Esquisse géologique du Canada, p. 48.
lespays septentrionaux : le bitume d’Enniskillen, notamment, est très-riche en naphtè, en sorte qu’il tache les doigts et qu’il est entièrement mou et glutineux à la température ordinaire. 11 en résulte aussi que sa densité est très-faible , et nous avons trouvé qu’elle est seulement de 1,006, c’està-dire à très-peu près égale à celle de l’eau.
Son point de fusion est à 83 degrés ; au-dessous de cette température il ne donne plus de fumée , mais il commence à devenir pâteux.
Lorsqu’on lechaulfe, il entre promptement en ébullition ; il dégage du naphte , différentes huiles et de l’eau. 11 répand aussi une odeur désagréable. Lorsqu’on élève davantage la température , on obtient des matières bitumineuses concrètes et de la paraffine. Calciné au rouge dans un creuset, il donne un coke léger et boursouflé qui est très-impur; le poids de ce coke est à peu près de 11 pour 100.
L’alcool dissout certaines parties du bitume d’Enniskillen et se colore légèrement en brun. La benzine le dissout facilement; elle laisse un résidu brunâtre ayant l’aspect du terreau et contenant des matières organiques ainsi que des débris végétaux. Quand on chauffe ce terreau au rouge sombre , il brûle avec flamme en répandant une odeur piquante comme celle des tourbes. Lorsque la combustion est terminée, il reste une substance argileuse, pulvérulente, qui ne fait pas effervescence avec les acides et qui provient sans doute des schistes contenant le bitume. Si on évapore la dissolution du bitume dans la benzine, on obtient un bitume épais et peu ductile , ressemblant à ceux qui proviennent de matières animales. Un essai fait avec M. Brivet au laboratoire de l’École des Fonts et Chaussées, m’a donné pour la composition du bitume d’Enniskillen :
Bitume . . 62,5
Matières organiques et débris végétaux . 24,8
Argile et un peu de sable quartzeux . 12,7
On a cherché à purifier le bitume d’Enniskillen en le chauffant dans l’eau bouillante, comme on le fait dans certains minerais pour en séparer la partie terreuse ; mais il vient s’étendre en couche liquide à la surface de l’eau, et la poudre terreuse avec laquelle il est mélangé ne se dépose que d’une manière très-imparfaite. Pour l’épurer, les habitants du Canada le pressent dans un linge; il s’écoule alors à travers le linge dans l’intérieur duquel reste la partie terreuse.
Le bitume d’Enniskillen n’est pas encore exploité régulièrement. On voit , d’après ce que nous venons de dire, qu’il contient une grande quantité d’huile de pétrole recherchée maintenant dans l’industrie pour différents usages ; aussi paraît-il devoir être plus avantageux d’extraire cette huile que le bitume lui-même.