DISTRIBUTION DES FRAGMENTS ERRATIQUES
Il existe encore d'autres blocs dans des positions semblables et avec des circonstances analogues , non-seulement dans différentes localités des Alpes, mais aussi sur le revers du Jura, comme par exemple entre Bonvillars et Moniboiirgei , entre Bullet et Sainte- Croix etc.
Lorsque les glaciers ont des bords forts élevés et escarpés, les gros blocs qui en tombent se fendent et se brisent fréquemment. Mais quand les bords offrent un talus tel que les blocs, au lieu de tomber brusquement, ne fassent que glisser, il arrive quelquefois que ceux-ci se placent les uns sur les autres , et prennent ainsi les positions les plus bizarres , dans lesquelles ils n'auraient pu s'établir ni se maintenir en équilibre , si le glacier ne leur avait fourni un appui qui, quoique passager, leur a cependant permis de prendre leur assiette. Il suffit de visiter les moraines de quelques grands glaciers, pour rencontrer de ces blocs singulièrement perchés les uns sur les autres.
Ce fait si facile à vérifier nous explique la position étonnante de plusieurs gros blocs erratiques, comme par exemple, la Pierre-à- Dzo, au-dessus deMonthey, perchée sur un autre bloc, où elle n'est retenue que par un très-petit bloc qu'elle a fendu du haut en bas en tombant du glacier;
La Pierre-àrBot y reposant sur la plus petite de ses faces et ayant l'une des grandes, celle sur laquelle elle a glissé, encore tournée du côté où nécessairement le glacier a dû se trouver ;
« pente et n*a qu'un petit appui ; on peut la considérer comme un prisme à trois faces. « Ce bloc repose sur un de ses angles. S'il n'avait été déposé là d'une manière très-lente,
• il n'aurait jamais pu s'y arrêter. On est saisi d'une espèce de crainte qu'il ne tombe , «quand on passe dessous. Du côté d'en haut, c'est-à-dire au sud et à l'est, il n'est nul- «lement appuyé, car il surplombe d'un tiers de son volume au moins. Si Tété prochain «vous venez ici pour monter à Ornex, il faudra que je vous invite à visiter ce minéral « solitaire. La théorie de nos vallées occupées par d'énormes glaciers a pour moi quel- « que chose de si extraordinaire , que je sens une grande répugnance à y adhérer. Rien « pourtant ne me parlera aussi haut en faveur de cette opinion , que le gisement du bloc « que je viens de voir aujourd'hui. Aussi je m'empresse de vous communiquer mes idées.
• Je pense que, dans l'intérêt de l'opinion des glaciers, on aurait dû étudier mieux « qu'on ne l'a fait l'assise des blocs erratiques comparée à celle des blocs qui entourent « les glaciers de notre époque. Ce serait un travail qui jetterait beaucoup de lumière sur a ce point. J'ai trouvé à 240 mètres plus bas une trentaine de blocs de granit. Quelques* « uns sortent à peine de terre, les autres sont assez proéminents.»
La Pierre-à'Mourguels j fendue horizontalement par suite du coup qu'elle a donné du coin sur un autre gros bloc en tombant ;
La PierrorBessa f fendue perpendiculairement du sommet à la . base;
Le Bloc du magasin à poudre de Sion, gisant près du bord d'un précipice, fendu verticalement, et n'étant appuyé que faiblenoent sur une petite saillie du roc en place, sur une très-petite pierre, et sur une autre plus grande , mais aussi fendue verticalement;
Le Bloc de calcaire schisteux de forme tubulaire qui est planté de champ dans le sol près de ma demeure, et fendu verticalement et parallèlement aux strates etc.
Tous ces blocs sont tombés du bord du glacier au moment où il allait en diminuant , car si cette chute avait eu lieu pendant qu'il avançait, ils n'auraient pas pu consei*ver ces positions extraordinaires«
Prétendre expliquer ces faits de détails, ces accidents par d'autres
causes que celle des glaciers diluviens , c'est entièrement dépasser
les bornes de la probabilité.
DisiribDtion des c. 52. Ou a prétcudu dès longtemps que les fragments des
TiiriM e^*cM "d! ^^^^''^^^ espèces déroches qui constituent le terrain erratique, ne
roches. sont pas distribués d'une manière égale ou uniforme dans la plaine
de la Basse-Suisse et sur le revers du Jura; ou, en d'autres termes, qu'il y a des roches dont les fragments sont plus fréquents dans une contrée que dans l'autre. Ainsi l'on dit que les granits et les gneiss se trouvent plus fréquemment sur le ilanc méridional du Jura que dans la Basse-Suisse, où, en revanche , les calcaires , les poudingues de Vallorsine, et les schistes talqueux seraient plus communs. Cette assertion n'est vraie que relativement aux blocs de gros volume. En effet, on trouve beaucoup plus de gros blocs granitiques sur la pente du Jura que dans la plaine de la Suisse , et en voici la raison qui est toute simple. D*abord l'accumulation des débris erratiques est en général beaucoup plus considérable sur le Jura, qu'elle ne l'est dans aucune contrée de la Basse- Suisse. (Nous ferons connaître plus tard la cause probable de ce faite. 80 m.). En second lieu, la bande eiTatique du Jura, occupant des forêts, des pâturages, et en général, des localités peu ou point propres aux cultures , n'a guère éprouvé de dégradation