‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 12 sur 216 · GROS BLOCS · texte numérisé non relu

GROS BLOCS

surtout en présence du calcaire du Jura qui fournit une excellente

pierre à bâtir. Dans la Basse-Suisse, au contraire , les débris erra- Les gros mms em-

tiques sont tous éparpillés sur un terrain généralement susceptible *^''"** "*"' p'" '•'••

'- * . ■^ ^ '^ dut la BasM- Saine

de cultures de tout genre ; ils y occupent des contrées populeuse^ , ,„• >ar ie« haaieon. couvertes de villes , de villages , de campagnes , et dont le sol , - ^"^ **• ""• *"'" notez le fait, étant de la molasse , ne fournit point de pierre dure. Il n'est donc pas étonnant que les blocs erratiques soient en général plus rares dans la Basse-Suisse que sur le flanc du Jura , où ces causes de destruction n'existent guère. Leur nombre , comme nous l'avons fait observer plus haut (C. 44) , a donc singulièrement diminué dans la plaine , tant par les défrichements que par les divers usages auxquels on emploie ces matériaux. Les gros blocs de granit (principalement le granit de Ferret) , se prêtant très-bien à la taille, ont été de tout temps les plus recherchés, surtout pour les meules, et par conséquent ils sont devenus rares aujourd'hui. Les blocs de poudingue de Yallorsine sont assurément plus nombreux aujourd'hui dans la Basse-Suisse que ceux de granit et de gneiss. Mais on se tromperait certainement, si l'on concluait de ce fait que le nombre des blocs de poudingue y a toujours dépassé celui des blocs granitiques ; car dans les contrées où l'industrie n'a pas encore trop changé la surface du sol , on trouve encore aujourd'hui plus de blocs de granit et de gneiss , que de poudingue '. Ces derniers doivent leur conservation dans les localités où les autres ont été plus au moins détruits, à leur extrême dureté, qui , en rendant l'exploitalation fort coûteuse, les préserve de la destruction*. Les gros blocs calcaires venant des Alpes sons très-rares sur le flanc du Jura'. Mais ils le sont également dans la partie septentrio-

iC. Lorsque le lac est très-bas, comme c'était le cas l'hiver dernier (de 1839 à 1840), on voit une quantité considérable de blocs de granit et de gneiss le long du bord de la rive vaudoise, tandis qu'on n'en trouve presque plus dans les terres cultivées avoisinantes.

"C. Dans nos environs, et même dans le vignoble de Lavaux, où cependant les terres ont une bien grande valeur, j'ai vu renoncer à des tentatives d'exploitation de gros blocs de poudingue de Vallorsine, à cause de l'extrême dureté de la roche. Cette circonstance renchérissait le travail à tel point, que le bénéfice qu'on espérait en retirer, n'aurait pas couvert les frais.

'C. J'ai trouvé des blocs calcaires venant du Valais, de 3 à 16 mètres cubes de volume, entre Hontbourget et Bullet, au-dessus de LigneroUes, de Ballaigues , au plateau de Premier etc.

nale de la Basse-Suisse, c'est-à-dire, dans toutes les contrées éloignées des Alpes , où les débris erratiques sont cependant parvenus. Ce fait s'explique selon moi par la grande fragilité du calcaire ^ qui est, à quelques exceptions prés, la roche des Alpes la plus fissurée et*par conséquent la plus sujette à se briser Ëicilement. Il n'est donc pas étonnant du tout que les gros blocs de cette roche soient rares à une grande distance des Alpes calcaires. Mais si les gros fragments y sont peu fréquents, les petits, en revanche, y sont d'autant plus communs. On en trouve beaucoup parmi les menus débris erratiques, non-seulement dans toute la Basse-Suisse, mais aussi sur le flanc du Jura. Le diluvium de la plaine entre les Alpes et le Jura en renferme une quantité considérable. Il y a même beaucoup de localités où le nombre des galets calcaires venant des Alpes estbiea plus grand que celui des galets de granit, de gneiss, de serpentine etc.

Ce que nous venons de dire des blocs calcaires s'applique aussi , mais à un degré inférieur, aux blocs de schiste talqueux et de schiste argileux. En outre , cette dernière roche est susceptible de se décomposer, surtout lorsqu'elle contient du fer sulfuré, comme cela se rencontre fréquemment.

Quant à la vallée du Rhône, nous remarquons, comme dans la Basse-Suisse, que le nombre des débris erratiques y est, dans les diverses localités, en raison inverse du développement de l'industrie, c'esl-à-dire qu'il diminue à mesure que celle-ci fait des progrès. Cependant nous n'en trouvons guère dans la vaste plaine du Rhône qui s'étend, sur une longueur de quatre lieues, depuis le défilé de Saint-Maurice jusqu'au lac Léman , et dont la largeur moyenne est d'environ une lieue et demie. Leur rareté dans cette plaine ne peut être attribuée à la culture des terres, puisque la plus grande partie en est restée inculte, et présente encore aujourd'hui de vastes pâturages et de grands marais. Nous essaierons plus loin de rendre raison de l'absence de débris erratiques à la surface du sol de celte contrée (C. 80 m.). II suffît pour le moment de remarquer que c'est principalement sur les flancs des montagnes , soit dans la grande vallée, soit dans les vallées latérales , que l'on rencontre le plus fréquemment de ces fragments. Ils y montent jusqu'à une hauteur que nous indiquerons plus loin (C. 53).

MATÉKiÀUit ëhratiques. 29

Toutes les vallées un peu considérables qui aboutissent à celle p»a"n>« dwi «r.

, ., , if*i • T» f *■«>«■ loctlitéf on ne

du Rhône, ont contribue au dépôt du terrain erraUque. Ici se pre- i^ouve pat de matésente un fait bien remarquable, et qui mérite d'être connu. Plu-"»"*"*!^'!»"»"»" sieurs de ces vallées ont fourni une quantité considérable de dé- rr**ild]élt qnrol' bris , et néanmoins on n'en rencontre point sur les flancs des mon- '<>""» »°« v^^^

. *ii» 'âji M. * r\ i .1 I considérable de débm.

tagnes qui sont a 1 opposite de leur entrée. De ce nombre est la vallée de la Viége qui , au bourg de ce nom , débouche à angle droit dans la grande vallée du Rhône. C'est par elle qu'ont dû passer tous les débris venant des vallées de Saas et de Saint-Nicolas. On devait donc s'attendre à trouver des dépôts de l'autre côté du Rhône, sur le flanc de la montagne qui fait face à l'entrée de la vallée de la Viége. Mais il n'en est point ainsi ; on y chercherait vainement de ces débris , si reconnaissables par les serpentines et les schistes talqueux du Mont-Cervin et surtout par les belles euphotides de Saas. Ces roches , après avoir atteint la vallée du Rhône, ne l'on point traversée. Elles se sont tournées à gauche, s'élevant sur le flanc gauche de la vallée^ jusqu'à une hauteur de plus de

1 €. L'absence de l'euphoUde sur le flanc de la montagne qui fait face à l'entrée de la vallée de la Viége, a été reconnue en premier par 'H. de Kach. Ce fait lui fit concevoir des doutes sur l'origine des fragments d'euphotide qu'on rencontre dans le terrain erratique du bassin du Rhône. Se fondant sur une observation de M. de l<ai«em, d'après laquelle cette roche se trouverait également dans la vallée de Bagnes, M. de Saeli pensa que les fragments erratiques d'euphotides provenaient de cette dernière vallée. Cependant nous ne saurions partager l'opinion de ce célèbre géologue, relativement à cette localité de l'euphotide. Nous avons des raisons de croire qu'une erreur s'est glissée dans l'observation de H. de l^elfleS) ou plutôt dans les étiquettes de ses échantillons, et que cette roche n'existe pas dans la vallée de Bagnes. En effet, cette vallée a été visitée depuis plus de cinquante ans, toutes les années, soit par feu H. M3». ThonuM, soit plus tard par ses fils qui tous, s'occupant de minéralogie, connaissent très-bien cette roche, d'ailleurs si facile à apercevoir, à cause de la belle couleur verte du diallage. H. Teiieta , étant chargé de la direction des travaux au glacier de Giètroz (C. 34) , a passé plusieurs étés au fond de cette vallée et au pied des glaciers , employant ses moments de loisir à étudier la minéralogie et la flore de cette intéressante contrée. Depuis la débâcle de 1818, la vallée de Bagnes a acquis une sorte de célébrité , et les minéralc^stes l'ont souvent visitée. Moi-môme j'y ai fait plusieurs excursions et examiné avec soin et les moraines et les alluvions , dans le but de m'assurer de Texistence de l'euphotide dans cette localité. Mais nous n'avons réussi, ni les uns ni les autres, à y trouver la moindre trace de cette roche qui, si elle y existait, n'aurait pas échappé aux regards de tant de personnes. Comme l'euphotide à diallage vert d'émeraude n'a été trouvée en Suisse jusqu'à présent que dans les hautes montagnes qui dominent le glacier de Hohenlerch ou Âllalein dans la vallée de Saas, nous pensons que les fragments erratiques de cette roche viennent toutes de cette localité.

650 mètres au-dessus du Rhône. On peut en suivre les traces , dès l'entrée de la vallée de la Viége jusqu'à la rencontre de la vallée de Tourtemagne en passant par Unterbach. C'est entre Sierre et Lens qu'on commence à trouver des roches de Saas sur le côté droit de la vallée du Rhône.

Les environs d'Ayent, de Grimisuat et de Savièse, villages qui se trouvent précisément en face de l'entrée de la vallée d'Hérens , ne présentent pas non plus de débris erratiques venant de cette vallée. En revanche , on en trouve beaucoup sur le flanc gauche de la vallée du Rhône dans la direction de Vex à Nendaz.

Enfin la vallée d'Enlremont a fourni une quantité considérable de débris erratiques , parmi lesquels le beau granit à gros cristaux de feldspath de la vallée de Ferret est, sinon la roche la plus commune , du moins la plus caractéristique. La vallée d'Eutremont débouche dans celle du Rhône près de Martigny , où celle-ci se coude brusquement pour se diriger contre le nord. La montagne de Follalerre ou de FouUy, qui forme l'angle de ce coude, fait face à l'entrée de la vallée d'Entremont. Cependant aucun bloc de roche venant de cette dernière vallée n'a été trouvé jusqu'à présent sur le flanc de la montagne de Follaterre. En revanche on en rencontre beaucoup sur le flanc gauche de la vallée du Rhône , c'est-à-dire sur le côté par lequel débouche la vallée d'Entremont. Nous essaierons plus tard d'expliquer la cause pour laquelle les débris des vallées latérales n'ont pas traversé la vallée du Rhône (C. 80).

Nous avons déjà fait connaître les causes pour lesquelles les diverses espèces de roches qu'on trouve à l'état erratique , sont aujouixl'hui distribuées d'une manière inégale. Ces causes tenant aux progrès divers des cultures , et en général au développement de la civilisation dans les difiërentes localités , sont entièrement étrangères au mode de transport des débris erratiques , et par conséquent nous n'avons pas à nous en occuper derechef.

Cependant, quoique la main de l'homme ait considérablement diminué le nombre des fragments erratiques dans la Basse-Suisse , et que le Jura, par divei^es circonstances, en ait été plus ou moins préservé, il est néanmoins bien vrai qu'il y a eu de tout temps une plus forte accumulation de débris sur le flanc de cette chaîne, que dans aucune localité située enti^e le Jura et les Alpes.

Page 1