‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 119 sur 216 · RETRAIT DES GLACIERS · texte numérisé non relu

RETRAIT DES GLACIERS

animaux sont adhérents a des rochers striés prouve d'une manière non moins certaine que ces rochers avaient déjà été à sec avant la venue de ces animaux, d*où il faut tirer la double conséquence :

i** Que le burinage des rochers est antérieur à l'époque des balanes et des serpules.

2° Que pour recevoir ces animaux, les côtes d'Uddevalla et de Christiania ont dû s'abaisser d'une quantité équivalant pour le moins à la hauteur actuelle de ces coquilles.

Mais les balanes et les serpules ne sont pas les seuls témoins de cet aflaissement ; il existe des coquilles superposées aux roches polies et striées à une bien plus grande hauteur dans l'intérieur du diluvium , et comme les espèces sont en grande partie indigènes et probablement contemporaines des serpules et des balanes , on est en droit d'en conclure que l'abaissement a été plus considérable , et qu'il a égalé au moins la hauteur des giles les plus élevés de coquilles diluviennes (260 mètres).

Cet abaissement a par conséquent eu lieu entre l'époque du burinage et celle de la stratification du diluvium. A cette époque , les glaciers ayant quitté la plaine pour se retirer dans l'intérieur des montagnes, les eaux de la mer envahirent toutes les terres basses de la Scandinavie, formant aulour du massif des monts Scandinaves un vaste océan , dont on pourra fixer quelque jour les limites , au moins approximatives , quand on connaîtra la circonscription des coquilles diluviennes. En attendant, l'analogie des dépôts erratiques de la Finlande avec ceux de la Scandinavie permet de supposer qu'à cette époque le golfe de Bottnie n'était pas séparé de la mer du nord.

E. D. 25. Nous n'avons aucun moyen de déterminer la durée du Temp* écouié entre temps qui s'est écoulé entre le retrait des glaciers et cet abaisse- '"-»'*"'*"»^"'"«»

, l'abaisMinent da sol.

ment du sol qui a amené l'invasion de la mer. Cependant il est un fait qui semble prouver que cetle période n'a pas été bien longue: c'est la belle conservation des polis sous le diluvium. Nulle part les cannelures et les stries ne sont plus distinctes que là où l'on vient de dégager le rocher de sa couverture diluvienne. D'ordinaire elles forment un contraste frappant avec les roches moutonnées dont la surface est à découvert et qui ont subi de tout temps l'influence

naux

des agents atmosphériques ^ Or^ comme nous n'avons nulle raison de supposer que Faction des agents atmosphériques ait été autrefois moins énergique qu'elle ne l'est de nos jours , je suis porté à croire que si les surfaces polies sont si bien conservées sous le dtluvium y c'est parce qu'elles n'ont pas été exposées longtemps à Taction de l'atmosphère, il est même probable que l'envahissement de la mer a été l'une des causes qui ont activé , sinon déterminé la destruction des grands glaciers. L'on expliquerait ainsi le caractère plus boréal de la faune du diluvium , attendu qu'une masse de glace aussi considérable n'a pu se fondre sans refroidir considérablement les eaux qui la baignaient. Plus tai^d , ce foyer de froid ayant disparu, la température s'est réchauffée et la faune des mer^ a pris peu à peu le caractère plus tempéré qui la distingue aajourd'hui.

coochetirrégoiière. £ ^ ^Q (j'cst à ccttc époquc dc l'envahisscment de la Scandi-

da limon, du gravier , > i n n • i •

et de tous les maté- ^avic par Ics caux qu il faut faire remonter la disposition en coucha dndiioTioin. irrégiUières du limon, du sable, du gravier et de tous ces matériaui du diluvium que le grand glacier avait laissés en place comme autant de témoins de son ancienne extension. L'action de la vague, en venant remanier' ce sol meuble, y a entassé et enterré les débri? des corps marins morts sur la plage , lesquels se sont ainsi trouvés mêlés aux blocs et aux galets rayés. Si telle est réellement l'origine de ces dépôts , il ne faut pas s'étonner que les galets rayés y soient si peu nombreux. La vague, en les frottant les uns contre les autres, les a plus ou moins usés^ et si les blocs d'un certain volume ont généralement mieux conservé leur burinage que les galets , c'est parce qu'étant plus lourds, ils étaient moins exposés à être remués et roulés. Il est tout naturel dès lors qu'en Suisse, où l'action des eaux a été moins sensible et en tous cas moins prolongée, les cailloux striés soient plus nombreux : aussi ne rencontre-t-on qu'accidentellement des couches bien distinctes dans les terrains vraiment

* E. D. Il est permis de croire que si, par suite d'un nouveau cataclysme» les surfaces moutonnées qui sont aujourd'hui à nu se trouvaient recouvertes de gravier, 1^ géologues des âges futurs auraient beaucoup plus de peine à déchiffrer les casses qcont produit ces formes que nous n'en avons aujourd'hui , aidés que nous sommes par l'état de conservation souvent admirable des poUs, des cannelures et des stries les pli.» fines.

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glaciaires. Celles qu'on a signalées se trouvent ordinairement dans le voisinage des torrents ^ E. D. 27. Après cette époque d'immersion le sol Scandinave a de i»»»™»"

ffr r» 1 •• j .« ,1 des tcrrei par l'eau.

nouveau été émerge. Les plages vojsmes du massif centra], les plaines de la Suède et celles de la Finlande sont sorties successivement du sein des eaux , ramenant avec elles à la surface ce même limon et ce même gravier diluvien que les glaciers y avaient déposé, et qui n'avait subi d'autre changement dans l'intervalle que de s'être irrégulièrement stratiGé et mélangé de coquilles. Les dépressions du sol sont seules restées couvertes d'eau et ont formé les lacs de la Suède et de la Finlande, ainsi que le golfe de Bottnie. Ce dernier, isolé de l'Océan par l'effet de l'exhaussement des terres intermédiaires, a perdu peu à peu de sa salure^ ce qui explique le caractère de sa faune qui est plutôt une faune saumâtre qu'une faune marine. Les lacs intérieurs, au contraire, se sont transformés complètement en lacs d'eau douce , ce qui n'empêche pas qu'on ne retrouve çà et là des indices de leur ancienne composition. 11 paraîtrait que certains poissons ont résisté à ces changements de l'eau ^ et, d'après les recherches des zoologistes Scandinaves , en particulier de H. FiWmarcli , la truite des lacs suédois (Salmo imita ^ L.) ne serait point une espèce propre, mais seulement une variété du saumon commun {Salmo Salar^ L.). Or, comme le saumon des côtes ne remonte pas dans ces lacs, on est tout naturellement conduit à en conclure que ce poisson a résisté aux modifications survenues dans le milieu qu'il habite.

L'émersion des terres n'a pas dû se faire d'un seul coup, et les beUes observations de nu. Keilliau et BraTals sur les anciennes lignes de niveau de la mer Scandinave nous apprennent qu'elle n'a pas non plus été uniforme partout. C'est à cette période d'émersion lente , qui constitue la troisième phase du phénomène erratique, qu'il faut faire remonter là formation des œsars.

E. D. 28. Les œsars sont des amas de terrain meuble , étrangers ouan. au sol , comme les matériaux du diluvium , mais il y a cette différence qu'au lieu d'être répartis sur de grands espaces , ce sont des collines étroites en forme de remparts nivelés à leur sommet, ce qui leur a valu dans le pays le nom de chaussées des géanis.

9 Terrain erratique alluvien du bamn de Léman.

Tous les œsars qui ont été signalés jusqu'à présent se trouvem dans le pays plat, ordinairement dans le voisinage de côtes'. Si tous ne sont pas parallèles entre eux , comme on le croyait autrefois , ib suivent du moins en général la direction du littoral.

Les matériaux dont ils se composent ne sont pas entassés pêlemêle comme dans le diluvium ; on observe au contraire un certaic triage suivant leur volume. Sur tel point la plupart des débris on: le volume de la tête; ailleurs ils n'atteignent que la grosseur du poing; ici c'est du gravier, ailleurs encore du sable et jusqu'à de limon. Les cailloux et les galets sont toujours mieux arrondis et plus lisses que ceux du diluvium ; en revanche ils ne sont pî striés, ou s'il en existe quelques-uns qui aient conservé des stries, c'est une rare exception.

Le. œsars renfer- E. D. 29. Il cst rarc qu'ou u'obscrvc pas une certaine straiifiojra«i des débris de Té- ^^^^ ^^^ ^^ Q* SÛT S y mais cllc cst eucorc plus irré^ulière que dans

gétaax interposés et r o ^

des coquilles. Ic diluvium. Tautôt ce sont de petits bancs de gravier qui alternent

avec des bancs de sable ou de limon , ou bien des galets qui alternent avec du gravier. Les bancs sont souvent très-limités et offreui des variations brusques sous le rapport de l'inclinaison. Ainsi, ud.' couche inclinée de 20 degrés reposera sur une couche de 40 degrés ; un peu plus bas , il y aura quelques bancs horizontaux sou^jacents à des lits de 10 degrés etc. J'ai vu en plusieurs endroits drs débris de végétaux interposés entre ces différentes couches, mai? ils n'avaient guère que quelques millimètres d'épaisseur, ils étaient réduits à l'état de lignite et presque méconnaissables. Je ne doute cependant pas que H. Steeiurtrupp ne parvienne à nous faire connaître leur véritable nature. Il est à présumer que ce sont des rlébris de plantes marines.

Les œsars renferment aussi des coquilles , mais elles y ofTrei:: cette différence avec celles du diluvium, que, comme Ta monin H. lijell, toutes les espèces, sans exception, sont identiques avr.. celles qui vivent aujourd'hui dans la Baltique, tandis que doj5

* E. D. Voy. la carte qui accompagne le mémoire de H. llrmisnlAri) dans 1» .41dei sciences naturelles^ 1828, t. XIV. M. Doroclier a montré depuis que la direct '* des œsars coïncide en général avec celle des sulcatures (voy. Bullet. de la SoâtU ^oi. . 1846, t. IV, p. 56).

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venons de voir que les espèces du diluvium ont leurs analogues dans la mer du nord et en partie dans les mers arctiques.

Ces différences sont trop essenlielles pour qu'on ne doive pas, à l'avenir, séparer les œsars du diluvium proprement dit. Les matériaux dont ils se composent ont sans doute été transportés primitivement dans les lieur qu'ils occupent, par le même agent (selon nous , le grand glacier qui recouvrait toute la Scandinavie); mais leur forme et leur structure actuelles sont dues à des influences subséquentes qui n'ont pas agi de la même manière sur le diluvium de l'intérieur.

E. D. 30. n. ForcliliiiiiiiiAep me semble être de tous les au- ^^pi'»*^»" "i" »••»• teurs celui qui a donné l'explication la plus satisfaisante des œsai^, en les rattachant au soulèvement lent de la côte Scandinave. Il existe le long des côtes du Jutland et des iles danoises des bancs de sable et de cailloux qu'on désigne sous le nom de taveler^ et qui se maintiennent à un niveau constant, à peu près à fleur d'eau, de manière à rendre la navigation tiès-difOcile le long des côtes. Ces raveler, qui rappellent à bien des égards les cordons littoraux de n. Elle de Beaumoiit , sont surtout fréquents entre le Mariagerfiord et le Liemfjard, s'accroissent continuellement par l'eflet des vagues qui viennent y déposer de nouveaux matériaux amenés de la plage. Suivant la force du vent et la violence des vagues, les matériaux accumulés sont plus ou moins grossiers, et ce sont ces alternances qui déterminent la stratification imparfaite qu'on remarque dans tous les œsars.

E. D. 31 . Quelquefois on rencontre aussi à la surface des césars de *^*" gros blocs anguleux^ qui afleclent même des positions très-bizarres, "*^" dwl comme ceux que H. Daubrée ^ a décrits et représentés. Il est probable que ceux-là ont été déposés par des glaces flottantes*. Les glaçons qui transportaient de pareils blocs devaient, par cela même que leur poids en était augmenté, s'enfoncer plus profondément, et l'on conçoit qu'ils aient été retenus au sommet de ces digues lorsqu'elles étaient sous-marines. On peut présumer dès lors que, si

* BuUet. de la Société géolog.^ t. XIV, p. 573.

* E. D. Suivant HH. HiirebUi«B et de VemevU les blocs anguleux qui entourent le lac Wenjan , en Dalécarlie , auraient aussi été transportés par des glaces échouées.

la surface

les côtes des iles danoises s'élevaient tout d'un coup d'une dixaioe de mètres» on verrait au milieu des surfaces fraîchement exondee^, de nouveaux œsars ou chaussées de géants couronnés çà et là de blocs erratiques.

lannedeTorDéo, E. D. 32. Il cst probafalc que les œsars de la côte orientale de la •otKfoM un port de guédc u'ont pas été exondés tous à la fois, mais successiveroent.

mer. e»t aojoord'bui i ' .

piD8 d'une lieae dtni et uous avous dcs preuvcs certaines que Témersion d'une partie nntériear des terres, (j'entrc cllcs s'cst cfTectuée pendant l'époque historique. II suffit de

rappeler les débris de la cabane qu'on a trouvés dans l'intérieur de l'œsar de Sœdertelge', en creusant le canal qui unit le lac Uxlar avec la Baltique. Â cette époque, le golfe de Bottnie était beaucoup plus large que maintenant , ainsi que l'attestent une foule de menuments historiques. Il suffit de rappeler la ville de Toméo , autrefois un port de mer^ et qui maintenant est à plus dCune lieue (Lvis l'intérieur des terres. Les rives, graduellement mises à sec , se snnî couvertes sur beaucoup de points d'une abondante végétation d^ tourbe , qui est devenue le tombeau d'un peuple aborigène fort différent des Scandinaves actuels par ses caractères ostéologiques , et dont les armes et les ustensiles qu'on trouve associés aux squelettes indiquent un peuple chasseur et pêcheur trés-peu avancé dans la civilisation *. Ces tourbières recèlent en outre les restes d'animaux dont les uns ne vivent plus dans ces contrées , tel que le renne , et dont les autres ont complètement disparu, comme le Bas ums, que H. nrilAon envisage comme la souche de nos bœufs domestiques , et dont il existe un fort bel exemplaire au muséum de Lund '«

* Iijell , Philotophieal Transact., 1835, trad. franc., parai. f^MdMi, dans les Mf» de la SoàéU de$ sdenees natur» de Neuchâtel , vol. !•'. — L'usage a consacré le use d*asar, au singulier comme au pluriel , quoiqu'il soit le pluriel du mot ât.

* £. D. Les armes et les ustensiles qui accompagnent ces squelettes au miUeo de tourbes sont tous , sans exception , taillés en pierre à feu , tandis que les armes ^ accompagnent les crânes de race celtique sont en bronze (voy. sur ce sujet Yimfnçt remarquable de BU. 1vIIm»b).

* E. D. Le fait suivant nous fournit la preuve évidente que ce bœuf était cootncf»rain du peuple chasseur mentionné ci-dessus. L'une des apophyses dorsales da iq\£tlette du Muséum de Lund est percée d'un trou qui se continue dans l'apophyse de ia vertèbre suivante. Ce trou est entouré d'une callosité qui indique que la Messiire s'e: cicatrisée pendant la vie de l'animal. En examinant attentivement ce trou, ■• ■■«■ s'est assuré que sa forme correspond exactement à celle des lances eo pierre i fec, qui étaient l'arme principale de ce peuple.

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