‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 124 sur 216 · II · texte numérisé non relu

II

midi est formée de granit : la nature et la composition minéralegique des matériaux déposés au sud de la Baltique dans les parties méridionales de la Suède , montre qu'ils proviennent des collines basses et mamelonnées de la Suède et de la Finlande plutôt que des hautes régions. Les blocs ont été saisis sur presque toute la surface des contrées soumises aux actions erratiques , même dans les régions situées au midi de la Baltique , témoins les blocs de calcaire jurassique de la Pologne et ceux de calcaire à bélemnites du nord de l'Allemagne ; mais ces roches étant beaucoup moins dures et moins tenaces que les roches granitiques de la Scandinavie, les blocs qui en proviennent sont resserrés dans des zones circonscrites autour de leur gisement originaire , et n'ont pas été transportés à d'aussi grandes distances. Puisque les blocs erratiques proviennent principalement de l'intérieur des contrées Scandinaves et non de k bande montagneuse située entre la Norwége et la Suède, on ne peut admettre que la glace qui les a transportés ait été détachée de glaciers situés entre les montagnes sur les rivages extérieurs du bassia diluvien ; une semblable origine pourrait être vraie pour quelques blocs provenant des régions élevées ; mais ce n'est pas le cas général. Il y a eu dans ce phénomène des circonstances locales d'une certaine complexité ; mais l'explication qui me parait la plus simple et qui rend le mieux raison de l'ensemble des faits, est celle que j'ai développée dans le mémoire déjà cité : elle consiste à supposer que pendant les hivers de la période diluvienne, plus froids qu'ils ne le sont aujourd'hui , des glaces d'une assez grande épaisseui* se sont formées sur des côtes basses et ont emprisonné les blocs qui s'y trouvaient , et ensuite ayant été mises à flot lors des débâcles du printemps, elles les ont transportées au loin*(?) Ce phénomène, qui se produit encore aujourd'hui , sur une petite échelle , sur les côies de la Baltique, sur les bords des fleuves et des lacs du nord de l'Europe , a dû avoir lieu pendant toute la série d'années où s'est faite rémersion graduelle des contrées Scandinaves , émcrsîon par suite de laquelle les niveaux relatifs des roches et de la surface de? eaux ont varié d'une manière successive.

Il est plus diOîcile d'expliquer le transport des blocs erratiques que l'on rencontre fréquemment sur le haut des sommités irès-êlê-

véesy sur Areskuttaû , par exemple , à une altitude de 1484 mètres; mais ces blocs sont , en général ^ beaucoup moins gros que ceux des contrées basses ; leur volume dépasse rarement 2 mètres cubes, leurs angles sont aussi mohié aigus ; ils sont analogues à ceux que Ton trouve à l'intérieur des dépôts de débris entassés confusément sur le penchant des collines ; leur transport se conçoit plus aisément , sans qu'on ait besoin de recourir à des glaces flottantes S que celui de blocs ayant un volume de plus de iOO mètres cubes et ne présentant aucune trace de frottement.

J. D. 48. Dépôts formés dans les ravins sur les flancs des hautes montagnes en Suède et en Norwége. — J'ai encore à signaler une manière d'être sous laquelle se présentent quelquefois les dépôts de transport de la Scandinavie , mais seulement dans les régions montagneuses de la Suède et de la Norwége, et cette manière d'être est la seule qui me paraisse offrir quelque analogie avec les moraines des glaciers : ce sont les dépôts occupant le fond des ravins ou de vallons étroits, fortement inclinés, peu étendus en longueur et aboutissant à une crête de montagne ou à un plateau élevé (fig. 8). On y voit une accumulation confuse de débris de diverses grosseurs, laquelle diffère des œsars diluviens , non-seulement par la forme , mais aussi en ce qu'il s'y trouve généralement moins de sable et de menus détritus, et en ce que les fragments, bien qu'un peu usés par frottement, ne sont pas arrondis comme dans la plupart des œsars, au lieu de provenir de lieux éloignés, ils ont été détachés du mas* sif montagneux sur le penchant duquel ils se trouvent ; les torrents ont habituellement creusé leur lit au miUeu de ces dépôts ^ et y ont fait des coupes sur lesquelles on peut en étudier la composition. On en voit beaucoup d'exemples dans les ravins ou petits vallons qui descendent du Dovre, du Langfjeld etc., et débouchent dans les vallées principales ; sur le penchant d'Areskuttan et des montagnes qui séparent la Suède de la Norwége. On voit des accumulations de débris du même genre dans les ravins ou découpures que présente le flanc des montagnes dans les Alpes et les Pyrénées.

* D. A. Pour dé certains blocs et matériaux les glacés flottantes ont fait le transport dit-on , a-t-on dit , mais pour d'autres blocs et matériaux leur transport se conçoit plus aisément , et on ajoute : sans avoir besoin de recourir à des glaces flottantes. En 1862 nous sommes assez osé pour dire : les glaciers monstres les ont déposés.

J. D. 49. Remarques sur l'origine de ces dépôts. — Les partisans Je l'école glacialisle considèrent ces dépôts comme d'anciennes moraines; cependant leur origine est problématique, et peut se rattacher à des causes diverses : ainsi ils peuvent avoir été formés ('.ir des courants boueux ou d'énormes avalanches de débris provenai:t d'une fonte subite de neiges et de glaces , ou bien ils peuvent être le résultat d'une accumulation de détritus entraînés de dessus la peuie des rochers à la fonte des neiges , qui a lieu chaque printemps : c'est surtout dans le nord de l'Europe que la surface des montagne? est couverte de débris, et souvent il est presque impossible de vûi: la roche en place. Au-dessous des grandes plaques isolées de névt, qui sont couchées sur le flanc des hautes sommités , dans les crevasses ou les ravins , et qui forment comme des glaciers éphémèrei, j'ai remarqué des amas souvent fort considérables de gros et petili fragments, de menus détritus , constamment imprégnés d'eau parla fonte des névés, et formant une masse boueuse qui glisse le long de b pente du terrain , et coule sous les pieds lorsqu'on se hasarde à marcher dessus. Il en résulle des dépôts qui sont égalisés par les eaux , d qui ressemblent à ceux que l'on trouve aujourd'hui dans les ravins, à un niveau beaucoup plus bas , à 500 mètres seulement au-dessus de la mer. Quelle que soit l'origine de ces derniers , il faut distioguer les actions locales qui les ont produites des actions générale.^ qui ont formé les dépôts des grandes vallées ou des plaines , et qui ont produit de profondes érosions sur le flanc des montagnes, k n'ai point vu dans ces ravins de stries ni de sillons disposés dans le sens de leur inclinaison ; mais , sur les rochers qui les bordent oo voit très-souvent des stries peu éloignées de l'horizontalité, disposées parallèlement à Taxe des montagnes, c'est-à-dire dans un seus à peu près transversal à ces ravins.

J. D. 50. Disliîiction des acliom locales et des actions générales faelle à Areskuttan. — Sur le massif d'Areskultan , qui est formé df micaschiste , la distinction est facile à faire ; dans le ravin le louj duquel descend le torrent qui fait mouvoir les soufllels de l'usine à cuivre d'Husœ , est un dépôt formé de gros fragments non arronJii et de menus détritus de micaschiste détachés de cette montagne, ^h descendus de la crête vers le lac Kalln ; mais sur le versant septentrional de cette montagne on voit en beaucoup d'endroits une jni-

Page 1