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ZONE ERRATIQUE

donner naissance à un glacier qui serait nécessairement d'une faible épaisseur, et si Ton supposait que ce glacier s'avançât du nord vers le midi , comme cela aurait eu lieu en Suède et en Finlande y il aurait été fondu avant de pouvoir parvenir à une grande distance de son origine; car même au Spitzberg, à la limite des neiges perpétuelles, sous un des climats les plus froids et les plus neigeux que Ton connaisse, des surfaces inclinées de quelques degrés seulement et tournées vers le midi se dépouillent de neige pendant la courte durée des étés.

Les glacialistes qui ont voulu appliquer leur théorie au nord de l'Europe ont raisonné en général dans la supposition de glaciers locaux et circonscrits aux rochers d'où ils étaient partis; nous avons vu qu'il y a eu en effet des actions locales , mais que la disposition des grands systèmes de sulcatures atteste l'existence d'actions générales, développées dans un même sens sur une grande étendue de pays, ce qui est aussi confirmé par l'orientation des oesars, et par le transport des blocs erratiques que l'on trouve au nidi de la Baltique, à des distances de plus de 200 lieues de leur )rigine.

J. D. 54. Inclinaison de la zone erratique dans la Suède orientale. — Nous avons reconnu dans la partie orientale de la Suède un grand jystème d'érosions , tout à fait continu , qui s'est étendu sur 750 kiomètres de longueur, depuis le lac d'Œstersund jusqu'aux environs le Calmar; or supposons que l'on trace une ligne droite suivant la lirection moyenne de ce système de stries (N. 22" 1/2 0.) : elle s'éendra de la rive occidentale du lac d'Œstersund jusqu'aux environs le Nykôping, sur une longueur de 480 kilomètres. Si les agents îrosifs sont partis non du bassin d'Œstersund, mais de sommités jituées plus au nord , ils ont dû descendre dans cette dépression )our la traverser ; car elle est disposée obliquement à leur direc- ;ion, et ils ont tracé des stries sur ses bords, aune altitude de Î04 mètres au-dessus de la mer : par suite , la pente moyenne du errain sur lequel s'est effectué le mouvement des masses érosives, lepuis ce lac jusqu'au littoral des environs de Nykôping , est de î04/480,000 ou 0,000,633 ou 2'.

Si, faisant abstraction des dépressions du terrain, on suppose un 3lan incliné passant par les plus hautes sommités situées au nord-

nord-ouest du lac d'Œstersund, à une distance de 90 kiloinètre> environ , dans le voisinage du lac de Holagm^ et dont la hauteur est inférieure à 1200 mètres ^ ce plan, s'abaissant avec une pente ui:iforme vers la côte de Nykôping , et passant au-dessus de toutes Ici hauteurs situées sur le trajet des agents erratiques , aurait eu, sur 570,000 mètres de longueur, une inclinaison de 1200/570,00^) ou 0,002,105 ou 7'. Cette pente est beaucoup plus petite que celle de la limite supérieure du terrain erratique de la vallée du Rhône, depuis le Grimsel jusqu'au Chasseron (20' 10") *.

On n*a pas observé de glaciers dans les Alpes , et je n'en ai pas tu non plus ni n Spitzberg ni en Norwége , qui se meuvent sur une étendue de quelques kilomètres ik une pente notablement inférieure à 3 degrés*; l'inclinaison de leur fond est à la Tcn:; moindre que celle de leur surface supérieure , mais eu égard à la puissance que peu\er* avoir les glaciers , il est peu probable que la pente de leur fond s'abaisse au-dessous d nn degré ou même d'un degré et demi ; il est donc difficile d'admettre qu'aotref^iî^ it^ glaciers aient pu franchir les plateaux de la Suède orientale avec une pente de quelqu-^^ minutes.

J. D. 55. Les agents érosifs ont traversé une série de platis inclin :$ à pentes opposées. — Il n'y a pas lieu, en Suède, de déterminer ia limite supérieure du terrain erratique, comme l'a fait H. Elle 4e Beaumoiit' pour la vallée du Rhône dans les Alpes, car les agents erratiques n'ont pas suivi une vallée ou un bassin ; mais ils ont traversé une série de plateaux et de vallées , et ils ont laissé leurs trace> sur les hauteurs comme dans le fond des dépressions. Mais pour bien connaître leur allure, il ne suffît pas de déterminer, comme nous venons de le faire , l'inclinaison maximum de leur surface ioférieure, en supposant qu'elle ait formé un plan incliné unifoinit': il faut aussi examiner les ondulations principales de cette surface; or ces ondulations présentent une série de plans inclinés en divers sens , de pentes ascendantes et descendantes , en rapport avec les

* Annales des sciences géologigues. ~~ Note sur les pentes de la limite supérieure 4e la ione erratique, par M. ^Ue de Beftamonl.

* D. À. Les glaciers en activité dans les Alpes et partout ailleurs progressent àtru toutes les directions, en longueur, largeur et hauteur, en raison de leurs masses ^n-raies et locales ; la pente est d'une très*faible influence ; non- seulement un glacier ec cadré dans un terrain plat de niveau progresse, mais il peut progresser en monias! ut« plans inclinés (Dollffiu-AaMiet , observations de 1844-1862).

*D. A. mOÊ, de Charpentier, «nyol, nieller von der lilnth et grand noxLrr de glacialistes.

lignes de partage des eaux : ainsi, en quittant le bassin silurien du lac d'Œstersund , les agents erratiques ont dû s'élever jusqu'aux plateaux de Loos, situés il myriamètres plus loin, qui séparent cette dépression de celle du lac Siljan. Dans cette partie de leur trajet , ils ont donc eu un mouvement ascensionnel , et ils ont atteint une élévation de 400 mètres, supérieure d'une centaine de mètres au niveau du lac d'Œstersund ; ensuite ils sont redescendus , en se dirigeant toujours vers le sud-sud-est, et parcourant des surfaces diversement ondulées. Mais si on considère la partie occidentale du même système d'érosions, on voit qu'à partir de la contrée d'Œrebro, située entre les lacs Hjelmar et Wenern, et dont le niveau moyen est inférieur à 100 mètres, les agents erratiques ont eu de nouveau un mouvement ascensionnel pour atteindre le plateau d'Ecksjô et Wexiô , situé entre le lac Wettern et la côte de Calmar, et dont l'altitude varie de 3 à 300 mètres. Il en est de même des forces érosives qui ont strié les sommets de l'Omberg, du Taberg, du Billingen et du Kinnekulle, élevés aussi de 2 à 300 mètres ; mais ces forces agissaient du nord-nord-est vers le sud-sud-est, et dérivaient probablement du golfe de Botlnie ; d'ailleurs au nordnord-est de ces cimes isolées il n'y a que des collines beaucoup plus basses.

J. D. 56. Le système sulcateur de la contrée d'Âreskuttan a eu un mouvement ascensionnel. — Le système sulcaleur le plus développé dans la contrée d'Areskuttan, entre le lac d'Œstersund et le col de Skalstitgay sur la frontière de Norwége, s'est avancé, comme nous l'avons vu , de l'ouest-nord-ouest vers l'est-sud-est , et s'est élevé jusqu'au haut de la rime d'Âreskuttan , à 1484 mètres; mais dans la zone dont il dérive, la sommité la plus haute est celle de Kelahogen (1262 mètres); ainsi en admettant qu'il en soit parti, il aurait eu un mouvement ascensionnel, et se serait élevé à 222 mètres plus haut que son point de départ; d'ailleurs, avant d'arriver à Areskuttan, il a dû traverser le lac de Tengsjôn, élevé seulement de 448 mètres, et qui en entoure la base du côté occidental, et sur le bord duquel on voit des stries dirigées de la même manière (ouest-nord-ouest).

Un autre système d'agents érosifs a envahi la côte occidentale de la Finlande en s'avançant du golfe de Bottnie vers le sud 35 degrés

ouest; ces agents se sont élevés jusqu'à un niveau presque toujours inférieur à 100 mètres; ils ont marché sur un plateau ondulé, tantôt en montant, tantôt en descendant, et se sont ensuite abaissés vers la partie méridionale du lac Ladoga et le golfe de Finlande^ où ils ont tracé des stries exactement parallèles à celles que l'on voii sur la côte orientale du golfe de Bottnie. Ils ont donc parcouru une distance de 5 à 600 kilomètres sur des surfaces plates et faiblement ondulées, dont l'inclinaison moyenne est nulle, puisqu'ils som partis du niveau de la mer pour y revenir*.

J. D. 57. Lors de la période diluvienne^ la surface de la Scandinavie n'a pu former un plan incliné disposé favorablement au mouvement des glaciers. — Il est évident que si les érosions et les dêpOu de transport de la Suède et de la Finlande avaient été produits par des glaciers , ils auraient dû se développer et se mouvoir dans d*" tout autres conditions que les glaciers actuels*. Il semble que Ton éviterait ces difficultés en supposant , comme le conçoit H. MmmH^ que les niveaux relatifs des diverses parties de la Scandinavie aient été autrefois fort différents de ce qu'ils sont aujourd'hui ; mais comme les surfaces sur lesquelles se sont mus les agents erratiques sont alternativement inclinées dans les deux sens, de la même manière que les côtés opposés de toits successifs, dont les arêtes sont représentées par les lignes de partage des eaux ; comme ces surfaces offrent sur de grandes étendues de terrain des pentes , tanlût ascensionnelles, tantôt descensionnelles, il faudrait supposer que les phénomènes qui ont produit l'accidenlation générale de ces con< trées , ou la disposition des lignes de partage des eaux , sont posté* rieurs à la période diluvienne, ce qui est tout à fait inadmissible.

D'ailleurs, si l'on considère l'immense étendue des contrées où s'observent des stries et des sillons disposés dans le même sens et venant des mêmes points, on reconnaît qu'il faudrait supposer d'énormes changements de niveau pour y faire naître des plans in-

* D. A. Les glaciers en activité nous expliquent parfaitement ce mouvement asceosionnel de 222 mètres , de même que la marche sur un plateau ondulé, tantôt en mus* tant , tantôt en descendant. Les glaciers ont ces habitudes de locomotion : c*est q» allure irrégulière qui n'étonne aucun glacialiste.

*D. A. Les glaciers en activité eu 1862 ont les mêmes allures, le même régime qu'avaient leurs aïeux, les glaciers monstres. Des siècles nombreux, je dirai plus, des siècles très-nombreux nous séparent de cette époque.

AGENTS ERBATIQUES. 443

clinés , tels que ceux sur lesquels se meuvent aujourd'hui les glaciers : ainsi , par exemple , pour que le sol de la Finlande eût offert aux agents erratiques qui l'ont traversée sur 500 kilomètres de longueur, de Camle-Carleby jusqu'à l'extrémité du golfe de Finlande, un plan incliné de 1 degré seulement, il aurait fallu que le bord oriental de la dépression du golfe de Bottnie, sur lequel on voit des stries s'élever au nord-nord-ouest vers le sud-sud-est, fût plus élevé de 8726 mètres que la côte de Yiborg pour un plan incliné d'un demi-degré seulement, la différence de niveau aurait dû être de 4363 mètres ; bien peu de géologues admettront qu'une déformation aussi énorme se soit opérée depuis la dernière période géologique. D'ailleurs la présence des coquilles marines que l'on trouve à la partie inférieure des œsars de la contrée d'Upsal démontre qu'à cette époque le golfe de Bottnie était un fond de mer comme aujourd'hui; et l'ensemble des faits généraux que l'on observe en Scandinavie porte à croire que la partie centrale de cette contrée a éprouvé depuis la période erratique une élévation de niveau plutôt qu'un affaissement.

J. D. 58. Difficultés relatives à la traversée des golfes de Bottnie et de Finlande ainsi que de la Baltique. — Que les agents erratiques, qui ont strié la surface de la Finlande, proviennent du golfe de Bottnie ou de la partie de la Suède qui est située entre le 64<^ et le 69^ degré de latitude, il y a une égale difficulté pour la théorie glaciaire, dans le premier cas à considérer le golfe de Bottnie comme ayant été le berceau des glaciers , dans le second cas à leur faire traverser cette profonde dépression pour remonter sur les collines de la Finlande. La difficulté est encore compliquée par ce fait qu'une partie des masses érosives a dû franchir le golfe de Finlande et la Baltique, vu que sur les iles qui s'y trouvent, ainsi que dans le nord de la Russie et de l'Allemagne on a observé des érosions semblables à celles de la Scandinavie.

On voit que la théorie glaciaire offre des difficultés très-graves et incontestables S quand on veut l'appliquer au nord de l'Europe ; et les glacialistes doivent penser que si beaucoup de géologues la repoussent , ce n'est pas par esprit de système , mais parce qu'ils y

* D. À. La théorie glaciaire explique parfaitement ces faits , et c'est la seule théorie qui peut les expliquer.

trouvent des obstacles fort difficiles à lever. Je reconnais if ailleurs que les glaciers peuvent user, polir et strier les rochers, transporter <U gros fragments loin dé leur gisement ' ; mais la nature a bien des ma* nières de produire les mêmes effets : la minéralogie , la géologie et la chimie nous en offrent de nombreux exemples.

D'ailieurft je ne puis comprendre qu'un changement de climat , tel que le comporta l'état de nos connaissances en géologie et en physique terrestre, puisse donner lieu i un développement de glaciers aussi gigantesque tant en puissance qu'en superficie, et puisse déterminer leur mouvement dans des conditions tout autres que celles où a lîfa le mouvement des glaciers actuels.

J. D. 59. Coup'iTœil sur les théories proposées pour expliquer les phénomènes erratiques du nord de l'Europe. — Les faits que j'ai exposés montrent qu'il serait prématuré d'établir une théorie pour expliquer dans tous leurs détails les phénomènes erratiques du nord de l'Europe: ils sont beaucoup plus compliqués que je ne le pensais, lorsque je les étudiai , il y a sept ans, en Finlande, où ils se présentent avec des caractères bien plus uniformes qu'en Suède et en Norwége; du reste, ils ont été jugés par la plupart des observateurs plus simples qu'ils ne le sont réellement. Vu la grande étendue des pays dont la surface a été érodée ; vu leur inclinaison , qui est seulement de quelques minutes pour la Suède, et qui est même nulle pour la Finlande ; vu l'absence de masses montagneuses offrant des conditions de structure, d'élévation et de position locale analogues à celles que présentent les Alpes ; vu que les érosions de la Suède et de la Finlande n'offrent point une disposition divergente à partir des plus hautes sommités , on ne peut appliquer aux phénomènes erratiques du nord l'hypothèse d'une fusion instantanée de neiges et de glaces, que l'on a imaginée pour expliquer ceux des Alpes et des Pyrénées*. Ce sont à peu près les mêmes objections qui ne permettent pas d'admettre la théorie des glacialistes , car les cir-

* D. Â. M. Daboeher dit : Je reconnais d'ailleurs que les glaciers peuvent user

Les glacialistes disent : les glaciers, dans les altitudes où ils ne sont pas adhérents an sol , usent les surfaces. A des altitudes supérieures, étant adhérents, ils ne sauraient mer les roches.

*D. A. Les glacialistes n'ont jamais admis une fusion instantanée de neige et de gbcf. Les glacialistes n'inventent rien : ils s'adressent aux glaciers directement et non aux professeurs , et attendent avec calme et sans idées préconçues les réponses qui leur soat transmises et que chacun peut vérifier ; le grand livre de la nature est ouvert à tout k monde.

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