‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 127 sur 216 · THÉORIE D£S PHÉNOMÈNES ERRATIQUES · texte numérisé non relu

THÉORIE D£S PHÉNOMÈNES ERRATIQUES

constances dans lesquelles la théorie d'une fusion de neiges el de glaces est applicable sont aussi celles qui facilitent le développement des glaciers. La théorie qui parait s'appliquer le mieux au nord de TEurope est celle qui suppose une émersion brusque de la Scandinavie, plongée antérieurement sous les eaux de la mer; pour rendre compte de la disposition des divers systèmes de sulcatures , il faut supposer qu'il y a eu, non pas un soulèvement unique en un poinl central , mais plusieurs soulèvements locaux dont les centres et les axes correspondent aux points d'où sont partis les divers systèmes d'érosion; ainsi d'énormes masses d'eau ont été mises en mouvement et poussées dans des sens différenls. Beaucoup de ces soulèvements ont dû être simultanés, mais probablement pas tous ; il est vraisemblable qu'ils ont eu lieu pendant une certaine période de temps. Les systèmes de sulcatures affectent en général une disposition rayonnante , et , comme nous l'avons vu , il en est que l'on peut réunir ensemble , ou considérer comme les branches d'un système général produit par le soulèvement d'une même région. Cependant il ne faut point altacher à cette manière de voir une importance fondamentale ; elle me parait convenir mieux que les autres à l'ensemble des faits connus, mais elle donne lieu aussi à quelques difficultés ; ainsi on n'a pas de preuve positive qu'à l'époque antédiluvienne la Suède et la Norwége aient été plongées dans une grande partie de leur étendue sous les eaux de la mer. Comme le phéno-* mène parait être complexe et qu'il peut avoir été produit par des causes de natures diverses , je pense qu'au lieu de chercher à en donner immédiatement une théorie définitive, il faut attendre que les effets erratiques aient été étudiés sur toute la surface du nord de l'Europe, et que toutes les parties des régions Scandinaves aient été minutieusement explorées. Si une étude semblable des directions des stries était faite dans le nord du continent américain , peut-être éclaircirait-elle les questions épineuses qui, depuis plusieurs années , ont si vivement excité l'atlenlion des géologues.

J. D. 60. Coup'd'œil sur les phénomènes erratiques des Alpes et d>es Pyrénées, comparés à ceiix du nord de F Europe, — Je vais ajouter quelques détails succincts pour indiquer les caractères d'analogie et les différences qui existent entre les phénomones erratiqes du nord de l'Europe et ceux des Alpes et des Pyrénées, que j'ai étu-

diés en 1840 et 1841. J'ai fait connaître en 1841 ^ Teustence des érosions et des blocs erratiques dans les vallées des Pyrénées, et dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences, en avril 1843*, et inséré dans les Voyages en Scandiname (Géographie physique , t. 1er, 2e partie) , j'ai exposé les principaux faits que j'avais observés dans les Alpes et les Pyrénées. Depuis l'époque où ce mémoire a été présenté à l'Académie , M. de CoUeyno' et H. B«pont^ ont publié des observations très-intéressantes sur les phénomènes erratiques des Pyrénées.

J. D. 61 . Des érosions dans les Alpes et dans les Pyrénées. — Les érosions tracées à la surface des rochers en Scandinavie , dans les Alpes et les Pyrénées présentent à peu près les mêmes formes ; od y voit des surfaces mamelonnées, moutonnées et polies ; des sillons cylindroïdes de quelques pouces de largeur, accompagnés de strit^ ayant seulement quelques lignes de diamètre et quelquefois si fines qu'elles ne s'aperçoivent qu'à l'aide du reflet de la lumière. Les sulcatures des Alpes et des Pyrénées offrent souvent, comme en Scandinavie, une allure un peu ondulée, et quelquefois d'uo même centre on voit partir plusieurs sillons et stries qui vont en divergeant; j'en ai représenté (iig. 2) un exemple dessiné dans la vallée de l'Aar, entre le Grimsel et la Handeck. Dans la vallée de la Tète- Noire, qui conduit à Valorsiney on voit sur un monticule de poudingue un exemple analogue (fig. 10) : d'un sillon lai*ge d'environ 20 centimètres on voit partir une multitude de stries divergentes ; ce sillon forme une entaille cylindrique creusée sur une paroi de rocher très-inclinée ; il a (en A) une profondeur de 10 à 12 centimètres.

Quelquefois les stries semblent aller en montant' vers la partie inférieure des vallées , comme on le voit (fig. 7) dans la vallée de

' Cùmptes rendus de VAcad. des sciences ^ séance du 2 novembre 1841.

* Comptes rendus de VAcad. des sciences^ séance du 3 avril 1843.

^ Mémoire sur les terrains diluviens des Pyrénées Annales des sciences géohgifua,

* Annales des mines, 1844.

*D. A. Les vallées n'ont pas besoin de se resserrer pour que les stries aiUeot {àlti ce semblent pas aller) en montant , c'est-à-dire que leur direction n'est pas parallèle à U pente de la surface du glacier ni à celle suposée du fond de la vallée qui les encaisse. Les glaciers , nous le répétons (on ne saurait assez le dire) , progressent , s'éleodrot ,

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