BLOCS ISOLÉS
La même incertitude se retrouve encore dans les endroits où ce terrain a pu être atteint par les eaux courantes, qui, ayant emporté , ou du moins déplacé les débris , les ont mêlés avec le diluvium. C'est le cas aux deux extrémités du terrain erratique, c'està-dire, à l'est, entre Soleure et Seeberçy et à l'ouest , entre Gex et Genève. En effet, la masse considérable d'eau qui pendant longtemps a dû se verser dans le bassin de la Basse-Suisse , n'a pu en sortir qu'en passant par ces localités. Il n'est donc pas étonnant que le terrain erratique n'y offre pas une limite nettement tracée. On est réduit à l'y deviner et à admettre que le terrain erratique proprement dit finit où l'on cesse de trouver des fragments bien conservés, et où l'on remarque que le triage des débris commence à s'établir selon le volume (C. 40).
Nous avons fait voir que le terrain erratique se termine 4e quatre manières différentes. Il finit ou par une accumulation en forme de digue ou de bande ^ ou par des débris éparSy ou par se mêler peu à peu au diluvium , ou par se confondre avec les moraines des glaciers actuels.
L'hypothèse que nous exposons rend très-bien compte de ces di- Diguei ou bande» vers accidents. Dans les localités où la pente du sol n'était pas trop abrupte, les débris ont été déposés en forme de digues ou de bandes, dont le volume dépendait de la quantité de matériaux amenés par le glacier.
Lorsqu'un glacier transporte peu de matériaux dans un endroit, Dépôuépupiuéi. ou qu'il les dépose sur un sol trop incliné pour qu'ils puissent s'y accumuler, il ne forme que des dépôts éparpillés , tels qu'on les observe fréquemment sur la limite du terrain erratique.
Notre hypothèse nous explique également les blocs isolés ou épars non iMié». sur les flancs des montagnes et sur les cimes ou plateaux des monticules ou buttes qui s'élèvent au-dessus du sol des vallées et de la plaine de la Basse-Suisse. Pour se rendre compte de leur état d'isolement, on n'a donc pas besoin de supposer qu'ils ont été amenés par une débâcle et déposés avec de menus débris, ni que ces derniers ont été ensuite enlevés soit par des torrents (dont l'existence est le plus souvent contestée par les accidents du terrain) , soit par une autre débâcle , nécessairement tout aussi considérable que la première.
40 PRÉNOMiNES ERRATIQUES DANS LES ALPES.
Dans les localités qui sont atteintes par les torrents, les débris ne peuvent s'entasser ni former des moraines. Les eaux les entraînent sans cesse et les changent en alluvium. En effet, chaque glacier présente des dépôts alluviens à son pied et en général dans tous les endroits du voisinage où les eaux peuvent déposer ces matériaux. Par conséquent on ne peut rencontrer des moraines dans le cours des torrents des glaciers.
Il a dû en être de même des glaciers diluviens. Il n'est donc pas étonnant qu'on ne trouve pas de moraines ni même de dépôts épars dans les localités qui ont servi de lits aux torrents gigantesques fournis par l'énorme glacier diluvien du Valais. Ces torrents ont dû s'échapper du glacier par les bords latéraux , parce que la chaîne du Jura empêchait tout écoulement par le bord frontal durant tout le temps que le glacier s'appuyait contre son flanc. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur la carte de la Suisse pour voir que les issues des toirents principaux, et par conséquent leurs cours ont dû se trouver, l'un entre Genève et Gex, et l'autre enti'e Soleure et Seeberg. Or dans ces deux contrées il est impossible de reconnaître quelque disposition de débris erratiques en forme de digues ou de bandes , car ces débris s'y confondent entièrement avec le diluvium.
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comprendra facilement pourquoi il s'y trouve indistinctement d'énormes blocs mêlés avec de menus débris ; c'est qu'at/cun triage selon le volume ne peut avoir lieu dans les transports , non plus que dans les accumulations opérées par les glaciers. En revanche, si ces déplacements avaient été effectués par des courants , on ne pourrait pas trouver de gros blocs sur les limites du terrain erratique. On n'y rencontrerait que de minces fragments, parce que, quand un courant en se ralentissant commence à déposer les gros matériaux, il continue néanmoins à en charrier encore d'un plus petit volume étales déposer successivement plus loin , à mesure qu'il diminue de vitesse et par conséquent de force.
'D. A. Voy. notes antécédentes.