‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 15 sur 216 · BLOCS ISOLÉS · texte numérisé non relu

BLOCS ISOLÉS

Lorsqu'on suit le terrain erratique depuis le /ura jusque dans le Valais et qu'on continue cette recherche jusqu'au fond des vallées , on arrive à ne pouvoir plus distinguer les débris qui constituent ce terrain, de ceux que tout le monde reconnaît pour avoir été transportés et déposés par les glaciers actuels ^ Cette transition incontestable du terrain erratique aux moraines des glaciers est , à mon avis , un des faits qui milite le plus en faveur de l'hypothèse des glaciers. Les vallées de Binnen^ de SaaSy de ZermoUy d'Anniviery de Bagnes , de Ferret » de Chamounix etc. sont très-propres à l'étude de ce fait.

Notre hypothèse fournit également une explication satisfaisante de la rencontre fréquente et même du mélange des débris erratiques avec le terrain diluvien. Aucune autre hypothèse ne saurait le faire. Ainsi par exemple celle des courants ne peut l'expliquer. En effet , elle suppose que ces courants ont été doués, ou d'une vitesse capable de projeter par-dessus nos lacs et nos plaines des blocs de plusieurs mille pieds cubes , ou bien d'une consistance assez épaisse pour résister à la gravité de ces blocs. Par conséquent, qu'on admette l'une ou loutre de ces suppositions , il est impossible de concevoir comment ces courants , en transportant ces blocs, auraient pu déposer en même temps des couches minces et régulières de limon, de sable et de gravier, alternant avec des couches de galets et fréquemment entremêlés d'énormes blocs. Les rapports qui existent entre le terrain erratique et le terrain diluvien sont si intimes et en même temps si intéressants, que nous en ferons le sujet d'un paragraphe particulier (C. 84).

L'hypothèse des glaciers nous explique encore pourquoi les défrm erratiques du Valais ne sont pas entrés dans la vallée de la Sariney au delà du village de la Tour-de-Trêmey près de Bulle, et pourquoi on n'en trouve point le long de cette rivière jusqu'au pont de Cor-

' c. H. Semwt'JkMdré de l<ae se refuse à admettre ce fait, car il dit en parlant du glacier des Bois (Bibl. univ. de Genève , t. XXI , p. 144) « que de 0sii«Nire était en « erreur en prenant pour moraines de ce glacier des amas de blocs situés à une dist tance beaucoup plus grande que celle que le glacier atteignait cette année-là (1832).» Quelques lignes plus loin , cet auteur nous apprend « qu'on verra dans un mémoire en- • voyé à la Société géologique de France , que ces moraines supposées sont des blocs t erratiques aussi anciens que ceux qui reposent sur le Mont-Salève et sur le Jura.»

D. A. Voy. plus loin les JJ A. D. André de Xioe.

bières. Lorsque le glacier du Rhône est arrivé dans cette contrée, celui de la vallée de la Sarine avait déjà atteint les environs de la Tour-de-Trême , et il a ainsi empêché le premier de pénétrer plus avant dans cette vallée. A la retraite du glacier du Rhône, celui de la Sarine à encore avancé , mais seulement jusqu'à CorbièreSy poussant devant lui et rejetant sur les côlés les débris que Tautre pouvait avoir déposés. Nous donnons la même explication pour les blocs erratiques venant du Valais, que l'on rencontre éparpillés dans la vallée de la Drance-du-Chablais jusque dans les environs de Vacheresse , et d'après H. Siuder, à quelque distance au-dessous de Saint-Jean-d'Aulps. La seule différence entre ces deux faits consiste en ce que le glacier de la Drancey après la retraite de celui du Valais , n'a pas nettoyé le terrain aussi complètement que celui de la Sarine , mais qu'il a laissé subsister quelques blocs étrangers à la contrée , comme témoins de l'invasion que le glacier du Rhône avait faite jadis dans la vallée de la Drance.

Enfin, l'existence de fragments de roches du Valais dans quelques vallées du Jura, se concilie parfaitement avec l'hypothèse des glaciers.

C'est dans le val de Travers que se rencontrent les dépôts erratiques les plus considérables qu'on trouve dans les vallées du Jura. Ce vallon débouchant près de Boudry dans le bassin du lac de Neuchâtel, il n'est pas du tout surprenant que le glacier diluvien du Rhône y ait pénétré jusqu'à Couvei et à Motiers et qu'il y ait déposé des débris.

H. Thurmann rapporte (Essai sur les soulèvements jurassiques , cah. S, p. 38) que ces débris «entrent très-avant dans l'intérieur «des bassins jurassiques, qu'ils encombrent les parties inférieures c du val à*OrvinSf qu'ils montent très-haut dans le petit val de Vauf- € félin y où il s'en trouve considérablement, et qu'ils occupent, «quoique toujours en diminuant quant à leur nombre et à leur «grosseur, les vais de Péry, Saint-Imier, Tavannes et Bellelay.^ Cette dernière circonstance , savoir la diminution de volume de ces débris, autorise à croire que les débris venant du Valais que l'on trouve dans ces quatre vallées, ne font plus partie du terrain erratique, mais appartiennent au diluvium déposé par les torrents s'échappant de la portion du glacier qui près du Chasserai menaçait

du temin emiiqne.

d*envabir le val Saint-Imier. Le galet de Gabro trouvé par H. étudier près de Pierre- Per luis (Monographie de la molasse, p. 224), peut Irès-bîen y être arrivé de la même manière. Quant aux débris qu'on rencontre dans les vais d'Orvins et de Vauffelitiy il ne paraît pas douteux qu'ils n'y aient été déposés par le glacier même qui a pénétré jdsque-là par le défilé de la vallée de la Suze. En effet, le plateau qui au-dessus du village de Bœzingen domine à l'est l'entrée de cette gorge, présente beaucoup de blocs erratiques plus ou moins espacés.

C. 55. Le Valais est, de toutes les vallées de la Suisse , celle qui ***»<*"• a fourni le plus de débris erratiques. Mais c'est aussi celle dont les débris , dispersés le plus loin , sont par conséquent répandus sur la plus grande surface.

En effet, on en rencontre dans toutes les vallées du bassin du Rhône , et sur les flancs de ses montagnes, où ils s'élèvent à une hauteur que nous avons déjà fait connaître (C. 53).

Ils sont également dispersés sur toute la plaine entre les Alpes et le Jura, dès Soleure jusqu'aux limites orientales du canton de Genève. Mais ils y sont distribués d'une manière fort inégale. Il y a des localités où l'on en rencontre un grand nombre, tandis qu'il y en a d'autres où les débris erratiques sont fort rares. Nous avons déjà fait remarquer (C. 52) combien la population et l'industrie ont contribué à produire cette différence. Mais ce serait une grande erreur de l'attribuer uniquement aux progrès de la civilisation ; car il y a des contrées où les hommes n'ont pas encore sensiblement changé la surface du sol^ et où cependant on ne trouve point ou presque point de débris erratiques. Il est possible, il est même probable que, dans la plupart de ces contrées, les débris ont été ensevelis sous le diluvium. Mais il y a d'autres localités où cette probabilité n'existe pas, et où il est évident que jamais il n'est venu de débris erratiques , quoique les accidents de terrain n'aient dû opposer aucun obstacle à leur dépôt. Nous ferons connaître plus loin comment il a pu arriver que des terrains d'une étendue considérable n'aient jamais été recouverts de débris erratiques. Enfin on sait que ce terrain atteint une grande hauteur sur le flanc méridional du Jura (C. 53). C'est sur la limite que se trouvent presque constamment le plus de débris. Ils forment, depuis Provence jus-

qu'au delà de Beaulmes^ une lai^e bande, rarement disloquée. Nous avons fait voir plus haut (C. 48) que, à l'exception du plateau du Jorat et des environs de Lausanne et de Marges , la Basse-Suisse ne présente pas de ces accumulations en forme de bande ou de digues.

Le terrain erratique de la vallée du Rhône occupe une beaucoup plus grande étendue de terrain que les débris fdbrnis par aucune autre vallée de la Suisse.

Partant de l'hypothèse des glaciers, nous sommes conduits à conclure en quelque sorte a priori que le glacier du Valais a dû être infiniment plus grand qu'aucun de ceux qui ont aussi atteint la Basse-Suisse. En effet, il ne peut pas en être autrement, et cela résulte de la manière la plus évidente de la situation même de celte vallée. Si nous jetons les yeux sur la carte de la Suisse, nous verrons d'abord que le Valais est la seule vallée des Alpes qui, sur les quatre cinquièmes de sa longueur, soit constamment bordée par les deux plus hautes chaînes de ce système de montagnes. Nous remarquerons de plus que la vallée du Rhône est de toutes les vallées du versant septentrional des Alpes, celle où aboutissent le plus de grandes vallées latérales prenant toutei^ naissance sur des montagnes assez élevées, pour être encore aujourd'hui couvertes de glaciers. Celte vallée réunissait donc les conditions les plus favorables pour que son glacier pût acquérir le plus grand développement , et pour que, par conséquent, ses débris erratiques pussent être dispersés sur une beaucoup plus grande surface que ceux des autres vallées.

Vâiiéet qui d«boa. Indiquons maintenant les vallées qui débouchent dans le bassin

ch«i d.». I. i».«n jg j^ Basse-Suisse, en les rangeant d'après l'étendue de la disperde la Baise-SttiMe et .

leon vauéei laténiei. siou de leurs déhris erratiques ; ajoutons-y le nombre de leurs

vallées latérales descendant de montagnes encore actuellement couvertes de glaciers.

A la vallée du miéne aboutissent 32 vallées latérales.

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de la Rmmm

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de la UmmaÉ

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