‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 16 sur 216 · SURFACES FROTTÉES · texte numérisé non relu

SURFACES FROTTÉES

On voit par cette énumération que la vallée du Rhône est celle qui reçoit le plus de vallées latérales et que la vallée de !a Sarine est celle qui en reçoit le moins. Aussi l'on trouve que le terrain erratique le moins étendu est celui de cette dernière. On remarque encore que la vallée de YAar et celle de la Limmat reçoivent autant de vallées latérales l'une que l'autre. Néanmoins, les débris erratiques fournis par la première occupent une plus grande étendue que ceux qui proviennent de la seconde, parce que les vallées latérales de l'Aar sont plus étendues que celles de la Limmat, quoique les unes et les autres prennent également naissance sur le faite de la haute chaîne septentrionale. Il n'est donc pas surprenant que le glacier diluvien de l'Aar ait recouvert une plus grande étendue de terrain que celui de la Limmat.

L'hypothèse des glaciers explique encore pourquoi il y a des localités où il parait n'y avoir jamais eu de débris erratiques, quoiqu'elles aient été couvertes par les glaciers diluviens et que les accidents de terrain n'aient pu opposer aucun obstacle au dépôt. Rappelons-nous d'abord qu'il n'y a guère aujourd'hui de glacier tant soit peu étendu dont la surface soit en entier couverte de débris et que la quantité même de ces matériaux est extrêmement variable. Il a dû en être de même des glaciers diluviens. Il doit y avoir eu des pariions considérables de surface entièrement dégarnies des fragments de roches. Par conséquent, lorsque les glaciers sont venus à se fondre , il n'a pas pu y avoir de dépôts de débris sur le sol qui corres^ pondait à ces portions dégarnies.

G. 56. Les rochers qui se sont trouvés sur le passage de débris suHaeet (hméM. erratiques, et par conséquent en contact avec l'agent qui en a opéré le transport, présentent un accident fort remarquable en relation directe avec le phénomène qui nous occupe. Nous voulons parler de ces marque* de frottement sur lesquelles nous avions déjà appelé l'attention des géologues dans notre petit mémoire de 1834 (p. 15). Ces marques consistent dans Y usure et Y aspect lisse de la surface des rochers , et dans Yarro^idissement de leurs parties saittantes. Il va sans dire qu'on ne trouve cet accident que sur les surfaces anciennes, c'est-à-dire sur celles qui, depuis le transport des débris erratiques, n'ont éprouvé aucune dégradation sensible. On rencontre ces frottements depuis le sol des vallées jusqu'à lu

Umite du terrain erratique. Au delà de celte Ugne , la surface des rochers est raboteuse , comme la cassure fraîche. Au fond des vallées, ou vers leur extrémité supérieure, ces marques d'usure se confondent entièrement avec les frottements produits par les gla* ciers (C. 17). II est même très-important de faire observer que,, à mesure qu'on s'approche du faite des hautes chaînes des Alpes , ces usures deviennent plus prononcées et, en quelque sorte « plus développées. Le Saint-Bernard , leSimplony le Sainl-Gothard ^ le Grimself le col d'AnzeindaZy le Sanetz etc. confirment cette assertion.

Les marques de frottement ne se rencontrent pas uniquement dans les Alpes. On les retrouve aussi sur le revers méridional du Jura, où elles portent le nom de Laves. H. AgaasiB en a donné la description * .

On n'en observe guère dans la Basse-Suisse , parce que les rochers, y étant principalement de molasse, roche tendre et destructible, n'ont pas pu conserver leurs anciennes surfaces. Cependant la gompholile {Nagelfluh) de ce pays en présente quelquefois. Ainsi on trouve des marques bien distinctes de frottement sur les Monisde-Chardonne j sur le Pèlerin ^ sur le Mont-de-Cheseaux etc.

Les roches dures , telles que les granits , les gneiss, les schistes très-quarlzeux , les poudingues de Vallorsine etc. sont celles qui présentent le mieux cet accident*. Lorsque la surface frottée d'une roche présente des rognons de quartz, substance qui résiste singrulièrement bien à l'action atmosphérique, on reconnaît quelquefois striêt. sur ces derniers des stries tellement fines qu'il faut faire usage même de la loupe pour les bien apercevoir. Ces stries , parallèles entre elles, et non à la pente de la montagne, mais plutôt à celle du sol de la vallée , semblent être rayées au moyen d'un fin burin. Le

* Discours d'ouverture des séances de la Société helvétique des sciemes naturelles réunie à Neuchâlel en 4837, p. il.

* Les localités où Toa peut Tobserver sont si' nombreuses qu'il serait fastidieux d*en faire l'énumération ; nous nous bornerons à en indiquer quelques-unes seulement. On trouve des frottements sur le granit à Champé, au Grimsel; sur le gneiss, à MorcU^ i Evionna%^ à Branson ; sur le schiste talqueux quartzeux et sur la serpentine, à Zermattj à Bagnes; sur le poudingue de Vallorsine, à la Poja de Salvan^ au Diahley^ â Alesse; sur le calcaire, à Saint-Maurice^ à Roche etc.

gneiss présente cet accident kEs-Lex^ kBranson, ainsi que les poudingues de VaUorsine à Diabley etc. *

Si Ton se souvient de ce que nous avons dit au C. 17 de TeiTet produit par les glaciers sur les rochers avec lesquels ils se trouvent en contact, on se rendra parfaitement compte des marques de frottement et d'usure des anciennes surfaces de rochers qui ont été atteintes par les débris erratiques ou plutôt par les glaciers qui en ont opéré le transport. Cel accident est donc si facile à expliquer par l'hypothèse qui nous occupe, qu'il serait oiseux d'entrer ici dans de plus grands détails. Il en est de même du fait remarquable que les marques de frottement deviennent plus prononcées à mesure qu'on remonte les vallées et qu'on s'approche des crêtes des montagnes et surtout du faîte des Alpes. En effet, on conçoit aisément que, dans ces hautes régions, l'accumulation des glaces a été non-seulement plus considérable, mais aussi et surtout de plus longue durée que dans les régions basses des vallées. Par conséquent les rochers y ont été plus longtemps exposés au frottement produit par le mouvement des glaciers. Ce fait ne peut être expliqué par aucune des autres hypothèses*.

*G. H»« du TlioB ^ent de faire arranger une terrasse à 200 mètres au-dessus du sol de la vallée de TÂvançon , au sommet de la forêt qui domine sa charmante campagne de Monchalet, près de Bex. Le déblaiement de terres qu^ nécessitait cette terrasse, établie pour qu'on puisse y jouir de la vue magnifique qui de là s'étend sur la plaine de la vallée du Rhône et se prolonge par-dessus le lac Léman jusqu'au Jura , a mis à découvert une portion de rocher, laquelle présente les tranches des couches calcaires qui constituent la montagne. La surface presque verticale du rocher est frottée et lissée d'une manière remarquable et elle offre de ces stries fines et parallèles dont nous venons de parler. Comme cette surface ne se trouve plus abritée contre les agents atmosphériques par les terres et les menus débris erratiques qui l'ont préservée jusqu'à présent , il serait à craindre que ces stries ne disparussent promptement, si m»» du Thon, aimant beaucoup les sciences naturelles et particulièrement la géologie , ne s'était proposé de les garantir de Tintempérie du temps par quelque construction appropriée à la localilé.

*G. Le fameux Boe poil du col de la Fenêtre, près Saint-Bernard, n'est point du tout le résultat du frottement de quelque glacier, comme le prétend M. Aitmamim (Bihliothèque universelle, avril 1839, p. 389). Il suffit de voir sur les lieux cet accident remarquable, pour se convaincre, que jamais glacier n'a été en contact avec ces surfaces polies , qui ne sont autre chose que les parois de plusieurs fissures capillaires et parallèles entre elles. Or celles-ci , comme l'avait déjà dit H. de MiiiMare , se sont frottées les unes contre les autres, sans doute au moment du soulèvement, ni. de Itconhard , qui partage entièrement cette dernière opinion , attribue avec beaucoup de raison l'espèce de vernis qui relève ce beau poli, à une vitrification ou fusion des

KrotioBi iciIméIm.

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(roopt de goofet).

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C. 57. Les surfaces horizatitales et frottées des rochers calcaires offrent fréquemment des creux d'une forme irrégulière de quelques centimètres , soit de profondeur, soit de diamètre. II n'y a pas de doute qu'ils n'aient été produits par de l'eau tombante. On en trouve sur le plateau calcaire de Vérossaz , sur celui de Saint- Triphofiy à Roche ^ à Ardotiy à Sierre (du côté de Geronde) et dans un nombre de localités.

Les surfaces des roches calcaires situées dans le domaine du terrain erratique , présentent aussi des sillons semblables à ceux des lits calcaires des glaciers, pourvu que la roche calcaire présente les conditions que nous avons fait connaître (C. 35).

Nous ne saurions passer sous silence deux érosions fort remarquables, l'une près de Sion et l'autre dans les environs de Bex. La première se trouve à l'extrémité orientale du monticule de Châteauneuf y à gauche de la route de Sion à Mariigny. C'est un rocher de calcaire micacé, escarpé du côté du nord. On remarque sur le sommet une excavation en forme de cuve , d'où descend un silUm vertical creusé dans la paroi du rocher par l'eau qui déversait de la cuve. Cette dernière a été évidemment excavée par une chute d'eau, quoique le monticule ne soit dominé par aucune élévation d'où eût pu venir la cascade.

L'autre accident de ce genre se trouve près de la maison Bei^ tTAMéi , à gauche de la route de Bex à SairU-Mauricc. C'est également une cuve très-régulière au pied d'un rocher sur lequel on remarque encore l'érosion verticale de la chute d'eau qui a creusé la cuve. Ce rocher fait partie d'une butte calcaire sur laquelle il n'existe aucun courant d'eau et où il serait même très-difficile d'en amener poui* rétablir la cascade.

L'hypothèse des glaciers n'explique pas moins bien l'origine des creux et des sillons qu'on remarque fréquemment sur les surfaces plus ou moins horizontales des rochers calcaires. Pour se

masses violemment et rapidement frottées les unes contre les autres (Géohgie des gens du monde , p. i06).

D. A. Certes, Bi. ^to Churpcatter n'a pas tu au col des Pénétres la falraleose paroi roche polie miroir ; les fines stries , les coups de ^u^ et la boue de glacier qui en couvrent une partie, lui eussent dit que c*est positÎTement un glacier qui a fait ce travail.

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