DÉMOLITION ANNUELLE DES GLACIERS
Mais les glaciers supérieurs , qui correspondent à ceux du Spitzberçy ont une puissance beaucoup plus considérable et qui peut s'élever à une très-grande hauteur. Nous voyons que la similitude entre les mers de glace du Spitzberg et les glaciers supérieurs de la Suisse se soutient jusque dans les appréciations numériques.
C. M. 26. Le docteur liatta^ affirme positivement que les gla- cauMB de u démo-
lo'.i >« 1111 • liljon tonnelle dei (la-
ciers du Spitzberg s arrêtent tous au bord de la mer. Scoresby* et^i„, d„ spiubery. SLeilhMi' sont moins exclusifs, c Lorsque, dit le navigateur anglais, la mer est peu profonde, le glacier s'avance à une certaine distance ; quand elle est profonde et habituellement couverte de glaces, comme c'est le cas dans la baie de Baffin, alors, ajoute-t-il^, le glacier s'avance très-loin dans la mer, jusqu'à ce qu'il atteigne le fond de l'eau à une profondeur de quelques centaines de pieds , et en se démolissant il donne naissance à ces montagnes de glace qu'on rencontre si souvent à l'ouest du Groenland.» Un savant qui n'a point visité le Nord, mais qui a étudié attentivement les glaciers de la Suisse, H. André de Iiue, a émis une opinion mixte d'après les données qu'il a puisées dans un des voyages du capitaine llos(i« La voici, copiée textuellement dans son mémoire*^:
c Des glaciers immenses , fermés dans les gorges et dans les val- € lées qui aboutissent à la mer , sont poussés en avant et anûvent € sur une eau profonde; pendant quelque temps la glace se sou- « tient par la force de la cohésion ; mais lorsque la masse qui est c sans appui devient trop considérable pour se maintenir par cette f seule force , elle se rompt et s'enfonce dans la mer aux quatre t cinquièmes de sa hauteur, et , si l'eau est assez profonde , cette c masse est mise à flot. Le glacier continue à s'avancer dans la mer, ( de nouvelles masses s'en détachent, et ainsi se forment à la suite t des temps les chaînes de montagnes de glace. Si la mer a peu i de profondeur dans une baie, le glacier s'avance reposant et glis- L sant toujours sur le fond de la mer , ef c'est ainsi qu'on voit des [ glaciers immenses s'étendre de plusieurs milles dans la mer ,
• Loc. cit,, p. 102 et 260.
« Loc. dt.^ p. 97.
' Loc. cit., p. 135.
* Loc. cil., t. I", p. 108.
' Notice gur les glaces de la baie de Bafin (Bibliothèque universelle de Genève^ t. XII [ , ittératore, p. 288. 1820).
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€ sans qu'aucune masse s'en sépare. Us ont pris, pour ainsi dire, « la place de la mer dans la baie.»
Laissant de côté les glaciers de la baie deBafBn, sur lesquels je reviendrai plus tard , je me bornerai à démontrer :
I. Que les glaciers situés au fond des baies du Spitzbei^ ne s'arrêtent pas au bord du rivage, mais s'avancent sur la mer.
II. Qu'ils ne glissent jamais sur le fond de la mer, mais qu'il> h surplombent, en sorte que la face inférieure du glacier est tri contact avec la surface de l'eau.
C. M. 27. 1o Qu'on examine un plan des baies du Spitzberg, et cent dam la mer. cu particulicr ccux dc BcU-Sound et de Magdalena-Bay, dressés par
les officiers de la Recherche^ ^ on verra que les murs verticaux de> glaciers forment partout des lignes à peu près droites qui barrent transversalement le fond des baies. Or, en décrivant unecourk' concentrique V V V à celle qui passerait par les sommets des muDtagnes dont la base est masquée par le glacier , on pent tracer le pourtour formé par le rivage , car au Spitzberg il n'y a point à^ plage. On voit alors que le fond des baies est arrondi comme (<artout ailleurs. Le mur de glace qui les barre est la corde d'un arc de cercle formé par l'extrémité arrondie de la baie , et dont la partit inférieure du glacier occupe le segment. Ainsi les sept glaciers remplissent de petites baies, et les montagnes qui les séparent suni autant de promontoires.
2^ Jamais je n'ai pu découvrir au milieu de la base de l'escarp^ement du glacier le sol sur lequel elle devrait reposer, tandis que b roche sous-jacente était très-visible aux exti^émités de celte base. Qu'on ne m'objecte pas que la mer noyait le pied de la masse , car à la marée basse on voyait distinctement un intervalle d'un mètre environ entre la glace et la surface de l'eau.
3^ Pendant nos deux séjours à Bell*Sound et à Magdalena*Ba} nous avons vu les deux glaciers se démolir et se retirer graduellement. Comment les morceaux déglace seraient-ils toujours tombt'> dans la mer , si le glacier n'avait pas dépassé le rivage ? Cette démolition continuelle devient un fait inexplicable si Ton suppose que le glacier s'arrête au bord de la mer.
' Voy. ce dernier plan dans ratlas de physique.
Preuve