TEMPÉRATURE DE LA TERRE
diurnes suivaient celles de la température atmosphérique. Ainsi, au Spitzberg, le sol est gelé au fort de l'été à un mètre de profondeur, et la surface n'est réchauffée que par l'action directe du soleil. Il est évident que cette influence ne saurait agir sur la terre que recouvrent les glaciers. La chaleur atmosphérique ne peut pas pénétrer à travers des masses de glace d'une telle épaisseur , et le sol sur lequel elles reposent est nécessairement gelé. Nous avions l'intention de nous en assurer directement: des circonstances indépendantes de notre volonté nous en ont empêché'.
Dans son excellent ouvrage sur la température de la terre', M. le professeur Bi«choff a parfaitement démontré qu'un glacier ordinaire ne saurait fondre sous l'influence de la chaleur centrale, lorsque la température moyenne de la terre qu'il recouvre est égale à zéro. Or il fait voir' que, dans les Alpes, c'est à 2002 mètres d'altitude qu'on trouve cette moyenne. Ce point étant encore à 468 mètres au-dessous de la ligne de séparation des glaciers inférieurs
* ■• ^e de BcaïuBMil a inséré dans le journal VInsiUut , du 15 juin 1886, une
note physico-mathématique sur la relation qui existe entre l'épaisseur que les glaces
perpétuelles peuvent acquérir dans un lieu donné et l'accroissement de température
qu'on observe dans les lieux profonds. Si nous appliquons aux glaciers du Spitzberg les
conséquences qui découlent de ses formules , nous trouverons que la face en contact
avec le sol doit entrer en fusion, et que, par conséquent , l'accroissement en épaisseur
de la masse entière sera nécessairement limité s'ils acquièrent une puissance telle que
leur base se trouve comprise dans une zone de la température terrestre supérieure à
zéro. £n effet, la température moyenne de l'air, au Spitzberg, est très-probablement
— 7 degrés C; mais les températures supérieures à zéro ne pouvant traverser ni la
glace ni la neige qui recouvre le sol pendant toute l'année, nous ne Uendrons pas
compte dans cette moyenne générale des moyennes mensuelles de juillet et d'août, qui
sont supérieures à zéro. La moyenne transmissible par la neige et la glace se trouve
ainsi abaissée à — 9o C. environ. Si nous admettons avec m. léUe de BeMuneat que
l'accroissement de température soit de 1 degré pour 30 mètres à mesure qu'on s'enfonce
verticalement dans la terre , si nous supposons de plus que la conductibilité de la glace
pour la chaleur soit égale à celle de la terre , il faudra qu'un glacier ait 270 mètres de
puissance pour atteindre l'isogéotherme de zéro. S'il dépasse cette limite , il fond. Parmi
les glaciers observés jusqu'ici au Spitzberg, le plus puissant, celui de Horn-Sound, a
121 mètres de hauteur verticale au bord de la mer. Il n'atteint donc pas le point de
rusion , puisque sa base se trouve de niveau avec l'isogéotherme de — 5 degrés C. Mais s'il
était possible de visiter l'intérieur de 111e, on y trouverait probablement des masses de
^lace dont la puissance serait de 250 mètres environ.
* Die Wœrmelehre des Innem uruen Erdkorpen , 1837. > /6td., chap. XVUI.
et supérieurs , nous pouvons établir une nouvelle analogie entre
ces mers de glace et celles du Spitzberg'. Le poids des glaces doit nécessairement entraîner les glaciers vers
les parties les plus déclives , et il agit avec d'autant plus d'avantage
que, pendant Tété, rien ne s'oppose à la progression de leur partie
inférieure.
Progression c. M. 32. Voici du rcstc, sans recourir à aucune hypothèse, com-
et gteier». jjjgjjt jc TOC figurc Ib progrcssiou d'un glacier. En été, d'imraen.^
crevasses transversales partagent verticalement sa masse tout entière en autant de masses cunéiformes secondaires : par conséqueiji sa surface est augmentée de la somme de tous les intervalles que ces crevasses laissent entre elles à leur partie supérieure. Le glacier étant solidement adossé contre les montagnes ne saurait recaler ; c'est donc la partie inférieure, que rien n'arrête, qui se trouve déplacée et poussée en avant. 11 se forme de nouvelles crevasses , le glacier avance encore , et ainsi de suite. Celte progression n'tVi donc ni un glissement ni un affaissement difficiles à comprendre, puisque la glace doit adhérer au sol , mais un démembrement successif. Une comparaison rendra peut-être mon idée plus intelligible: si l'on place de champ , sur son dos , un portefeuille à compartiments, et que Ton appuie l'une de ses faces contre un obstacle , tel qu'un mur, on ne pourra l'ouvrir qu'en faisant avancer la face ojposée qui est seule mobile. L'obstacle c'est l'amphithéâtre de moulagnes qui borne et arrête le glacier du côté de la terre; les inlTvalles qui séparent chacun des compartiments ce sont les crevasstî. et les compartiments représentent les masses de glaces cunéiforniâ< dont un certain nombre s'engloutissent chaque année dans la mer. Ai-je besoin d'ajouter que cette comparaison n'est pas rigoureusement exacte, et qu'elle n'a d'autre but que l'élucider ma penstc Auaiogic des gi.^ C. M* 33. Unc dernière analogie existe entre les glaciers ddrcetix"de la suUw. Spitzbcrg ct ccux dc la Suisse. Ces derniers , grâce à leurs fonî-s
* WÊk Btflcliofr cherche même à prouver par des raisonnements , des expérience*? k des faits que la chaleur centrale de la terre n'a aucune part à la fonte des gUckrs « général, et que les ruisseaux qui en découlent sont formés par des sources qui jaîlli><^/. Sous les glaciers et s'accroissent en faisant fondre la glace qui se trouve en eootact a«r eux. Ceci expliquerait d'une autre manière pourquoi ceux dn Spitxberg ne donaent i-t« naissance à des ruisseaux : c'est que personne n'a jamais observé de soerces «U.-* cette lie.