‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 17 sur 216 · TRANSPORT DES DÉBRIS ERRATIQUES · texte numérisé non relu

TRANSPORT DES DÉBRIS ERRATIQUES

rebdre compte de cet accident, il su£St d'appliquer aux glaciers diluviens ce que noi)S avons dit (C. 35) des érosions produites par les eaux qui tombent sur le lit des glaciers.

Quant aux excavations en forme de cuve qu'on observe au monticule de Châteauneufy près de Sion , et au rocher voisin de la maison BertriMid, entre Bex et Saint-Maurice y elles ont été produites par les eaux qui, pendant la durée du glacier diluvien, se précipitaient dans quelque crevasse, laquelle devait correspondre et aboutir à la portion excavée du rocher. En effet, lorsque le lit d'un glacier présente quelque gros rocher en saillie , la glace qui le recouvre est toujours crevassée, ces crevasses restent en quelque sorte permanentes, ou, pour parler plus exactement, elles se reproduisent constamment à la même place. Quand il arrive en même temps que la surface du glacier est accidentée de telle manière que les eaux puissent atteindre en abondance les bords de l'une de ces fentes, elles s'y précipitent en formant une cascade qui, là où elle atteint le rocher, produit ces érosions en forme de cuve*.

MjpoUkèmmm dlTeraes sur le traïuiport des débris

erratiques.

C. 58. Le terrain erratique a attiré depuis longtemps l'atten- inindaetion tion des géologues. En effet, parmi les révolutions qui , depuis '^^'* le soulèvement des Alpes , ont encore modifié la surface du globe , il n'y en a aucune qui ait laissé des traces plus étonnantes que celle qui a produit des dépôts erratiques. La cause qui a opéré ces surprenants transports doit avoir déployé une puissance et surtout une étendue d'action à laquelle n'atteignent pas à beaucoup près les agents dont la nature se sert aujourd'hui pour opérer des déplacements.

La quantité de fragments erratiques, le volume étonnant de beaucoup d'entre eux , la distance souvent considérable des lieux d'où ils ont été détachés , les obstacles qu'ils ont dû rencontrer sur

*C. La crevasse sur le glacier inférieur du Grindelwald, dans laquelle tomba et périt en 1821 M. noaron de Chardonne, présente toutes les années durant la saison de la fonte des glaces, une des cascades dont nous parlons.

leur passage , rélévalion à laquelle on en trouve sur les flancs des montagnes , la bonne conservation de la surface et des parties saillantes d'un grand nombre de ces débris etc., toutes ces circoostances réunies ont occupé les géologues et vivement excité leur imagination. En eflet, on a proposé plusieurs hypothèses pour expliquer ce grand et singulier phénomène ; mais il n'en est aucune qui ait obtenu l'assentiment général des naturalistes, car aucune n'a atteint son but.

Les uns supposaient que les Alpes, en sortant du sein des eaux, avaient offert un plan incliné et uni y sur lequel les débris avaient glissé ou roulé , comme le ferait un éboulement ou une avalanche sur une pente de montagne.

D'autres ont pensé que ce transport s'était effectué sur des glaces flottantes faisant l'ofBce de radeaux.

On a imaginé des explosions gazeuses qui , de l'intérieur de la terre, auraient amené et projeté au loin des fragments de roches étrangères à la contrée où on les trouve dispersés.

L'hypothèse qui a réuni le plus de partisans et qui , encore aujourd'hui (1841) est admise par les plus célèbres géologues, est celle qui suppose que de puissants courants d'eau ont été la cause de ce transport.

Dans ces derniers temps (toujours en 1841) on a émis l'hypothèse que ces déplacements avaient été opérés par des glaciers formés durant l'époque diluvierme.

'Enfin, tout récemment (en 1841), on a proposé une hypothèse en quelque sorte intermédiaire entre celle du plan incliné et celle des glaciers. Elle suppose une nappe de glace sur laquelle , au mo* ment du soulèvement des Alpes, les débris auraient glissé jusqu'aux localités où on les rencontre aujourd'hui.

Page 1