‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 196 sur 216 · MORAINE PROFONDE DU GLACICR DE L'AAR · texte numérisé non relu

MORAINE PROFONDE DU GLACICR DE L'AAR

n'offrent pas les moindres indices de l'action des eaux, quoique ce* pendant le comblement les enveloppe et s'applique contre leurs parois inférieures.

cbaieu de l'hospice. Aux chalcts dc l'hospice ^9 le rocher qui se relève au-dessus du

niveau de la nappe , est poli et strié à l'amont ; latéralement il oflire un plan presque vertical à surface rugueuse et écailleuse que le glacier n'a pas touchée, l'angle d'amont du massif lui ayant fait éprouver une déviation (pi. 5, fig. 2).

Les galets du comblement enveloppent ce rocher et forment un plan paraissant de niveau sur tout son pourtour; et, ma^é ce cûih tact, la surface rugueuse plonge sous la nappe sans altération; Its angles aigus des écailles sont aussi vifs au-dessous qu'au-dessus du comblement ; très-certainement , s'il y avait eu transport par h> eaux de toute la masse des galets, ou seulement de la couche superficielle y on apercevrait des traces d'usure , des sillons horizontam ou peu inclinés marquant les élévalions graduelles dans le niTeau des eaux de leurs déjections. Au pied même du rocher on voit un ancien lit d'une des plus petites branches de l'Aar qui , en se creusant un passage, n'a pas déplacé les galets appliqués contre la parui verticale et n'a pas corrodé cette dernière.

Au second massif de rochers, la surface latérale, comme celle d'amont, est polie et striée, et les stries persistent sous la nappo sans altérations. L'action des eaux, ici, est donc secondaire, elle se révèle par le désordre qu'elle cause dans la distribution du terrain erratique, mais évidemment elle n'a pas produit le comblement sous lequel les traces du travail de l'ancien glacier sont encore visibles et incontestables.

Temin erniUqne H. 45. En parcouraut la vallée de l'Ober-Hasle, on peut, à chaque

d« la Tiii«e de Ha«ie. ^^^ ^ étudicr Ics cffcts produits par les courants et par la ^lace , et

apprécier à leur juste valeur les théories qui ont inutilement étc imaginées pour rendre compte des faits s'expliquant et se révélaRt

^ D. A. Ces chalets, qui se trouvent en- 1862 à quelques cents pas eo aval de la pen:^ terminale du glacier de l'Unter-Aar, sont cités par AltiMum (J. G.) en 1753. Co pl^n exact de la pente terminale du glacier explique la présence de ces chalets , qui se tn«vaient alors à 3 kilomètres en aval du glacier et abritaient les vaches p&toraai dia> b vallée de rAarboden , lequel , aujourd'hui , est envahi par le glacier et inondé |*ar If torrent. Ces chalets datent peut-être de deux siècles et plus.

pour ainsi dire d'eux-mêmes. Aussi , après une course de quelques heures» on ne comprend pas que des esprits sérieux puissent encore attribuer aux comblements une origine diluvienne.

Les torrents y faibles ou violents, forment des cônes de déjection qui s'étalent et reposent toujours sur les nappes profondes ; leurs goulots d'écoulement débouchant à diverses hauteurs au-dessus du fond des vallées , leurs déjections s'établissent nécessairement à différents niveaux. Les pentes des cônes varient aussi en raison de la vitesse des courants , de la nature et du volume des matériaux. Que le bassin de Brienz, par exemple, finisse par être entièrement comblé par des déjections torrentielles : quel aspect présenterait alors la vallée? Quelle analogie pourrait-on trouver entre un amas de cônes entremêlés , constituant un comblement irrégulier mamelonné, comprenant autant de dépôts distincts que de déjections, et la nappe aussi régulière dans les cirques élevés qu'à Im-Grund , Meyringen etc. ?

A Meyringen surtout , à la sortie de la gorge du Kiixbet , le plan incliné commence immédiatement et s'étale latéralement, en contournant sur la rive gauche le massif de rochers formant une pointe dans la vallée près du pont, pour se développer en remontant vers l'amont entre ce promontoire et le pied des escarpements qui dominent la vallée vers la gauche. Les cônes que les torrents jettent sur cette nappe nous offrent un exemple de ce qu'aurait produit un courant diluvien en sortant du bassin d'Im-Grund, qu'il aurait d'abord comblé , pour former ensuite un immense cône à l'amont de Meyringen jusqu'au lac de Brienz (pi. 5, fig. 6).

Mais on me répondra peut-être qu'avant l'époque glaciaire le comblement était composé de cônes, et qu'il a ensuite été réglé par les anciens glaciers. Et, dans ce cas, je répéterais ce que j'ai dit ailleurs , qu'il faudrait admettre en même temps que toutes les nappes nivelées ont été soumises à la mêmu cause, et que par conséquent les glaciers se seraient étendus jusqu'aux extrémités des nappes les plus éloignées des Alpes.

Et puis je demanderais en outre comment le glacier de l'Aar aurait enlevé une partie du comblement du bassin d'/m-Gnind pour l'établir suivant la pente générale de la vallée ; et surtout comment s*est effectué, au travers des lacs de Brienz et de Thun, le transport

des matériaux de la partie supérieure de la vallée jusque dans la grande plaine du Rhin.

A regard des courants diluviens, des torrents violents auxquels on attribue le charriage des galets et des blocs^ il est encore permis de conserver quelques doutes fondés sur Tobservation mêioe des vallées d'où les eaux seraient sorties.

n. Besor a remarqué , il y a longtemps , que la plupart des rochers de la chute de TAar à la Handeck sont anguleux , d'où il est naturel de conclure qu'à aucune époque le volume des eaui et la masse des galets transportés n'ont été plus considérables qu'aujourd'hui ; et évidemment dans un passage aussi resserré, un courant diluvien, assez puissant pour accumuler seulement les matériaux des nappes situées à l'amont du premier lac, aurait laissé sur ces rochers des traces profondes de son passage et de son action.

L'exemple de ce que l'on observe à la Handeck se reproduit successivement sur divers points dans la vallée. Déjà au pont de TAar- Boden on voit des rochers à angles à peine émoussés ; dans les crevasses 9 au fond desquelles les eaux semblent se perdre , on vûit presque toujours, au-dessus d'un niveau qu'elles ne dépassent pas, des surfaces non corrodées et des angles aigus sur les parois des rochers. Et les rochers calcaires, à l'amont d'Im-Grund , offrent les mêmes dispositions (pi. 5, fig. 3).

Au-dessous de la ligne x y, qu'atteignent les plus hautes eaux de l'époque actuelle, on observe dessillons, des cavités creusées par les eaux ; mais au-dessus la surface rugueuse des rochers n'a subi aucune altération. En tête même du bassin, sous la moraine frontale, les rochers sont anguleux dans le goulot, et sur la rive droite le dépôt latéral lié intimement à cette moraine est rempli de galets mdes et arrondis , entièrement semblables à ceux du comblement (pi. 5 fig. 4).

Dans toutes les vallées des Alpes on peut faire et vérifier les mêmes observations, et acquérir ainsi la conviction et la preuve qu'à aucune époque ces hautes vallées n'ont été parcourues par des courants sensiblement plus puissants que les cours d'eau actuels.

Au-dessus du niveau actuel des eaux on voit cependant des traces de leur action exclusive; mais ces traces qui se retrouvent aussi dans le voisinage des glaciers, sur les rochers polis les plus élevés des

montagnes bordant le bassin » prouvent encore l'intervention de la glace.

Le glacier occupant la haute vallée à l'amont de la Handeck, par exemple, ne pouvait se modeler sur tous les plis du terrain et combler toutes les crevasses. L'eau qui s'en échappait n'avait d'autre issue que par les coupures marquant le thalweg même et l'emplacement de la voûte du glacier; leurs parois ne pouvaient donc être ni touchées ni frottées par la glace ; et comme les eaux , provenant des parties latérales, tendaient à revenir par la ligne de plus grande pente vers les couloirs où leur écoulement était possible et forcé, il se produisait latéralement aussi des chutes et des érosions dont les emplacements sont marqués par de nombreux karren.

Chaque fois que j'ai eu occasion de parler du terrain erratique de la Suisse, j'ai toujours cherché à attribuer les faits observés aux. causes d'où ils paraissaient dériver naturellement , et à déterminer les limites dans lesquelles l'eau et la glace avaient dû agir et concourir soit séparément, soit simultanément à la formation des dépôts superficiels. Et c'est précisément parce que j'ai constamment suivi la même marche que je me suis trouvé conduit à ne pouvoir croire à l'existence des courants diluviens.

Tous les faits, toutes les preuves sont contraires aux diverses théories qui se sont produites jusqu'ici , depuis les projections volcaniques de ]ielu« jusqu'aux radeaux de glace de Tenturi, tandis qu'on arrive à des solutions qui ne viennent pas se heurter contre de grandes improbabilités physiques, chaque fois que l'on se contente d'étudier les causes et les lois naturelles.

Ainsi , pour donner une idée des écarts auxquels on est exposé quand on se laisse dominer par des idées préconçues, en terminant ces observations sommaires, je répondrai à une allégation produite contre mes premières notes sur la moraine profonde de l'ancien glacier de l'Aar, en me bornant à rétablir les faits.

Dans un essai sur le terrain erratique de la Suisse et des Vosges * pitiM» d'imerbun j'ai donné un croquis de la partie de la moraine profonde placée entre les deux lacs de Brienz et de Thun et qui constitue la plaine d'interlaken.

* Coup d^cBil tur le terrain erratique des Vosges , 1848.

VaUée de Lauterbrunnen.

Conclasiont.

650 TERRAIN ERRATIQUE DB LA VALLÉE DE LAUTERBRUNNElf.

Cette plaine parfaitement nivelée est peu élevée au-dessus de la surface des eaux des deux lacs, et elle dessine, aux pieds des montagnes, une ligne qui semble être de niveau.

La Lutschine , en sortant des gorges de Lauterbrunnen, loia de couper cette plaine , soit dans la direction de TAar , soit vers le bassin inférieur, en contournant le promontoire que foroie le Klein- Rugen , se jette à l'amont d'Interlaken , dans le lac de Brienz , d coule au pied du massif du Kilcheck.

La nappe , en face de la vallée de Lauterbrunnen , n'offre pas de renflement, et suit une ligne de pente non interrompue dans tous les enfoncements latéraux du bassin ; elle n'a pas l'aspect d'un cône de déjection , et je l'avais comprise dans la masse du comblement de l'amont et de la partie inférieure de la vallée provenant deTOber- Hasle. L'examen des deltas de l'Aar, de la Lutschine et de la Rander m'avait fourni , une fois de plus , Toccasion de comprendre It^ différences essentielles qui distinguent ces déjections alluviales, toujours de formes coniques, des nappes de comblement offrant des matériaux erratiques distribués par bandes parallèles; et dans la vallée de Lauterbrunnen je n'avais pas rencontré de traces de grandes débâcles, à la suite desquelles un amas considérable d'alluvions serait venu séparer les deux lacs autrefois réunis.

Cependant il parait que l'on considère encore l'isthme sur lequel Interlaken est bflti comme un dépôt de diluvium glaciaire transporté par la Lutschine , quoique ce dépôt soit absolument le même que celui de la partie de la vallée inférieure comprise entre Thau et Berne , que les torrents de Lauterbrunnen n'ont pu atteindre et combler , puisque le lac de Thun leur présentait un obstacle infranchissable.

H. 46. J'ignore sur quelles observations cette opinioa est fondée, et quelles preuves réelles de l'origine diluvienne de ce comblemeoi on a recueilUes ; aussi ne puis-je aborder une discussion à cet égard : mais pour qu'il soit possible d'arriver à une solution, je vais rapporter, en terminant, des faits qui me paraissent concluants et sans réplique.

La nappe, comprise entre les deux lacs de Brienz et de Thun, est composée de sables et de galets offrant des traces évidentes de Faction glaciaire; et la partie supérieure est composée principalement

de sables et de lebm, et le lehm est mêlé dans Tintérieur du dépôt avec divers matériaux qui le composent.

Sur divers points , et notamment à Tamont, sur les rives du Lac supérieur, des atterrissements continuent à se répandre à la surface des parties submersibles et marécageuses de la nappe, tandis qu'elle est parfaitement plane jusqu'à Unterseen et jusque sur la rive gauche du lac de Thun , et qu'elle offre, à droite entre Unterseen et Neubaus, en face de la vallée de Habkeren , un renflement transversal ; c'est que de cette vallée est sorti un torrent qui a étalé sur la nappe un cône assez déprimé par lequel le cours de l'Aar vers la rive gauche de la vallée a été repoussé , tandis qu'à Unterseen il touche les escarpements de droite; mais ce cône offre tous les caractères d'une déjection torrentielle , d'une formation locale plus récente , et différant sous tous les rapports de la nappe de comblement d'Interlaken , qui se rattache au comblement général de la vallée ; et ces divers dépôts, inférieurs et supérieurs, anciens, récents ou actuels, offrent chacun des dispositions qui accusent dans leur production l'intervention de causes différentes.

Dans la nappe, la masse principale des galets provient de l'amont du lae ou de la haute vallée; sur la gauche, des matériaux provenant des vallées de Grindelwald et de Lauterbrunnen viennent s'y associer ; ce qui prouve que l'ancien glacier de Lauterbrunnen venait se réunir au glacier de l'Âar , et au niveau même de la nappe , ' tandis que les glaciers des vallées latérales d'Urbach , de Rosenlaui , en raison de la disposition du terrain , ne pouvaient pénétrer jusqu'au fond du bassin et marchaient latéralement à une hauteur indiquée par les escarpements du Reichenbach , de la gauche d'Im- Hoff etc. etc.

Enfin , dans la nappe d'Interlaken même (aussi bien qu'à l'aval de Thun) on rencontre, associés aux galets calcaires des montagnes bordant le bassin depuis Guttanen, des galets granitiques provenant des massifs de la haute vallée.

Si donc on persistait à dire que le dépôt dont il s'agit est une déjection diluvienne formée par la Lutschine , je demanderais comment et par quelle voie , la Lutschine , dont le bassin est parfaitement séparé , a pu rejeter à Interlaken , et de Thun jusque dans la vallée du Rhin des galets détachés , des roches granitiques des

cirques de TOber-Aar, de TUnler-Aar et du Grimsel, et leur faire franchir les deux lacs.

Le terrain erratique se produit encore journellement sous nos yeux ; des dépôts alluviens se forment sans cesse, et leur élude nous révèle l'origine des formations superficielles d'une époque antérieure; les glaciers en activité nous font voir comment s'est opéré le transport des blocs erratiques ; comment se sont élevées les anciennes moraines frontales ; les torrents et les rivières exécotent des remblais ayant toujours un cachet particulier ; mais nulle pan on n'a rencontré jusqu'ici et on ne rencontrera pas une seule de ces nappes nivelées, exclusivement formées par un courant et offrant le$ caractères des dépôts inférieurs que j'ai considérés comme les moraines profondes des anciens glaciers.

Le 8 octobre 1851. H. Hogard.

Col do la seigni». jj 47 ^e comblcmcnt de la vallée de la Doire se retrouve dans

l'Allée-Blanche jusque dans le bassin situé sous le col de la Seigne. A l'entrée du val Ferret il est recouvert par une ancienne morainr frontale à plusieurs étages , et s'il offre quelques lacunes, c'est dans les passages où les pentes sont trop abrupte^, comme cela a lieu probablement sous une partie du glacier de la'&'enva, et à ramoni du lac Combaly sous les chalets. Les moraines frontales des deux glaciers qui descendent dans la vallée s'étalent sur ce comblement H. 48. La moraine latérale droite du glacier de la Brenva repose Brenva. sur uuc uappc dc sables et de galets, réglée transversalement et longitudinalement y mais formant un plan incliné, sur laquelle ce glacier déborde de nouveau par suite d'un récent envahissement Cette moraine ne barre pas entièrement la vallée, et la Doire peut s'écouler sous le glacier. A une époque éloignée il est probable que cet écoulement a été incomplet et qu'une partie de la nappe a été inondée ; des dépôts de sables mêlés de lehm sembleraient l'indiquer, uc combai. jj ^9 ^g jg^^ Combal est comblé en partie, et les atterrissemcnU

continuant journellement à se produire , il est probable que le bassin finira par se remplir entièrement. A l'amont, un cône de déjec-

Moraine do glacier de la

lion y très-peu incliné , s'étale et s'enfonce sous le lac. Il est formé des matériaux entraînés du bassin supérieur par un ruisseau torrentueux y et des débris rejetés par deux petits glaciers y et principalement par celui de la Chenalette » qui vient toucher ce cône et ajoute ses moraines frontales et latérales aux déjections du torrent.

L'ancienne moraine des chalets domine un escarpement , et ne louche pas le comblement du lac; elle recouvre une nappe inclinée de galets y à la surface de laquelle on observe des dépôts vaseux de lehm et de sables, dus à des alluvions; mais cette nappe n'est pas postérieure et supérieure à cette ancienne moraine.

Les moraines frontales de glaciers suspendus viennent latéralement s'étaler, sous forme de cônes d'éboulement , sur le comblement inférieur, loujours inférieur aux moraines latérales et frontales , aussi bien qu'aux alluvions et aux déjections torrentielles.

Enfin, dans i'AUée-Blanche , on voit ce qui s'observe toujours et partout :

H. 50. lo Un comblement ancien, que j'ai appelé moraine pro- co»««"»io" fonde y parce qu'il renferme des matériaux erratiques mêlés à la boue glaciaire: dépôt dont j'ai déjà tant de fois indiqué les caractères et cherché à démontrer l'origine que le lehm et les gaiets erratiques révèlent incontestablement ;

3o Des moraines anciennes ; des moraines modernes et des moraines actuelles ayant diverses formes ;

30 Un cône de déjection formé de débris arrachés par les eaux aux anciens dépôts erratiques ou rejetés pai^ le glacier de Chenalette à l'amont du lac Combal, qui se remplira à mesure que le cône s'allongera, et que les dépôts vaseux de sables et de lehm se développeront dans le fond du bassin et contre la moraine latérale droite du glacier du Hiage;

4^ Enfin quelques atterrissements ou alluvions sur une partie des nappes profondes. C'est-à-dire les divers dépôts formés avec le concours de l'eau et de la glace, toujours distincts et nettement sépa-* rés, et sur la nature et l'origine desquels on peut d'autant moins se tromper que les deux causes agissent simultanément, en imprimant aux effets qu'elles produisent des caractères invariables et parfaitement tranchés.

En indiquant dans ma coupe les superpositions réelles des dépôts , et en m'abstenant d'y rien changer dans l'intérêt de la cause que je m'efforce de défendre j'e n'aurai pas i craindre une objection de la nature de celles que je formule dans cette note, ni que Foo parvienne à prouver que les moraines anciennes du val Ferret, et les moraines actuelles des glaciers de la Brenva et du Hiage sont recouvertes partiellement par le comblement (alluvien on diluTten) de la vallée, puisque partout, dans les hautes vallées y aussi bi^ qu'au pied des Alpes dans la plaine de Turin , ces barrages sooi superposés à ce comblement erratique , que jamais on ne panrieDdra à assimiler au dépôt alluvien du lac Combat.

Et cependant ce dernier dépôt est constitué par des matériaui erratiques ; les galets anguleux rejetés par les glaciers sont associés au lehm et aux galets arrondis et polis ; mais la forme de la déjectioo, l'arrangement de ses matériaux révèlent l'intervention de l'eaa; puis, attendu qu'il va s'appuyer contre une moraine actuelle et en recouvrir le pied, il diffère essentiellement de ces nappes profondfs qui supportent toutes les moraines aussi bien que tous les dépôts alluviens , anciens et actuels.

Le 9 juillet 1851 . H. Hogakd.

H. 51. Les anciens glaciers des Alpes n'ont pas été con6nés daos les hautes régions , comme on le croyait autrefois , mais ils se sont répandus hors de l'enceinte des montagnes; jusqu'aux limites eitrêmes des nappes erratiques qui occupent le fond d'un grand doobre de vallées*.

Dans le bassin du Pô , la nappe eiTatique constitue une immense plaine arrosée par ce fleuve et par ses nombreux afiluents qui, tons, ont ouvert et creusé leurs lits dans le comblement jusqu'à l'Adriatique. Tous les faits que j'ai observés dans la distribution et dans l'arrangement des matériaux de la plaine du Rhin s'y représentent identiquement, sur une plus grande échelle, et suffiraient pour indiquer le concours de la glace dans le transport et le nivelleroeot des éléments de ce vaste dépôt, si l'action glaciaire , sur diverse?

^ D. A; £t des plaines jusqu'à la mer, à l'époque de leur plu9 grande extensk».

parties de la nappe , n'était marquée de la manière la plus évidente par les moraines frontales et les blocs erratiques , observés par mu. Hartiiis et Ga«taitt à la sortie des vallées des deux Doires^ et jusque sur la colline de Turin*.

Cependant mes deux confrères, tout en admettant, comme je l'avais précédemment indiqué dans les vallées de la Suisse , et bien loin des glaciers actuels , une moraine profonde à la surface de la nappe de comblement et jusqu'aux moraines frontales d'Ivrée et de Rivoli y considèrent encore la partie inférieure du dépôt et son prolongement dans la vallée du Pô, comme un terrain diluvien inférieur aux formations erratiques , et par conséquent d'une époque anté* rieure. Aussi est-ce à l'égard de cette dernière question surtout que je viens soumettre quelques observations à leur examen et à leur appréciation, et exposer les faits et les considérations qui m'ont déterminé à regarder la masse entière du comblement comme une formation d'origine glaciaire.

Les derniers contreforts des Alpes se terminent brusquement à la limite de la plaine, dont la surface parait être parfaitement de niveau, et qui forme* un plan régulier légèrement incliné vers la colline de Turin. En examinant plusieurs croquis recueillis sur les lieux, il y a bien longtemps, par un dessinateur qui n'était pas plus géologue que glacialiste, j'avais remarqué avec un vif intérêt la régularité de cette plaine, et surtout les mamelons situés au débouché de la vallée de la Dora Ripaira, entre Rivoli et le massif du Musinet, et qui paraissent barrer transversalement le cours de cette rivière, et offrir les dispositions propres aux moraines frontales. Mais ce qui m'avait frappé surtout , c'est qu'on n'apercevait aucune trace d'ondulations transversales ou longitudinales de la surface de la plaine , évidemment dessinée telle qu'on la voit réellement depuis le sommet de la colline de Turin.

Mes deux confrères cependant pensent que cette surface est due à la réunion de cônes de déjection sortant des vallées, et que, do ce point même, l'œil distingue au débouché de celles delà Stura, de rOrco et de la Dora Ripaira ; ces cônes révéleraient donc le mode de formation et l'origine de la grande plaine qui s'étend au pied du

' Essai sur les terrains superficiels de la vallée du Pâ, — Bulletin dé la Société géologique de France, t. VII, p. 554.

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