II
Cependant, en examinant la coupe du terrain compris entre A\igliana et le pied de la colline de Turin (fig. 4), on voit claireiDent qu'entre les deux points extrêmes la moraine profonde et le surplus du comblement suivent la même ligne de pente et se racconleot exactement à un même plan et non à la surface courbe d'un cooede déjection.
La moraine profonde ayant une certaine épaisseur , il faudrait admettre qu'elle remplit une dépression ouverte par une cause quelconque au sommet du cône et que sa surface s'est réglée exacteiDtDi suivant la pente de la déjection diluvienne, comme oa le voit d'Avigliana à Turin etc., et de l'amont d'Ivrée à Cressentino, puisque la continuité du plan de la nappe de comblement, à l'amont et à Faval des moraines frontales de deux Doires , est un fait évident (G;, i etfig. 15).
Cette continuité de la ligne de pente s'observe encore à ramoni d'Ivrée , quoique la vallée de la Dora Baltea soit en quelque sorte fermée entre Pavone et Chiaverano par une série de petites collines, sur lesquelles on retrouve des stries glaciaires : disposition dont j'ai déjà eu occasion de citer plusieurs exemples', et qu'un torrent n'aurait pas produite.
La Doire extraordiiAirement gonflée aurait exécuté des affouillements aux pieds de ces collines , et à la sortie du déClé d'Ivrée aurait amoncelé ses déjections dans la direction de Tina et d'Albiano ; et si l'on voulait voir dans le nivellement de la surface du terrain de transport, recouvert par une moraine profonde, un travail eiécuté postérieurement par un glacier, on serait encore arrêté, comme à Rivoli, par la difficulté, pour ne pas dire par l'impossibilité, d'expliquer le raccordement de la moraine et du diluvium plus ancien , au même plan incliné vers le cours du Pô.
Cependant les anciens glaciers ont touché la colline de Turin * et y ont laissé des galets j des blocs j des dépôts de lehm, témoins irrécusables de leur passage , de leur séjour et de leur action en dehors des moraines frontales d'Ivrée et de Rivoli ; et en s'avançaat sur un comblement diluvien, ils auraient pu en dresser la surface et opérer ces raccordements que je ne m'expliquais pas tout d'abord.
* Esquisse du terrain erratiiiue du Bhin poitérieur, 1850.
Mais en même temps Taction glaciaire aurait effacé les traces de ces anciens cônes dont on a supposé que se compose le comblement de la plaine ; et dans cette hypothèse il faudrait bien admettre que les déjections , qui s'étalent aujourd'hui au sortir de quelques vallées , se sont formées postérieurement et n'ont commencé à se produire qu'après la retraite des anciens glaciers; qu'elles sont d'une époque beaucoup plus récente que le terrain qu'elles recouvrent; enfin qu'il existe une séparation tranchée entre le comblement et les cônes alluviens , ainsi que je l'ai tant de fois constaté, en cherchant à vérifier la démonsti^ation que M. Sciplon Oras en a donnée depuis longtemps ; on n'aurait donc plus à s'occuper pour le moment des alluvions superposées aux moraines profondes, dont elles diffèrent essentiellement, et il ne resterait plus qu'à rechercher les limites séparatives entre ces moraines et le surplus du comblement.
Ainsi que je viens de le rappeler, les glaciers sont sortis des vallées et se sont répandus dans la plaine de Turin; en s'avançant successivement , ils ont établi leurs moraines profondes aussi bien que dans les bassins supérieurs , et si les nappes bordées par les moraines frontales d'Ivrée et de Rivoli sont des accumulations erratiques, la surface des parties envahies du bassin du Pô, au delà de ces premiers barrages et formant le prolongement de ces nappes, est évidemment aussi d'origine et de formation glaciaire.
A partir du premier bourrelet parallèle à la moraine de Rivoli jusqu'à Turin on ne remarque aucun changement dans la nature et dans l'arrangement des matériaux constituant le comblement; on retrouve un dépôt identique à celui d'amont, et dans lequel a été reconnu une moraine profonde; et cette parfaite identité indique un comblement exécuté dans les mêmes conditions et sous l'influence d'une même cause, qui, évidemment, a exercé son action sur toute cette surface du terrain, comme le prouvent les moraines frontales de Rivoli et d'Ivrée pour l'amont, et les dépôts de blocs de cailloux et de lehm erratiques jetés sur les flancs et sur les crêtes de la colline de Turin , pour le surplus.
On conçoit que dans la plaine du Rhin la pensée ait surgi de faire intervenir des courants pour opérer le comblement entre les Vosges et la Forêt-Noire, parce que, dans cette contrée, on ne rencontre
pas de traces saisissables à première vue de la présence desglackrs sortis des Alpes à une époque reculée. Mais, dans la partie du bassJD du Pô dont il est question en ce moment , ces traces sont dévek>|>pées sur une immense échelle, et l'action glaciaire a produit, jusqu'à la colline, les mêmes effets qu'entre chacun des étages sépaiî^ des moraines frontales qui se relèvent à la sortie des vallées d\\o>ie et du Mont-Cenis, et la moraine profonde des anciens glaciers réunis occupe tout l'espace qu'ils ont recouvert: le nivellement, U constitution de la nappe superficielle en fournissent la preuve. El si, encore une fois, on parvjenait à démontrer que ces glaciers Rout commencé à avoir des moraines profondes qu'à partir de leurs premières moraines frontales^ et qu'au delà de ces barrages le complément est dû à la réunion de déjections diluviennes, il ne faudrait pas moins admettre aussi que toutes les parties nivelées de la napi e ont été soumises à l'action glaciaire, et l'extension illimitée deî glaciers; que les moraines profondes d'Ivrée et de Rivoli et le comblement, à l'aval jusqu'aux pieds de la colline, offrant idenliquement les mêmes caractères, la distinction faite entre ces deux espèces dv dépôts n'a rien de certain, et qu'enfin on pourra arbitraireroenl Its rapporter soit au diluvium, soit aux formations erratiques.
Cependant les moraines profondes de Rivoli et d'Ivrée diffèrenl essentiellement des déjections torrentielles ; elles sont nivelées oi long et en travers ; elles se composent de boue , de sables, de frac'ments plus ou moins anguleux, de cailloux arrondis, polis, distribués sans ordre, mais offrant cependant une sorte de stratificaliou irrégulière , indiquant que ces matériaux se sont accumulés par couches, par lits successifs, qui souvent se. confondent les unsdaiif les autres. Sur quelques points, en suivant le cours des courants qui sortaient des glaciers, on voit les galets plus ou moins dégagés de l'enduit boueux, tandis que dans les cônes, les matériaux sont disposés par ordre de pesanteur ; les plus volumineux suivent la direction de la veine fluide; les galets les moins gros et les sabler viennent ensuite et latéralement ; mais nulle part on n'y remarque des couches boueuses, ou des sables fins intercalés entre les aroas de gros blocs.
Dans les moraines de Turin , les matériaux de la nappe n'ont tii ni triés ni lavés : dans la couche superficielle ils sont mêlés à uo
Pente»
Ichm rougeâlrc, puis inférieurement à une boue grisâtre, et nulle part on n'aperçoit une séparation en deux assises , Tune inférieure et d'origine diluvienne, l'autre supérieure et erratique; entre Avigliana, Ivrée et la colline on ne voit aucune solution de continuité; la masse du comblement appartient en totalité soit aux formations erratiques, soit au diluvium, et non aux deux systèmes à la fois.
J'aurais voulu rendre ces considérations plus sensibles, en donnant des coupes cotées, prises sur un grand nombre de points de la vallée, mais il m'a été impossible de réunir les éléments authentiques nécessaires pour rapporter ces profils. Cependant , grâce à l'obligeance de H. Stamonda , je puis en donner quelques-unes.
H. 54. On sait que les déjections torrentielles sont réglées suî-
, , , ^ , , 1 * 1 '^'* terrain de comble-
vont des pentes qui généralement ne descendent pas au-dessous de rocm. 2 centimètres par mètre, et ne dépassent pas 8 centimètres ; que les formes normales de ces déjections se remarquent surtout quand les torrents débouchent dans des plaines , dans des bassins , où leurs alluvions peuvent s'étaler;
Que la boue se dépose sur des pentes très-variées, suivant qu'elle est plus ou moins épaisse ;
Que le gramer comprenant des pierrailles de toute nature, depuis la grosseur du grain de sable jusqu'à celle des matériaux servant à l'empierrement des chaussées, se dépose sur des pentes qui n'excèdent pas 0™,025;
Que les galets , ou les pierres comprises entre les graviers et les blocs (ceux-ci comprenant les pierres qui ont plus de 25 centimètres de diamètre ou de côté) se déposent sur des pentes qui varient entre O^fjOSS et 0™,05 par mètre;
Enfin que les blocs se déposent sur des pentes comprises entre 0^,05 et Oïn,08 (5 et 8 centimètres).
On sait aussi qu'à Turin même, et dans les environs, le comblement formé de sables et de galets peut être considéré comme un mélange de graviers et de blocs, puisqu'on y trouve des blocs ayant moyennement 20 à 25 centimètres de diamètre , et plus ; et que l'épaisseur de la nappe est considérable, puisqu'un sondage pratiqué, pour chercher des eaux jaillisantes à Turin , a été poussé dans ce comblement jusqu'à 50 mètres au-dessous de la surface du sol.
La Stan.
Si Ton admet comme pente moyenne entre 21/2 et 5, 3 ceniimètres pour un comblement de cette nature , on aura , dans les appréciations suivantes^ des résultats qui, loin d'être exagérés, derront certainement être considérés comme beaucoup trop faibles , mais sufSsants toutefois pour démontrer l'impossibilité de considérer b plaine de Turin comme un comblement formé par des courants diluviens.
En effet, le sol de la plaine de Turin étant à la cote 240 (place da Cbâteau), et la surface de la nappe en face d'Avigliana à 368, la pente sur 22,500 mètres de distance entre ces deux points est tit 0>^,00568 , ou d'envirou 5 millimètres, ou six fois plas faible qiit celle d'un comblement composé comme il l'est.
Avec 1 pour 100, à partir d'Avigliana, le sol de Turin serait audessous de son niveau réel de 97 mètres, et de 15 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer, avec 2 et 3 pour 100 ; et en partant de la cote 240, ou de Turin, la surface d'un cône de déjection avec
1 pour 100 passerait à 97 mètres au-dessus du sol de la vallée à Avigliana ; au-dessus du même point, de 322 mètres avec 2 pour Khj, et de 547 mètres avec 3 seulement (fig. 9).
Le comblement n'ayant pas même 6 millimètres de pente par mèlre diffère donc essentiellement des déjections torrentielles, anciennes et actuelles.
La Stura coule dans un lit profondément creusé sur Tarête même qui sépare en deux parties la surface conique de son lit de déjection (fig. 10). Ce cône, d'après les renseignements que j*ai recueillis , aurait une pente d'environ 2 centimètres , chiffre que je n'ai pu vérifier rigoureusement. Toutefois on sait que Lanzo est à la cote de 526 , et S. Morizio à 347, différence 179 mètres , ce qui donne entre ces deux points une pente moyenne de 0>n,0127, laquelle, prolongée jusqu'au Pô , à l'embouchure de la Stura , soit sur pr^î de 28 kilomètres, arriverait à la cote 171, à plus de 26 mètres audessous de la surface de la plaine, dont la pente générale, suivant le cours du Pô, entre Turin etCazale, est de 0™,00197, ou d'environ
2 millimètres par mètre , et seulement de 0™ ,0002590, soit un quart de millimètre, de Cazale à l'Adriatique.
Tandis que la rive du Pô jusqu'à S. Morizio seulement , la penk transversale d'un comblement torrentiel , réglée sur 2 à 3 cenii> mètres de pente, passerait, savoir :
Avec 2 centimètres à 497 mètres, soit à 450 mètres au-dessus de ce dernier point ;
Et avec 3 centimètres à 647 mètres, soit à 300 mètres au-dessus du même point.
En appliquant les données qu'on trouve soit sur les cartes de l'état^ma^or piémontais, soit dans le recueil des hauteurs d'Osterwalil 9 on arrive, pour toutes les coupes longitudinales et transversales du bassin, à constater des relations entièrement opposées à celles que l'on devrait nécessairement trouver et observer , si le comblement était la réunion de cônes de déjection élevés par les nombreux cours d'eau qui des Alpes descendent dans la plaine de la Lombardie ; ainsi, et pour ne citer que quelques exemples :
De la rive du Pô, près de Cazale, au lac Majeur, la différence de ^^ "^""^ niveau étant de 128 mètres, la surface du comblement a une pente moyenne de 0iii,00189, près de 2 millimètres.
Avec 2 pour 100 seulement, le plan incliné , partant de Cazale , passerait à 1212 mètres au-dessus du niveau du lac, ou en partant de ce dernier, à 1134 mètres au-dessous du niveau de la mer à Cazale.
Du lac de Côme à Milan, la différence de niveau étant de 95 mètres, i^e de càme, et le distance de 40 kilomètres , la pente moyenne du comblement est de 0in,0023, et avec 2 pour 100 sa surface passerait à plus de 700 mètres au-dessous du sol de cette ville et de 500 au-dessous du niveau de la mer au même point.
Les pentes transversales , générales et moyennes du comblement variant entre un quart de millimètre, 1 et 2 millimètres, sont donc de beaucoup inférieures à celles qu'affectent les amas de graviers formés et déposés par les eaux courantes, et on ne saurait, indépendamment des autres considérations sommairement rappelées dans cette note , l'assimiler aux formations alluviennes , avant surtout qu'on soit parvenu à découvrir des cônes de graviers et même de blocs formés par des cours d'eau, et offrant des pentes non-seulement inférieures à 1 centimètre, mais descendant jusqu'à 1 ou 2 millimètres. Puis, pour compléter la démonstration, il faudrait en outre faire voir comment les diverses parties d'un comblement d'une aussi vaste étendue, et dont les matériaux sont sortis de tant de directions et à des hauteurs différentes , se sont finalement rac-
cordées, comme on le voit aux embranchements des vallées latérales, de manière à former une nappe continue, un immense plan incliné, enfin une seule masse, à surface presque horizontale sous Tioflaence d'un nombre infini de courants, de puissances et d'allures, qui né-
^^^- cessaireraent aussi devaient varier à l'infini : le Pô alioienlé par tous les affluents descendant de la chaîne des Alpes devait avoir une puissance beaucoup plus grande que la branche qui, en passant par la vallée d'Asti, réunissait les eaux de la Haute-Stura et da Tanaro : aussi les déjections vers le confluent à l'exlréniité de la colline de Turin devraient présenter des renflements et une dépre^sion médiane; et cependant elles se raccordent parfaitement au plan incliné du grand bassin , et le comblement du Tanaro et de la Bormida semble n'être que la continuation et qu'une dévialioo latérale et dans le même plan , de la nappe principale (flg. ii).
Moraines Lcg moralncs de Rivoli et d'Ivrée ne sont pas les seules que Ton
rencontre aux abords de la plaine du Pô , et les anciens glacier? y sont parvenus non-seulement par les vallées des deux Doires, mais encore en franchissant les bassins occupés par les lacs Majeur, de Côme, de Garde, fermés par des moraines frontales très-puissantes.
Moraine Le glacicr qui occupait autrefois le bassin de Luganon, a laissé,
profonde e na. ^ l'amont ct à l'aval du côté de Riva, une moraine profonde parfaitement nivelée, et, après avoir franchi un barrage naturel, a formé les hautes moraines latérales et le comblement régulier de la vallée de Mendrisio, dans la direction de ce lac et du glacier de Côme, tandis que ce dernier s'est avancé dans la plaine vers Milan , en laissant des bourrelets concentriques en saillie sur la nappe profonde jusque dans les environs de la station de Serregno.
Entre ces bourrelets on rencontre des tourbières, des couches assez puissantes de lehm ; les galets et les blocs de la nappe et de ces moraines ofl'rent toutes les formes des matériaux erratiques, et sur divers points ils sont agglutinés et constituent un véritable nagelflue.
sercgno b Hiitn. Près dc Scrrcguo on remarque encore quelques légers renflements coupés pour l'établissement du chemin dé fer» et jusqu à Milan la nappe suit une ligne de penle continue, et ne diflereen aucune manière des portions comprises entre les bourrelets ; sa surface est recouverte de lehm.
A l'aval du lac Majeur, les dépôts erratiques sont développés sur i-M^^iw- «••»«• une très-grande échelle dans la direction de Novare. Au delà de la moraine frontale de Sesto on aperçoit une immense moraine latérale qui se prolonge dans la direction des proéminences bordant la rive occidentale du lac, entre le Tessin et la vallée de Borgomanero, bien au delà du village d'Oleggio, bâti sur la crête de cette moraine, ^'''^formantde grandes terrasses étagées, au sommet desquelles on voit des amas de gros blocs et de puissantes assises de lehm , à Marano ">•'*«<>• principalement (fig. 11).
Au pied de ces moraines , le comblement nivelé , dans le prolongement de la plaine , est formé de sables , de galets associés au lehm, comme dans la nappe qui s'étend en face de Sesto, à partir de la pointe et de la rive méridionale du lac jusqu'à la moraine frontale marquant la limite du bassin. Sur la rive gauche, entre Laveno et Porto on remarque des moraines latérales , et enfin , sur la rive droite , à Cannobio on voit des rochers moutonnés , polis et striés dont les stries s'enfoncent même au-dessous du niveau des eaux.
On comprend que des cailloux et des blocs, charriés, par des courants doués d'une certaine énergie, soient entraînés depuis les Alpes jusqu'au bassin du Pô, en suivant la plupart des vallées ; mais lorsque ces courants devaient franchir les lacs Majeur, de Côme, li»"^*".
Lac da Côtne. Lac da
de Lecco, de Garde , le transport de ces matériaux devenait impos- i^^ L,ede Garde
sible. Et cependant, à l'aval de ces bassins profonds, le comblement
ne présente pas de lacunes, ni de dépressions ; il est aussi complet
que dans les environs de Turin , et il se raccorde au plan incliné
qui , de Cuneo à l'issue de la vallée de la Haute-Stura , passe à
Turin, Milan et vient se terminer à l'Adriatique ^ en contournant
le pied des Apennin^ et des Alpes de la Suisse et du Tyrol, jusque
dans les environs d'Udine et de Rimini.
Et l'on ne saurait attribuer exclusivement au Pô et à ses afSuents, tels que la Haute-Stura , la Dora Ripaira , la Dora Baltea , la Stura , rOrco , l'Elvo et la Sesia , provenant des massifs du Mont-Viso , du Mont-Cenis, du Mont-Blanc et du Monte-Rosa, ou du revers des Apennins, la formation du comblement du bassin. Le Tessin, l'Adda, rOglio et le Mincio ont leurs lits creusés dans des dépôts de galets provenant de l'amont et qui ont franchi les lacs que ti*aversent ces
de comblement.
rivières ; des courants les auraient amoncelés dans ces cavités et en seraient sortis chargés seulement de légers détritus , éléments de sédiments plus ou moins puissants , mais non de nappes de sables et de galets mêlés à la boue glaciaire^ qui, évidemment n'a pas coDh mencé à se produire avant Tapparition des glaciers.
Les anciens glaciers seuls ont pu, en passant par dessus ces bcs, transporter les éléments du comblement dans la vallée du Pô, comme ceux du Rhône, de TAar et du Rhin ont, en franchissant les lacs Je Genève, de Brienz, de Thun, de Wallenstadt, de Constance et deZarîch etc. etc., jeté sur le Jura des blocs erratiques alpins, des moraines frontales et latérales, à Berae, à Soleure, à Zurich etc. etc., et surtout former des moraines profondes dont l'examen et Tétude nous conduisent à admettre les mêmes causes pour des effets analogues observés dans le bassin du Pô.
piiinet H. 55. Jusqu'à ce moment j*ai considéré la vaste plaine du Pié-
**" ^o^LL^^ ** ^'^^^ ^^ ^^ '^ I^ombardie comme une grande nappe ayant une penic N«ppe uniforme ; mais il est temps de faire remarquer que transversalement elle offre deux plans réguliers très-légèrement inclinés vers le cours du Pô qui en marque la rencontre, disposition que l'on observe dans toutes les nappes d'une certaine largeur et que ne présenlent jamais les déjections diluviennes , offrant au contraire et toujours un renflemoU plus ou moins prononcé , suivant Taxe du courant qui les a produites.
Le sol fondamental de cette plaine renferme des éléments grossiers et des blocs souvent très-gros de diverses roches provenant des Alpes , et s'étend au-dessous du niveau de la mer. La partie supérieure est généralement constituée par une couche de lehm plus ou moins puissante^ sensiblement parallèle à la surface de la nappe, et qui offre l'aspect d'un dépôt de sédiment formé sur des terrains inondés ; quelques portions de la surface de la nappe cependant eu sont dépourvues ; c'est ainsi qu'il n'existe pas sur le platean de b rive droite du Tessin, en avant de Trecate,- où l'on remarque uq immense terrain couvert de cbélifs arbrisseaux et qui rappelie l'Ochsenfeld du bassin du Rhin.
Le lehm , produit de la trituration des roches soumises à Taction glaciaire , aurait pu se former après une époque diluvienne , qnanJ déjà le bassin était comblé, et au moment où les glaciers commai-
çâient à recouvrir les Alpes. Cependant on le trouve associé nonseulement aux matériaux des moraines profondes non contestées, à ceux des moraines frontales et aux accumulations erratiques jetées sur la colline de Turin , sur les flancs et sur les crêtes de diverses proéminences , mais encore aux diverses couches , et à toutes les profondeurs y aux galets, aux blocs et aux sables plus ou moins ^ossiers du comblement de la plaine ; il n'y est pas comme élément accessoire, accidentel et introduit après coup , sur certains points, mais comme partie essentielle et constitutive, et indistinctement dans toute l'étendue du dépôt, que la présence de la boue glaciaire ne porte certainement pas à considérer comme une formation antérieure à l'époque erratique.
D'un autre côté on sait que le lehm s'accumule, soit sous forme i-'« «•!•«« gï^J^iw» d'amas ou de couches boueuses , soit sous forme de sédiment dans perdent cet eodnu les bassins où les eaux sont calmes, et qu'il ne se dépose dans aucun »«"•" "•^i*' ^»'»*« des lits de coui^ d'eau rapides, sortant delà région des glaciers; on "Jl^cTuMm! dlw!"*" a observé en outre que les galets glaciaires enveloppés de lehm perdent cet enduit boueux aussitôt qu'ils sont exposés à l'action des courants , et que dans tous les bancs de sables grossiers , de graviers et de galets remaniés, même par des eaux chargées de lehm, ces matériaux parfaitement lavés n'en conservent plus de traces : son existence et sa conservation dans le comblement du Pô serait donc à la fois une preuve positive de l'âge réel du comblement, et une preuve négative d'un transport par des courants violents ou diluviens , avant et pendant l'époque glaciaire.
Les rivières ont creusé leurs lits plus ou moins profondément dans la nappe de sables et de galets qu'elles attaquent continuellement et dont elles réduisent et transportent au loin les éléments pour en constituer des déjections ou alluvions de l'époque actuelle. Les travaux qu'elles exécutent font l'objet de remarquables mémoires dont M. ioie de BeMunoiit a donné une savante analyse dans le premier volume de ses leçons de géologie pratique (9^ Leçon , p. 323).
Les alluvions actuelles tendent à effacer les lagunes , le phéno- u pa «i ridig«. mène des remblais marche avec une grande rapidité, et sans les travaux des Vénitiens , tout l'espace situé en arrière de la digue naturelle des Udi serait aujourd'hui comblé et transformé en prai-
ries. Le Pô et TAdige ne paraissent pas avoir toujours versé leurs eaux et leurs sédiments dans la mer ainsi qu'ils le font aujourd'hui; tout annonce qu'avant d'en arriver là , ils ont eu à combler des lagunes y comme la Brenta le ferait aujourd'hui sans les travaux des Vénitiens : c'est là que leur delta s'est étendu et développé pendant longtemps.
La marche des alluvions ayant été très-rapide, le Pô a dépassé h
ligne originaire du littoral et est entré dans la mer: il n'entraîne,
jusqu'à ses parties inféi^ieures , que des matières terreuses , et ne
. charrie de petits galets que jusqu'aux environs de Plaisance , ville
déjà très-éloignée de l'embouchure.
Ces dépôts formés par les rivières sont les alluvions anciennes ou actuelles, constituant l'étage supérieur du comblement: dans les lagunes , les sédiments s'accumulent sous forme de nappes , comme les détritus glaciaires se sont déposés autrefois , tandis que les matières transportées et abandonnées par les eaux courantes constituent des cônes très-déprimés dont l'inclinaison , variant suivant la nature de ces matières , est cependant toujours appréciable.
Quand une rivière a allongé ses berges aux dépens de la mer ou d'une lagune , il faut qu'elle conserve la pente nécessaire au débit de ses eaux , que sa surface s'élève dans toute sa longueur, comme l'indiquent les fig. l!2 et 13; de là il résulte qu'elle s'ensable ellemême, car tant qu'elle n'a pas cette pente indispensable, elle coule très-lentement , et les matières terreuses se déposent dans son fond jusqu'à ce qu'elle reprenne la pente , et, par suite, la vitesse qui lui permet de tenir des matières terreuses en suspension.
Un autre phénomène très-remarquable , c'est la forme ramiGée que prennent les rivières lorsqu'elles arrivent dans la mer, dans des circonstances pareilles à celles où se trouve le Pô, c'est-à-dire lorsqu'elles ont à décharger des matières terreuses sur un terrain plaL et où il leur est par conséquent facile de faire reculer le littoral (fig. 14). Si la mer eût été très-profonde, le Pô n'aurait fait quVu combler le fond ; il aurait pu par conséquent se décharger toujours au même point , et son embouchure n'aurait pas changé de place ; mais dans des lagunes et sur une côte plate il a dû encombrer son embouchure de ses dépôts , il a fait reculer la mer par ses alluvions et il a allongé son lit en même temps qu'il l'élevait.
NAPP£ DE COMBLEMENT. 669
Il faut remarquer la manière donl se fait cet allongement : les eaux perdant leur vitesse , surtout dans les parties latértiles, la vase se dépose des deux côtés, et il en résulte des digues qui s'avancent parallèlement au cours du fleuve; les fig. 12 et iS représentent la coupe transversale et longitudinale de ces dépôts terreux. Ces digues sont très-étroites, et le fleuve, qui s'élève sans cesse par suite de l'allongement même de son lit, finit par rompre l'une de ses rives. Il trouve dans la rupture même une pente rapide, et il se fait un lit dans une nouvelle direction.
Dans la nappe de comblement erratique ou diluvien renfermant des éléments grossiers et des blocs, souvent très-gros , qui s'étend au-dessous du niveau de la mer , retrouvons-nous quelques dispositions qui puissent permettre une comparaison entre cette immense accumulation et les déjections ou les alluvions des torrents et des rivières?
Si le Pô réduit à ses proportions actuelles allonge et élève graduellement son delta au delà du cordon littoral, et si, à une époque plus reculée, il avait été alimenté et grossi par des courants puissants sortis des Alpes , chargés de matériaux plus volumineux que ceux qu'il charrie aujourd'hui , il aurait nécessairement exécuté , mais sur une échelle beaucoup plus considérable, des travaux analogues. Son lit se serait élevé par les additions successives des matériaux qui seraient venus l'encombrer, et il aurait formé une vaste déjection sur cette côte plate que baigne la mer, un delta diluvien dont les ensablements modernes formeraient le prolongement. Dans ce même temps chacun des courants déversant ses eaux et ses déjections dans le bassin aurait élevé un cône plus ou moins puissant , selon sa force et la plus ou moins grande quantité des matériaux enlevés aux bassins d'alimentation.
Les sommets de ces cônes se seraient élevés à divers niveaux ; on remarquerait entre eux des lacunes plus ou moins prononcées ou partiellement couvertes de cônes moins puissants dus aux cours d'eau les plus faibles; enfin, au lieu de cette plaine unie, on ne retrouverait dans le bassin de la Lombardie qu'un comblement irrég^lier, mamelonné et fortement accidenté.
D'après ces diverses considérations, on doit le comprendre, je ne pouvais admettre sans examen l'origine diluvienne du comblement
CoDclusioni.
du Pô au delà des premières moraines Frontales , et au-dessoos des lacs; et Tétude des terrains constituant cette vaste plaine, loin de dissiper mes doutes à cet égard , m'a fourni l'occasion d'observer des faits à l'appui de l'opinion que je vais résumer en terminant.
Les anciens glaciers des Alpes ne se sont pas arrêtés au débouché
des vallées , mais ils se sont répandus sur toute la surface du bassio
du Pô, puisque sur les crêtes et sur les flancs de la colline de Turin
on voit des traces incontestables de leur séjour et de leur action.
Moninet frontaiei En sc retirant, ils ont élevé les moraines frontales de Turin,
de Tarin, durée, de. j»j^^g dos lacs Majcur, dc Côme, de Lecco, de Garde. En avant et
Uc Majeur, de Côme, / J » ' >
de Lecco. de Garde, cu arrière dc CCS barrages se développent les moraines profondes
dont la réunion a formé le comblement* du bassin , cette immense nappe de sables , de galets et de blocs unis à la boue glndaire; le comblement dans toutes ses parties , et de la base à la surface , offrant les mêmes caractères et le même arrangement que les moraines profondes y ne peut être rapporté et comparé qu'à ces moraines dans lesquelles on n'aperçoit nulle séparation en deux étages, l'un inférieur ou diluvien, l'autre supérieur ou erratique.
La présence du lehm ou boue glaciaire dans toutes les parties de la nappe profonde , l'absence de traînées de blocs plus volumineui suivant les axes des courants prouvent que cette nappe n'a été ni constituée avant l'époque glaciaire, ni remaniée ni réglée postérieurement par des courants violents.
Les glaciers seuls ont pu franchir les lacs et transporter dans la vallée du Pô des détritus erratiques que des courants auraient abandonnés dans ces cavités.
Cônes Les cônes de déjection des torrents récents et actuels, ainsi que
de déjecuons. jgg attcrrissements et les alluvions s'étalent à la surface de la nappe qu'ils recouvrent; leurs formes et leur position permettent toujours de les séparer du comblement et révèlent une origine différente : enfin les alluvions et les déjections des torrents différent aussi essentiellement du comblement que des moraines frontales ou latérales ; et il serait aussi rationnel d'attribuer à l'action des courants la création des barrages de Rivoli et d'Ivrée, deSesto, de Côme etc., que d'admettre dans une nappe réglée comme celle du Pô, et offrant les caractères que j'ai indiqués, une accumulation diluvienne.
Les glaciers en sortant* des vallées , du revers méridional des ^^•" "«*"• Alpes ^ ont marché dans la direction de Turin; en raison de leur puissance , dont le développement de leurs bassins d'alimentation peut donner une idée, ils ont repoussé contre la colline les glaciers de la Grana, de la Maira, de la Varaita, du Pô, du Clu^one et du Sangone, et le cours d'eau principal qui s'en échappait ; tandis que les glaciers de la Haute-Stura et du Tanaro trouvaient une issue latérale par la vallée d'Asti ; et à partir de Turin , le grand glacier médian , maintenu dans la direction générale de l'ouest à l'est par les glaciers latéraux du Tanaro à l'aval d'Alexandrie , des Apennins et des Alpes du Tyrol, a suivi la ligne de pente vers la mer , et a tracé jusqu'à l'Adriatique le cours du Pô, marquant, par ses déviations , à droite et à gauche de cette direction générale , les oscillations latérales de l'ancienne mer de glace du bassin de la Lombardie.
Le 15 juillet 1851. H. Hogard.