‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 206 sur 216 · ACTION DES GLACIERS. ACTION DES EAUX · texte numérisé non relu

ACTION DES GLACIERS. ACTION DES EAUX

n'a pu atteindre, ont été dérivées transversalement vers la coupure terminale du plateau, et elles. ont produit dans la nappe des exca* vations encore visibles aujourd'hui , en avant et en arrière du mamelon sur lequel s'élève le château de Razuns ; leur direction normale à l'axe longitudinal de la vallée est donc en sens contraire de celle qu'elles affecteraient si leur production était une conséquence du passage du fleuve sur le sommet de ce promontoire.

Le dépôt latéral , à l'amont de Reichenau , sur la rive gauche et sur la pointe, ainsi que sur les flancs du promontoire (Abschwung) qui vient se terminer au confluent des deux vallées du Rhin , est , comme je l'ai indiqué , principalement composé de sables , de menus galets et de boue , tandis que la moraine latérale droite , au-* dessous de Reichenau , renferme des galets et des blocs assez volumineux; si l'on suppose que la vitesse du Rhin postérieur se soit ralentie à rapproche d'un courant plus puissant vers le confluent, et que des matériaux se soient arrêtés sur ce point, on devrait rencontrer d'abord les blocs , puis les galets et les menus matériaux , successivement; et c'est précisément le contraire que l'on observe, et cette distribution inverse ne s'explique plus dans l'hypothèse d'une inondation.

Mais en comparant ce fait à ceux qui se produisent journellement sur les rives des glaciers en activité , on comprend beaucoup plus facilement comment les choses se sont passées.

Au pied du promontoire , et sur la rive droite, en face, il y avait nécessairement deux petits lacs glaciaires ; nécessairement , puisque l'on observe dans ces dépôts des couches plus ou moins régulières indiquant le concours de l'eau. Les sables, les galets et la boue du glacier rejetés dans ces petits bassins ont pris cette disposition stratiforme que les remblais rejetés hors des atteintes des eaux n'aflectent pas. Le dépôt de l'éperon est ensuite recouvert de blocs vers l'amont et les couches disparaissent ; sur la rive droite , les matériaux de la moraine latérale^ sans doute assez éloignés de la rive, ne pouvaient tomber dans le bassin et ne parvenaient à cette rive qu'après avoir contourné , pendant quelque temps , l'angle saillant du terrain opposé à l'éperon.

Le glacier de l'Aar ofire l'exemple de dispositions analogues. Les ciaderdei-Aar. moraines latérales du Lauter-Aar et du Finster-Aar viennent se

joindre à quelque distance de rAbschwung, au pied daqael se tronre' Peut lie un pQi\i ]a(. (]3|,3 lequol les sables . la boue et les menus crmers

tempoTaire de l'Ab- , » ,

•chiniDg. tombent incessamment: les blocs , vers l'aval , sont entraînés hors de la direction de cet enfoncement ; mais latéralement , et avant la jonction des deux moraines, les blocs touchant les parois des rochers se déposeraient à l'amont sur le dépôt stratifié , si le glacier venait à se diminuer ou à subir une forte ablation.

Peut lac Sous le pavillon , à gauche , on voit un petit lac dans lequd les

k la base du raTÏHon. . m. i x. > ia.i» ti i

graviers et la boue s accumulent; tandis que les blocs assez peu nombreux , transportés sur cette rive , sont rejetés au pied da promontoire et au delà, mais ne parviennent pas dans l'anse reculûe occupée par le glacier.

via-Maïa. Bongeiia. Vers Ic milicu dc la Yia-Mala on rencontre , dans un élai^gisse-

ment de la vallée , le village de Rongella , bâti sur le côté gauche d'une moraine frontale interrompue par la coupure profonde au fond de laquelle coule le Rhin. Sur la rive droite, les rochers coopés à pic sont couronnés par la contre-partie de cette moraine , couverte partiellement par une forêt de sapins , et sur le flanc de laquelle une large échancrure permet d'examiner la nature du dépôt. C'est une accumulation de sables, de galets et de blocs arnoocelés sans ordre.

On vbit clairement ici combien l'hypothèse d'une inondation générale de la vallée est inadmissible. Le dépôt de transport , dont je n'ai pu mesurer exactement la puissance, s'élève approximatiTemeot à 100 mètres au-dessus des bords de la coupure. — Il est bien éTJdent que si les eaux du Rhin en avaient jamais touché la base, tout cet amas, suspendu en quelque sorte sur un abîme, eût été ruiné et entraîné dans la plaine de Tusis ; les blocs les plus volamineux seuls auraient pu s'arrêter et s'accumuler dans le fond de la crevasse, mais les sables et les galets eussent été immédiatement enlevés par un torrent d'une centaine de mèti*es de haoteur et ayant une effrayante rapidité, dans un goulot d'écoulement ouvert soifant une pente aussi forte que celle de la Via-Mala. pigneo et Tutii. Avcc uue hautcur d'eau de 900 mètres , et en prenant pour le chiffre de la pente moyenne la différence de niveau du lit du Rhin,

* D. A. Se trouve dans certaines années.

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entre Pigneu et Tusis^ sur 10 kilomètresi soit 272 mètres, et en supposant cette pente uniforme y sans les nombreux redans qu'elle offre en réalité, et qui sont autant de causes d'accélération dans l'écoulement , on aurait à la hauteur des moraines de Rongella une vitesse de 4(Hi>,08 par seconde , et dans le mâme temps un débit de 400,800 mètres cubes. Ce volume d'eau serait encore insuffisant dans le cas d'une inondation à la hauteur des cônes de Bonaduz , si le Rhin devait fournir environ la moitié des eaux , et pour un débit de 3,224,000 mètres cubes à ce dernier point il faudrait encore l'augmenter pour satisfaire à celte condition ; mais que ce débit soit ou non trop faible, c'est une partie du problème que je n'ai pas hesoin de discuter ; ce qu'il importait de constater, c'était la vitesse de l'eau , et ce chiffre de 40 mètres par seconde démontre à lui seul l'impossibilité d'un comblement de menus matériaux dans une gorge contre des parois abruptes ,. et sur la crête de rochers formant un étroit gradin précisément à l'amont d'un étranglement de la vallée.

Les cours d'eau sont à peu près aujourd'hui ce qu'ils étaient anciennement , toutes les augmentations qu'ils ont éprouvées autrefois dans leur volume pourraient être assez approximativement évaluées, en tenant compte des surfaces et de l'ablation des glaciers. Les coupures faites dans les moraines profondes indiquent les sections des plus hautes eaux dans toutes les localités, et, dans la vallée du Rhin supérieur, les sections des canaux d'écoulements anciens et actuels n'offrent pas de bien grandes différences.

Le volume de ce fleuve a diminué graduellement à mesure de la retraite de l'ancien glacier; mais , même à l'époque où il avait toute la force que pouvaient lui procurer les eaux provenant de la fonte de la surface de glace d'amont , il n'a jamais franchi les limites marquées par les terrasses de la moraine profonde, demeurée intacte hors de ses atteintes, et nulle part on n'aperçoit de traces d'inondation ou de crues extraordinaires. Ainsi, avec 2 ou 3 mètres de surélévation il serait venu battre en brèche les moraines latérales de l'Abschwung et de la rive droite, et il aurait renversé et étalé, sur la nappe profonde, les débris de ces dépôts qui n'offriraient pas la moindre résistance à un courant ayant même une vitesse moins grande que celle du Rhin près de son confluent. Et Ton

Zillia.

Comblement (la bogiin d'Andeer

a VU ce qu'eût été cette vitesse si les eaux , à un moment quelconque, avaient pu s'élever au sommet du plateau de Bonaduz et à la hauteur des moraines de Rongella.

En continuant à remonter la Via-Mala, on aperçoit divers lambeaux de moraines latérales et des accumulations de blocs erratiques. Le village de Zillis est bâti sur une moraine latérale et frontale ; le dépôt erratique se développe dans une anse que forme la vallée sur la rive gauche, et, à partir de ce point, les blocs deviennent successivement plus nombreux et plus volumineux.

H. 68. Un peu plus haut on parvient au bassin d'Andeer où b (YiaMab). valléc s'élargit , et dont le fondra peine incliné, offre de nouvean une nappe profonde parfaitement réglée (pi. 12, fig. 1).

Si l'on examine le terrain depuis ce village, dont l'église est bâtie

sur un mamelon de rochers faisant saillie au-dessus de la surface

de la nappe , on aperçoit , vers la sortie de la Yia-Mala, les moraiDes

frontales et latérales situées à l'aval de Pigneu ; sur la gauche, une

Monine ftronuie. immense mofaîne frotUale , sur un étage de laquelle se trcove une

chapelle ; puis enfin à droite , le village de Pigneu établi sur un énorme cône de déjection , formé de matériaux enlevés par les eaux à la moraine latérale droite.

Sur l'arête supérieure de ce cône, le torrent, après rachèvement du remblai , ne trouvant plus de matériaux erratiques à transporter, s'est ouvert un lit qu'il tend à creuser, et dont il attaque incessamment les berges ; les produits de ces érosions , rejetés vers le Rhin , constituent une nouvelle déjection conique très-déprimée.

Les bases du cône principal et des moraines attaquées par le Rhin présentent des coupures que les eaux tendent à augmenter, mais qui , on peut le constater, résultent évidemment de l'action actuelle du Rhin variant dans des limites fort resserrées.

La surface de la moraine profonde est peu élevée au-dessus du niveau des eaux , et l'ouverture pratiquée dans les moraines firontales n'a qu'une très-faible largeur ; il suffirait donc d'une crue de 1 à 2 mètres pour donner lieu à des érosions considérables et dans la nappe et dans les dépôts erratiques fermant presque entièrement la vallée , et situés à l'entrée de la gorge au sommet d'une pente très-inclinée.

On peut se rendre compte des effets qu'aurait produits un courant

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