ROCHES SILLONNÉES
Je me suis dit : les faits que j'ai rapprochés me persuadent bien qu'A
a anciennement existé un courant trës^rapide qui remplissait autrefois toute la vallée dont notre lac occupe aujourd'hui le fond; on voit partout les effets de ce courant,
mdi\8 pourtmit je n'aperçois pas ses traces proprement dites; je trouve bien sous mes pas des matériaux qui ont été charriés ; mais il faudrait, pour une con^ietlom parfaite, découvrir le« ornières du eliar qui 1^ a tran0|iorté».
Alors j'ai pensé que ces ornières pourraient avoir été imprimées par les eaux sur les flancs cscarpés des montagnes , entre lesquelles ce courant a été resserré. J'ai donc entrepris d'observer, sous ce point de vue , les flancs de ces montagnes.
S. 220. Le Mont-Salève est de toutes les montagnes de nos envi- Le Mont-sau^e. rons celle qui se présente le mieux pour l'observation dont je viens de parler. Il est situé en Savoie, à une lieue au midi de Genève ; sa forme est très-allongée dans la direction du nord-nord-est au sudsud-ouest y et c'est à peu prés la direction qu'a dû avoir le courant dont nous nous occupons. Cette montagne* présente du côté de Genève de grandes assises, à peu près horizontales, de rochers nus et escarpés, d'une pierre calcaire blanche y sur laquelle les injures de l'air ne font que peu d'impression. Ces rochers ont dû former une des parois du grand canal dans lequel coulait ce courant ; ils ont dû par conséquent être rongés et sillonnés, à peu près horizontalement, dans la direction de ce même courant, et les parties les plus saillantes ont dû être exposées aux érosions (frottements) les plus considérables.
S. 221. Les faits ont pleinement répondu à ces conjectures. J'ai fait SUr CC Ses flancs escarpés
sujet les obseiTations les plus claires et les plus satisfaisantes. Les J*"^'^^^*^^^*"^ tranches nues et escarpées des grandes couches du petit et surtout du grand Salève présentent presque partout les traces les plus marquées du passage des eaux qui Ics Ont rongées et excavées. On voit sur ces rochers des sillons à peu près horizontaux, plus ou moins larges et profonds; il y en a de 4 à 5 pieds (2™,9) de largeur et d'une longueui* double ou triple, sur 1 ou 2 pieds de profondeur. Tous ces sillons ont leurs bords terminés par des courbures arrondies , telles que les eaux ont coutume de les tracer. Je dis qu'ils sont à peu près horizontaux , parce qu'ils sont parfois inclinés de quelques degrés, en descendant vers le sud-sud-ouest, suivant la pente qu'a
dâ avoir le courant. De tels sillons ne sauraient avoir été tracés par les eaux des pluies , car celles-ci forment des excavations on perpendiculaires à l'horizon, ou dirigées suivant la plus grande inclinaison des faces des rochers, au lieu que celles-là sont tracées presque horizontalement sur des faces tout à fait verticales. Ces sillons sont donc ce que je cherchais , les traces ou les ornières du courant
qui a charrié dans nos vallées les débris des rochers des Alpes. *
ct«téf arrondiet g 222 Q^ yoit aussi à la surfacc de ces mêmes rochers des cavi- '"'Lcî^i w*!^^/* ^ ctTrondies de plusieurs pieds de diamètre et de 2 ou 3 pieds de
profondeur, dont l'ouverture regarde le nord-nord-est et qui paraissent par conséquent avoir été creusées par des fiieu du courant qui se jetaient directement et avec impétuosité contre ces parties plus saillantes et plus exposées ; ces cavités ont leurs fonds et leurs bords arrondis f et comme leurs ouvertures se trouvent placées sur la fape verticale de rochers escarpés, on ne peut pas supposer qu'elles aient été formées par la chute des eaux de la montagne. Détigoationdet pia- S. 223. On pcut observct ces excavations sur presque toutes les wltiepjw'viJbTeT* ^^^^^ ^^s grands rochers du Mont-Salève^ du moins jusqu*à la moitié ou aux deux tiers de sa hauteur, mais on les distingue avec une évidence particulière sur les rochers qui dominent le bas de Féchelle, sur ceux qui sont au-dessus des couches perpendiculaires, entre Véiry et Crevin^ sur les couches épaisses qui dominent les grottes de VHermitage , sur celles qui sont au-dessus du Coin etc. ExoTitioM direne. g 224. Jc uc dois pas dissimuler qu'entre ces excavations arrondies.
mcDt dirigées et même • i 11 %
en MHS coninire da quc jc rcgardc commc 1 ouvrage des eaux, on en rencontre quelquescoannt. ^jj^g quj gQjj^ creusécs en sens contraire du courant y que je suppose
avoir descendu notre vallée et qui pourraient faire naître des doutes sur la cause que je leur attribue. Mais ces doutes s'évanouiront si l'on considère que sur les bords de tous les grands courants, tant de la mer que des rivières, il se forme des remous dont la direction est contraire à celle du courant et qui souvent sont aussi rapides que lui. Il s'y forme aussi des tourbillons plus rapides encore et dont la force rongeante est très-considérable. D'ailleurs les vagues ont aussi, comme on le sait, le pouvoir de ronger et d'excaver les rochers ; elles agissent comme les vents qui les soulèvent dans différentes directions , et ces vents devaient avoir beaucoup de prise sur un courant large comme était le noire, de 4 à 5 lieues. Enfin, si