BLOCS PERCHÉS
des airs par des explosions souterraines; car des masses d'un poids aussi énorme venant d'aussi loin que le centre des Alpes , et par conséquent par une trajectoire prodigieusement élevée, auraient fracassé les rochers et auraient formé des enfoncements considérables; mais, au contraire, elles ne reposent sur la surface du roc et ne le touchent que par un petit nombre de points. Il n'y a que les eaux qui puissent, en diminuant la pesanteur de ces grandes masses , les avoir déposées avec cette légèreté , car leur chute au travers de l'air, ne fût-elle que de la hauteur de 8 à 10 pieds, aurait produit des excavations sur un roe calcaire qui n'est même pas des plus durs dans son genre.
Ces mêmes rochers serviraient à déterminer l'époque de la grande débâcle, si l'on pouvait s'assurer par quelque moyen de la diminution que l'action de l'air et des pluies produit dans un temps donné sur des rochers découverts de la nature de ceux du Mont- Salève.
S. 228. Mais ce n'est pas seulement dans la gorge de Monetier . "*^' . .
' V w j^ pierre» primitivei
que l'on rencontre des blocii de granit et d'autres pierres prl- .«r le grand saiève.
mliiirea % on en trouve de très-grands et en très-grand nombre sur le haut du petit Salève^ et même sur le grand , jusqu'au sommet de la montagne , par exemple , vis-à-vis de Crevin et au-dessus du Chalel de Grange Tourmery c'est-à-dire à plus de 460 toises (896m,5) au-dessus du niveau du lac.
Il y aurait des recherches curieuses à faire sur ces pierres adventives. Quelquefois on les trouve mêlées de façon que celles qui se touchent sont de genres absolument différents , d'autres fois , dans un même heu, on en trouve un grand nombre du même genre.
S. 229. En continuant de parcourir le sommet de la montagne , ^
... . . , • . 1 Croiiette et le Pilon.
on descend dans une petite gorge qui la traverse , suivant sa largeur. C'est au fond de cette gorge qu'est situé le hameau de la Croisetie. De là jusqu'au Piton, sommité devenue célèbre par les expériences de m. de Iiue , les flancs de la montagne cessent d'être nus et escarpés ; ils sont couverts de bois et de verdure , et l'on n'apergoit que de loin en loin des bancs de rochers. Ces bancs sont toujours calcaires et à peu près horizontaux.
Le haut de la montsjgne est chargé dans tout cet espace d'un^^ «ommrt de cette Me blanc, recouvert d'une terre végétale qui produit les plus p^tieda sei*v-e.
beaux pâturages; ce sable a dans quelques endroits plusieurs pieds de profondeur, u paraît qu'il a été charrié par des eaux qui Venaient des Alpes et qui ont versé par dessus la montagne tout ce qui n'a pas pu s'arrêter sur son sommet. On voit ici sous ses pieds , du côté du lac y de petites montagnes appuyées contre la grande et compo* sées en entier de ce même mmMm , «gglutlné et mmanemik em gris |Mu* de» «ue« calMilres.
Ces grès sont très-beaux et très-durables ; il y en a une carrière considérable au-dessus du hameau nommé Verrières; on en fait un grand usage pour l'architecture; on en a tiré des pièces de 15 pieds de longueur et l'on pourrait en lever de beaucoup plus grandes.
pourqDoi dans c«ue S. S30. Daus toutc Cette pai^tie de la montagne, de la Croiseile
nThiILTe*™"'*!**** J^^^^'^^ -Ptton , on ne trouve presque point de Uoes de granit
ou d'autres plerree adventlvee) tandis (]ue de la Croiseile à Monetier, et même de Monetier à l'extrémité de la montagne auprès d'ÉtremMèreSf ces blocs sont très-fréquenls et très-considérables.
On pourrait croire que celte différence vient de la différence des hauteurs y parce que le Piton est la sommité la plus élevée du M<mi- Salève. m. de liue a trouvé sa hauteur de 512 toises (998 mètres) au-dessus du lac. 11 serait donc permis de supposer que la hauteur de 460 toises (869"^,5), sur laquelle j'ai trouvé des btoes ^e roeliep primitiTee , est le plus haut point auquel ils aient pu être soulevés; qu'au-dessus de ce point, il n'est parvenu que des Miblee* Mais cette explication ne parait pas suffisante , parce que j'ai vu entre la Croiseile et le Pilon des places plus basses que MO toises (895i°,5) » et dans lesquelles on ne trouve pourtant point de ces Ueee.
Je crois donc qu'il faut reconnaître que la différence que Ton trouve dans ces corps adventifs ne vient pas seulement des différentes élévations des lieux dans lesquels on les trouve , mais encore de la différence des courants qui les ont charriés ; ces courants entraînant différentes matières, suivant les lieux dont ils tiraient leur source.
Mais outre cette raison générale y j'en vois ici une plus particulière. J'ai fait voir (S. 211) que ces fragments primitifs se trouvent accumulés en plus grande quantité vis-à-vis des grandes vallées des
ANCIENS GOURANTS d'EAU. 81
Alpes, et que ceux de Salève sont vraisemblablemenl venus par celle de YArve. Or, quoique le courant déterminé par la vallée de VArve ait eu dans son centre assez de force pour accumuler de grands fragments jusqu'à une hauteur considérable , cependant ce courant n*a point dû avoir la même force sur ses bords, et par conséquent il n'a pu y porter que des aaibles. C'est ce que Ton voit dans toutes les grandes inondations; les rivières débordées charrient des pierres et du gravier là où leur courant est très-impétueux , mais elles ne portent que du limon sur les bords , où le courant n'a que peu de vitesse.
S. 231. J'ai dit , pour expliquer la formation de l'échancrure qui singulier veitife renferme le vallon de Monelier. qu'elle avait été vraiserablable-
' ^ ces ancieni coaranu.
ment creusée par des courants qui venaient des Alpes et passaient par-dessus Salève pour se jeter dans le grand courant qui remplissait la vallée du lac de Genève; j'ai supposé de semblables couranu pour rendre raison des sables «ceumuiéfl et sur la montagne et à son pied entre la Croisetle et le Pilon. Il existe un vestige bien remarquable de ces courants dans une espèce de puits que je découvris il y a quinze ou vingt ans d'une manière assez singulière.
Je me promenais un matin , par un beau soleil , sur le bord le plus élevé du Mont-Salève^ au-dessus de Collongey et j'admirais la netteté avec laquelle l'ombre de la montagne traçait à ses pieds les contours de ses bords, quand j'aperçus dans le corps de cette ombre un point éclairé par le soleil. Je refusai d'abord d'en croire à mes yeux ; mais la lunette d'approche m'ayant rendu distinctement le même témoignage, il ne me fut plus permis d'en douter. 11 fallut par conséquent admettre que la montagne était en quelque endroit percée de part en part. Cette singularité me frappa beaucoup ; je résolus de faire les plus grands efforts pour découvrir l'ouverture par laquelle passait ce rayon.
Pour cet effet, je me plaçai entre le soleil et le point éclairé, et cnndpuiu
,...,, . «Ali M. au bord de b monUfne
en avançant dans cette direction je découvris un puits très-large et (Mom-saière). très-profond, taillé dans un roc au bord de la montagne; le soleil, qui était alors assez élevé , paraissait pénétrer jusqu'au fond de ce puits ; je soupçonnai qu'il avait une ouverture sur le bord escarpé du rocher, et que quelque rayon s'échappant par cette ouverture, allait éclairer un point entouré des ombres de la montagne. II. •
Creux lie Briikot.
Pour vérifier cette conjecture, il fallait descendre jusqu'au fond de ce puits; par dedans la chose était impossible y à moins de se faire dévaler par des cordes ; je le tentai donc par dehors et j'en vins à bout, à la vérité avec quelque peine et en faisant un détour. Je trouvai au bas du puits une grande ouverture qui avait la forme d'un portail irrégulier de 40 à 50 pieds (13 à 16 mètres) d'éléva* tion^ et je vis les rayons du soleil ressortir par cette ouverture après avoir pénétré obliquement jusqu'au fond du puits.
Je reconnus même que cette ouverture est celle que l'on voit de la plaine vers le haut de la montagne, et que Ton nomme le Creux de Brifaut , parce qu'à cette distance elle ne parait pas plus grande qu'il ne la faudrait pour un chien.
J'entrai dans le puits , dont le fond est à peu près de niveau avec cette entrée, et je jouis, en me retournant, du spectacle que présente ce site singulier.
On voit le ciel au-dessus de sa tête comme par une large et haute cheminée, et en baissant les yeux , on a une échappée de la vue de la plaine qui forme un brillant tableau encadré par la voûte irrégu* Hère du grand portail par lequel on est entré.
Ce plaisir fut le seul fruit que je tirai de cette découverte dans le moment où je la fis ; ce puits ne me présenta d'autre idée que celle d'une singularité ou d'un jeu de la nature. Mais quand j'ai visité de nouveau la montagne dans l'intention de rechercher les traces des anciens courants, ce puits cst devenu pour moi sinon le puits de La vérité , du moins un monument intéressant et instructif.
J'ai observé qu'il est cannelé du haut en bas de sillofis larges et ''"ciTaT"!' Tu^'^'P^^f^^^ ^^^ sillons régnent sur toute la circonférence intérieure
qui est de plus de 300 pieds (97 mètres), et dans toute la hauteur qui va à 160 pieds (52 mètres). Ces cannelures sont beaucoup trop larges et trop profondes pour que les eaux de pluie aient pu les tracer, d'autant que ce puits est presqu'au haut de la montagne et qu'il n'y a point de ravin ou de canal considérable qui y conduise des eaux ; en sorte qu'il ne s'y jette presque pas d'autres eaux que celles qui tombent directement du ciel. Je crois donc que ces profonds sillons sont des vestiges des anciens courants dont nous avons parlé, qui, descendant des Alpes situées derrière la montagne, venaient passer par-dessus son sommet et se verser dans la vallée de
Tneet
Cotean de Boisy.
Pieire-à-Martin.