TRANSPORT PAR LES GLACIERS
J'avais trouvé extraordinaire et invraisemblable la supposition d'un glacier s'étendant du fond de la vallée de Bagnes jusqu'à ilfartigny, mais je trouvais réellement folle et extravagante l'idée d'un glacier de plus de 60 lieues de longueur, occupant non-seulement le Valais , mais recouvrant même tout l'espace entre les Alpes et le Jura , et entre Genève et Soleure. Au premier abord cette hypothèse me parut être en opposition manifeste avec tous les principes de physique et de géologie , et entièrement contraire à tous les faits qui prouvent l'ancienne élévation de température. Comment concevoir en effet qu'un glacier eût pu couvrir une contrée qui doit avoir joui jadis d'un climat propre à faire prospérer des palmiers , comme le prouvent les empreintes de Chamœrops qu'on trouve dans des couches supérieures de la molasse de la Basse-Suisse ?
Pour convaincre mon ami de l'erreur où il me semblait être »• charpentier «34. tombé, je m'appliquai à étudier d'une manière spéciale le terrain erratique et toutes les circonstances qui l'accompagnent. Mais cette étude me conduisit à un résultat tout opposé à celui auquel je m'étais attendu. En effet , loin de me fournir des arguments contre l'hypothèse des glaciers , je reconnm clairement qu'elle eocplique de la manière la plus satisfaisante le terrain erratique jusque dans ses moindres détails et tous les phénomènes qui s*y rattachent. Néanmoins je restai dans le doute jusqu'au moment où je crus être parvenu à concilier l'existence de ces glaeiem monstres avec les faits qui prouvent l'ancienne élévation de la température. Croyant avoir trouvé la solution de ce problème , je rédigeai un mémoire sous le titre de Notice sur la cause probable du transport des blocs erratiques de la Suisse*. J'en fis lecture à la Société helvétique des sciences naturelles, réunie à Lucerne en juillet 4834, et il fut inséré en 1835 dans le huitième volume des Annales des mines.
Malgré l'extrême imperfection de ce petit travail , j'atteignis cependant le but que je m'étais proposé de réveiller et d'attirer de nouveau l'attention des géologues sur un phénomène qu'ils semblaient avoir abandonné entièrement depuis quelques années; et pourtant c'est sans contredit le phénomène le plus remarquable qui
* C. On ne pourra donc pas m'accuser d'avoir adopté Thypothèse des glaciers sans examen suffisant et sans y avoir mûrement réfléchi ; ni , comme le dit H« diMUi Amâré de liiic f par suite d'une connaissance imparfaite des faits.
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PHÉNOMiNES ERRATIQUES DANS LES ALPES.
soit arrivé depuis la grande révolution qui a changé la surface du globe. C'est ce mémoire qui a engagé m. AgasslB à étudier les glaciers et le terrain erratique (voy. sa lettre lue à la séance de l'Institut du 2 octobre 1837, et insérée dans le n» 2907 du feuilleton du Temps). Il y a peu de jours que mon savant ami, iH. Muder, m'a commumuniqué un extrait d'une analyse des éléments géologiques de II. lijell , insérée dans la Revue (T Edimbourg , juillet 1839. Il y est dit que, déjà en 1815, le célèbre Plujfoir avait attribué aux glaciers le transport des débris erratiques '.
Le génie de CNeiiie a également reconnu que ce même agent doit être la cause de ce transport*. J'ignore quand ce grand homme
' C. Voici le passage que H. Mader a eu la complaisance de me communiquer : « An other bypothesis lately brought forward in Schwitzerland accounts for the erratics of the Jura by supposing the valley now separating that range from the central chaîne of the Alps , to bave been once fiUed up with ice , and thèse blocks detached from some of the highest alpine ridges , to bave formed what are called moraines of the glaciers. Our readers wiU flnd this spéculation mentionnedby the late professor Playffatr works , vol. 4, p. 29, and we are not certain that this view of the subject hat been taken before. In the notes of a tour in 1815 he remarks c that a glacier which fills up valleys in its « course, and wich conveys the rocks on its surface free from attrition , is tlie only agent « we now see capable of transporting them to such a distance, without destroying that « sharpness of the angles so distinctive of thèse masses.» That mountains formerly existed of magnitude sulilcient to give origine to such extensius glaciers , is countenanced by other phenomena observed in the Alps, and does not imply any altération in the surface so great as the supposition of a continued declivity between the two extrême pointa , which is afler ail insufflcient to remove the objection arising from the sharp angles of thèse rocks. •
' • c. Zuletzt woUten zwei oder drei stille Gœste sogar einen Zeliraum grimmiger Kœlte eu Hûlfe nifen und aus den hœchsten Gebirgsziigen auf weit in's Land hingesenkten Gletschern, gleichsam Rutêchwege fur schwere Ursteinmassen bereitet, und dièse auf glatter Bahn fem und ferner binausgeschoben , im Geiste sehen. Sie sollten sich , bei eintretender Epoche des Auflhauens, niedersenken und fur ewig in fremden Boden lie'gen bleiben» {WUhelm MeitUrs Wanderjahre, »weites Buch, Kap, 40. Gœthe's Werke, 18S9).
Je Tiens d'apprendre par le rapport infiniment intéressant adressé le 21 février 1840 , par H. iiHclilBBdi, à la Société géologique de Londres (p. 60), que feu le professeur Waïaai'k , à Christiania , a admis que la majeure partie de la Norwége a été dans un temps recouverte de glace, et que les blocs de granit qui abondent dans ce pays, ont été amenés par des glaciers. J'ignore l'année où ce savant a conçu cette opinion ; mais d'après H. Bnckkuidl , elle se trouve consignée déjà dans la traduction des remarques de Bf. g— rk sur VHistoire géologique du globe, insérée en 1827 dans VEdingburgh new philosophkal journal ^ vol. VI, p. 107.