BLOCS DE GRANIT
pente douce de toutes parts , excepté du côté de VArve^ où elle est taillée à pic ; elle est toute de sable et de cailloux roulés.
Il me parait bien vraisemblable que les escarpements et de cette colline et des bas du Môky au-dessus de YArvCy ont été produits , non par cette rivière , telle qu'elle est aujourd'hui , mais par d'ancien» courante beaucoup plus Considérables , et qui suivaient à peu près la même direction.
S. 443. La route que l'on suit de la Bonne-Ville à Cluse est trës-
dcs montagnes primi-
belle, c'est pendant 1 espace d'une demi-lieue, une chaussée rec- ures. Bonnc-viuc tiligne et horizontale; mais ensuite YArve^ en s'approchant des *^*""*' montagnes de la droite , force la route à passer sur les débris accumulés au pied de ces montagnes. Ces débris sont pour la plupart ealcAlrcs) ils sont cependant mélangés de granit et d'auti^s roches primitives y transporlés là par les mêmes révolutions qui ont charrié de semblables roches aux environs de Genève; car les montagnes d'alentour sont toutes calcaires et bien éloignées encore des primitives.
S. 481 . La ville de Sallenche est traversée par une petite rivière dont ***«^« ^^'^ «'•'"' elle porte le nom. On voit dans le lit de cette rivière, et au-dessus et au-dessous de Sallenche, de très-grands blocs de différentes espèces de granit. Ces blocs sont roulés et viennent des hautes Alpes qui sont au sud de la ville , car ici le fond du terrain est encore secondaire.
iS. 490. Lorsque de Sallenche on veut aller droit à Courmajor par biocs de gnnu VAUée-Shnche, on ne revient point traverser YArve à Saint-Martin ; *""'^'^' ^7 '"•
' *^ ' aennes révolutions.
mais on suit la rive gauche, et l'on vient passer à 5ain/-Gen'aw. Je s«m-Gcrvws. fis cette route en 4774; elle côtoie YArve sur le penchant de montagnes peu élevées, ou plutôt des collines qui, dans cet intervalle, bordent la rive gauche de cette rivière. Ces collines sont à' ardoise, mais parsemées de grands blocs de granit, qui ont été transportés là par d'anciennes révolutions.
Un de ces blocs mérite d'être observé ; sa surface , de 20 pieds (6ro,5) de diamètre, est parfaitement plane, et il paraît en entier composé de tables semblables, parallèles entre elles.
S. 594. C'est un fait bien important, à ce que je crois, pour la Grès ou poudingues théorie de la terre , et qui pourtant n'avait point encore été oh- '"!". " y^*^^*
' ^ r r primitiTes elles secon-
servé, que presque enlre les dernières couches secondaires et les claires. LeBuei. premières primitives , on trouve des ba7ics de grès ou de poudingues.
J'ai observé ce phénomène non-seulement dans un grand nombre de montagnes des Alpes , mais encore dans les Vosges, dans les montagnes des Cévennes, de la Bourgogne et du Forez ; je donnerai ailleurs les détails de ces observations , et les noms des lieux dans lesquels je les ai faites.
Ce fait est même encore plus universel ; car j'ai vu que le passage des montagnes secondaires aux tertiaires est aussi marqué par des couches de brèches et de grès (S. 242 a , et S. 243).
Mais , pour noifs borner ici aux observations que nous venons de faire sur le Buety on voit le plus grossier de ces grès (S. 586), déposé sur la surface de la première roche primitive y et un grès moins grossier (S. S85), déposé sur celui-ci. Lorsque les couches calcaires (S. 583 et 584) ont commencé à se former, les eaux contenaient les parties les plus subtiles du sable , qui , se déposant par intervalles , produisaient ces couches minces degrés, qui se manifestent par les petites moulures blanches que nous avons analysées. Enfin, la pierre qui forme la cime du Buet ne contient plus que quelques grains épars de ce même sable, coniéqoencet S. 595. Si ccttc obscrvatiou est aussi générale que je le pense,
'***°"^nlLèIe*^' *****^ ®''® prouve que tous les grands changements dans les'causes génératrices des montagnes furent précédés par des secousses du globe, qui réduisirent en fragments plus ou moins grossiers différentes parties des montagnes qui existaient alors; que ces fragments furent déposés par couches sur la surface de ces montagnes , dans un ordre relatif à leur pesanteur; que là , des sucs de différente nature les agglutinèrent et les convertirent en grès ou en poudingties; qu'ensuite de nouveaux dépôts ou de nouvelles cristallisations produisirent de nouvelles couches , qui , par le changement arrivé dans les causes génératrices des montagnes , se trouvèrent être d'une nature différente des premières , et formèrent de nouveaux genres de montagnes.
L'inurpofitioDdeeei S. 596. Ccs baucs dc sttblc et de débris, interposés entre les der-
grei De détroit p«th j^j^p^g f^y^j^^ primiUvcs et les premières secondaires, n'empêchent
T«nu ordiei de mon- pas qu'cu général il n'y ait une liaison marquée et des transitions '^" nuancées entre ces deux ordres de montagnes. Ici même on voit
que les calcaires et les ardoises du Buet sont mélangées, les unes de grains de quartz, les autres de lames de mica; et toutes de parU'-
Cilles d'argile et de pierre de corne, qui sont au nombre des éléments des roches primitives. Ces sables sont comme un point entre deux périodes, qui n'empêche pas la liaison des idées qu'elles renferment.
S. 623. Les fragments de granit que le Glaeier d^s Bols a bioo e» ani da déposés témoignent qu'il descendait autrefois de ce côté-là, beaucoup plus ,«.' hiuiclw .T*po*i*i bas qu'Une le fait aujourd'hui. On voit aussi à l'ouest du glacier une p«r randenne ext^n-
eoMineealeaire, çuôj^démrat dam la suite, jusqu'au sommet'^'''' e. gtciew. de laquelle on trouve des bloes de granit arrondis j parfaitement semblables à ceux que le glacier charrie actuellement , et qui prouvent que le glaeier s'est une fois élevé Jusqu'à la hauteur de eette eolllne. // parait même que cette montagne fut un obstacle qui arrêta les progrès du glacier de ce côté-là ; car plus au nord-ouest, là où finit celte barrière, on trouve des vestiges du glacier , beaucoup plus avant dans la vallée. C'est une observation que j'ai faite dans mon dernier voyage en i784 , et qui m'avait échappé dans tous les autres. Stir la route du Prieuré à Argentlère, un peu avant d'arriver à la ehapelle des Tlnes, je remarquai près du chemin une portion d'enceinte , formée par un entassement de Unes de granit arrondis ) j'examinai attentivement la nature et la situation de cette enceinte, et je reconnus de la manière la plus indubitable que c'est une anelenne limite du Qlaeler des Bols > qui s'était autrefois avancé jusques-là. Je mesurai en droite ligne la distance à laquelle il se tient actuellement de cette limite , et je trouvai 500 de mes pas, ce qui fait iSOO à UOO pieds {420 à 450 mètres). On nélse souvient point à Chamounix d'avoir vu là le glacier ; les mélèzes qui y ont crû, prouvent, par leur air de vétusté, qu'il y a bien longtemps que le glacier a abandonné cette place ; de même que leur triste et m4iigre figure indique la stérilité connue des terrains qui ont été occupés par les glaces. Les grands Moes de granit parsemés et renfermés dans V intérieur de cette enceinte, sans qu'on en voie aucun au dehors , et leur ressemWanee airee eeux qui sont aetuellement au pied du glaeier , démontrent que s'est lui qui les a déposés. Si donc on trouve des exemples de l'aeerolssement des glaeiers, en voici un bien frappant de leur diminution I et nous enverrons bien d'autres dans le cours de ces voyages.
On p«Dt Térififr ici S. 624. Ceux qui ne se senlirout pas les forces nécessaires pour tbforie des gUciert. 8^21^*^ jusqu au haut 00 quelquc glacior , pourront vérifier au pied
GLcier-det-Boi.. du glacicr dcs Boîs plusieurs des principes que j'ai posés sur leur
formation. Ils verront que leur glace est d'une espèce particulière, remplie de petites bulles, semblable en tout à de la neige qui s'est gelée après avoir été imbibée d'eau. Ils verront qu'elle est ici en grandes masses , sans aucun vestige de couches ; là , divisée par couches très-épaisses; ils verront que sa structure n'indique point une formation lente par une apposition successive de lames ou de
Moarementdcsgb- pdits fcuiUcts ; ils trouvorout la preuve de son motwemmt progrès-
ciert constaté par d<s -i. 1 1 . • i . 9 >t i • • • * * 1
aiigneroenta. **/ ^^^^ '^^ olocs OB picrrc çu eUe chamCy pierres qui ne sont pomt
de la nature de celles des montagnes qui bordent le bas du glacier, mais des granits qui ne se trouvent que dans les hautes cimes qui dominent ses parties les plus élevées ; an a même constaté par des alignements la réalité de ce mouvement progressif. Ils comprendront enOn que c'est le renouvellement de ces glaces , produit par leur mouvement progressif, qui perpétue leur existence dans le fond d'une vallée assez chaude pour entretenir la plus belle végétation.
Réflexion géologique. S. 625. Lcs blocs dc picrrc dont est chaîné le bas du glacier des
Bois invitent à une réflexion assez importante. Lorsque l'on considère leur nombre , et que Von pense qu'ils se déposent et s'accumuieiit à cette extrémité du glacier y à mesure que ses glaces se fondent, on est étonné qu'il n'y en ait pas des amas beaucoup plus considérables. Et cette observation , d'accord en cela avec beaucoup d'autres que je développerai successivement , donne lieu de croire , comme le fait H. de liue, que l'état actuel de notre globe n'est point aussi ancien que quelques philosophes l'ont imaginé. Gtand bloc de gr.. S. 627. J'ai dit plus haut (S. 609) , que le 15 juillet nous étions
nit. ChAteaa da Mont- __. . ^ , ,
anmiporté h ancien, ^cuus, M. Tremble^, M. Picfet et mol, coucher au HonteMnement par le glacier. irerC y afiu dc pouvoir partir Ic Icudcmain au point du jour et pénétrer jusqu'au fond de la vallée de glace.
Mais où couche-t-on sur le HontonTert ? tin y eMielie dans un cHàteau) car c'est ainsi que les Chamouniards , nation gaie et railleuse, nomment par dérision la chétive retraite du berger qui garde les troupeaux de celte montagne. Un grand Mac de fpra» nIt, porté là aneiennement par le glacier 9 ou par quelque révolution plus ancienne, est assis sur Une de ses faces, tandis qu'une
autre face se relève en faisant un angle aigu avec le terrain , et laisse ainsi un espace vide au-dessous d'elle. Le berger industrieux a pris la face saillante de ce granit pour le toit et le plafond de son château , s la terre pour son parquet; il s'est préservé des vents coulis, en entourant cet abri d'un mur de pierres sèches, et il a laissé dans la partie la plus élevée un vide où il a placé une porte haute de 40 pouces et large de 16. Quant aux fenêtres , il n'en a pas eu besoin , non plus que de cheminée; le jour entre et la fumée sort par les vides que laissent entre elles les pierres delà muraille. Voilà donc l'intérieur de sa demeure : cet espace angulaire, renfermé entre le bloc de^anit , la terre et la muraille, forme la cuisine, la chambre à coucher, le cellier, la laiterie, en un mot, tout le domicile du berger de JHentanvert.
Il voulut bien nous le céder pour celte nuit, et la passer avec nos guides^en plein air autour d'un feu qu'ils entretinrent au haut delà forêt. Pour nous, nous étendîmes sur le parquet un peu inégal du château, une botte de paille que nous avions fait apporter , et nous dormîmes là mieux qu'on ne dort souvent dans des appartements où l'art et la mollesse ont épuisé toutes leurs ressources. Le lendemain , un peu avant le jour , nos guides vinrent nous réveiller: je dormais alors profondément, et la lumière qu'on nous apportait par derrière faisait briller si singulièrement le bloc de granit sous lequel nous étions couchés , que je fus quelques moments sans pouvoir comprendre où j'étais ni ce que je voyais.
S. 658. En partant du Chalet de Blaitière (vallée de Chamounix) , »<>«'••" «^ àéhm je me dirigeai au pied droit de laiguille , ou plutôt à celui qui était Bwuère. à ma droite, du côté du couchant. Je montai pendant une heure sur les sommités des couches verticales , dont j'ai parlé plus haut (S. 656). Cette partie de la route était rapide sans être très-fatigante. Mais alors j'entrai dans les entassements de blocs de grauu détachés du liaui des aiguilles 9 et eharriés par le glaeier. Il est extrêmement fatigant de gravir au travers de ces blocs, surtout quand ils sont, comme ils l'étaient alors, à moitié couverts de neiges nouvelles, qui les rendent glissants, et qui, masquant leurs intervalles, exposeraient sans cesse, au risque de se casser la jambe si l'on ne marchait pas avec beaucoup de précaution. Ces neiges, qui étaient tombées à la mi-aoùt, un mois plus tôt qu'à l'ordinaire, me contrarièrent beaucoup dans ce petit voyage.
obienr.uon S. 717. CaF, 61 c'cst uue observation importante pour la théorie " louVrouié! "' ^® ^^ ^^^^^ 9 ^^"s le haut des vallées entourées de hautes montagnes,
on ne voit point de cailloux roulés qui soient étrangers à la vallée même dans laquelle on les trouve; ceux que Von y rencontre ne sont jamais que des débris des montagnes voisines. Dans les plaines ^ au contraire , et à V embouchure des vallées qui aboutissent aux plaines, et même assez haut sur les pentes des montagnes qui bordent ces plaifies , on trouve des cailloux et des blocs que l'on dirait tombés du ciel, tant leur nature diffère de tout ce que Von voit dans les environs. Rochet dures très- S. 756. En montant le Bon^Homme, le chemin passe continuelleplate., très-dore. et ^^^^ ^^^ j^^ pieFFCS plateM «rès-durM e« pollM par le fr«t-
poliei par le frotte- i -r «r ■ ^ ^
ment Bon . Homme . temest. Daus les quatrc voyages que j'ai faits au Bon-Homme,} m Allée-Blanche. y^ jg^j^ f^jg jgg mulcts s'abattfc sur cette montée.
<2'*« S. 778. Je traversai d'abord des couches de grès qui étaient la
remplit de cailloax . . , ni • . ^ i/o nmn\ ¥
rooiéi. continuation de celles dont je viens de parler (S. 776). Je trouvai Allée-Blanche, eusuitc dcs bancs d'une espèce de poudingue grossier ^ dont le fond était ce même grès rempli de caillour- arrondis. Quelques-uns de ces bancs se sont décomposés , et les eaux ont entraîné les parties de sable qui liaient les cailloux , en sorte que ceux-ci sont demeurés libres et entassés exactement comme au bord d'un lac ou d'une rivière. Il était si étrange de marcher à cette hauteur sur des cailloux roulés , que Pierre Baline en témoigna son étonnement , même avant que j'en parlasse. On aurait été tenté de croire qu'une cascade tombant anciennement de quelque rocher plus élevé, détruit dès lors par le temps, avait arrondi ces cailloux, si on n'en trouvait pas de semblables encore enclavés dans les couches régulières du grès qui compose le haut de cette montagne. Effet det cailloux S. 779. Quoiquc depuis longtemps je ne doute plus queiesctux '^"'^obu'r^ailïr ^* "'^^^"^ couvert et même formé ces montagnes, et qu'il y en ait
même des preuves plus fortes que l'existence de ces caillouxrouléSj cependant leur accumulation sur cette cime avait quelque chose de si extraordinaire , et qui parlait aux sens un langage si persuasif, que je ne pouvais pas revenir de mon étonnement. Si, en marchant sur ces cailloux j et en les observant, j'oubliais pour un moment le lieu où j'étais , je me croyais au bord de notre lac ; mais , pour peu que mes yeux s'écartassent à droite ou à gauche , je voyais au-dessous de moi des profondeurs immenses, et ce contraste avait quel-
que chose qui tenait d'un rêve: je me représentais alors, avec une extrême vivacité ; les eaux remplissant toutes ces profondeurs , et venant battre et arrondir à mes pieds ces cailloux sur lesquels je marchais , tandis que les hautes aiguilles formaient seules des iles au-dessus de celte mer immense r^em^ demandais qttand et cornment ces eaux S'étaient retirées. Mais il fallut m'arracher à ces grandes spéculations et employer plus utilement mon temps à Texacte observation de ces singuliers phénomènes.
S. 991. Parmi les objets voisins du grand Saint-Bernard, faits sn^iro» d» rud
, ••.fi . ii'^ii» !•. .. SainUBemard. Course
pour piquer la curiosité des amateurs de lithologie, on doit surtout ^ „„ ^^^,,g, p^u ^,j„.
remarquer un grand rocher d'une pierre très-dure, dont la surface reiiement.
exposée à Tair a reçu un poli vif des m^ains de la nature. Ce rocher
est dans les montagnes qui dominent le couvent du côté de l'ouest.
C'est M. Murritli , dont j'ai parlé au chapitre précédent , qui en a
fait la découverte et qui eut la complaisance de nous y conduire le
19 juillet 1778.
S. 992. Dans cette course, on commence par descendre | pour Rochei feuaieiéet. remonter ensuite. On prend d'abord la route de l'Italie , on passe au plan de Jupiter , on descend de là entre des rochers de différentes espèces. Ce sont d'abord des roches mélangées de quartz et de mica y dont les feuillets sont fréquemment repliés à plusieurs reprises les uns sur les autres.
Plus bas, on trouve des roches de corne et de schorl; elles sont Rœhet de eome. vertes , mêlées de nids et de veines de spath blanc calcaire ^ avec des pyrites qui agissent fortement sur l'aiguille aimantée.
S. 993. De ces rochers on descend encore comme pour aller à la Ardobea apongieuiea. Vaeherie, mais avant d'y arriver on tire sur la droite sur un col élevé, qui porte le nom de Col entre lea deux fenêtres ^ Prés du haut du col, on passe sur des ardoises , dont quelques-unes sont devenues légères et comme spongieuses, à cause des vides qu'ont laissés dans leur intérieur des pyrites qui se sont décomposées, et qui ont été ensuite entraînées par les eaux. Si ces cavités étaient rondes^ au lieu d'être, comme elles le sont, de forme cubique, il serait difficile de ne pas prendre à l'œil ces pierres noires et poreuses pour des productions de volcans. Je dis à l'œil, car leurs caractères
* D. A. Aujourd'hui désigné par Col-defl-Venétreii, passage de mulets.
intérieurs leur refusent cette origine ; elles n'exercent aucune action sur l'aiguille aimantée , et ne se fondent pas au chalumeau ; elles se couvrent seulement d'une couche légère d'un vernis vitreux. àé f«r S. 994. Au pied de la cime la plus élevée au-dessus de ce col , M. Hnnitlinous fit voir une mine de fer spéculairey dont la gangue est mêlée de quartz et de pyrites. Le filon est renfermé dans une roche ardèsioïdej mélangée de mica et de quartz ^ dont les feuillets ondes sont à peu près verticaux.
Les deux morceaux de cette mine que j'ai rapportés agissent fortement sur le barreau aimanté , et ils ont l'un et l'autre, comme les aimants naturels, des pôles très-décidés. Les fragments de cette même mine, exposés au chalumeau, se fondent en bouillonnant et en lançant des étincelles.
La cime de ce rocher est parsemée de fragments de la même roche dans laquelle est renfermée cette mine, mais les feuillets sont là parfaitement placés et parallèles entre eux, et les fragments euxmêmes sont presque tous des parallélipipèdes. M. Plctet observa le baromètre sur cette cime , la plus haute de celles que nous atteignîmes dans cette promenade, et il en résulta une hauteur de 4 410 toises au-dessus de la mer (2748 mètres). pienbagiM. S. 995. Cettc cime est elle-même dominée par une autre beau-
coup plus élevée, qui se nomme la Polnte-die-lIr^Bet et ou M. Murritli a trouvé une plombagine semblable à celle de Cli»- ■ioiuiix, mais beaucoup plus riche. Quand on l'expose à la Qamrae du chalumeau, le phlogistique et l'air fixe se dissipent entièrement: il ne reste que la partie pierreuse, qui se fond en un verre blanchâtre. Cette plombagine détonne sur le nitre incandescent avec beaucoup de vivacité, en produisant une flamme d'une blancheur éblouissante.
Après avoir observé le baromètre, nous tirâmes au midi, en suivant le haut de l'arête sur laquelle nous étions , et nous pas* sâmes près d'un petit lac, dont l'eau, mêlée de neige, a une teinte verte, demi-transparente. Cette eau n'avait qu'un quart de degré de chaleur au-dessus du terme de congélation, lodier poli. s. 996. En suivant la même direction , nous arrivâmes à ce sin-
gulier rocher qui faisait le but de celte course ; ce rocher forme la crête même de cette petite chaîne. Sa surface supérieure descend à
l'est sous un angle de 43 degrés. C'est cette surface qui est polie y et d'un poli si vif qtie Von s'y voit comme dans un miroir. Cette surface est dans quelques endroits parfaitement plane, au point que Ton pourrait en couper des tables de 8 à 10 pieds de longueur sur une largeur proportionnée; dans d'autres endroits elle est un pou ondée y mais toujours également po/ee. Elle est, ici, veinée comme un marbre y là, marquée de taches angulaires y comme si c'étaient des fragments enchâssés dans le fond de la pierre. Sa couleur varie : le fond est communément brun ou noirâtre et les taches d'un beau blanc; quelquefois cependant le fond lui-même est blanc. La pierre est très-dure, donne beaucoup de feu contre l'acier, en sorte que son poli ressemble à celui d'une agathe ou d'un jaspe , et a, par cela même , plus d'éclat que celui du marbre. Les parties blanches sont indubitablement un quartz demi-transparent ; elles sont inaltérables .à la flamme du chalumeau, mais elles se dissolvent très-promptement et avec une vive effervescence dans l'alcali minéral. Les parties noires paraissent de deux espèces : celles qui sont les plus voisines de la surface polie, perdent leur couleur à la flamme du chalumeau et y deviennent blanches comme celles dont j'ai parlé plus haut, mais sans y subir aucun autre changement, et elles se dissolvent aussi avec effervescence dans l'alcali minéral sans le colorer en aucune manière. Mais dans l'intérieur de la pierre on trouve des parties noires, tendres, qui, humectées avec le souffle, exhalent une odeur d'ai^ile, et qui se fondent au chalumeau. Les parties noires et polies sont donc aussi un quartz y ou si l'on veut , nn jaspe coloré par quelques particules de la pierre de corne noire, qui se trouve dans l'intérieur du rocher.
Il s'agissait ensuite de trouver la cause de ce poli naturel. L'explication qui se présente la première à l'esprit, lorsque l'on est sur les lieux, c'est que la surface extérieure de la pierre, la seule qui soit polie y Va été par le frottement d'une terre jaunâtre dont elle est en partie recouverte y et sou^ laquelle s'enfonce le rocher, en descendant y comme je VcU dit, de 43 degrés du côté de l'est. Cette terre, ou plutôt ce sable, est le produit de la décomposition d'une espèce degrés ou de qiuirlz grenu, dont les parties dures et aiguës , agitées par les venu, les pluies, et par des causes peut-être plus anciennes et plus actives auraient pu user et polir la surface qu'elles couvrent. Ce qui
semblerait confirmer cette explication, c'est que quand on descend la montagne , comme je le fis, du côté de ses escarpements à l'ouest , on traverse une quantité de couches du même genre de pierre, dont les surfaces bien parallèles entre elles sont égales et unies y mais point du tout polies ; elles ressemblent à des pierres que le lapidaire a usé^s et dégrossies y mais auxquelles il n'a pas encore donné le lustre et le dernier poli.
Je n'étais pas éloigné de m'arrêter à cette idée, lorsque 11.1e docteur Butina, leAls, en revenant d'un voyage qu'il avait fait au Halnt-Bernard, me fit observer qu'en divers endroits de la surface de cette pierre polie, on voit des espèces de stries parallèles entre elles, parfaitement semblables à celles que Von voit à la surface desxristaux de quartz: d'où il concluait que c'est une cristaUisaUon ;
et que peut-être quelque suc quartzeux avait mouillé cette surface , s'était cri>tallisé sur elle, et l'avait ainsi enduite d'une espèce de vernis. Cette explication me parait ^ effectivement plus vraisemblable que la première *.
* D. A. En septembre 1857, accompagné de l'ami A. Htekel 9 professeur, je me rends au grand Saint-Bernard, Nous séjournons à poste flxe à l'hospice du 9 au 21. Nos occupations principales, uniques, étaient de faire des observations météorologiques une
décade météorologique complète.
Le 21, accompagné d'un guide, nous montons au Gol-des-Fenètres , 2920 mètres altitude , munis de ciseaux et de marteaux , pour visiter la temeiMe r«cke p^lle.
Cette roche est parfaitement décrite par 9I. de MmaMire, sous le rapport de son aspect et de sa composition minéralogique. Lorsque ce savant géologue la visita le siéde passé , on n'avait pas encore inventé (tout est invention ou découverte) les rscliM p*- Uea et «irlées 9 myée« psr le* slaelem.
Cette paroi de roche en est à ma connaissance le plus beau spécimen des Alpes. Surfkce verticale à découvert de plusieurs mètres de hauteur, sur une longueur de 10 mètres et plus. Pell aUrelr tefevieax 9 eewpe de fronfea, sIlleBS) peilCes eirie», fcewe de ipbieler, tout est marqué. La lecture de ces hiéroglyphes tracées par l'ancienne extension des glaciers est réjouissante pour les glaciéristes. Un petit glacier en activité existe en aval de cette roche : pell el rayé, roehe* et saleté au moment de notre passage. — Nous détachâmes sans difllculté de larges spécimens de la roche polie et y joignlme» des galets et des roches nouvellement polis et striés par le petit glacier en activité.
Les petits glaciers en activité, comme les grands, ont les mêmes allures; ils usent ^ fMliuent, itrient et raient les roches: c'est dans leur caractère, dans leurs mœurs, rien à changer ; et si parfois nous trouvons des roches dont les stries se croisent même à angle droit , ce sont des hiéroglyphes qui disent que les grands glaciers monstres ont fait les stries dans le sens de la vallée ; après leur retraite (disparition par la fonte) , de plus petits glaciers, qui n'occupaient plus que les points culminants des Alpes, oot peu à peu progressé ; Us ont marché ; — eux aussi ont voulu fure leur chemin el se sont
S. 1032'. A une lieue au-dessous de liiddcs, on côtoie des rochers Biœs calcaires micacés ^ composés de feuillets durs, plans , dirigés comme stJt.îte^àOmère. la vallée, et à peu près'verticaux. Un quart de lieue plus loin , on passe à Orsière» grand village situé dans un fond, au bord de la Dnmce; et après en être sorti, on passe à la rive gauche de ce torrent, dont on avait toujours suivi la rive droite depuis le liourg de Sntnt-Pierpe»
Lorsqu'on a traversé la Drance, on laisse à gauche le chemin qui conduit droit à Courmayeur par le «ol Fcrret. Je suivis celte route dans mon voyage de 1781 (S. 855); et je reconnus, en la faisant, l'origine des blocs de granit que l'on rencontre dans le lit de la Drance, sur la route du grand Saint-Bernard) ces granits m'étonnaient beaucoup , parce qu'on n'en voit pas une seule montagne, pas même un rocher en place dans toutes les montagnes des environs du Saint-Bernard. Le Télan, malgré sa grande hauteur, n'est point composé de ce genre de pierre: n. Sfurrâth, le seul observateur qui ait jamais atteint cette cime, l'a trouvée composée d'une roche feuilletée, mêlée de rognons de quartz.
Hais en montant au eol Ferret, je vis que la haute chaîne du Hent-Blane, toute composée de ^am7^ s'avance jusqu'au-dessus de la vallée que je remontais alors , et dans laquelle on trouve des blocs énormes de granit, évidemment détachés de cette chaîne. Il y a donc lieu de croire, que dans le temps de u débàcié qui a charrié les pierres alpines à de si grandes distances, il y en eut qui furent refoulées jusque dans le vallon de la Dranee, qui n'avait sûrement point alors une pente aussi rapide qu'aujourd'hui; et ce qui le prouve, c'est que l'on ne voit pas un seul de ces blocs, ni sur le
amusés à passer sur les roches abandonnées par leurs ancêtres , en se dirigeant par la voie la plus courte vers le thalweg de la vaUée, en descendant la pente fort à leur aise.
Celte localité est des plus intéressantes pour les glaciéristes et les géologues. Petit glacier en activité et preuves de l'ancienne extension des glaciers. Le géologue pourra détacher sur un parcours qui n'excède pas 80 mètres de longueur : sranli, soelMi, ■ileuckMe, qiuurta, feldspath, roehes fenlletées, ardoises apoii^eafl^, fer ■pëenlAlrC) iichlale arslleux^ anthraelte^ ploiiilMicln^<
Le glaciériste détachera facilement une belle surface de la paroi de roche polie et striée par les glaciers, et aura soin de ne pas enlever la boue de glacier qui est particalièreoient adhérente. U trouvera des galets striés , rayés et polis anciens , et de plus des sorfacea nouvellement rabotées , polies et rayées par le petit glacier embryon en activité.
glacier de la VaUorey, ni entre Salnt-Pienre et le Saint-:
nard, ni même à un quart de lieue au-dessus de l«iddca ^ Montagnei g -jQgj^ pjug loin, demèrc le village 'du iluiriana ou En-
moatonné«s. MarUgny . ^
à saint-Maarice. vioiioe , OU voit des Fochers qui ont une forme que je nomme moutonnée , car on est tenté de donner des noms à des modi/icalions qui n'en ont pas et qui ont pourtant un caractère propre. Les montagnes que je désigne par celle expression sont composées d'un aMiemMago de tètes arrondftea , couvertes quelquefois de bois, mais plus souvent d'herbes, ou tout au plus de broussailles. Ces rondeurs contiguës et répétées forment en grand V effet d'une Unson bien fournie, ou de ces perruques que Von nomme aussi moutonnées^. Les montagnes qui se présentent sous cette forme sont près-
' s. Quoique ces considérations me parussent établir avec une grande probabilité l'origine de ces granits , je désirai de savoir ce qu'en pense M. nurrlili. Comme cet estimable naturaliste habite ces lieux dès son enfance , son autorité me paraissait d'un trèsgrand poids. Voici l'extrait de sa réponse :
« Je me fais un vrai plaisir de répondre à votre question sur les granits , que je n'en ai « point vu dans les plus hautes montagnes de ma paroisse (Uddcs, J 1021), quoique « je les aie presque toutes parcourues. 11 est vrai que j'en ai trouvé en assez gros blocs « à la montagne dite en patois du pays plan y heu , ce qui veut dire la plaine aux bœufs. « Mais cette montagne est dominée par la pointe d'OmI ou d'Ornex, qui fait partie de « la chaîne du nont-niaae , qui est tout entière de granit. Malgré le vide qui se trouve « entre cette pointe et le Plan-y-neaff, par la vallée d'Onlère, qui est intermédiaire , « la direction de cette débâcle ou éboulement de la pointe d'Omex paraît d'autant plus «vraisemblable, qu'on peut suivre le granit depuis Plan -y-Bcuf jusqu'au-dessus de la « chapelle qui est à deux portées de fusil au-dessus de MAûdem , et qu'au-dessus de cet « endroit on n'en trouve plus ni dans la rivière ni dans les ravins. On trouve une seconde « preuve de cette débâcle dans la vallée de Champé , tendante aux Valette* au-dessus « de Martlfluiy, où Ton voit le granit répandu dans la môme direction, partant de la « même pointe d'Omex , inonder la vallée jusqu'au bourg de Martlcny. C'est vraisem- « blablement là l'origine des granits que l'on voit continuellement de Uddes à narilsay.
«Liddes, 18 mai 1785.»
Enfln, pour ne laisser aucun doute sur la justesse de cette explication , M, narrltii se donna la peine d'aller, le 9 août dernier, visiter les alcallles d'Omex , et il eut la bonté de me communiquer sur-le-champ le résultat de ses recherches.
« J'ai détaché, dit-il, quelques morceaux des granits de ces aiguilles pour les compa-
• rer avec ceux des blocs roulés que nous voyons dans nos environs , et ils m'ont paru « « examen fait , être exactement les mêmes. Il n'est donc plus douteux que ces blocs « roulés ne viennent des hauteurs d'Omex , qui font partie de la chaîne du neat-BbiBe,
• et il parait même que Ton pourrait y reconnaître les vestiges de la débâcle.
• 13 août 1785.»
* D. A. Moutonné ou ballonné , arrondi par la partie inférieure du glacier qui a passé sur les surfaces des roches en place.
ROCHES MOUTONNÉES. 103
que toujours des roches primitives ou au moins des stéatites; car je n'ai jamais vu aucune montagne de pierre à chaux ou d'ardoise revêtir cette apparence. Les signes qui peuvent donner quelque indice de la nature des montagnes à de grandes distances et au travers des plantes qui les couvrent, sont en petit nombre et méritent d'être étudiés et consacrés par des termes propres.
Ces montagnes 9 que j'allai sonder au haut des prairies qui les séparent de la grande route , sont composées d'un mélange trèsressemblant au précédent, et ce sont là les derniers rochers primitifs que l'on rencontre en sortant des Alpes par cette vallée. Le village de JTuirten» dont ils occupent les derrières , est encore à une lieue de Salnt-SIaurice.
S. 4099. Toute cette montagne, du moins au-dessus de Vevey Poodagiief. où elle porte le nom de Chardonne^ est composée de poudingue» verey à LauMime. grossiers dont les cailloux arrondis sont liés par du sable y et ce sable par un gluten calcaire dont les parties se réunissent sous la forme de spath dans les fentes et dans les interstices des couches.
On voit aussi sur la route de Ve^ey à I«au«anne, surtout entre SalMt-Saphoriit et Cuilly, des rocs d'un poudingue semblable dont les couches sont souvent entremêlées de couches de grès argileux ou A' argile sablonneuse. La plupart des cailloux roulés qui entrent dans la composition de ces poudingues sont de nature secondaire ou même tertiaire : ce sont des pierres calcaires , des pétro'silex y des grès effervescents.
En montant la pente rapide qui conduit du bord du lac à Iiauflanne , on rencontre fréquemment des blocs rouies de ces beaux poudingues que j'ai observés de part et d'autre de la vallée du Rhône, entre Hartlgny et Saint-iriaurlce. Ils sont absolument différents de ceux des environs de Vew^j ^ on n'y trouve point de cailloux de nature décidément secondaire y rien qui fasse effervescence ; le sable mêlé de mica , qui remplit les interstices des cailloux, est lié par un gluten de la nature de l'argile ou du silex > et leur ressemblance avec ceux de la vallée du Rhône est si parfaite, que l'on ne saurait douter qu'ils n'aient été détachés des montagnes qui bordent cette vallée et transportés là par la grande débâcle. Leur grande dureté les rend propres à former des pierres meulières
semblerait confirmer cette explication, c'est qae quand on descend la montagne, comme je le fis, du côté de ses escarpements à l'ouest , on traverse une quantité de couches du même genre de pierre, dont les surfaces bien parallèles entre elles sont égales et unies j maispoinl du toiU polies ; elles ressemblent à des pierres que lelapidairea usées et dégrossies y mais auxquelles il n'a pas encore donné le lustre et le dernier poli.
Je n'étais pas éloigné de m'arrêter à cette idée , lorsque H» le docteur Butini, le fils y en revenant d'un voyage qu'il avait fait au Saint-Bernard, me fit observer qu'en divers endroits de la surface de cette pierre polie , on voit des espèces de stries parallèles entre elles, parfaitement semblables à celles que Von voit à la surface desxristaux de quartz : d'où il concluait que c'est une cnsuuisaUon ;
et que peut-être quelque suc quartzeux avait mouillé cette surface , s'était cristallisé sur elle, et l'avait ainsi enduite d'une espèce de vernis. Cette explication me parait ^ effectivement plus vraisemblable que la première *.
' D. A. En septembre 1S57, accompagné de l'ami A, BUekel 9 professeur, je me rends au grand Saint^Bemard, Nous séjournons à poste fixe à l'hospice du 9 au 21. Nos occupations principales, uniques, étaient de faire des observations météorologiques une
décade météorologique complète.
Le 21, accompagné d'un guide, nous montons au Col-des-Fenétres , 3920 mètres altitude , munis de ciseaux et de marteaux , pour visiter la temeose roche p«Ue.
Cette roche est parfaitement décrite par n. de SauMnire, sous le rapport de son aspect et de sa composition minéralogique. Lorsque ce savant géologue la visita le siècle passé , on n'avait pas encore inventé (tout est invention ou découverte) les recliee pelles ei atiiées ^ rayée* par le» slaelem.
Cette paroi de roche en est à ma connaissance le plus beau spécimen des Alpes. Surface verticale à découvert de plusieurs mètres de hauteur, sur une longueur de 10 mètres et plus. Poil aUralr tefealeax 9 ea«|ps de f^ausctf) •liions 9 petites stries, fcowe de iplader, tout est marqué. La lecture de ces hiéroglyphes tracées par l'ancienne extension des glaciers est réjouissante pour les glaciéristes. Un petit glacier en activité existe en aval de cette roche : poil et rayé, roches et galets au moment de notre passa^. — Nous détachâmes sans difficulté de larges spécimens de la roche polie et y joignîmes des galets et des roches nouvellement polis et striés par le petit glacier en activité.
Les petits glaciers en activité , comme les grands , ont les mêmes allures ; ils usent » politsent, itrient et raient les roches: c'est dans leur caractère, dans leurs mœurs, rien à changer ; et si parfois nous trouvons des roches dont les stries se croisent même à angle droit, ce sont des hiéroglyphes qui disent que les grands glaciers monstres ont fait les stries dans le sens de la vallée ; après leur retraite (disparition par la fonte) , de plus petits glaciers, qui n'occupaient plus que les points culminants des Alpes, ont peu à peu progressé ; ik ont marché ; — eux aussi ont voulu faire leur chemin et se sont
S. 1022. A une lieue au-dessous de lilddes, on côtoie des rochers ^^^ calcaires micacés , composes de feuillets durs, plans , diriges comme 8imn>ierr«àOwière. la vallée y et à peu près' verticaux. Un quart de lieue plus loin , on passe à Oratère, grand village situé dans un fond, au bord de la Srance) et après en être sorti, on passe à la rive gauche de ce torrent, dont on avait toujours suivi la rive droite depuis le iHiurg die Saint-Pierre.
Lorsqu'on a traversé la Drance, on laisse à gauche le chemin qui conduit droit à CoumiAyeiir par le eol Ferret. Je suivis cette route dans mon voyage de 1781 (S. 855); et je reconnus, en la faisant, l'origine des blocs de granit que l'on rencontre dans le lit de la Dranee, sur la route du grand Saint-Bernard f ces granits m'étonnaient beaucoup , parce qu'on n'en voit pas une seule montagne, pas même un rocher en place dans toutes les montagnes des environs du Saint-Bernard. Le Vèlan, malgré sa grande hauteur, n'est point composé de ce genre de pierre : M* nurrUii, le seul observateur qui ait jamais atteint cette cime, l'a trouvée composée d'une roche feuilletée, mêlée de rognons de quartz.
Mais en montant au eol Ferret, je vis que la haute chaîne du nont-Blane, toute composée de granit, s'avance jusqu'au-dessus de la vallée que je remontais alors , et dans laquelle on trouve des blocs énormes de granit, évidemment détachés de cette chaîne. Il y a donc lieu de croire, que dans le temps de la débâcle qui a charrié les pierres alpines à de si grandes distances, il y en eut qui furent refoulées jusque dans le vallon de la Dranee, qui n'avait sûrement point alors une pente aussi rapide qu'aujourd'hui; et ce qui le prouve, c'est que l'on ne voit pas un seul de ces blocs, ni sur le
amusés à passer sur les roches abandonnées par leurs ancêtres , en se dirigeant par la voie la plus courte vers le thalweg de la vallée , en descendant la pente fort à leur aise.
Cette localité est des plus intéressantes pour les glaciéristes et les géologues. Petit glacier en activité et preuves de l'ancienne extension des glaciers. Le géologue pourra détacher sur un parcours qui n'excède pas 20 mètres de longueur : granit 9 socImI) ■nicaaehiflte , quarts, felAspaih, roehe« feiUlelées, ardolflea apongleiuicfl, fier «pécabilre, seUste argileux , aniliraclle, plombagine.
Le glaciériste détachera facilement une belle surface de la paroi de roche polie et striée par les glaciers, et aura soin de ne pas enlever la boue de glacier qui est particulièrement adhérente. Il trouvera des galets striés , rayés et polis anciens , et de plus des surfaces nouvellement rabotées, polies et rayées par le petit glacier embryon en activité.
glacier de la Talsorer, ni entre Salnt-Pterre et le Salnt-Bcr-
nard, ni même à un quart de lieue au-dessus de litddes ^
Montagne. g 406I. Plus loiu , derrière le village 'du jruvtaiia ou
moutonnées. Ifartjgny • 1 - •
à stint-Maarice. ^ioiine 9 on voit des rochers qui ont une forme que je nomme moutonnée , car 07i est tenté de donner des noms à des modifications qui n'en ont pas et qui ont pourtant un caractère propre. Les montagnes que je désigne par cette expression sont composées d'un aasemblage de téies arrondies , couvertes quelquefois de bois, mais plus souvent d'herbes, ou tout au plus de broussailles. Ces rondeurs contiguës et répétées forment en grand V effet d'une toison bien fournie, ou de ces perruques que F on nomme aussi moutonnées*. Les montagnes qui se présentent sous cette forme sont pres-
* s. Quoique ces considérations me parussent établir avec une grande probabilité l'origine de ces granits , je désirai de savoir ce qu'en pense M. Harrith. Gomme cet estimable naturaliste babite ces lieux dès son enfance , son autorité me paraissait d'un trèsgrand poids. Voici l'extrait de sa réponse :
« Je me fais un vrai plaisir de répondre à votre question sur les granits , que je n*en ai point vu dans les plus bautes montagnes de ma paroisse (Uddea, § 1021), quoique je les aie presque toutes parcourues. 11 est vrai que j'en ai trouvé en assez gros blocs à la montagne dite en patois du pays plan y heu , ce qui veut dire la plaine aux bœufs. Hais cette montagne est dominée par la pointe d'Omi ou d'Omex, qui fait partie de la chaîne du nont-maiic 9 qui est tout entière de granit. Malgré le vide qui se trouve entre cette pointe et le Plaii*y-neiir, par la vallée d'Ornière^ qui est intermédiaire, la direction de cette débâcle ou éboulement de la pointe d'Omex paraît d'autant plus vraisemblable , qu'on peut suivre le granit depuis Plan -y-Beuf jusqu'au-dessus de la chapelle qui est à deux portées de fusil au-dessus de lildde* , et qu'au-dessus de cet endroit on n'en trouve plus ni dans la rivière ni dans les ravins. On trouve une seconde preuve de cette débâcle dans la vallée de Cbampé, tendante aux Valeltea au-dessus de Mwrtisiiy, où Ton voit le granit répandu dans la même direction, partant de la même pointe d'Omex , inonder la vallée jusqu'au bourg de niaritcny. C'est vraisemblablement là l'origine des granits que l'on voit continuellement de lildde* à narilcnr. «Liddes, 18 mai 1785.»
Enfin, pour ne laisser aucun doute sur la justesse de cette explication , H. marrllft se donna la peine d'aller, le 9 août dernier, visiter les al^iilllea d^Omex , et il eut la bonté de me communiquer sur-le-cbamp le résultat de ses recherches.
« J'ai détaché, dit-il, quelques morceaux des granits de ces aiguilles pour les compa- < rer avec ceux des blocs roulés que nous voyons dans nos environs , et ils m'ont paru , « examen fait , être exactement les mêmes. Il n'est donc plus douteux que ces blocs « roulés ne viennent des hauteurs d'Omex, qui font partie de la chaîne du munUWUmmt^ « et il parait même que l'on pourrait y reconnaître les vestiges de la débâcle. «13 août 1785.»
* D. A. Moutonné ou ballonné , arrondi par la partie inférieure du glacier qui a passé sur les surfaces des roches en place.
ROCHES MOUTONNÉES. 103
que toujours des roches primitives ou au moins des stéatites; car je n'ai jamais vu aucune montagne de pierre à chaux ou d'ardoise revêtir cette apparence. Les signes qui peuvent donner quelque indice de la nature des montagnes à de grandes distances et au travers des plantes qui les couvrent, sont en petit nombre et méritent d'être étudiés et consacrés par des termes propres.
Ces montagnes, que j'allai sonder au haut des prairies qui les séparent de la grande route , sont composées d'un mélange trèsressemblant au précédent, et ce sont là les derniers rochers primitifs que l'on rencontre en sortant des Alpes par cette vallée. Le village de jTuYtoim dont ils occupent les derrières , est encore à une lieue de Salnt-SIaiirice.
S. 1099. Toute cette montagne, du moins au-dessus de Vevey Poudingnat. où elle porte le nom de Chardonne^ est composée de poudingues vetey à uuatnne. grossiers dont les cailloux arrondis sont liés par du sable y et ce sable par un gMen calcaire dont les parties se réunissent sous la forme de spath dans les fentes et dans les interstices des couches.
On voit aussi sur la route de Ve^e^ à Iiauaanne, surtout entre Saint-Sapiioriii et CniUjf des rocs d'un poudingue semblable dont les couches sont souvent entremêlées de couches de grès argileux ou d'argile sablonneuse. La plupart des cailloux roulés qui entrent dans la composition de ces poudùigues sont de nature se-condaire ou même tertiaire : ce sont des pierres calcaires , des pétrosileXy des grès effervescents.
En montant la pente rapide qui conduit du bord du lac à Iiauaanne , on rencontre fréquemment des blocs roulés de ces beaux poudingues que j'ai observés de part et d'autre de la vallée du Rhône , entre Hartlgiisr et Saint-Maurice. Ils sont absolument différfenls de ceux des environs de Vevey ; on n'y trouve poinl de cailloux de nature décidément secondaire y rien qui fasse effervescence; le sable mêlé de mica, qui remplit les interstices des cailloux, est lié par un gluten de la nature de l'argile ou du silex ^ et leur ressemblance avec ceux de la vallée du Rhône est si parfaite, que l'on ne saurait douter qu'ils n'aient été détachés des montagnes qui bordent cette vallée et transportés là par la grande débâcle. Leur grande dureté les rend propres à former des pierres meulières
et à tous les usages qui exigent les matières les plus dures et les plus cohérentes.
Roate s. 1101 . De Iiausaiiiie je revins à «enève , et je terminai ainsi
de LaDHnnek Génère. , • • i i .
Bioca et fdeu. ^^^^ IHIII. TremUey et Pletet le voyage qui a servi de cadre a cet ouvrage. Cette route ne nous retiendra pas longtemps , car autant elle est agréable par la beauté et la variété des sites que présentent le lac, les collines et les montagnes qui le bordent , et par le nombre de jolies villes que Ton traverse dans l'espace de sept ou huit heures , autant elle est peu intéressante pour le minéralogiste. Elle pourrait cependant le devenir s'il voulait observer en détail les nombreuses espèces de cailloux roulés dont cette route et les bords du lac sont parsemés.
Mais si le minéralogiste ne s'attache qu'aux phénomènes généraux y il ne verra entre le Jura et les Alpes qu'un bassin rempli de débris de ces mêmes Alpes, charriés et arrondis par les eaux, disposés par couches peu inclinées; ici de cailloux presque purs y là de limon argileux ^ plus loin de sable mobile ^ ailleurs du même sable lié eu forme de grès par un gluten calcaire. Il verra aussi avec quelque intérêt de grands blocs de ces mêmes débris parsemés rà et là sur les bords du lac, par exemple entre Allamand et Relie.
Il s'en voyait autrefois de très-beaux le long de la grande route , mais on les a presque tous détruits , soit pour la réparation de cette même route , soit pour des constructions particulières. Il est trèsnaturel que l'on en fasse cet usage ; mais pour moi , je ne vois point sans un vif regret détruire ces précieux monuments de la grande révolution à laquelle la surface de notre globe doit son étal actuel. Car si cette destruction suit les progrès que je lui vois faire depuis vingt-cinq ans, si les défrichements , les constructions continuent sur le même pied , il est vraisemblable que dans deëx ou trois cents ans il ne restera dans nos environs que peu ou point de ces monuments.
Cette considération se réunit avec plusieurs autres pour prouver ce que j'ai déjà insinué ailleurs, que si les montagnes, les primitives surtout , paraissent être d'une antiquité qui eflVaie l'imagination , l'état actuel de la surface de notre terre , sa population , sa culture , sont , en comparaison , d'une date presque nouvelle.