‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 32 sur 216 · TERRE VÉGÉTALE · texte numérisé non relu

TERRE VÉGÉTALE

Ce qui donnait là quelque importance à ces réflexions, c'est qu'on ne peut pas douter que celte belle est fertile vallée, contiguë aux plaines de la Iiombardie , ne soit un des pays les plus anciennement cultivés de l'Europe, et où par conséquent on doit voir le plus en grand les phénomènes qui sont propres à cette terre. Ces cailloux qui lui servent de base, étaient encore une circonstance précieuse pour l'observateur. En effet, lorsque cette lerre est assise sur d'autres espèces de terre, sur du sable ou du menu gravier, il peut s'élever quelque doute, quelque difficulté sur la détermination précise de son épaisseur et de ses limites , au lieu que ces gros cailloux la déterminent avec toute la certitude que l'on peut souhaiter.

S. 1318. Ce fait seul, que la terre végétale repose immédiale-

ne se change pas en

ment sur les cailloux, prouve déjà , qu'au moins dans le Plémoiat» nbie. la lerre végétale ne se convertit point en sable quartzeux. Un chimiste très-célèbre, HE. Sage, regarde le quartz comme un sel dont les ingrédients, savoir l'alcali fixe et l'acide vitriolique , se trouvent dans les végétaux ; il conclut de là que la décomposition spontanée des végétaux produit de petits cristaux de quartz ou des grains de sable; et en conséquence il croit que les sables qui se trouvent fréquemment au-dessous de la terre végétale, ceux de la mw^mtphalle, par exemple, sont l'ouvrage , ou plutôt le dernier résultat de la végétation. Or entre Turin et San-4}eriiiano on ne trouve point de sable aurdeMous de la terre végétale; et cependant les végétaux du Piémont sont essentiellement delà même nature que ceux . de la iveatplialie. Et si l'on supposait que le sable produit par les végétaux^ ait pu s'écouler entre les intervalles des cailloux , j'objecterais une infinité d'endroits dans les montagnes et même dans les plaines, où la terre végétale repose immédiatemetit sur le roc y sans que la plus petite couche de sable se trouve interposée entre le roc et la terre. Il semble donc que quand on trouve ce sable au-dessous . de la terre végétale, on doive lui attribuer une origine différente.

S. 1319. Le peu d'épaisseur de la couche de terre végétale que l'on Limite voit dans ces plaines, me semble aussi prouver que l'on ne P^ut ''*J^'"]^^"^^*JJ^^ * regarder la quantité de cette terre comme une mesure du temps Turin. san-cemanb. qui s'est écoulé depuis que le pays a commencé à produire des végétaux; car dans cet espace de 10 lieues, entre Turin et San-*

ilO PHÉNOMÈNES ERRATIQUES DANS LES ALPES.

Germaiio, je ne lui vis nulle part, même dans les pays les mieux cultivés, une épaisseur qui allât à un pied : or la petitesse de cette quantité prouve que cette terre est sujette à une décomposition qui met une limite à son accroissement : car sans cela , comment un pays plat, fertile, cultivé sûrement depuis plus de trois mille ans, n'en possëderait-il pas une couche plus épaisse?

La nature même de cette terre prouve qu'elle doit être sujette i une décomposition spontanée. En effet, son analyse démontre qu'elle est composée de fibres et de racines végétales à demi-ptUréfiées , et d'un mélange de fer et de différentes terres iminbées des sites k demidécomposés des plantes qui y ont végété : or ces restes de plantes doivent à la longue achever de se décomposer; leurs éléments volatils doivent s'évaporer, et servir à des productions nouvelles, conjointement avec une partie des principes fixes qui sont pompés par les racines; d'un autre côté, les eaux des pluies qui lavent la surface de ces terres, et qui les pénétrent dans toute leur épaisseur, doivent aussi entraîner, soit dans les rivières, soit dans le sein même de la terre, les sels, les terres atténuées et le fer, seuls résidus fixes qui puissent survivre à la décomposition des végétaux. Cette destructibilité de la terre végétale est un fait au-dessus de toute exception ; et les agriculteurs qui ont voulu suppléer aux engrais par des labours trop fréquemment répétés, en ont fait la triste expérience : ils ont vu leur terre s'appauvrir graduellement, et leurs champs devenir stériles par la destruction de la terre végétale.

Puis donc que cette terre est destructible, la quantité qui s'en détruit doit être jusqu'à un certain point proportionnelle à sa quantité absolue ; et comme, d'un autre côté, la quantité qui s'en produit annuellement est nécessairement limitée , son accroissement doit aussi avoir des limites déterminées.

Les limites de cet accroissement doivent varier suivant le climat, suivant la nature et la situation du fond qui sert de base à la terre végétale, suivant les plantes qui y croissent, suivant les genres de cultures qu'on leur donne; enfin suivant la fertilité du pays. Mais lors même que toutes les causes qui tendent à augmenter l'épaisseur de cette couche de terre se trouveraient réunies , on ne saurait douter qu'elle n'atteignit enfin un certain maximum au delà duquel

les causes destructives devenues égales aux causes productives ne leur permetlraient pas de s'élever *.

Je ne crois donc pas, comme m» de IWie, que le peu d'épaisseur de la terre végétale puisse servir d'argument pour, prou ver le peu d'antiquité de notre globe. Ce n'est pas que je ne pense au fond comme lui sur cette grande question, je l'ai déjà déclaré plusieurs fois; mais je pense que c'est par d'autres arguments qu'il faut la décider.

S. 1320. Je viens à la nature même des cailloux roulés que l'on c«iiioox rouies

... 1*1 • ^0* environ* de Turin.

rencontre sur celte route; ceux des environs de Turin qui se montrent à découvert sur les bords du PA et de la Boire, présentent une grande variété de serpentines y de schistes cornés ^ de roches mélangées de hornblende en lames , quelques pierres calcaires , quelques granits et quelques variolites.

Ces variolites ressemblent beaucoup à celles de la Durance; mais Vânoutei de lunn. celles qu'on trouve dans les environs de Turin ne sont pas d'un beau vert comme celles des bords de la Durance, et la nature même de leur pâte est différente; cette pâte est sujette à se décomposer. Lorsqu'elle a subi cette décomposition , sa surface est d'un brun noirâtre, presque mate, et demi-dure au plus. Mais celle qui ne s'est pas transformée, a, lorsqu'elle a été roulée, sa surface d'un gris brun , luisante et grasse au toucher ; intérieurement la cassure des parties saines est d'un gris de souris foncé , un peu brillante, à petites inégalités et à petites écailles, à fragments assez aigus et translucides aux bords ; elle est dure, agit sur l'aimant et se vitrifie très-aisément en un verre d'un gris verdâtre translucide, brillant et un peu bulleux ; mais celle qui est décomposée donne un émail noir et opaque. Les grains sont remarquables et méritent une description un peu détaillée. Les plus gros d'entre ceux qui sont simples, c'est-à-dire, ceux qui ne sont pas composés de la réunion de plusieurs grains ont 2 1/2 à 3 lignes de diamètre. Dans ceux qui

* s. Ce serait une grande erreur de croire que la fertilité d'un pays dépend uniquement de la nature du sol; la chaleur et l'humidité de l'air, la quantité et la nature des exhalaisons dont il est chargé , y influent beaucoup plus encore. J'ai vu en Sicile et en CalAbre des rochers et des graviers incultes et arides qui, dans notre pays, auraient été lont à fait stériles, et qui là produisaient des plantes beaucoup plus vigoureuses que ne les donnent chez nous les terrains les plus gras et les mieux cultivés.

ne sont pas des plus petits, on distingue trois parties diflerenles. Au milieu de chacun d'eux est une espèce de noyau d'un gris obscur y un peu moins obscur que le fond de la pierre, mais cependant de la même couleur et de la même nature. Ce noyau est entouré d'un cercle d'une couleur un peu plus claire , et duquel sortent des pointes de cristaux qui pénètrent dans l'intérieur du noyau ; ce cercle est lui-même entouré d'un cercle blanc qui forme la partie la plus apparente des grains; et ce cercle est aussi entouré de pointes de cristaux saillants au dehors du grain ; ces pointes pénètrent la pâte obscure qui fait le fond de la pierre, et elles sont d'une couleur un peu plus terne que le cercle blanc dont elles sortent. Ces cristaux sont tous disposés en étoiles ; c'est-à-dire, qu'ils tendent du centre à la circonférence de chaque grain ; je n'ai point pu déterminer la forme de ces cristaux ; tout ce que j'ai vu , c'est que leurs pointes sont des pyramides droites. Ces grains sont durs, même plus que le fond ; et comme ils résistent beaucoup mieux à la décomposition et au frottement, on les voit souvent saillants audessus de la surface de la pierre. Ils prennent un beau poli , même dans leur noyau, quoique sa couleur soit obscure, et qu'il ne paraisse pas cristallisé ; le fond au contraire ne prend point le poli ; ce qui fait d'autant plus ressortir l'éclat des grains et donne à la pierre polie un aspect très-agréable ; ils sont aussi très-fusibles et donnent un verre couleur d'oHve claire, qui s'affaisse aussi sur le tube, et qui est rempli de petites bulles. Cette pierre est assez dense ; le poids de l'eau distillée est au sien comme 1000 : S900 (2900 p. sp.).

Le bel échantillon que m'a donné 91. de Salnt-Real , contenait une veine de schorl vert ou delphinite (S. 1225) confusément cristallisée qui, suivant la propriété connue de cette pierre, commence à se gonfler beaucoup au premier coup de flamme, et se fond ensuite avec quelque peine en un verre noir, varioiitei de b SMia. S. 1321. J'ai trouvé une autre belle variolitej d'un genre tout différent, au bord de la Sesia, rivière que l'on traverse à quelques minutes au delà de Vereelll. La pâte ou le fond de cette varioliie est d'un gris rougeâtre, sale et terreux par décomposition, et ses grains sont d'un rouge de brique vif; cette pâte est tendre , mais d'une fusion difficile , et le verre qui en résulte est décloré, rempli

VARIOUTES. 413

de petites bulles et parsemé de points noirs ferrugineux. Les grains sont gros comme des pois, lorsqu'ils sont fraîchement cassés; ils paraissent composés de trois ou quatre couches concentriques, qui alternent d'un rouge plus obscur à un rouge plus clair, et l'on y aperçoit, comme dans ceux de \di variolite de Tunn, des indices de rayons qui tendent du centre à la circonférence. Exposés à la flamme du chalumeau, ils se décolorent entièrement ; les distinctions des couches disparaissent , et ils présentent un verre blanc et poreux. Les différentes parties de cette pierre paraissent donc toutes de la nature du pétrosilex primitif; sa pesanteur spécifique est de 2569.

On trouve aussi sur les bords de la même rivière d'autres vario" lites dont la pâte est dure, d'un rouge de brique vineux, et dont les grains sont d'un rouge clair ; leur nature paraît être la même.

S. 4322. Une autre pierre remarquable , que je trouvai sur les Porphyre

iiiirv'f 1 »irii»fi^* feldipalh et de

bords de la Sesia, c est un porphyre rouge et vert^ mélange de /feW- deiphiniie. spath et de delphinite; la partie rouge , qui forme la pâte , est un feld- ^*"*spath rouge y grenu, à grains médiocres et durs. La partie verte est disséminée par nids arrondis plus ou moins réguliers, de deux ou trois lignes de diamètre , composés d'aiguilles distinctes qui tendent au centre du nid. Entre ces aiguilles vertes , on en distingue quelques-unes d'un gris noirâtre et brillant : elles sont toutes plus dures que l'acier, et se fondent avec quelque difficulté en un verre noir et luisant : elles ne se boursoufQent pas avant de fondre, comme les delphinites ordinaires; je crois cependant devoir les rapporter à ce genre. On y remarque aussi quelques cristaux de feldspath,

S. 4323. Quant au pays natal de ces difTérenles pierres, comme onneconMitpu la Sesia prend sa source dans les Alpes qui dominent la vallée *' "^^'^^^ *** "** d'AostCf on pourrait croire que c'est dans ces montagnes qu'il faut chercher les rochers d'où ces cailloux ont été détachés, mais cette conjecture est très-incertaine. En efTet , ce ne sont pas toujours les rivières où se trouvent des cailloux qui les ont déposés sur leurs bords; souvent ces cailloux ont été transportés dans les lieux où coulent ces rivières , par d'anciens courants qui n'ont rien de commun avec elles ; et smiveyil la invière actuelle rCa fait que mettre ces cailloux à découvert e?i entraînant les teires et les sables qui les cachaienl à nos yeux.

IL

Cependant, quant à la variolite (S. 1520), m. le comte de norosBo a publié un mémoire sur cette pierre qu'il nomme variolite du Piémont , il a suivi ses traces en remontant la Itoire au-dessus de Suze, et il croit qu'elle vient des montagnes du ColdeS'Fetiêires , et du Col^de-Fatières. Il ne dit pourtant pas qu'il ait observé les rochers dans leur lieu natal {Acad, de Turin, 1791). Collines s. 1^27. La route de Milan à «ènes passe par les villes de

de sable et de graricr. , . « i • • « «

Apennins. P»vie ct dc Tortoite y et suit encore les plaines jusqu a Castagto, village situé à 3 lieues au delà de PaTie; là même on ne pénètre point encore entre les collines, on les côtoie pendant quelque temps pour s'en écarter ensuite ; la route ne s'engage dans les montagnes qu'à Vouïj premier village de l'État de ca«nc8.

En côtoyant ces collines qui forment la lisière extérieure de VApefiinin , on voit qu'elles sont composées de lits peu inclinés de sable et de gravier. Les Apennins, comme les Alpes, sont presque partout bordés de collines de ce genre.

Dans le milieu des grandes plaines de la Ijornbardie , on ne voit guère que du sable et A^Vargile; mais en approchant de ces collines , on commence à revoir des cailloux roulés dans les lits des ruisseaux et même à la surface de la terre. Là, ces cailloux sont presque tous des pierres calcaires et des grès. Blocs S. 1750. En aval de Topplnno (chemin de Formazza aux îles

"""'ïr'ilno™" Borromées) on rencontre un petit oratoire , et près de là, des bloa Formasu aux lies cfe granit vciné entièrement détachés , à angles vifs y d'une grosseur

énorme. L'un d'eux , auprès duquel passe la grande route, qui n'est ici qu'un sentier à mulets, est réellement effrayant par le surplombement de celle de ses faces sous laquelle on est forcé de passer ; il semble qu'il doive de lui-même culbuter en avant et vous écraser ; mais quand on l'a passé et qu'on voit la largeur de sa base, on comprend qu'il n'y a pas de danger. Cailloux du Tessin. S. 1324. Lc Tcssin, quc l'ou travcrsc à une lieue et demie de

IVo¥»re, a aussi son lit rempli de cailloux roulés; ce sont des granits ^ porphyres, quartz ^ roches grenatiques, roches mélangées de hornblende et de quartz, serpenti7ies etc.

Mais je n'y trouvai point de variolites, et la pierre la plus remarquable qui s'offrit à mes yeux, était un porphyre à pâte grise, dure, renfermant des cristaux de feldspath rose, plus ou moins réguliers,

Borromées.

Novare.

PtTÎe. RoTÎ.

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