COLLINES DE TERRE ET DE GRAVIER
de gravier et cailloux, dont ces collines sont composées ; on les voit se prolonger à de grandes distances.
Mais Tamateur de lithologie voudra voir de plus prés ces mêmes lits ; il voudra passer entre le Rhône et le pied de ces collines , et aller, le marteau à la main, observer la nature de ces anciens dépôts.
En examinant de près ces amas de caillonx, on voit que leurs variétés sont presque innombrables; qu'ils sont confondus sans aucun ordre ^ que ce sont des débris de montagnes de tout genre, arrondis et mélangés par les eaux; que pour l'ordinaire les cailloux aplatis sont posés de plat; que les couches en se prolongeant changent souvent de nature, et souvent sont entiemélées de lits de sable ou d'argile.
Dans divers endroits , les cailloux sont liés entre eux par un gluten calcaire et forment des poudingties assez solides, comme à Sousterre , à la Bâtie. Ordinairement c'est dans la paiiie la plus basse qu'ils sont ainsi agglutinés.
S. 55. Toute cette hauteur de 255 pieds (82"»,8) est coupée à pic Boehet de cartwny. au-dessus du Rhône , dans un endroit qu'on nomme les Roches de Cartigny. Le terrain miné par des sources qui coulent entre les terres , a essuyé des éboulements considérables ; mais les parties les mieux liées se sont maintenues et forment ça et là des espèces de tours ou de pyramides irréguliëres, d'une très-grande hauteur. Toan. Ces pyramides qui menacent ruine, vues du bord du précipice, *'^'*°"^*""*'"***'"' forment un aspect sauvage et terrible , qui contraste singulièrement avec le charmant paysage que l'on voit de l'autre côté du Rhôr^.
Si l'on descend jusqu'au lit du Rhône en côtoyant ces escarpements, on voit que le terrain est composé: premièrement de terre végétale; ensuite de lits horizontaux , de sable et de gravier; puis de lits plus épais d'un sable très-fin.
Tous ces lits forment ensemble une épaisseur d'environ 60 pieds (19^,5), et sont suivis d'une couche d'argile presque indivise, 'épaisse d'environ 70 pieds (22",7)^ et mélangée çà et là de cailloux épars.
Sous cette argile on trouve des lits de sable ^ de gravier et de cailloux qui forment entre eux les 125 pieds (40in,9) restant jusqu'au lit de la rivière. Dans la moitié supérieure de cet espace, les caillaiix sont libres et roulants; mais dans la moitié inférieure
de la vallée de Cba moonix.
ils sont liés par un gluten calcaire , qui en forme une espèce de poudingiie. On trouve quelquefois dans les interstices de ces pierres da spath calcaire confusément cristallisé en lames rectangulaires.
Fond horizontal S. 608. Eu allant du prieuré au niontaiiirert t on commence par traverser obliquement le fond de la irallèe de €liAnio«nlx à
travers des prairies et des champs bien cultivés. On remarque l'horizontalité parfaite du fond de cette vallée et, partout où la terre est entr'ouverte , on voit que ces premières couches sont des lits horizontaux de limon, de sable et de cramer, d'où l'on doit conclure que VArve a couvert autrefois tout le fond de cette vallée, et a élevé Ce
même fond par l'accumulation de ses dépôts. Amas de aabie. de g. 1294. Pcu après OU passc SOUS la tour pittoresque , et ensuite bkllwoîét.* *"" * P^ï* 1^ village d'ATlgliaita, élevé, suivant l'observalion de H. de
Iiue, de 189 toises (368°>,4) au-dessus de la mer. La petite montagne pyramidale dont cette tour occupe le faîte, est composée de serpentine.
Delà C'est à peu près là que se termine la chaîne des montagnes qui
borde le côté méridional de cette vallée; la chaîne septentrionale, de l'autre côté de la Doire se prolonge un peu d'avantage. Mais de là jusqu'à Turin on ne rencontre plus de montagnes proprement dites; les hauteurs sur lesquelles on passe en allant d'Avigliana à Rivoli, sont toutes des collines tertiaires ^ c'est-à-dire des amas de sable ^ de cailloux et de grands blocs roulés * qui ont été dégorgés dans celte vallée par la grande débâcle dont j'ai souvent parlé. Ces collines mêmes se terminent au delà de Rivoli, et de Rivoli à Turin il n'y a plus que des plaines.
Forme g. 1295. Commc je désirais me former une idée distincte de la
des eolUnec de débris.
ATifUaoa et Ritou. formc dc CCS collincs tertiaires , je m'arrêtai dans mon dernier voyage
à la poste de Rivoli; de là je montai au château, et du château à une chapelle qui est à l'ouest, et qu'on me dit porter le nom de Saint- Gras.
Novalèie fc Turin, ▲rigliano.
' S. Frappé de la grandeur d'un de ces blocs qu'on rencontre au delà de broifle, j'eus la curiosité de le mesurer; je lui trouvai 50 pieds (16n,2) de longueur sur 20 à 80 pieds (6">,5 à 9<n,7) de hauteur, et 20 pieds (6*°. 5) de largeur, ce qui fait 25,000 pieds cubes (855 mètres cubes). Il est vrai que c'est une serp^Btlae 4vre« et que la dernière lisière des Alpes étant de ce: te espèce de pierre , on peut supposer qu'elle ne vient pas de loin.
On a de là une vue très-belle et très-étendue sur les plaines du Fléiiioiit. Quant aux collines de débris que je venais observer, et dont fait partie celle de Rivoli ^ sur la cime de laquelle je me trouvais, elles paraissaient de là, former trois dos parallèles, qui courent à peu près de l'est à l'ouest , comme l'extrémité de la vallée d'où sortirent les matériaux dont elles ont été formées. En voyant ces collines, on croirait qu'elles vont s'appuyer contre le pied du Mont'Picheriano y dont la petite montagne de Saini-Michel fait partie; mais j'ai vu du haut de cette montagne (S. 1192), que ces collines sont séparées de son pied par une vallée qui renferme les petits lacs (T Avigliana ; et c'est une particularité rernarquable , car ordinairement les collines de ce genre s'appuient immédiatement contre le pied des montagnes qui terminent les vallées d'où sont sortis les matériaux dont elles sont composées. 11 est vraisemblable qu'en sortant de la vallée de Suxe le courant se partagea en deux branches , dont l'une passa du côté du sud, au pied du Monl-PicherianOj .et l'autre suivit le cours actuel de la Doire^ passa au pied du Mont-Musiiiel y et se répandit de là dans les plaines du Piémont. On voit dans les environs d' Avigliana ^ près de la place où le courant dut se partager, quelques monticules de serpentine demi-dure et semblable à celui sur lequel est bâtie la tour d' Avigliana ; ce furent vraisemblablement ces monticules qui divisèrent le courant et qui , en ralentissant son cours, occasionnèrent les dépôts qui ont formé les colL'nes situées entre Avigliana et Rivoli.
S. 1158. Sur le haut de la colline du Mont de Sion (roule de MonideSîon.
^ Blocs de gnnit.
Genève à Annecy) on voit un grand nombre de blocs de granit étran* gers à cette montagne, aussi bien que le sable et les cailloux roulés qui les accompagnent. Ils ont été transportes là par la grande débâcle; et comme ou les voit beaucoup plus abondants du côté du sud-ouest, c'est une preuve que ce courant venait du nord-est, comme tout concourt d'ailleurs à l'établir.
S. 1160. On traverse ensuite une première bifurcation du Mont- ^»'»«« Salève, par une gorge que domine le château de Croisille, situé sur Mom-saière. un roc isolé, escarpé, composé d'assises calcaires et horizontales^
On voit sur les flancs de ce roc, du côté de la grande route, plusieurs vestiges indubitables de l'action des eaux qui ont creusé cette goi-ge ; des sillons profonds et arrondis , et des trov^ circulaires par-
i38 PHÉNOMÈNES ERRATIQUES DANS LES ALPES.
faitement semblables à ceux que l'on voit sur les bords d'un fleure rapide serré entre des rochers.
Deux observations du baromètre m'ont donné pour le village de Croisille 216 toises (421 mètres) au-dessus du lac de Genève, ou 408 toises (795 mèlres) au-dessus de la mer. Plaine S. 4164. Eu sortant d' Annecy , on se trouve dans une petite
Tnn«y! * ^ plaino horizontale , qui est la continuation de celle que l'on traverse en venant du pont de Progny à Annecy (S. 1161). Il paraît hors de doute que cette plaine a été abandonnée par le lac, et que celui-ci s'étendait anciennement beaucoup plus loin qu'il ne fait aujourd'hui.
^'*» On traverse ensuite des collines dont la base est un grès tendre,
en coucheg peu in. •? J* ' u • v ' * * j -ii
ciinée». argileux , dispose par couches peu inclinées et couvert de cailloux
roulés de tout genre, conchei s. 1165. Mais à une lieue et demie d' Annecy, en approchantda
de nble et de gnyier. «n i, « .1 , . 1 . . .
Annecy. Village d Albic ct cu desccudant vers le ruisseau nomme le Cltéi
qu'il faut traverser pour aller à Albiey on voit sur la droite du chemin des couches de grès dont la situation est parfaitement verticale. Je fus extrêmement étonné de trouver un grès dans cette situation, et d'autant plus que les premières couches de celui-ci sont entremêlées d'un gravier dont les grains arrondis ont un pouce et plus de diamètre , en sorte qu'il est indubitable que ces couches n'ont point été formées dans la situation qu'elles ont actuellement, mais qu'elles ont été produites dans une situation horizontale ou à peu près lelle^ et redressées ensuite par une cause postérieure à leur formation. Ces premières couches ont même ceci de remarquable , qu'elles sont recouvertes sur le haut de la colline par une couche horizontale de sable et de caillovx dont le mélange forme un poudingue grossier. Ce sable et ces cailloux ont été déposés p»
les eaux.
En continuant de marcher vers Albiey on côtoie ces mêmes couches toujours verticales , dont les plans courent constamment dans la même direction du nord au sud , ou plus exactement à 10 degrés du sud par est. Lorsqu'on arrive au bord du Chérau, qui a creusé son lit très-profondément dans ces mêmes grès^ on voit, au travers des eaux tranquilles et transparentes de ce ruisseau, ces mêmes couches traverser son lit et reparaître sur la rive opposée , en con-