BLOCS ARRONDIS ET FROTTÉS
Les fragments arrondis et usés par frottement sont généralement plus nombreux que les autres ; cependant il n'est pas rare de rencontrer des dépôts dans lesquels les fragments anguleux prédominent de beaucoup. Ainsi par exemple, la bande du terrain erratique qui se trouve au-dessus et près du bourg de Monthey (en Valais), présente sur une longueur de 4 kilomètres , et sur une largeur de 200 à 300 mètres , une accumulation de blocs de granit dont la plupart ont les surfaces^ les arêtes et les angles bien conservés. Il en est de même du groupe de blocs granitiques de la montagne de Plan-y-Beuf, près d'Orsières; de la bande de blocs calcaires qui, dès le vignoble, dit le Chêne y au-dessus de Bex, s'étend sur une lieue de longueur jusque près du village d'OUon etc.
Nous pourrions encore indiquer d'autres localités où l'on observe ^« wocs arrondis
.. • .1 « * f t t ' ia 1 et frottés sont plus
ces exceptions; mais en thèse générale, nous le repétons, les ^^„„, ,g/^^
blocs arrondis et frottés sont plus communs que les autres. J'ai ^•^
suivi le tenain erratique du Jura^ dès Soleure àNeuchâtel et dès le
val de Travers jusqu'au pays de Gex. J'ai apporté la plus grande
attention à l'examen des phénomènes qu'il présente et j'ai partout
trouvé plus de débris arrondis, usés et frottés que de ceux qui ne
le sont pas. Si l'on ne considère que les blocs de gros volume, il
n'y a pas de doute qu'ils ne soient généralement plus anguleux et
mieux conservés que les petits ; mais cet accident n'est point propre
à la seule contrée dont je viens de parler, il se trouve sur toute
l'étendue du terrain erratique. On trouve non-seulement sur le
Jura, mais aussi dans les Alpes et dans la plaine de la Basse-Suisse,
les gros blocs généralement mieux conservés que les petits. On
pourrait presque dire que leur degré de conservation est en raison
directe de leur volume (voy. § 80).
La forme des fragments dépend principalement de la structure de la roche et de l'arrangement de ses fissures; il ne peut y avoir sous ce rapport aucune différence entre les débris erratiques et les débris que déposent les glaciers.
L'état de conservation est également le même dans les uns que dans les autres. Nous trouvons dans les moraines comme dans les dépôts erratiques, des fragments arrondis et lissés comme les galets des torrents ; d'autres légèrement frottés et écornés ; d'autres enûn , ayant la surface raboteuse et les arêtes et les angles vifs et
tranchants. Ces derniers sont ceux qui , ayant été éparpillés sur le dos du glacier, ont été transportés par son mouvement progressif, quelquefois fort au loin , sans éprouver de frottement.
Cela nous explique la bonne conservation de beaucoup de fragments erratiques, quoiqu'on les rencontre à des distances fort considérables des montagnes d'où ils ont été détachés. Ces fragments sont tombés sur le dos du glacier et y sont restés tout le temps de leur voyage. Lorsqu'ils y ont été espacés, c'est-à-dire peu ou point en contact avec d'autres débris , ils ont pu faire des soixantaines de lieues sans éprouver aucune dégradation. On conçoit facilement que, plus un bloc sur un glacier se trouve loin des bords, c'est-àdire rapproché du milieu , plus il aura de chances de rester longtemps sur la glace et de faire un grand trajet avant d'atleindre l'un des bords. Ce fait peu important par lui-même, est cependant important à constater, parce qu'il explique potir^tiof les plus gros blocs sont généralement mieux conservés. En effet, lorsqu'un éboulement de rochers tombe sur une pente abrupte , les débris , au lieu de glisser ou de rouler, la descendent en bondissant. Arrivés au bas du talus, les plus gros blocs qui font les bonds les plus considérables, s'en éloignent aussi davantage. Si la pente aboutit à un glacier, il est bien clair que les gros blocs sauteront plus loin que ceux de petit volume. Se trouvant ainsi plus en avant sur la glace , ils feront sans éprouver de frottement, un bien plus long trajet avant d'atteindre les bords, que ne pourront faire les petits fragments qui se seront arrêtés plus près de la montagne. Les faits que nous venons de citer, sont du nombre de ceux dont les autres hypothèses ne peuvent rendre compte, sans de graves invraisemblances.
YoiooM dei frucrneBit C. 44. Ou couçoit aisémcut que les roches dures et peu fissu- «tntiqiiM. rées, comme les granits, les gneiss, les poudingues etc., doivent fournir généralement les blocs les plus volumineux, et que les roches tendres et fendillées, comme par exemple les schistes argileux, marneux et talqueux, les calcaires, les serpentines etc., doivent se trouver pour l'ordinaire en fragments plus petits. Les roches qui ont fourni les blocs les plus gros sont : le granit talqueux de la vallée de Binnen, le granit de la vallée de Ferret, le gneiss de la montagne de Foully et de celle de Catogne. Les gros
blocs calcaires que nous aurons occasion de citer, ne présentent que des cas exceptionnels.
Le volume des fragments erratiques varie depuis la poussière jusqu'à des volumes très-foris. Citons des blocs :
Bl€M monstre. Bloc calcaire sur une montagne de gypse ap- bim monstre pelée le Montet. Provenant des montagnes qui bordent la vallée ^•^'^ °»*^" ««*«•• d'Avançon. 17ii>^5 long, 14 mètres large, 20 mètres haut, 4900 mètres cubes.
Pierre-du-Trésor. Bloc granitique, sur la montagne calcaire Piem-da-Trésor de Plan-y-Beufy a plus de 3400 mètres cubes.
Bloc de granit à Steinhofy près Seeberg (canton de Berne) , bï«« «»« ^^'^^^^^ venant de la valiée de Binnen. A parcouru 60 lieues (330 kilo- " *"* mètres) et a les angles et arêtes parfaitement conservés. 2080 mètres cubes.
Pterre-des-normettefi. Bloc de granit; est surmonté d'un Pi<'rre.des.if«rmettes petit pavillon. Au-dessus de Monthey (Valais) , venant de la vallée ^^" "**"* *"**"' de Ferrel. A parcouru 41 lieues (60 kilomètres). 20n^,5 de long, 9ns7 de haut, 10™,2 de large, 2027 mètres cubes.
Qi^lques autres blocs dans la même localité et de même prove- Biœs de 200 k nance ont de 600 à 1800 mètres cubes, et un grand nombre sont '^^^ "**"' '"^•• de 200 à 400 mètres cubes.
Piorre-Beftsa. Bloc calcaire. Sur une montagne de gypse ap- Piem-Besu pelée le Montet , situé à 100 mètres de distance du Bloc monstre; *"' »*»«•«"*>*•• il vient de la vallée d'Avançon. 1428 mètres cubes.
Plorre-à-Bot. Granit à petits grains au-dessus de Neu<>hâteLy ieui Piem-k-Bot des environs de Martigny (Valais). 16^,2 long , 6«>,5 large, 13 mètres *^'® "**"• *^"'*"haut, 1370 mètres cubes. A parcouru 22 lieues (120 kilomètres).
Pâerre-de-Hilliet. Granit. A une demi-lieue au-dessus du pierre-de-Mauet village de Mont-la-Ville , au pied du Jura. Vient de la vallée de *^^ "**"" ''^"• Ferret. A parcouru 23 lieues (126 kilomètres). 425 mètres cubes.
Pierre-Vieille. Calcaire. Près du lac de Bret (canton de Vaud), Pierre-vieuio vient du Bas-Valais. On l'exploite pour en faire de la chaux. *^ ""**"* "*""' 400 mètres cubes.
Pierre-de-Condj. Granit talqueux. A côté du village de Pro- Piem-de-condy vence, sur le flanc du Jura, au-dessus de Vauxmarcus, Vient de la *^ "**"* *"'*"* vallée de Binnen. 130 mètres cubes.
Bkutdn BlAasteili. Bloc de serpentine , dans la vallée de Saas. Trans-
^ ^ ' porté il y a à peu près cent ans par le glacier actuel de Malmark ou du Schwarzberg. 8360 mètres cubes '.
Il serait aussi ennuyeux qu'inutile d'étendre davantage la liste des gros blocs erratiques. Ce que nous en avons dit est suffisant pour faire voir qu'il existe d'énormes blocs dans presque toutes les contrées occupées par le terrain erratique.
Le nombre des gros blocs diminue journellement dans toutes les localités où l'industrie et l'agriculture font des progrès. Les défrichements en font disparaître beaucoup toules les années. Dans les contrées où le sol consiste en molasse et où par conséquent on ne trouve pas de pierres dures , les débris erratiques sont extrêmement recherchés pour les moellons, pour pierres de taille, pour meules de moulin, pour matériaux de routes etc. En outre, les blocs calcaires sont de plus en plus détruits par les faiseurs de chaux*. Il n'est point de bloc assez volumineux pour résister à la force expansive de la glace, tout comme il n'en est point de trop lourd pour qu'un glacier ne puisse le porter à des distances considérables. Le Blaïuitelii, dans la vallée de Saas, est un bloc de serpentine de 3800 mètres cubes.
C. io. Le terrain erratique présente le fait remarquable que les fragments de roches dont il est composé n'ont éprouvé aucun triage d'après leur volume , c'eslrà-dire qu'ils ne diminuent pas de volume en raison de V éloignement où ils se trouvent du lieu de leur origine.
Ainsi , par exemple, les blocs de Stdnhofy près de Seeberg, sont du nombre de ceux qui ont fait le plus de chemin ; la bonne description que H. Studcr a donnée de la nature de la roche m'avait fait soupçonner qu'elle pourrait bien être du granit talqueux de la vallée de Binnen. Pour m'en assurer, j'ai visité ces blocs surprenants, et j'ai en effet reconnu que cette roche est absolument celle dont sont formées les hautes montagnes qui séparent cette vallée de
* C. En 1821 il y avait encore à Saat des vieillards, entre autres le grand-père de #«■■- ■•^Iflto Moypcry qui se souvenaient très-bien d'avoir ouï dire à leurs pères qu'ils avaient vu cet énorme bloc sur le dos du glacier.
*C. Depuis vingt-sept ans que j'habite la vallée du Rhône la diminution des blocs erratiques par les causes que je viens d'indiquer y est déjà bien sensible.
Ahêeaee de triage •f loo le Tolome.
celle à'Anligorio. Ce granit constitue les sommités da Pachterhom, du Giesckenhom , du Trifihom et du Rœmihom. Le chemin que ces grandes masses ont dû faire pour arriver à Steinhof est d'envi* ron 60 lieues suisses (de 5500 mètres la lieue). Le volume du plus gros est de 2080 mètres cubes, comme nous l'avons dit (C. 44) , et néanmoins ils ont tous les arêtes et les angles parfaitement conservés.
La Pierre-à'Bot , au-dessus de Neuchâlel , est un bloc de granit à petits grains passant à l'état de gneis. La localité la plus rapprochée où cette roche se trouve en place, est Y arête des FollaterreSy à peu de distance au nord de Martigny. Dans la supposition que ce bloc vienne de là, il a dû parcourir 22 lieues^ et son volume n'est pas moins de 1370 mètres cubes.
Là Pierre-de-Milliet j au-dessus de Mont-la-Ville ^ étant du granit à gros cristaux de feldspath de la vallée de Ferrety a dû faire au moins 23 lieues pour arriver à l'endroit où elle se trouve. Son volume est de 425 mètres cubes.
Ces énormes blocs se trouvent tous sur la limite du terrain erratique , fait important à constater pour la théorie de leur mode de transport.
L'un des caractères des débris erratiques est l'absence complète de tout triage selon le volume. Ce caractère se trouve également dans les moraines et dans les débris éparpillés sur les lits des glaciers actuels, parce que le mode de mouvement de ceux-ci ne peut occasionner aucun triage. En effet, quelle que soit la distance, les glaciers ne mettent pas plus de temps à y transporter d'étumnes blocs que des graines de sable.
C. 46. Les dépôts de débris erratiques se présentent sous diffé- DUpotition rentes formes. Quoique ces formes ne soient pas toujours bien tranchées et qu'il y ait fréquemment des transitions de l'un à l'autre , on peut néanmoins les diviser en trois classes , savoir :
lo Les dépôts éparpillés
2o Les dépôts accumulés.
S^ Les dépôts stratifiés.
Les trois formes sous lesquelles on rencontre les débris erratiques nous sont également offertes jusque dans les moindres détails par les débris déposés par les glaciers.
da terrain erratique.
DépAuépvpiUés. G. 47. Les dépôts éparpillés sont ceux que Ton rencontre le plus
fréquemment. Cette forme de dépôt présente les fragments de roche éparpillés sur la surface du sol et plus ou moins espacés. Il n'est pas rare de trouver des blocs tout à fait isolés.
Ces fragments sont ordinairement couverts de terre et de végétation; souvent même on ne parvient à les reconnaître qu'accidentellement par les fouilles que l'on fait dans divers buts. Cependant lorsque de gros blocs se trouvent parmi ces débris, ils se voient fréquemment à nu plus ou moins dégagés de terre. Cet accident se remarque surtout dans les localités où les cultures n'ont pas encore trop changé la surface du sol. Comme, vu leur dureté et leur volume, ils auraient trop coûté à détruire, on les a souvent respectés par cette raison. Les contrées de la Basse-Suisse où l'on rencontre encore le plus fréquemment des dépôts éparpillés sont, par exemple, la portion du canton de Fribourg, située entre la Glane et la Sionge, le plateau du Jorat, les environs de Lassarraz, d'Orbe, de la Bretonnière, le plateau de Premier, les environs de Nyon etc. Dans la grande vallée du Rhône on en trouve dans les environs de Bex, de Martigny, de Sion, de Sierre, de Brigue etc. Mais nous le répétons, ces blocs, surtout ceux de dimension moyenne, deviennent de jour en jour plus rares par les causes que nous avons déjà indiquées (C. 44).
Nous devons encore ajouter que ces débris éparpillés sont fréquemment recouverts de diluvium. Dans ce cas, on ne peut les reconnaître qu'à la conservation des angles et des arêtes S et surtout à leur volume hors de proportion avec celui des matériaux dans lesquels ils sont ensevelis. Les ravins qui sillonnent le plateau entre le lac Léman et le Jura (du côté de l'isle, de Bière, d'Aubonne et de Begnins), permettent de voir cet accident dans les couches supérieures du diluvium.
Les dépôts éparpillés correspondent aux débris que les glaciers laissent épars sur la portion de leur lit qu'ils ont abandonnée par suite de leur fonte. Ainsi, par exemple, lorsqu'on visite la portion de son lit que le glacier de l'Arpellaz ou de Salène a abandonnée
' D. A. Fort souvent ces blocs sont frottés, rayés, striés ou polis, et, dans ces cas , leur origine n'est pas douteuse.
près du hameau de Pratdefort, dans la vallée de Ferrel, on croirait voir le sol de certains terrains inculles du canton de Fribourg, du plateau du Jorat , des environs de Cossonay, de la Bretonnière , de Premier, et qui, à la végétation près, offrent exactement le même aspect.
C. 48. La seconde forme qu'on trouve dans la disposition du Dépôts aectuiiDiét. terrain erratique est celle où les fragments, au lieu d'être éparpillés , sont réunis et accumulés en nombre plus ou moins considérable.
Ces accumulations offrent exactement la même configuration et les mêmes accidents que les moraines ; c'est-à-dire qu'elles se présentent sous une forme allongée^ semblable à celle d'une digue ou qu'elles constituent des monticules coniques et isolés.
Si le sol est un peu incliné , leur profil est celui des moraines Honine* moiupie*. que nous avons représentées. La forme des moraines multiples se rencontre souvent parmi ces accumulations. Cet accident se présente fréquemment dans les environs de Bex , de Sion , de Savièse , d'Orsières etc.
Lorsque les dépôts accumulés se trouvent sur un terrain en Moraines pente, ils forment alors des bandes ou des écharpes longeant le flanc •»*'•"'*•» **"****'p"de la montagne qui les supporte.
Enfin on trouve aussi ces débris entassés de manière à former Moraines des monticules isolés, plus ou moins coniques. On ne saurait tou- ""\^^î^*i^'J*""" jours reconnaître si ces cônes sont les restes d'un dépôt jadis plus considérable, mais disloqué et dégradé plus tard par les torrents, ou bien, s'ils ont eu cette forme dès le commencement. Dans ce dernier cas, on pourrait les comparer aux dépôts formés parles moraines superficielles (C. 20) qui , lorsqu'elles atteignent le pied du glacier sans s'être préalablement élargies , déposent les matériaux sur un seul point.
Uintérieur des dépôts accumulés offre jusque dans ses moindres détails la même structure que les moraines. C'est toujours un mélange confus de fragments de toutes dimensions , entassés les uns sur les autres sans ordre quelconque. Des blocs très-gros sont cmifondus pêle-mêle avec de menm débris , du gravier, du sable et même du limon. On n'y remarque aucune apparence de triage; le gros et le
i4 PHÉNOMÈNES ERRATIQUES DANS LES ALPES.
menu se rencontrent aussi bien dans la partie supérieure du dépôt que dans Finférieure. Des fragments anguleux et bien conservés sont indistinctement mêlés avec des fragments arrondis et frottés. On n'y découvre des indices de stratification que lorsque ces dépôts passen à la forme que nous décrirons dans les paragraphes suivants.
La surface de ces amas est ordinairement couverte de terre et de gazon ; ça et là de gros blocs y font saillie ^
Les dépôts accumulés sont très-communs dans la grande vallée du Rhône et dans les vallées latérales. On les rencontre surtout sur les flancs des montagnes, où, selon le degré de pente, ils se présentent sous forme de digues ou sous celle de bandes. On en trouve encore sur le plateau du Jorat et même dans les environs de Lausanne, où m. VenetB a remarqué un vaste dépôt en forme de digues qui s'étend de cette ville jusqu'au delà de Morges.
Les dépôts accumulés sont très-fréquents et d'un volume considérable sur le flanc des montagnes qui bordent le lac Léman au sud. On peut les suivre dans les hauteurs qui dominent Saint- Gingolph, en passant par Plan-Tholon et Saint-Paul, au-dessus d'Évian , jusqu'à la rencontre de la vallée de la Drance du Chablais.
Les dépôts accumulés de débris erratiques se présentent sous deux formes principales : sous celle de digues ou bandes y et sous celle de m^mticules plus ou moins coniques. Ces formes se i*etrouvent également dans les moraines. En effet, lorsqu'un glacier rencontre un terrain plat ou peu incliné , il dépose ses débris en forme de digues. Si le terrain est fortement incliné, il forme des bandes. Enfin , lorsqu'une moraine superficielle vient à atteindre le bord du glacier avant d'avoir pu s'élargir, ses débris s'accumulent en forme de monticule. Le terrain erratique présente également ces sortes de dépôts à plusieurs arêtes que nous avons désignés par le nom de moraines multiples. La bande des blocs granitiques de Plany-Beuf, les accumulations des Devens, les environs de Savièse, d'Evian etc. présentent fréquemment cet accident.
* C. Dans les contrées où le climat pennet de cultiver la vi^ne, les dépôts erratiques sont très-recherchés pour ce genre de culture qui y réussit parfaitement. Beaucoup de vignes de Sierre , de Sion , de Bex , d'Ollon , d*Yvorne et de Lavaux sont plantées sur ces sortes de dépôts. Vu la légèreté du sol, le raisin rouge y vient très-bien.
L'hypothèse des glaciers explique également bien la situation des digues ou bandes à divers étages sur les flancs des montagnes, à des hauteurs correspondantes des deux côlés de la vallée. Les bandes les plus élevées ont été déposées à l'époque où les glaciers diluviens avaient atteint leur maximum d'extension et de développement; les autres ne l'ont été qu'à mesure que les glaciers allaient en diminuant. Mais celte diminution ne s'est pas opérée d'une manière continue et uniforme ; la fonte de la glace n'a pas eu lieu sans interruption ; car s'il en avait été ainsi y les débris n'auraient pas pu former des digues ou des bandes , mais seulement des dépôts éparpillés {Gletscherboden) . La fonte des glaciers s'est opérée par oscillations ; c'est-à-dire , qu'après avoir diminué pendant quelque temps, ils sont restés stationnaires momentanément, ou ont même derechef un peu avancé avant de se remettre à fondre. En eflet, ce n'est que par ces sortes d'oscillations que les glaciers , lorsqu'ils vont en diminuant, peuvent former des moraines.
G. 49. La troisième forme sous laquelle le terrain erratique se »*!>*«■»*««»«*• présente , est celle où les matériaux sont disposés par strates ou couches. Ces couches sont ordinairement courtes et épaisses, et conservent rarement une épaisseur égale sur une étendue tant soit peu considérable. Elles se terminent promptement en coin. Le grand nombre de fragments anguleux et bien conservés que l'on trouve dans ces sortes de dépôts est ce qui les distingue essentiellement des dépôts diluviens et aluviens^ lesquels n'en renferment que peu ou point. Enfin , les dépôts stratifiés présentent tous les caractères du diluvium glaciaire que nous avons décrit plus haut (C. 24).
Les strates sont tantôt horizontaux , tantôt inclinés parallèlement à la pente du sol sur lequel ils se trouvent. Cependant un dépôt de ce genre situé dans les environs des bains de Lavey, et connu dans la contrée sous le nom de Sex de terre , fait exception u la règle , car ses couches s'inclinent sous un angle de 40 degrés contre le flanc de la montagne qui les supporte.
Les dépôts stratifiés se rencontrent à l'entrée de la plupart des petites vallées qui aboutissent à la vallée du Rhône ou aux grandes vallées latérales. Souvent il suffit, pour occasionner cet accident, d'une légère dépression sur le flanc d'une montagne, dépression qui mérite à peine le nom de vallon.
Ainsi nous trouvons ces sortes de dépôts à l'entrée de la petite vallée de la Grionne, de celles de Panex, de TAUiaz , de la Veveyse et de tous les vallons qui descendent du plateau du Jorat vers le lac Léman. 11 arrive même que ces débris pénètrent assez avant dans la vallée , où ils recouvrent les flancs des montagnes dès le pied jusqu'à une grande hauteur.
On n'en rencontre point à l'entrée des grandes vallées latérales y telles que y par exemple, celles du Trient, d'Entremont, d'Hérens, de Viége, de Binnen etc., mais on en trouve fréquemment dans l'intérieur de ces vallées , surtout dans les localités où elles sont rejointes par d'autres vallées.
RouTineB. Lorsquo ces dépôts sont considérables , on les désigne dans la
Suisse française par le nom de Rouvines (mot patois qui signifie ravin) , à cause de la facilité avec laquelle les eaux y creusent des ravins.
Pyramides C'cst à ccttc dcmière circonstance qu'il faut attribuer ces sortes
ou cylindrei da débris i >* « i*i ij't-a ii \y
Piuttrei emtiqufi) "® pyramtoes ou de cylimres de débris *, couronnés chacun d un
gros bloc , que l'on trouve quelquefois sur le flanc des grands dépôts glaciaires. On conçoit aisément leur mode de formation : le bloc préserve des pluies les débris qui se trouvent au-dessous de lui , tandis que ceux qui ne participent pas à cet abri sont peu à peu disloqués et emportés par les eaux du ciel. Mais néanmoins les agents atmosphériques parviennent aussi à ronger insensiblement ces colonnes et à les amincir au point que, ne pouvant plus supporter le bloc qui en forme le chapiteau, elles finissent par s'écrouler. 11 est rare d'en trouver qui soient entièrement dégagées et isolées ; elles font ordinairement corps avec le massif de débris , c'està-dire qu'elles sont en quelque sorte attachées dans toute leur hauteur à l'escarpement que présente le dépôt, de manière qu'on peut les comparer aux colonnes qui dans un édifice entrent dans les murs à la mode des pilastres.
Elles atteignent quelquefois une hauteur de 20 h 30 mètres sur 4 à 5 mètres de diamètre. Les rouvines de Villars et d'Arveye , dans la vallée de la Grionne , offrent quelques-unes de ces colonnes qui
'D. A. Ces pyramides ou cylindres de débris, je les désigne sous le nom de pUtutret erratiqueg.