VALLÉE DE MASSE VAUX
De tous les moyens employés par la nature pour user et frolter la roche en placée, on ne connaît jusqu'à présent que la force de propulsion d'un grand glacier qui puisse arrondir et polir le granit , comme on peut le voir à Sewen.
La roche moutonnée se montre à découvert sur quelques points de la rue principale du village même ; puis les surfaces les plus remarquables sont situées derrière les maisons sur la rive gauche. Une de ces surfaces, entre autres, forme une paroi à 60 degrés de pente, adossée contre la montagne ; elle est u^séeel frottée au point d'offrir, sur une petite échelle, la représentation exacte de h Helleplatte , près de la Handeck. D'autres surfaces aussi bien polies, arrondies y tmllées en dos d'âne , percent au milieu des prairies et des jardins qui entourent le village. Ensuite on remarque, comme jetés au hasard, quelques blocs gros calibre de granit siénite, arrondis, qu'on peut qualifier d^erratiqttes, parce que la cristallisation de ces blocs n'est point du même grain ni de la même forme cristalline que le roc sur lequel ils reposent. J'ai mesuré un de ces blocs : il atteint 20 mètres cubes; il est à gros cristaux isolés de feldspath rose, et provient du pied du Ballo7i , où la même roche se trouve en place ; il se laisse facilement entamer par le marteau tandis que la roche moutonnée en place est beaucoup plus dure, son feldspath n'est pas de la même couleur , ni en cristaux aussi volumineux.
En continuant à poursuivre l'exploration de cetle vallée sur la rive gauche, on arrive bientôt au petit lac de Sewen; en longeant ses bords , on passe sur une prodigieuse quantité de blocs, dont les uns sont erratiques , d'autres sont le produit des éboulements de la montagne ; ces derniers sont à angles vifs et de cetle même roche particulière aux Yosges, roche qui tient le milieu entre h roche cristalline et la roche de sédiment; les erratiques se distinguent par la forme, la position, la nature et la composition de leurs éléments.
A 1 kilomètre en amont du lac on trouve la cascade du DoU- ^^^^^'^
du DolUpning.
sprung * ; elle représente en miniature la fameuse chute de la Handeck: même forme accidentée et inabordable, et ici, comme dans YOberhasli, la roche polie et moutonnée se montre sur tous les points où la végétation n'a pas envahi le terrain.
' D. A. Nous avons donné le nom de Dollsprung à cette cascade. Doll abréviation de la source de la rivière DoUer, Sprung , saut , Dollsprung (saut de la DoUer).
Un peu plus haut, en se rapprochant du pied du Ballon, la végétation arborescente cesse; un petit filet d'eau se précipite d'une assez grande hauteur dans la Doller; tout auprès de cette chute la roche est admirablement bien usée et polie; en l'examinant avec attention , on aperçoit distinctement les stries et le sens quelles suivait. Ces stries ne sont pas burinées nettement , comme sur la roche schisteuse du Glattstein dans la vallée de Saint- Amarin ; il faut les voir à quelques pas de distance pour pouvoir se rendre un compte exact de leur direction.
Cette siénite est parfois couverte d'une couche épaisse de mousse et de terreau. Lorsqu'on la découvre, on remarque que la couche de terre, au lieu d'agir comme conservateur du poli, tend plutôt à le détériorer. En passant doucement la main sur la partie de la roche exposée de temps immémorial à l'action de l'air, et ensuite sur celle fraîchement découverte, on sent une légère dépression ; il y a donc eu détérioration produite par la force de la végétation. Sur les schistes compactes des Vosges et sur les calcaires alpins on remarque un effet diamétralement opposé : lorsque ces roches burinées et poKe5 sont exposées au contact de l'air, elles se détériorent; la terre végétale les préserve de toute destruction ultérieure. Celte siénité est probablement attaquée par les racines des végétaux , à cause des silicates alcalins qu'elle renferme*.
Au pied du Ballon la limite supérieure des roches polies ne s'élève guère au delà de 50 mètres au-dessus de la Doller.
Quand on redescend la vallée sur la rive droite, le granit moutonna se retrouve sur plusieurs points, entre autres à 500 mètres en amont de V église de Seweii, à 20 mètres du chemin ; sur un gravit porphyroïde à grain fin et dur, \epoli a été si arlistement travaillé par la nature , qu'il passe à Yétat miroitant ; il peut se comparer aiu pli^ beaux polis des Alpes.
Les vallons latéraux ont donné lieu à une grande accumulation de débris à leur point de jonction avec le grand couloir principal.
La vallée latérale qui descend du Bàrenkopf et se réunit à la grande vallée au village de Sewen, a apporté une niasse considé-
^ D. A. Cette décomposition des roches par la végétation est positive et demande à être étudiée.
VALLÉE DE GIROMÀGNY. 217
l'able de matériaux, composés en grande parlie de blocs métriques y dont le sol est jonché.
La vallée latérale de Rimbach a aussi ses détritus distribués sur vaiiée de Rimbach. les deux flancs de la montagne; plusieurs moraines latérales y en partie démantelées par les eaux, montrent leurs tranches à découvert sur quelques points de ce vallon. Les accumulations les plus considérables de blocs sont dans le village de Rimbach.
Cette vallée de Massevaux avec ses accidents y ses moraines et ses roches de SeweUy est un exemple de plus de l'identité complète qui existe entre le terrain erratique des Vosges et le terrain en contact ^immédiat avec les grandes glaces des hautes régions. Le galet strié y existe; j'ai pu en recueillir quelques exemplaires; mais il y est rare ; les petits galets de granit ne se raient pas volontiers , et la roche de sédiment de cette vallée n'est pas de nature à recevoir un burinage délicat,
E. C. 15. Vallée de Giromagny ^ L'axe principal de cette val- vaiiée d« ciromagoy. lée^ à partir du sommet du Ballon d'Alsace jusqu'à Giromagny, suit, à peu de chose près, la direction nord-sud. Sa longueur est de 9 kilomètres en suivant la ligne droite ; mais si l'on compte les kilomètres sur ceux marqués sur la route, on arrive à un chiffre beaucoup plus élevé , à cause des nombreuses circonvolutions qu'elle décrit avant d'atteindre le col de la montagne.
En pénétrant dans cette vallée par la route de Belforty on ren- ciromigny. iio«ine8. contre à Giromagny une moraine frontale triple y sur laquelle est bâli le village. Elle encombre l'entrée de la vallée en la barrant transversalement d'un bord à l'autre , elle forme trois plis principaux y trois grandes vagues parallèles et concentriques, La ligne de faîte de ces vagues peut encore se suivre de l'œil , malgré les nombreuses constructions qui couvrent le sol. Ces vagues décrivent chacune une grande courbe, un arc de cercle dont les deux extré-
* Cette vallée a déjà été l'objet de Tattentlon d'observateurs distingués. H. I« BUmc l'a signalée le premier et décrite sommairement, en 1837, à la réunion extraordinaire de la Société géologique à Porrentruy. Il avait dès lors indiqué les localités que j'ai étudiées en détail , et fait remarquer que les fondateurs de la fabrique de Wesserling , Suisses d'origine , n'avaient pas hésité , il y a quatre-vingts ans , à baptiser du nom de moraine l'amas de débris qu'ils avaient trouvé là. Il est revenu sur cette question dans le t. XII , p. 13S du BulUtiny et H. BeB«lr, dans le t. XI , p. 53 du Bulletin.
Blocs erratiques.
Le Querti.
mités s'appuient sur les flancs de la montagne , le sommet de l'arc est tourné en aval. Celte forme concentrique se remarque du resie sur presque toutes nos moraines frontales des Vosges.
A Giromagny le fond du sol est un terrain de transition avec grauwacke ou schistes argileux ; puis y un peu plus bas, on trouve un petit bassin de terrain carbonifère , tandis que les matériaux morainiques sont tous de provenance étrangère à la localité ; ils se composent en majorité de blocs de siénite, dont la source se trouve au fond de la vallée et au sommet du Ballon^ puis d'un beau gr>init à grain fin; ensuite de roche dioritique d'un vert foncé, qui appartient à une vallée latérale de la rive droite. On trouve encore sur ces moraines quelques petits blocs de roche ancienne de sédiment qui proviennent des vallées latérales de la rive gauche, ol quelques fragments de moyenne taille de roche de filon de quart: hyalin.
C'est à Giromagny que l'on peut voir la plus grande accumulation de blocs erratiques dans les Vosges. Cette agglomération de blocs est du reste bien connue des naturalistes; il suffit de l'avoir vue une fois pour en être frappé. Sur la rive droite, immédiatement audessus des dernières maisons du village, les flancs de la montagne sont dépourvus de végétation , les blocs sont répandus sur ce versant à grande profusion, jusqu'à une hauteur de 50 à 60 mètres, sur un plan dont l'inclinaison dépasse parfois 30 degrés. Ces blocs sont assez volumineux; ceux de 1 à 5 mètres cubes sont généralement arrondis, ceux d'un plus fort échantillon sont parfois à anfjU^i vif$. J'ai mesuré un de ces derniers, de roche dioritique verte; il n'est pas fortement empâté dans le sol, il repose légèrement sur quelques petits blocs arrondis de siénite; il atteint le volume de 60 mètres cubes ; il a conservé la vivacité de se^ anghs.
Un peu plus haut, un petit monticule, qu'on appelle le Querii. est littéralement couvert de blocs, en grande partie arrondis et du volume de plusieurs mètres cubes.
La vallée de Giromagny doit se trouver dans les mêmes conditions erratiques que les autres vallées des Vosges, c'est-à-dire qu'il doit y avoir ici, comme ailleurs, plusieurs moraines frontales yéchelonnées à quelques kilomètres de distance. En effet, en quittant Giromagny et en remontant le cours de l'eau , on arrive au villa^re