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VALLÉE DE LA MOSELLE

lie, (les traces évitlenlcs d*un frottemenl qui n'a pu êlre exercé que par un agent poussé constamment dans le même sens et suivant une direction invariable.

Ces rochers y ainsi façonnés y existent tantôt sur les flancs des montagnes, à de grandes hauteurs au-dessus du fond des vallées, tantôt se relevant en massifs isolés dans les fonds mêmes de ces dépressions, tantôt formant enfin les barrages des bassins successifs qu'elles présentaient autrefois. Nous nous contenterons de citer un seul exemple, pris à un point facilement accessible, près d'une grande route, sur les bords mêmes de la Moselle, et dans une position telle qu'on n'aurait pas hésité, il y a quelques années, d'attribuer à l'action seule des eaux les dispositions dont nous allons rendre compte.

A l'amont du tissage de MetXy commune de Rupt, à moitié chemin à peu près de Remiremont à Saint-Maurice y fvès de la route royale n°66 de Rar-le-Diic kRâle, s'élève un petit massif de rochers granitiques au fond même de la vallée, et au pied duquel \di Moselle vient décrire un double coude, pour tourner l'obstacle qu'il oppose à son passage.

Toutes les surfaces inclinées vers l'amont sont polies y à l'exception de celles du cône supérieur, dont les flancs démantelés ont éprouvé quelques déchirements, soit par suite de la chute de quelques fragements décomposés, soit par suite de travaux exécutés de main d'homme, à diverses époques.

Sur ces surfaces polies on remarque des stries tracées en ligne droite, s'élevant ou s'abaissant sur les pentes du rocher^ malgré les nombreuses inflexions du plan sur lequel elles sont projetées, conservant leur parallélisme, et suivant, sans éprouver de déviation, la direction de la vallée nord 5io,30' ouest. Cependant, sur un point, elles courent au nord 50^20' ouest, ce qui établirait une différence bien légère et insignifiante de lo,40', eu égard à la dislance parcourue entre les directions des stries de l'une des surfaces et de celles des autres parties du rocher sur lesquelles ces directions ont été relevées.

On voit que ce massif formait dans le fond même de la vallée un obstacle qui a dû arrêter ou retarder la marche ; que du sommet au niveau du cours d'eau, son flanc gauche est incliné vers le thal- II. '^

iHi PHÉ>OMÈ.\ES ERRATKjLES DA.NS LES VUSliES.

weg, et qu'à Tainont, contre le courant de la rivière, il piêî-cniun escarpement bien prononcé, tandis qu'il s'abaisse graduelle ment vers l'aval, suivant une inclinaison beaucoup plus faible, ei que, dans son ensemble, il affecte une courbure tracée à ram'»i)i avec un rayon très-petit, compaiativement à ceux du surplus de h surface du côté d'aval.

C'est sur le côté gauche et sur les parties planes et inciinée.-^ qu'on remarque plus particulièrement les surfaces polies et stn qu'un corps dur quelconque n'aurait pu creuser suivant des lifu droites parallèles , sans dévier sur ces plans inclinés transversalement, s'il n'eut été fortement engagé et maintenu dans une direction verticale par un corps solide , qui le faisait avancer en maiehant avec lui, et ce n'est pas dans l'eau et avec le concours ili l'eau à l'état liquide que des galets de substances minérales i\uTt^ auraient pu, même par leur passage longtemps prolongé suv o' rocher , produire ces traces de frottement et d'érosion bien conservées, et qu'on ne voit se produire que sur les masses minérak^ soumises à l'action des glaciers actuels....

....Immédiatement au-dessus de ce rocher on ne rencontre plu> de traces de moraines; celle qui probablement fermait la valide, entre le tissage de Meix et Maxonchamp ^ a été entièrement détruii.'.

Mais à l'amonl, sur la rive droite, nous avons cité les tnoraino de Rtipty dans un vallon qui descend de Longegoutte; à l'aval, Mir la rive gauche, la moraine terminale du lac de Fo)ulromé, et lebbcs erratiques disséminés sur les flancs des montagnes voisines....

....La translation de ces blocs ne s'est pas opérée sans qu'ils fussent soumis à un frottement qui, pour quelques-uns, a dû ètr» assez fort, à en juger d'après leur poli et leurs formes arrowlli^. Mais en les examinant atlcnlivement , on reconnaît qu'ils onl in marcher sans s'écarter de la direction initiale qui leur avait été iniprimée, qu'ils ont avancé sans tourner sur eux-mêmes et san^^ éprouver ce roulement continuel que les galets et les blocs subissent dans les lits des torrents. En effet, les surfaces sur lesquelles ib reposaient tout en cheminant, sont généralement plan:', el,il plus, elles sont souvent 5/nVe5. Ces formes, ces stries, autai.: que leur position sur des plans très-inclinés , hors des limites «jut jamais les eaux couranles aient pu allcindrc, ne laissent pas d-j

KAIIRENFELDEH, 2i27

doule sur les causes auxquelles on doit attribuer leur transport, aussi bien que la formation des stries y des sillotis et des surfaces polies dont nous avons parlé*.

E. C. 20. Karrenfelder. Dans la même vallée de la Moselle, à Karrenfeider. quelques lieues en amont de la roche striée décrite par H. Hogftrd, un petit vallon latéral de la rive gauche, qui prend naissance dans les replis du Ballon de Servame, s'ouvre dans la grande vallée un peu au-dessous du village de Saint-Maurice; c'est le vallon de la Prelle. Ce petit coin des Vosges présente un fait curieux sous le vtiion de i« Preiie. rapport des différents mode d'usure auxquels la roche peut être soumise par les forces naturelles. On y trouve la roche de syénite syénïte u«ée et corusée et corrodée par Veau de ruisseau et en même temps polie et mou- ^^^J^a^'^l^r\e* tonnée par les forces erratiques. On peut y établir des points de com- jUcier». paraison sur ces deux eflels, aujourd'hui sujets à controverse, l'un produit par l'eau à l'état liquide, et l'autre par l'eau à l'état solide.

Le ruisseau passe sur la syénite en place, et, dans les endroits où le sable et les graviers n'encombrent pas son lit, on peut voir à nu l'action produite par un long travail de l'eau , action qui se continue encore de nos jours. L'eau creuse dans cette roche de petits canaux irréguliers de quelques centimètres de profondeur; elle usr]di pierre d'une façon particulière, en attaquant de préférence certains cristaux dont cette syénite est formée, et en respectant les autres, ou du moins en les usant moins.

On serait tenté de croire, en voyant ces canaux irréguliers qui sillonnent la roche, que les silicates dont elle est composée sont à la longue solubles dans l'eau, et que leur degré de solubilité présente des différences notables. L'un des silicates serait plus soluble que l'autre, et par conséquent il donnerait lieu à un commencement de sillon j qui se prolongerait, à la suite des temps, dans le sens du courant, d'une façon irrégulière et suivant sa distribution dans la pâle de la roche".

1 Note sur les traces d*anciens (jlaciers dans les Vosges ^ par M. H. Hogard (Bulk" lin de la Société géolofjique , t. H, p. 2i9).

* La solubilité des silicates n'est pas une hypothèse tout à fait gratuite; certains feldspaths (le verre, qui est aussi un silicate, etc.) sont solubles dans l'eau. On peut s'en assurer en broyant de petits fragments de ces substances en poudre impalpable dans un mortier d'agate , puis en les arrosant avec quelques gouttes d'eau; cette eau rougit lé |i<ipier de curcunia.

Boue de glacier

dans

le terrain erratique.

Hors des limites verticales, où le ruisseau peut atteindre dans le^ plus grandes eaux, limites très-bornées, les sillons irréguliers disparaissent, on n'en trouve plus; alors les veines du quartz^ les filonSy tous les cristaux dont cette syénite est composée, sont coujhs nets sans distinction, au même niveau, qu'ils soient durs ou tendres; l'ensemble de la roche est fort bien poli et arrondi, jusqu'à une hauteur de 50 mètres au-dessus du lit actuel du ruisseau. On reconnaît à ce poli la trace d'un frottement d'une puissance considérable, frottement qui s'est exercé dans le sens de la pente générale du vallon ; on peut en suivre la trace en examinant les stn*s parallèles dont le poli est accompagné sur certains points; ces siri*:s s'aperçoivent très-bien si l'on se place sous un jour convenable.

Quant aux sillons irréguliers, ils ne me paraissent pas être autre chose que des Karrerifelder y produits par l'eau et les graviers , par leur frottement sur la roche pendant des milliers d'années, dont la forme dans le cas présent est soumise à l'influence de la composition minéralogique de la roche.

n. €li. nariins a démontré d'une manière claire et évidente, par des exemples tirés d'observations faites dans différents pays, qu'il faut soigneusement distinguer ces karren des sillons et des polis erratiques, et que, lorsque ces trois accidents se trouvent réunis sur la même roche, il faut attribuer les kan^eii à l'action prolongée de Teau , et les polis et les stries à \ action des glaces.

Le vallon de la Prclk offre un exemple de plus de ce genre de phénomènes réunis sur la même roche.

E. C. 21 . Boue de glaeier dans le terralii erratâ^n^e. Nous savons que les glaciers, par leur mouvement et par \2i pression qu'ils exercent sur les roches encaissantes, les démolissefit , les usetit et les nivellent; celte opération naturelle est toujours accompagnée d'une production de particules minérales excessivement fines , résultant du frottement et de la désagrégation de la roche; ces particules viennent se loger entre les masses de glace et les parois des montagnes; elles sont désignées par les glaciaristes sous le nom de boue du glacier. La quantité et la qualité de celle boue varient nalurellement suivant le plus ou moins de facilité avec laquelle la roche se laisse entamer. Au glacier inférieur de rAar, cette boue est abou-

danle; elle est d'un blanc grisâtre; elle est en gi-ande partie entraînée par l'Aar; c'est elle qui trouble la limpidité de ses eaux.

Elle n'est cependant pas lavée et entraînée au point qu'il n'en reste pas en place : on en trouve une couche très-prononcée dans les anfractuosités du terrain , où des filets d'eau n'arrivent pas facilement. Dans noire Tenmn en^atique nous avons fait remarquer en examinant les moraines, qu'on y rencontre souvent de forts amas de terre argileuse , qui rappellent en tout point la boue de ghicier . Ces amas ne sont pas d'ailleurs particuliers aux Vosges y ils ont été remarqués dans presque tous les dépôts erratiques. H. Huroeliep parle de détritus argileux mêlés de sable et de graviers qu'il a remarqués sur le grand plateau du nord de la Laponic. En Finlande même observation. En Pologne le terrain erratique consiste d'après n. Puscli en couches de sable entremêlées de couches d'argile.

Dans l'intérieur. de la moraine de SchliffelSy on remarque deux variétés de dépôts boueux argileux; l'un, à la partie inférieure de la moraine y est en pâte excessivement fine, d'un blanc grisâtre; la pou dre qu'il forme lorsqu'il est séché est un peu rugueuse au toucher ; il est composé en grande partie d'éléments quartzeux. L'autre dépôt se présente sous forme d'amas non stratifié de terre argiletise rougeâtre , également en pâte très-fine , douce au toucher.

Voulant m'assurer jusqu'à quel point cette terre est susceptible de se déliter dans l'eau, j'ai fait sur la variété rouge de Schliffels une analyse mécanique , c'est-à-dire une simple séparation des éléments suivant leur volume, suivant leur poids relatif, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir l'action des dissolvants acides ou alcalins. (En petit, un remaniement par les eaux, undiluvium microscopique.)

Mille parties de celte terre, séchée préalablement à fond, et lavées à extinction par décantation, puis filtrée, séchée et passée au travers de tamis de différentes grosseurs, ont produit :

179 gros gravier;

331 sable moyen;

1 93 sable très-fin ;

297 particules excessivement fines entraînées par l'eau.

La boae de glacier

est

adhérente aux rochrs.

Mortier adhérent.

Voilà donc près de 30 pour cent de matières d'une lénuiliî telle qu'elles restqnt en suspension dans Teau, et sont susceptibles d'être entraînées par le plus petit fdet.

Nos dépôts laléraux renferment fréquemment les éléments de là boue du glacier ; quelquefois ils sont stratifiés grossièrement ; ailleurs ils sont disposés en amas, en sacs; parfois celte 6oi/eesl, comme celle qui a servi à l'analyse ci-dessus, chargée d'oxyde (kfer, ou bien elle est blanche et presque entièrement formée d'élémenls quartzeux et feldspathiques.

J'ai remarqué un exemple de stratification, dans un dépôt de ce genre, dans un embranchement de la vallée d'Urbès. Ce dépôt a été transformé en carrière pour l'extraction du sable ; on peut ainsi facilement l'observer. La partie inférieure reposant sur un plan incliné est composée d'un amas incohérent de blocs et de cailloux de quelques mètres d'épaisseur ; puis vient une couche horizontale de bo\ie excessivement fine ; elle est blanchâtre ; puis par-dessus une couche parallèle de sable moyen y et ensuite vient une troisième couche de sabk grossier ; le tout surmonté d'un nouvel amas de cailloux et de blocs sans trace de stratification. La couche de bou£ stratifiée se trouve donc ici emprisonnée entre deux amas non stratifiés , et ensuite la portion la plus tenue de celle boue se rencontre précisément dans une position inférieure au sable grossier. — J'ai réussi à détacher un échantillon, un prisme de 5 centimètres de côté , de cellr boue. Elle a la plus grande analogie avec la boue du glacier de VAar,

Ce dépôt, placé latéralement contre la montagne, paraît avoir un caractère erraYigwe incontestable ; on éprouverait de grandes dillicultés si on voulait expHquer l'arrangement de ces matériaux autrement que par le fait d'un glacier. Ils se succèdent dans un ordre précisément inverse à celui que les eaux déterminent d'ordinaire. Il rentre évidemment dans la catégorie de ceux dont parle H. *e Cnharpentier.

L'amas de terre argileuse que nous avons signalé à la moraiw d'Oderen paraît provenir de la même cause.

Elle se trouve encore dans une autre circonstance, où elle n\\ pas le même degré de ténuité, où elle est moins fine, mais tuni aussi bien caractérisée : c'est lorsqu'elle est adhérente à la roche en phce striée , comme nous l'avons fait remarquer au Glattsft>lu:

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