MARAIS ET LACS
Un exemple remarquable de la formation d'un lac par le fait d'une moraine existe dans les Vosges au lac des Corbeaux, commune de la Bresse (Vosges); j'ai eu l'occasion de le vérifier tout récemment.
Le terrain a la forme d'un entonnoir de 5 à 600 mètres de dia- tac dei corbetn». mètre à la surface actuelle du lac. Une échancrure donne lieu à l'écoulement des eaux ; celte échancrure est barrée par une petite moraine granitique; les matériaux accumulés sur ce point sont en- ' lassés pêle-mêle, d'énormes blocs anguleux de 8 à 10 mètres cubes sont posés à la surface de cette moraine ; ils sont mêlés de sable et de graviers, sans aucun ordre : ils représentent un véritable chaos. Aucun de ces blocs n'est complètement arrondi, comme on en voit beaucoup dans les parties basses de nos vallées ; ils sont tous anguleiix, les angles seulement légèrement émoussés. La débâcle la plus violente , le diluvium le plus formidable n'auraient pas eu la force d'entasser de pareils matériaux à la sortie de ce petit bassin.
Les blocs , les graviers et les sables de cette moraine ne sont point mélangés de terre ni de boue; ils sont propres ^ lavés, comme s'ils sortaient de l'eau.
Le fond de ce lac est aujourd'hui entièrement transformé en une couche épaisse de terre tourbeuse. Depuis que cette tourbe existe, nul changement, nul mouvement, nulle révolution n'est venu la déranger, la déplacer, ou entraver sa lente formation. On peut en juger sur la tranche d'une coupure pratiquée à l'extrémité du lac pour l'établissement d'une vanne d'écoulement. Les industriels du voisinage ont transformé ce lac en un réservoir pour l'alimentation de leurs usines. Son niveau a été abaissé de sept mètres; c'est là qu'on peut voir la coupe de cet amas de tourbe et de cette moraine.
Le terrain inférieur se compose d'un amas incohérent de sable ^ de graviers y de blocs, sans traces de stratification ^ sauf quelques couches minces de sable fin , disposé en strates grossiers et inclinés suivant la pente du fond. Ces matériaux sont les mêmes que ceux de la moraim terminale, c'est là évidemment le terrain erratique. Sur ce terrain repose immédiatement et sans transition le dépôt de tourbe; le terrain erratique est blanc, la terre tourbeuse est noire, la ligne de démarcation est nettement tranchée. La tourbe est relevée sur les bords et se termine en couche mince , elle a la forme
Anciena glaciers
de la vallée de Saint-
Amaria.
d'une capsule. Si quelque dérangement était survenu depuis le m«»ment où elle s'est formée, on le remarquerait à son point de contact avec le terrain erratique. Mais ici la tourbe repose imraédialeraent sur le sable et les blocs, sans mélange, sans intermédiaire.
Ce lac était autrefois un petit glacier, le barrage naturel du lac était sa moraine fron aie ; on y reconnaît tous les éléments des î/u>raines, sauf les galets striés (celle absence de galets s'explique par l'absence de roche schisteuse). Puis le glacier a disparu , le bano'jt^ est resté, les eaux n'ont point pu s'écouler, le lac s'est formé, ensuite le terrain tourbeux ; depuis lors plus de révolution. Ce terrain tourbeux est encombré, à une grande profondeur, d'une masse considérable de végétaux enfouis , de sapins , de hêtres tout entiers qui ont conservé leurs formes primitives ; on retire beaucoup de bois de cette vase ; mais il est dur, pesant, il brûle mal^ et se rapproche de la nature des lignites.
Tous ces bassins, la plupart à fond plat, qui existent derrière les moraines, sont un fait de plus à ajouter à ceux que nous avons déjà exposés en faveur de la théorie des anciens glaciers,
£. C. 23. Anciens glaciers de la irallée de Saint- Anuuiii. Le glacier de la vallée de Saint-Amarin devait avoir au moins une masse de 4 milliards de mètres cubes de glace.
Voici sur quelles données est établi ce chiffre.
La longueur de l'ancien glacier principal de cette localité était de 12,000 mètres, sa largeur moyenne 800 mètres, et sa hauteur moyenne 300 mètres ; puis le glacier latéral d'Urbès avait une longueur de 4000 mètres, largeur 500 mètres, hauteur moyenne 300 mètres.
plus les autres glaciers latéraux de Schlif-
fels,Saint.Nicolas, Krûth= . . . 520,000,000
Quelle que soit la lenteur qu'on puisse supposer dans la fusion de cette masse de 4 milliards de mètres cubes, il n'en est pas moins résulté des torrents impétueux qui ont ravagé la vallée, déterminé des ruptures dans les moraines et accumulé sur certains points «Ks