LIMITES DU PHÉNOMÈNE ERRATIQUE
masses de débris. Mais , ainsi que nous l'avons fait observer en parlant du profil du pied des montagnes sous forme de terrasses parai'lèles, on peut aisément distinguer ces débris remaniés par les eaux de ceux qui n'ont pas subi de déplacement depuis le moment où ils ont été déposés sur le littoral de la mer de glace.
E. C. 24. Umites du plténoinène erratique. La limite d'ac- '^"''^" lion des anciennes glaces est fort difficile à déterminer exactement. u^ue. Dans un sens horizontal, on peut s'arrêter à la ligne des moraines frontales inférieures ; cependant il est évident que pendant la période où notre contrée a été couverte de grandes glaces, période qui a dû comprendre un long espace de temps, il y a eu un moment où les anciens glaciers ont pris une extension et un accroissement considérables , à en juger par les débris qu'ils ont laissés sur place à plus de 500 mètres au-dessus du fond des vallées.
Dans la vallée de Saint-Amarin on peut admettre trois zones , ^'•"*' trois lignes à peu près horizontales, qui indiquent la limite d'action ' ""*" ™*""* des anciens glaciers.
A. La première^ que j'appellerai ligne inférieure, se maintient à ^^"^ inférieure. partir de la moraine frontale de Wesseiling ]\x%(\vî!^w fond de la vallée, à environ 100 mètres au-dessus du sol actuel. Elle se reconnaît facilement, sur la rive gauche d'abord, par une ligne de blocs déposés horizontalement sur le flanc des montagnes encaissantes, surtout dans les anfractuosités produites par l'ouverture des vallées latérales. Un ama*S horizontal considérable de beaux blocs de granit se remarque au-dessus du Hasenbiihl, près de Felleringen. Puis un autre au-dessus du village d'Oderen; ensuite au-dessus du village de Krïith et auprès du rocher de Wildenstein.
Sur la rive droite, cette première ligne de blocs peut se suivre de l'œil sur toute l'étendue de la vallée ; elle pénètre très-avant dans les vallées latérales. Dans la vallée d'UrbèSy deux lo)igues lignes de blocs et de débris , à une centaine de mètres de hauteur, suivent tous les mouvements horizontaux du sol.
Les monticules isolés, qui percent comme des îlots au milieu de la vallée principale et dont nous avons parlé à l'occasion des moraines par obstacle et qui ne dépassent pas 100 à 120 mètres de hauteur, sont tous parsemés de blocs erratiques à leur sommet.
Ligne moyenne.
Ligne supérieure.
Les blocs de cette ligne sont les uns à angles vifs , les autres or^ rondis; ces derniers présentent fréquemment, lorsqu'ils sont en granit, une de leui's faces rayée de stries rectilignes à plusieurs millimètres de profondeur, ce sont des galets monstres quelquefois de plusieurs mètres cubes, sauf que les stries n'en sont ni croisées ni parallèles; elles divergent en rayonnant d'un centre commun.
B. Ldi seconde, que nous nommerons ligne moyenne, est moius abondante et moins bien accusée ; elle n'est plus formée de gran(J> amas de blocs et de débris ; on les rencontre isolés , jetés un peu au hasard sans l'accompagnement obligé de galets et de sable ; cependant ils sont véritablement erratiques, ils en possèdent tous le^ caractères ; on en recontre sur les pentes du Drumont et de plusieurs autres de nos montagnes, à plus de 500 mètres de hauteur.
C. La troisième ou ligne supérieure est marquée dans nos montagnes par la présence de blocs à une hauteur considérable ; ainsi on rencontre des blocs métriques tout près des sommets les plus élevés, tels que le ballon de Guebwiller, le ballon d'Alsace, le Drumont, le Hoheneck, à près de 1000 mètres au-dessus de la vallée ; ils sont arrondis, usés, d'une roche différente de celle qui les supporte ; ils ne sont pas striés et paraissent excessivement anciens , à en juger par les érosions de leur surface, érosions produites par le laps des siècles ; ils ne sont pas accumulés en grande masse , ils sont très-espaces les uns des autres ; leur distribution avec parcimonie fait qu'en suivant la ligne de faîte de la chaîne des Vosges ^ on parcourt souvent une distance de plusieurs kilomètres sans en rencontrer un seul ; puis on en trouve un amas d'une douzaine qui jonchent le sol pour cesser ensuite. A quelques centaines de pas d'un des sommets du Hoheneck, sur le versant occidental, ils sonl répandus avec un peu plus d'abondance ; ils sont en granit , mai^ d'un grain tout différent de celui de la roche en place ; ils ne sonl pa^ du reste accompagnés de menus débris, qui ne manquent jamais Je suivre les blocs de la région inférieure.
Ils ne proviennent pas d'éboulements supérieurs: leur position sur des cols élevés ne permet pas celte supposition.
Ils sont séparés de la seconde ligne par une zone de 50O raèlres de largeur, où l'on ne rencontre que fort peu de blocs. Leur aspect extérieur est si différent de celui des blocs de la région basse, leur
surface est tellement usée par le temps , qu'il est difficile d'admettre que leur origine remonte à la même époque ; ils datent peut-être du moment du soulèvement de la chaîne elle-même.
Leur transport par les glaces pourrait être sujet à contestation ; il faudrait , dans ce cas , supposer des glaciers d'une épaisseur et d'une puissance telles qu'ils ne seraient pas restés enfermés dans Tenceinte étroite des vallées des Vosges ; ils auraient débordé dans la grande plaine du Rhin, et jusqu'à présent on n'y a pas trouvé de traces de leur passage.
Je n'ai donc pas cru devoir les faire figurer sur ma carte ; ils sont bien erratiques suivant l'étymologie du mot, mais ils ne le sont peut-être pas suivant la signification qu'on y attache aujourd'hui.
Les limites du terrain erratique, ou ce qui revient au même , le littoral des anciens glaciers peut donc se tracer sur une carte en suivant la ligne des débris qu'elles ont rejetés sur leurs bords. D'une part, les moraines frontales inférieures donnent la mesure de rétendue des glaces dans le sens horizontal, puis les accumulations de blocs et de débris , disposés en lignes horizontales sur le flanc des montagnes, indiquent la hauteur à laquelle les anciennes glaces se sont élevées.
E. C. 25. 1je« matériaux erratiques ont été dépiMié* airee Hatériaux
une lenteur extrême. Les moraines étant un composé de détri- •"■***«"• ***p**'**-
lus minéralogiqnes dont la dimension varie depuis le grain de sable
le plus fin (poussière) jusqu'au bloc de plus de 5000 mètres cubes ',
il est intéressant de savoir si ces matériaux ont été amenés sur le
point où nous les retrouvons aujourd'hui par une voie de transport
brusque et rapide ou par le moyen d'un travail de longue haleine.
H nous sera facile de démontrer que ces amas ont été formés avec
une lenteur extrême. Les amietmes moraines des Vosges qui ont été lc» «?■«« vide»,
démantelées sur un point de leur surface ou qui ont été entamées par *""' *^* *" "°'
^ ' ' niOMiont ane preure
la main des hommes, laissent voir dans leur intérieur le mode de de roncine giac»ie de tassement des matériaux : ils présentent généralement entre eux des '^" espaces vides j des creux qui ont souvent 50 ou 60 centimètres deprofondeur; d'autres fois ces petites cavernes n'ont que quelques cen-
' Bloc monstre sur une montagne de gypse appelé le monitt', provenant des montagnes qui bordent la vallée d'Avançon (voy. C. 40).
moraiaes.
^SH PHÉiNUMÈNES EKHATigUES DANS LES VOSGES.
tiinèlrcs d'ouverture. Les blocs métriques empâtés dans des mas<<.'5 de graviers et de sable reposent par fois sur quelques blocs de moindre dimension qui forment pieds ; entre ces pieds existent les vides. Nous avons déjà fait remarquer que des vides pareils existent en grand nombre dans la moraine de Wesserling, Dans It^.autres moraines de la vallée de Saini-Amarin on en rencontre fréquemment.
On peut se rendre compte de ce fait si l'on a vu une moraine en voie de formation. Dans Tété de 1845 j'ai eu l'occasion d'assister à ce genre de phénomène : j'ai passé plusieurs jours en station d'observation au pied du talus terminal du glacier de TAûr; j'ai vu les pierres de toutes les dimensions , depuis les blocs les plus volumineux jusqu'au sable fin, se détacher du sommet du talus, se précipiter le long delà pente de glace et tomber sur la moraine. Detemp^ en temps, toutes les minutes, tous les quarts d'heure, suivant le^ circonstances de la fonte et de la position des matériaux sur l'arèti' terminale du glacier, on était averti par un grand bruit de la chule d'un gros bloc. Les menus débris^ les sables glissent sans fairo beaucoup de bruit, ils forment de petites avalanches, de pelilr.' traînées, et vont rejoindre la masse des matériaux au pied du glacier.
Ces matériaux s'y entassent sans ordre, sans classement, san^ distinction de volume et en laissant entre eux des vides et des mvités exactement pareils à ceux qu'on remarque dans l'intérieur dt nos anciennes moraines des Vosges.
Ces petites cavernes sont une preuve de Yorigine glaciale d*' n < moraines et puis de l'extrême lenteur, de la longue période d» temps * écoulée pendant leur formation ; elles indiquent également que les eaux ne sont pas intervenues d'une manière sérieuse dans la formation de ces amas.
Direction et point E. C. 26. llirectioii du pliéitoiiiène erratique et •••
de départ du t*rrdn ^^^ ^^ départ. Pour ccux qul admettent Vexistaxce (Tancim
erratique. "^ * ^ ^
glaciers dans les Vosges y cette question est facile à résoudre, puisqu'on sait que les glaciers actuels sont ordinairement encaissés dan-
^ La longueur de la période en temps absolu , comme nous le verrons plus loin , \^'A se déduire approximativement de la masse des matériaux divisée par le nombre de itièlres cubes débarques dans un tein|)s doiuié sur une moraine.
DIKECTIO.N DL TKKHAIN KHKATIlJl t. 239
le fond des vallées ; quel que soit le point de Thorizon où l'axe de ces vallées se trouve dirigé, les glaciers en suivent toujours la direclion de toutes les sinuosités accidentelles. Néanmoins , parmi les savants qui ont observé le phénombxe erratique dans le nord, et qui ne font point entrer les anciens glaciers comme cause du phénomène, il en est qui atlachent une grande importance à la direction des stries dont les roches de ce pays sont couvertes.
Dans les Vosges, nos stries sont constamment situées dans la di- Lei8irie.»iiicoinrection de laxe prmcipal de la vallée ou elles se trouvent, sauf,, direcuon de r«xe quelques rares exceptions , comme nous en avons cité une au Bàren- princip-i d* i* Tiiiée. berg, exceptions qui peuvent s'expliquer sans qu'il soit nécessaire de recourir à une hypothèse extraordinaire.
Le phénomène des anciens glaciers ayant imprimé sa marche sur les roches, on n'a qu'à suivre le sens des stries pour connaître sa direction. On trouve ainsi qu'il est parti des points culminants de la chaîne , en suivant les pentes naturelles du fond des vallées. Si la vallée est ouverte au sud-est, comme la vallée de Saint- Amarùiy les stries remarquées sur les roches se dirigent dans le même sens. Si la vallée s'ouvre dans la direction du sud, comme celle de Girofnagny, les stries sont dans la direction nord-sud. Sur le versant occidental de la chaîne, dans la vallée de la Moselle y H. Hogarda décrit une roche dont les stries suivent la direction nord, 50®, 20' 0, et la vallée elle-même court au nord, 51°, 30' 0. La différence est trop insignifiante pour que nous ne devions pas considérer ces lignes comme parallèles*.
Le phénomène n'a donc point eu une direction unique , il a rayonné autour des points culminants de la chaîne ; il n'a pas dépassé leurs limites en hauteur, il s'est maintenu dans le fond des vallées. Nous avons vu tout à l'heure qu'on peut tracer sur la carte, qu'on peut poser les bornes de sa sphère d'activité.
II n'a pas eu la force suffisante pour sortir des vallées et s'étaler dans les grandes plaines qui entourent le système des Vosges. Les moraines frmitales inférieures donnent la mesure de l'étendue en longueur qu'il avait à une certaine époque. (D. A. Dans toutes nos vallées on peut remarquer qu'en amont de ces moraines, tous
' BuUelin de lu Sociélé géologique ^ t. II, p. ii9.
240 PlIÉiNOMÈiNES ERRATIQUES DANS LES VUSGES.
les accidents propres au terrain erratique se renconti'enl à profusion , tandis qu'en aval , ces accidents disparaissent ; ni les roches ni les galets ne sont plus striés , et les accumulations de débris ont tous les caractères des matériaux remaniés par les eaux.)
On pourrait objecter que les stries croisées sur roche en place, dont nous avons parlé, sont indépendantes des stt^ies rcctilignes et proviennent d'une autre cause. Mais d'abord ces croisements de lignes ne se remarquent que sur les roches qui encaissaient latéralement l'ancien glacier; dans cette position il n'est pas absolument impossible de se rendre compte du fait, si nous admettons pour le moment :
4** Que la période pendant laquelle les grandes glaces ont séjourné dans nos contrées a duré pendant un espace de temps très-long, une masse de siècles considérable;
2° Que les anciens glaciers ont été doués de croissance et de décroissance j non-seulement dans le sens horizontal, mais encore dans un sens vertical.
Ces deux hypothèses ne sont pas de la théorie pure; elles reposent sur des faits matériels. Il est évident que , pendant la période d'activité du glacier, le milieu ambiant a du subir des changements considérables, si l'on en juge par la position des matériaux qu'il a déposés sur le terrain pendant sa lente agonie, position échelonnée à plusieurs kilomètres de distance.
Si notre glacier augmente de volume dans le sens de son épaisseur, et en même temps dans le sens de sa longueur, il a dû rayer les roches de contact , suivant une ligne qui ne peut être que la résultante de ces deux forces. Et si un mouvement de décroît vient à à surgir dans le régime du glacier, par suite de circonstances atmosphériques qui nous sont inconnues, les stries imprimées sur la roche ont dû suivre une direction en rapport avec ce nouveau mouvement*.
* Ces stries croisées ont été rcccmnicnt Tobjct d'une obsen-ation très-précisc de la pjil de m. Efielier von dcr IiInCli. Dans une note adressée à la Société géologique sur quelques phénomènes des glaciers en Suiase , M. Kneher dit : «... A une Houe en amont iîo< « bains de Pfcfl'crs , dans la vallée de la Taniina , on trouve à la surface de U t\h \\t ■ calcaire en place polie , sur de grandes étendues , des raies à peu près horiiontalci ci « larges de 1/2 à 4 millimètres. Ces raies montrent dans leur creux Irès-évasc de |*c- « titcs entailles transversales^ presque toujours plus ou moins courbées, éloignées d'or-
poliei et itriéeB.
L'existence et le régime d'un glacier dépendent des circonstances météorologiques qui l'entourent; or donc, si le glacier a été soumis pendant sa vie à des fluctuations profondes dans sa marche et dans son allure , les stries résultant de son frottement sur les roches ont dû accompagner ces mouvements dans toutes leurs phases ; de là ces croisements sous différents angles que nous avons remarqués sur la surface de nos roches ^
Le phénomène qui a donné lieu aux accidents erratiques dans les Vosges y a donc eu une direction analogue à celle qui existerait si ces mêmes vallées étaient aujourd'hui placées dans des conditions telles que de grandes glaces puissent y vivre et prospérer.
E. C. 37. RocitM polies et «trléen. Elles sont décrites par Roche* H. AgMMia dans les termes suivants :
€ Les glaciers o^ercent aussi une action continue et très-marquée c sur les flancs et le fond des vallées qui les encaissent. Ils les c nivellent par le frottement et en arrondissent les angles et les grandes « inégalités; souvent ils les polissent aussi parfaitement que pourrait c le faire la main du marbrier coupant les corps fossiles et les conc crétions qui s'y rencontrent , et exerçant leur influence sur la < tranche des couches aussi bien que sur leurs plans. En même c temps les particules les plus dures de la couche de boue , entre
« dloaire l'une de Vautre de 0»,8 ; leur convexité est tournée constamment en amont de « la vallée. Ces entailles ont tout à fait Tair de la trace d'un outil semblable à un ciseau , « qui , mis en mouvement par un mécanisme lent , un peu branlant, attaque tantôt plus,
< tantôt moins fortement la substance soumise à son action. Je crois que personne, en « voyant le phénomène, n'hésitera à l'attribuer à un mouvement très-lent, semblable à
< celui des glaciers , et à le trouver tout à fait incompatible avec un mouvement rapide.
■ La roche polie en amont de Pfeffers, déblayée depuis peu par l'effet d'un ruisseau , • des détritus qui l'avaient couverte et garantie jusqu'à présent contre l'inÛuence de « l'atmosphère , présente encore une autre particularité. Perpendiculairement à peu près « aux sillons qui suivent la direction générale de la vallée, on y voit des stries nom- « breuses toutes fines, de profondeur peu appréciable, sensiblement parallèles entre « elles et dirigées dans le sens de la pente la plus forte. Ces stries traversent en quel-
< ques endroits les sillons longitudinaux d'une manière si claire , qu'on voit qu'elles sont « les plus nouvelles. J'ignore l'explication que les défenseurs des courants donneraient > de cette circonstance ; dans la théorie des glaciers, elle se présente comme le résultat m du mouvement lent que le détritus de la surface du glacier a subi pendant l'abaisse- «ment et la fonte du glacier...» (Bulletin de la Société géologique, 2* série, t. III, p. 239).
' D. A. Voy. paragraphe D. Â. Glacienen aetitnté. Stries,
( autres les petits cristaux de quartz y agissent comme un émeri sui c le rocher que le glacier recouvre ^ et gravent sur les surfaces poU € une multitude de stries rectiligneSy plus ou moins fines et senii- « bleraeut parallèles entre elles. Ces stries sont absolument indé- « pendantes de la structure de la roche, ainsi que du clivage et de «la stratification; elles suivent, au contraire, toujours la direction « que les formes du terrain ont dû imprimer aux glaces.
«Outre ces fines stries, on remarque souvent, sur les surfaca < polies , en contact avec les glaciers , de larges sillons longitudinniu , « dont la surface est aussi parfaitement lisse et polie. Il est probable « qu'ils sont occasionnés par les gros cailloux empâtés dans la glace « et qui, à raison de leur volume , doivent user davantage la roche (( en la frottant.
« Les divers phénomènes que je viens d'énumérer ne se rencon- « trent pas seulement dans le domaine des glaciers actuels ; on les «retrouve dans une foule de localités où, de mémoire d'homme, « on ne se souvient pas d'avoir vu des glaciers.
« Les roches polies et striées nous permettent de suivre , comme à « la piste, les anciens glaciers y jusqu'en des lieux où on ne les aurait «jamais soupçonnés, t^
Il est donc incontestable que les glaciers ont la propriété d'i«^:ï et de rayer les roches qui sont en contact avec eux. Deux savants ol^ servateurs ont, pour ainsi dire, pris le glacier sur le fait pendant qu'il usait et travaillait la roche. Rin. A. Brairals et CVi. Hartins, lors de leur voyage scientifique en Suisse, racontent « qu au ^glacier inférieur de Grindelwald, ils ont pu détacher de grands « échantillons de rochers calcaires polis et striés y dont les uns étaient « en contact avec les parties latérales , les autres avec la surface iii- « férieure de ce glacier. La position de ces rochers , leur forme , la «direction et la nature des stries prouvent incontestablement « qu'elles sont un effet de l'action de la glace et du gravier interposô « sur la roche qu'ils recouvrent*. »
J'ai pu, de mon côté, observer le même fait cette année (1846 au glacier de Rosefilaui. Ce glacier, pendant le courant de lïtc, s'est retiré ou fondu à sa partie terminale d'environ 47 mètres; il a
* Rapport adressé au ministre de rinstruction publique sur leur mission scienUlViu^ tlans les Alpes , par MU. A. BravaUi et €li. nuiriliui.
laissé en avant de son front, sur le sol qui lui a servi de lit, de laides dalles de calcaire en place, fraîchement striées et burinées , exactement comme nos roches des Vosges. J'ai même pu pénétrer sous le glacier par une galerie naturelle de 25 à 30 pas de longueur, formée par une ancienne crevasse refermée par le haut. J'ai pu voir le travail du glacier sur Idi roche; le sable et la boue, ou, pour mieux dire , le burin était en pleine activité entre les masses de glace et la roche.
On a reconnu de ces roches , non-seulement dans la sphère d'activité des glaciers y mais à des distances très-considérables de leur origine; d'abord en Suède et en Norwége, en Ecosse ^ dans le /ura, dans les Pyrénées , puis sur toute la ligne de la chaîne des Alpes , depuis la Savoie jusqu'en Tyrol etc. *
Dans le Nord, dans l'intérieur de Isl presqu'île Scandinave y sur la route de Christiania à Ringerige, BK. V¥. P. ScUmper a trouvé de ces roches c dont les stries sont en lignes droites, simples, for-
< lement burinées y exactement parallèles entre elles, se continuant c sur une longueur considérable , de 2 à 3 mètres , sans s'interc rompre et sans changer de direction; on dirait la roche travaillée ce par un rabot monstre à proéminences inégales. Les bords des fis- € sures qui traversent la pierre sont restés parfaitement tranchants; € les rognœis siliceux poreux sont coupés en deux , comme les nœuds cde branches d'une planche rabotée; les rognons compactes, au « contraire, ayant réagi sur la masse rabotante, font saillie et sont « suivis d'une proéminence prolongée en ligne droite et ne s'aplac nissant qu'insensiblement, ce qui prouve à l'évidence que le creux c produit dans V agent rabotant par le rognon s'est encore conservé « pendant quelque temps après avoir dépassé ce dernier'. »
On a aussi observé dans différentes contrées des stries erratiques sur des roches dont les parois surplombent de manière à former des voûtes. M. AgMiala dit « qu'on remarque, sur les bords des
< glaciers de Rosenlaui , de l' Aar , de Viesch , des parois qui surploni- € beat fortement y et dont la face inférieure, reposant sur le glacier, € est aussi bien polie et rayée que le fond même sur lequel le gla-
* Compte* rendus de la séance de V Académie des sciences, t. XXII, p. 44. *D. A. Roches polies et striées, reconnues identiques à celles des Alpes, dans les Vosges, la Forôt- Noire, en Ecosse » dans les Pyrénées, la Sierra-Nevada (Espagne) etc.
€ cier repose, et cela se conçoit facilement, lorsqu'on sait commeui < les glaciers suivent toutes les sinuosités des vallées qui les conc tiennent, et se moulent dans toutes leurs anfractuosités. La plus € belle voûle dans laquelle j'aie vu le bord d'un glacier s'engager e>i € située au-dessous du grand plateau de névé, qui s'étend du cd (k € fOfeeraar jusqu'à l'endroit où le glacier de Viesch s'encaisse daûs « la vallée par laquelle il s'écoule. Elle se trouve sur la rive droite € du glacier y près d'un petit lac, au pied de YjEggishom; on en voit € une semblable près de l'extrémité du glacier de Rosenlaui, égale- «ment sur son flanc droit; enfin, je puis en citer une troisième «sur le flanc gauche du glacier de l'Aar, au pied de la ctmt du « Roth/wm de VAar * . »
Dans les Vosges y l'existence des roches striées n'a été reconnue que tout récemment. Celles qu'on y a signalées sont bien identiques aux roches striées des lieux où les glaciers sont en pleine activité, et nous verrons plus loin que dans quelques-unes de ces vallét.^ j'ai trouvé de ces roches qui ne laissent rien à désirer sous le rafn port de leur ressemblance parfaite avec celles qu'on a pu détacher sous les glaciers; elles ont un caractère erratique irréfragable.
Cette identité est un point de théorie géologique important a constater, parce que les observations auxquelles ces roches oui donné lieu , sont encore sujettes à contestation ; et les faits relatils au phénomène erratique se rattachent plus ou moins directement au grand problème de l'histoire de la terre.
Par une étude attentive de ces surfaces, j'ai eu l'occasion d'y remarquer quelques accidents, dont les auteurs ne font pas mention; j'ai été ainsi conduit à distinguer sur ces roches trois systèmes dt stries difierents :
lo Stries rectilignes ; 2® Stries saccadées; S^ Stries cannelées.
Ces trois variétés de l'espèce se rencontrent fréquemment sur It même échantillon.
* Extrait d'une lettre de ai. /kgmmÊÊ» à H. ^e ée Be
t. XXI, p. 1331).
4 {Compies rmasi,
Stries rectilisoes.
Stries uceadée».
E. C. 30. a) Les stries rectilignes ne sont pas toujours droites et parallèles entre elles, elles décrivent fréquemment une courbe, mais comme c'est toujours une courbe à grand rayon , elles peuvent conserver leur dénomination de rectilignes; elles sont parfois croisées, les unes relativement aux autres , et se coupent sous un angle aigu.
E. C. 30. b) Les stries saccadées sont particulières à la roche schisteuse; elles sont interrompues, intermittentes; leur trajet, leur sillon se compose d'une inflnité de temps d'arrêt , comme si le burin qui les a produites eût été interrompu dans son travail. A l'extrémité de chacune des sections dont ce sillon se compose, on voit un petit éclat de roche enlevé. Le burin paraît avoir labouré la pierre en l'attaquant de haut en bas sous un angle aigu et sur un trajet de 8 à 10 millimètres seulement^ pour recommencer sa course un peu plus loin.
E. C. c) Les stries cannelées sont connues en Suisse sous le nom stne. eanneiée^». de coups de gouge ^ parce qu'en effet elles rappellent l'effet produit par cet outil, ou par un rabot, sur une surface plane; elles sont plus fréquentes sur la roche dure, sur le gratuit, que sur no3 roches de sédiment.
Nous aurons l'occasion plus loin de décrire en détail certaines roches striées, où ces différents accidents se trouvent tous réunis; nous verrons aussi qu'ils varient dans leur forme et dans leur direc* tion, suivant la position et la nature de la roche qui a servi, dans les temps passés, de planche au burin.
Ces observations préliminaires, ces détails sur le terrain erratique en général étaient indispensables avant que nous entrions dans l'ob^ servalion des faits particuliers aux Vosges. Les questions qui s'y rattachent n'étant point encore épuisées, sont non-seulement sujettes à controverse, mais les observations les plus simples ne sont pas encore reçues comme des faits acquis à la science. J'ai donc pensé qu'il serait nécessaire d'exposer en peu de mots l'état actuel des choses, afin que chacun puisse juger en connaissance de cause les principaux éléments qui constituent le terrain erratique ; nous pouvons procéder à son examen dans le massif des Vosges , en commençant par la vallée de Saint- A marin, que nous avons plus particulièrement étudiée avec une attention scrupuleuse.
Bochei itriéet
et gtleu rayés d'ori
fine non glacitire.
E. C. 27. Roeltes striées et galets rayés dsMt l'arlgiM n'est pas glaeialre. Un observateur peu exercé pourrait facilement être induit en erreur dans la recherche et dans l'observation des roches striées , s'il n'a pas soin de s'entourer de beaucoup de prudence et de circonspection dans l'appréciation de ce phénomène. C'est en parcourant les Vosges avec un habile géologue , dont les idées théoriques étaient tout à fait contraires à l'hypothèse des anciennes glaces, que mon attention a été éveillée sur ce point. Nous rencontrâmes quelquefois dans nos vallées des roches striées dont l'origine n'était évidemment pcw erratique ^ roches qui parlaient en faveur de mon antagoniste.
Dans l'examen de ce phénomène, il y a trois choses dont il est essentiel de tenir compte :
4** De la position des roches relativement à celles qui les avoisinent immédiatement;
2o De la nature même de la roche, de son degré de dureté, de la facilité avec laquelle elle se délite ;
3*" De la direction de la stratification et du sens dans lequel les feuillets des roches schisteuses se sont superposés les uns aux autres.
Legiider Aiusi, quaut à la position des roches, on sait que les glaciers
useleiiorfeceipUnes,
conrexei et concatei. ^ uscut ct uc pousscut quc Ics surfaccs plaucs OU couvcxes , quelle
que soit la direction des plans * ; qu'ils soient horizontaux, verticaux ou même en surplomb , le burin peut les atteindre; il faut encore remarquer que les bords d'un glacier n'attaquent pas toujours les surfaces planes des roches encaissantes ; le glacier se crée souvent des points d'appui variables, sans qu'on puisse se rendre un compte exact du motif; la ligne du bord saute . quelquefois d'un rocher à un autre ; entre ces deux points, où le contact est intime, il laisse un espace vide et se tient à distance. Ailleurs le glacier atteint de son burin des surfaces légèrement concaves , mais à grands rayons. Si un obstacle solide se présente immédiatement en amont, le corps frottant ne pourra plus atteindre la roche. ïen citerai un exemple pris dans le terrain erratique des Vosges. 11 y a sur le monticule du Marlen, près d'Ocferen, une roche de
1 D. A. Les glaciers usent toutes les surfaces : les planes, les convexes et les concaves