‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 83 sur 216 · LAC DE GÉRARDMER · texte numérisé non relu

LAC DE GÉRARDMER

mes par suite de l'action des glaciers n'étant nullement indiqués , il n'y a pas lieu de s'arrêter à des observations critiques dont on n'a pas trouvé moyen de faire application sur les lieux.

Quant au diluvium, H. Hogard pense que si l'on parvenait à constater sa présence dans la vallée de Gérardmery en dehors des faibles nappes de terrain de comblement des anciens lacs de la contrée y ce serait un fait aussi curieux qu'extraordinaire; mais qu'on ne parviendra certainement pas à l'établir, quand même, en renonçant à l'hypothèse d'une action subite des eaux, on se résignerait à n'admettre que de faibles cours d'eau, exhaussant lentement et successivement leurs lits. Comment expliquer l'action lente d'un cours d'eau quelconque, se créant, de distance en distance au travers des vallées , des barrages de quelques kilomètres de longueur , de 100 mètres moyennement d'épaisseur, et sur 400, 500 ou même 800 mètres de largeur; plaçant sur les crêtes de ces barrages, composés principalement de sable et de gravier, et sans les démolir, ainsi que sur les flancs des montagnes , d'énormes blocs anguleux , de 10, 20, 50 et 400 mètres de roches arrachées aux sommités fermant le bassin, et à 12, 15, 20 kilomètres et plus, des points d'où ils ont été extraits? Comment en même temps expliquer le nivellement des matières transportées entre les divers barrages ; et surtout transportées du ffoA^necfc au Tholy^ en franchissant, sans s'y arrêter, les lacs de Retoumemer, de Longemer et de Gérardmer (pour ne citer que les lacs existant encore, et qui sont demeurés comme pour faire comprendre l* insuffisance de la théorie du transport des niasses erratiques et détritus glaciaires , par les eaux courantes) ' ?

S. G. F. 7. I«ae de C^érardmer. IH. €li. nartins donne à ^^ d« cénrdatr. la Société des détails sur une particularité intéressante du lac de Gérardmer. Ce lac, d'environ 2000 mètres de longueur, présente, dans son régime, un fait singulier et rare en orographie. La pente générale de la vallée , nivelée avec soin par H. Hogard y devrait porter les eaux dans le bassin inférieur de la Moselle, en

^ D. A. Les glaciers en activité transportent sur leur dos avec la même facilité et la même vitesse des ^ains de sable réduits à l'état de poussière et des blocs monstres. Voy. Glacien en activité^ paragraphes D. A. Mais voyez surtout dans les Alpes bernoises le glacier supérieur du Grindelwald. Adressez-lui des questions , il vous répondra et vous baptisera glaeiamte. Voyez ses confrères : tous ont les mêmes allures.

passant par le Belliardy le Tholy et la vallée de Cleurie. Mais un obstacle infranchissable se présente en aval du lac, cet obstacle c'est la grande moraine frontale de Gérardmer; elle s'oppose à ce que les eaux suivent leur cours naturel, et comme il faut qu'elles passent quelque part, leur écoulement se fait à contrepente; cVst en amont qu'elles s'échappent pour gagner un point peu éloigné du saut des Cuves ^ et s'engouffrer au nord-ouest dans rétroite gorge de la Vologne.

^>ii«« S. G. F. 8. TaUée de Salnt-Amiiriii. Le 19, le temps s'est

marin. ^.^^^^ ^^ y^^^^ ^^ ^^ Société a pu cxamincr en détail les phénomènes

remarquables que cette vallée présente relativement aux traces d'anciens glaciers. Les moraines désignées par M. CoUomb sous le nom de moraines par obstacle ont été d'abord l'objet de l'attention de la Société.

Moraine par obstacle. ]!n[o|.j|ine« pwp obstacle. La pcutc moyeunc du sol de la vallée

nivelée de Thann à Wildenstein , sur les indications de la carte du dépôt de la guerre , n'est que de 0,009. Cette vallée présente en outre un accident orographique qui a donné lieu à l'existence des moraines par obstacle. Ce sont des îlots * de roche en place qui percent le sol, s'élèvent sous une forme qu'on pourrait rapporter à celle d'un cône tronqué, à la hauteur de 20, 50 à 180 mètres. Ces îlots sont placés au fond delà vallée, sur sa ligne médiane, complètement indépendants des parois des montagnes encaissantes. On en remarque quatre principaux :

lo Celui qui porte l'ancien château de Wildenstein ^ de 180 mètres de hauteur ;

2° Celui du Baerenberg d'environ 80 mètres ;

3® Celui sur lequel est bâtie l'église du village d'Oderen;

¥ Le monticule désigné dans le pays sous le nom de Marlen.

Tous ces ilôts sont situés en amont de Wesserlùig dans la partie haute de la vallée, not de Wildenstein. Lc premier que la Société a eu l'occasion de visiter est celui de

Wildenstein; c'est un petit massif de granit porphyroîde, dont le plan figure une ellipse allongée dans un sens parallèle au cours de

* D. A. Dans les Alpes bernoises, dans TAarboden, en aval du glacier de l'Aar, notis voyons des îlots pareils, que nos guides appeUent NoUe ou JTfioUe, GrinueInoUe etc.

ILOT DE l'Église d'odern. 279

la Thur. En aval , et sur ses flancs , ce rocher présente des escarpements à pente rapide ; en amont , il s'abaisse par une pente douce jusqu'au niveau du sol. La face de ce solide tournée en amont est couverte y à la hauteur d'une trentaine de mètres , d'une masse considérable de débris , de blocs empâtés , de sable , de graviers , en un mot de tous les matériaux qui forment ordinairement les moraines. Toutefois H. Cli. nariiiis fait observer que ce rocher ne peut pas être considéré comme une moraine par obstacle type y par la raison que, si l'on poursuit les débris déposés contre ce roc, on trouve qu'ils continuent à se montrer à droite et à gauche dans le fond de la vallée, et que ce point correspond à une ancienne moraine frontale. Le glacier a stationné longtemps sur cette ligne, il venait butter contre le rocher , il y déposait ses matériaux , et en même temps il les déposait aussi dans la partie plate de la vallée , dans les deux couloirs qui séparent le rocher des montagnes encaissantes.

A quelques kilomètres en aval, la Société a remarqué une autre "<»'

moraine par obstacle sur laquelle quelques détails sont nécessaires, parce qu'elle peut servir de type pour l'étude de ce genre de phénomènes. Elle mérite d'autant plus de fixer l'attention des observateurs qu'il existe peu de vallées, soit dans les Vosges, soit dans les Alpes y où l'on trouve avec le terrain erratique des accidents orographiques tels que nos îlots de roche en place, aussi bien accusés que dans la vallée de Saint-Amarin.

La moraine par obstacle dont il est question est celle sur laquelle

est bâtie l'église du village à'Oderen. Le plan de Y ilôt a, comme le

précédent , la forme d'une ellipse , mais son grand axe est tourné

dans un sens différent; il est perpendiculaire à l'axe principal de la

vallée ; il n'a guère plus de 20 à 25 mètres de hauteur verticale,

et 200 mètres de diamètre. En aval , le rocher est escarpé et dénudé ;

il a conservé toutes les aspérités naturelles à la roche. En amont, la position est différente ; il est revêtu d'une masse épaisse de débris,

de sable, de graviers, de blocs métriques qui percent le sol, ou qui sont complètement empâtés. Sur la rive droite de cette moraine on remarque des amas de terre rougeâtre argileuse très-flne, entremêlée de blocs de granit de 50 à 60 centimètres de diamètre; on y trouve aussi des galets rayés. Sur cette même rive , la Thur vient battre ce rocher ; elle a entamé l'amas de débris à la hauteur de

quelques mètres seulement; ceux qui résistent au torrent sont suspendus légèrement y la moindre force suffit pour les désagrég.i. Lorsqu'un bloc est à moitié empâté, on peut facilement le fairr rouler dans le torrent en dégageant un petit caillou faisant coin.

La limite de ces débris est circonscrite au rocher même ; dans I; partie plate de la vallée , qui fait suite à Taxe de Yîlot , on ne trouve aucune trace de débris erratiques : ce sont des prairies, des maisons, des champs cultivés sur un terrain de comblement à surface horizontale.

Nous trouvons donc contre ce rocher, et en amont y un revèlemeni de détritus qui renferme tous les éléments des moraines , y compris les galets rayés et la boue du glacier y qui s'y trouve représentée par la terre ai^ileuse; puis l'extrême mobilité des matériaux, qui u^ permet pas d'admettre que les courants d'eau soient intervenus d'un» façon quelconque dans l'établissement de cet amas, puisque h courant de la Thur , qui passe auprès du rocher , détruit la morain.lorsqu'il peut l'atteindre.

L'obstacle placé au milieu de la vallée a servi de point de débarquement aux débris pierreux transportés par U glacier. Il n'a pas séjourné sur Yîlot , autrement la moraine participerait de la fom^ des moraines frontales , et se prolongerait dans la vallée pour joindre le pied des montagnes encaissantes.

H. €%. narfliui a signalé ce fait remarquable à l'attention Ac la Société : il pense que , dans l'état actuel de nos connaissances sur le m^mvement des glaciers, nous ne possédons pas un nombre suffisant de faits sur lesquels on puisse s'appuyer pour donner une explication satisfaisante du mode de formation des moraines par obstacle. Il pense que l'étude plus approfondie des phénomène^ qui se passent au Jardin de la mer de glace de Chamonix pourrait seule jeter quelque lumière sur ce sujets Moninei frontaiei. Horainefl fjpoiitiilefl. Dans la vallée de SainJl'Am4iriny la Société

a encore remarqué deux m/traines frontales complètement indépendantes des obstacles dont nous venons de parler. La première en amont est celle de Krûth , sur laquelle la Société s'est arrêtée , et où quelques membres ont pu recueillir un certain nombre de^'^'/-*

* D. A II e«t difficile, mais certes pas impossible, de trouver des glaciers en activité dans les conditions d'encaissement qui présentent des îlots {Nolle),

MORAINES DE WESSERLING. 281

ayés , galets possédant tous les caractères décrits par H. Agassla. .'est la première des moraines visitées par la Société, sur laquelle es débris de schistes argileux de transition commencent à se monrer; ils existent en place , sur la rive gauche de la vallée, en mont. La moraine de KrtUh est triple. Le premier pli du terrain en mont décrit une courbe , se prolongeant d'un bord à l'autre de la allée, mais dont la hauteur verticale ne dépasse pas 12 à 15 mètres. .6 second pli est parallèle au premier , à la dislance d'une centaine le mètres ; puis le troisième mouvem^ent du terrain s'écarte de la parallèle , il se prolonge au sud , jusqu'en face de la petite vallée de mnt'Nicolas , vallée qui débouche à angle droit dans le grand couoir principal.

Meraiiies de UTetiserlIiig. Â Wesserling, la Société a été re- ^ue par H. Collomb, dont l'habitation est bâtie sur la moraine mme. Cette moraine a été remarquée depuis longtemps et décrite par H. lie Blaiie. C'est la première dans les Vosges qui ait été l'objet de l'attention des géologues. Sa position est nette et bien dessinée ; elle forme un barrage transversal dont le point culminant est à 35 mètres au-dessus du lit de la rivière. Elle est en entier composée des débris des roches du bassin supérieur; on y reconnaît des fragments de granit blanc provenant des environs du Rothenbachy tics granits porphyroïdes rouges du col du Bramant ^ des granits communs de Krûth sur la rive droite de la vallée ; des euphotides d'Oderen et de Schliffels, des eurites porphyroïdes de l'affluent à'UrbèSy puis toutes les roches de transition du groupe de la grauwacke, qui gisent de préférence sur la rive gauche de la vallée.

Ces matériaux sont distribués sans ordre selon le volume , sauf quelques couches informes de sable qu'on a exploitées pour les constructions. La plupart des gros blocs qui couvraient autrefois la moraine ont été exploités ; il en reste cependant encore un certain nombre sur le dernier pli du terrain en aval; l'un d'entre eux mesure 15 mètres cubes. La majorité d'entre eux sont arrondis et usés, quelques-uns cependant ont conservé toute la vivacité de leurs angles; et si les cryptogames n'étaient venus s'emparer de leur surface , on les dirait arrachés tout récemment des flancs de la mon- (agne.Cette moraine est coupée par les eaux de la Thur; une large êchancrure donne passage aux eaux ; les fragments de moraines qui

Galeu rayés.

Moraines de Wesserling.

Roches striées.

Stries saccadées.

restent debout sur la rive droite et sur la rive gauche se correspondent exactement. L'ensemble de ces matériaux, mesurés par H. CoUoinb d'après un plan et des coupes levés avec soin , lui a donné un chiffre de 12,759,000 mètres cubes. On peut recueillir sur ce dépôt une grande quantité de galets rayés.

VLoéËÈem striées. Le court séjour de la Société dans la vallée de Saint'Amarin ne lui a pas permis de visitsr toutes les roches siriér-^ en place qui y existent; elle s'est plus particulièrement arrêlée au Glattstein, déjà décrit par m. Collomli.

On peut distinguer sur cette roche trois régions de stries : Stries recuiignes. 1® Dcs stries rcctiUgnes , fines, peu profondes. On leur a appliqué

la dénomination de rectilignes ; toutefois, si on les examine avec attention, on trouve qu'elles décrivent toutes une courbe à grand rayon. Elles sont fréquemment croisées entre elles et se coupent sous un angle aigu. Ce sont ces stries qui sont les plus nombreuses; elles frappent tout d'abord l'observateur.

2o Des stries saccadées. Elles sont creusées dans la pierre avec un burin fort tranchant; leur sillon est formé par une infinité de petib éclats de roche enlevée.

3** Des stries cannelées , formées de larges sillons faiblement creusés, parallèles entre eux. Ces stries cannelées ne s'aperçoivent point sur un échantillon de quelques centimètres carrés; il faut se plac^ à distance pour les bien juger.

n. Collomli a mis à la disposition des membres de la Sociélé des exemplaires bien choisis de surfaces striées provenant de la rodie du Glattstein.

S. G. F. 9. La séance est ouverte à 7 heures, danslasaUedeFhOp.r le uiion » Girc ^gj ^^ Canon-d'Or , à Giromagny.

magny.

H. Delesso, secrétaire, rend compte de rexcursion de la journée.

La Société a fait l'ascension du ballon de Giromagny , en prenant à Saint-Maurice la route de Belfort. Elle a d'abord rencontré des roches assez mal caractérisées qui doivent être rapportées au 1errain de transition et au porphyre brun de H. Elle de Boowrti puis elle a pu observer en place la syénite qui forme la masse da ballon de Giromagny et de celui de Servance.

Stries cannelées.

Satnt-Haorice

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