PLAINE DU RHIN
mais encore à tous les dépôts alluviens anciens, récents et actuels.
Je viens encore aujourd'hui insister sur cette question et essayer de confirmer, par de nouvdles preuves, les observations que j'ai publiées sur les terrains superficiels des Alpes de la Suisse et des Vosges.
25 novembre 1858. —
H. 1. La plaine du Rhin, entre les Vosges et la Forêt-Noire "•«« du Rhin. (Schwarzwald) , est une immense nappe de comblement formée de matériaux provenant de ces deux chaînes , du Jura et des Alpes : c'est dans ce dépôt que le Rhin et les diverses rivières qui viennent s'y jeter ont creusé leurs lits.
Cette nappe, d'une régularité parfaite, présente une pente longitudinale très-faible de 0™,00i moyennement : transversalement elle parait plane et horizontale , mais elle forme cependant deux plans légèrement inclinés , à partir du pied des bords du bassin vers le lit du fleuve : elle se retrouve et se prolonge dans toutes les vallées supérieures, mais avec cette différence, bien entendu, qu'on ne rencontre plus, dans chacun de ces bassins, que des matériaux provenant des masses minérales dans lesquelles ces cavités sont ouvertes.
H. 2. A la hauteur de Bâle, c'est-à-dire au point où la vallée »*»« * Neuf-BriMch. parvient à la limite de la Suisse, le Rhin est bordé de buttes de cailloux, et de terrasses, qui se prolongent jusque près de Neuf- Brisach, sur ces deux rives, mais qui disparaissent entièrement entre le Kaiserstuhl et Bingen * ; et dans cette région la surface d'une grande partie de la nappe ne dépasse plus que très-faiblement le niveau du fleuve.
H. 3. Dans ce comblement provenant des mêmes sources, formé Diiutium. aiiuvîou.. dans toutes ses parties indistinctement des mêmes matériaux , on a cependant établi deux divisions : l'une comprenant le dépôt situé hors des atteintes des plus hautes eaux, nommé gravier ancien ou diluvium, l'autre, comprenant tout l'espace accessible aux eaux du
9 Observations sur les alluvions anciennes et modernes du bassin du Rhin [Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Strasbourg, t. IV).
Rhin, et dans lequel elles* exercent leur action, considéré comme un terrain plus récent : ce sont les aUuvions modernes.
Cette séparation naturelle et rationnelle y en apparence » ne me semble cependant pas avoir la valeur qu'on y attache généralement : les deux dépôts font évidemment partie d'un seul et même tout ; ei si le Rhin attaque et entame avec la plus grande facilité des amas de sable et de cailloux qu'il remanie , déplace et entraine graduellement, il a évidemment trouvé sur place ces matériaux dont il oa certainement pas effectué le transport.
Le Rhin Daus uu précédcut mémoire sur le terrain erratique des Vosges \
*''"ie"LMLr*'* J'^^^^ ^^J^ exprimé cette pensée, et je disais : aie Rhin coule sur
c une nappe de comblement dont l'épaisseur n'est pas connue , et c ce dépôt , quelle que soit son origine , est parfaitement dispo>é c pour subir l'action du fleuve, qui attaque les berges , déplace des c masses de graviers et en forme des bancs qu'il déplace ou mt> cdifie; mais que ces eaux viennent à se retirer subitement pour « laisser voir cette vallée d'érosion , parsemée de proéminences « irrégulières et séparées par des canaux sinueux et anastomosés , c on aura sous les yeux un exemple de la distribution qui se rec marque dans la plupart des terrains de comblement et dont on € n'expliquait pas autrement la formation qu'en invoquant l'actioD «des eaux.»
Ce travail du fleuve vient d'être décrit avec beaucoup de détails et avec toute la clarté et la science que H. Daubrée, plus que tout autre, pouvait apporter dans un mémoire sur cette question*. Ses indications sont tellement précises et tellement utiles à la caas<f que je m'efforce de soutenir, que je ne puis me dispenser d'en citer ici quelques passages.
Banc«ouue«daaun. H. i. < Le Rhiu , cn déplaçant son thalweg, crée dans son lit
c des proéminences de formes très-surbaissées , que l'on nomme a bancs ou îles, ayant à l'amont des pentes très-douces , généralec ment inférieures à 1 degré , et se terminant à l'aval par des talu> c rapides de 25 à 35 degrés ; les cailloux remontent doucement !c « plan faiblement incliné pour arriver à l'arête de la portion do^ c deux surfaces qui plongent en sens inverse ; alors ils tombent d
I9 Cùup d'mil sur les terrains erratiques des Vosges y 1848, p. 43. r^ Mémoire déjà cité.
n sont bientôt recouverts par d'autres cailloux qui suivent la même «marche (pi. 3, fig. 12).
c Quand le banc ou Tile est composé de cailloux à sa partie supé- «rieure, leur disposition présente un trait frappant , particulièrec ment vers l'amont du banc : ils sont imbriqués les uns sur les « autres à la manière des écailles de poissons ou des tuiles d'un € toit...
c Cette disposition ne s'observe pas dans toute l'épaisseur d'un « banc correspondant à une crue unique , mais elle se montre à c différentes hauteurs , ainsi que nous le représentons (pi. 2 , € fig. 13).
c Les bancs présentent des lits successifs d'accroissement , qu'on <r reconnaît facilement, car la surface d'un banc est toujours forc mée de gravier bien purgé de sables et de menus cailloux , tandis « qu'au contraire le gravier situé au-dessous de cette couche superfiii cielle, qui a été lavée, est toujours fort mélangé de menus débris »
Les lies cependant sont quelquefois attaquées, soit en amont^ ^^' soit latéralement par le courant, et elles offrent une disposition "*' *^"''
inverse, c'est-à-dire un talus plus incliné vers le courant et une pente plus faible vers les rives ou dans la direction du cours d'eau, entre Bellingen et Isteiriy rive droite (pi. 2, fig. 14).
Tel est, en quelques mots, le tableau de l'action qu'exerce jour- ÉrouoD». lellement le Rhin dans les limites de son domaine actuel ; quant mx autres dépôts comparables à ceux que roulent les cours d'eau , [uoique souvent recouverts par le Rhin, et que l'on voit s'élever usqu'aux sommités de plusieurs collines, on les assimile avec raion à ces derniers, et l'on parait admettre encore aujourd'hui que es cours d'eau actuels ne pouvant les atteindre, même dans les plus grandes crues , leur production est une conséquence naturelle à 'apparition de courants plus violents qui , à une époque plus reulce , auraient parcouru les plaines et sillonné les montagnes.
H. 5. La nappe de comblement de la vallée du Rhin constitue sur N«ppe de comblement, ne longueur de plus de 270 kilomètres , de Bâle à Bingen , toute la ****• * "*"'" •laine comprise entre les chaînes des Vosges et de la Forêt-Noire ^ ont la laideur moyenne est de 30 kilomètres ; il est nécessaire ourtant de noter en passant quelques-unes des dimensions transersales de ce dépôt ; ainsi il a , savoir :
A Bâle 6 kilomèlres.
A la hauteur de Mulhouse ... 31 >
A la hauteur de Sultz 45 »
A la hauteur de Mannheim ... 35 i
Il semble se terminer à l'entrée du défilé de Bingen , mais on en voit quelques traces sur les rives du fleuve , dans le défilé même , et il se développe de nouveau à partir de Coblence où les comblements du Rhin et de la Moselle viennent se réunir. Mulhouse k Yaidieu A partir de Mulhouse j il s'avance dans une sorte d'anse rerooneim. ^^^ ^^^ Famont , entre les Vosges , le contrefort que coupe le caoil du Rhône-au-Rhin à Valdieu et le promontoire formé par une séné de collines se rattachant à l'extrémilé de la chaîne du /tira, p^è^ de Bâle y et se terminant à Riedisheintj près de Mulhouse , entn cette ville et Rixheim.
u ousM principale La massc principale de ce comblement se compose de roatériaiu dacombiemenuecoxn-ppQyg^2^jj|. jgg ^ip^ g^ j^ j^^^^ suissc y B partir dcs enviroHs A
poM de nMtériftux pit^ n .
venant de« Alpes et do Mulhouse. SuT toutc la rîvc gauchc , ainsi que sur la rive droite, i!
jun suiue. gg^ rccouvcrt partiellement de nappes de galets provenant des Yosyf.^
et de la Forêt-Noire; puis enfin un dépôt assez puissant de W</^ surmonte et recouvre le tout sur différents points.
Laissons de côté, pour un moment, les buttes élevées de galets, les plateaux couronnés de ces débris et de lehm , élevés au-des5u^ du niveau de cette nappe, ou de la plaine, et cherchons d'abord à nous rendre compte de la manière dont la première partie du comblement a pu avoir lieu.
coannu d'eau. H. 6. Lc Rhiu dans ses limites actuelles, et lors des plus granité eaux, ne saurait plus en recouvrir la surface; aussi on reconnaît. dans tous les écrits relatifs à la question que je veux étudier, qur des courants accidentels, extraordinaires, mais tantôt violents, tâ> tôt assez calmes, ont parcouru la vallée avant l'époque actuelle, ei ont agi pendant tout le temps nécessaire pour opérer ce rembU. ^^^ d'une profondeur inconnue, et dont la surface, entre Mulhotisf J MuibooM et Bingtn. Bingen seulement, est de plus de 800,000 hectares.
Si l'on admet qu'un cours d'eau assez puissant pour charrier h graviers et les blocs que renferme ce dépôt ait occupé la vallée i'^ Rhin, il faudra supposer en même temps qu'il s'étendait d'une ri^"
à l'autre, et qu'il touchait à la fois aux pieds des deux chaînes latérales ; et comme on ne pei>t admettre qu'un courant de 30 kilomètres moyennement de largeur ait eu la même force, la même vitesse à tous les points de sa section, on arrivera tout naturellement à supposer un lac occupant le bassin traversé par le cours du Rhin.
S'il en était ainsi, on rencontrerait sans doute sur un point quelconque des bassins supérieurs quelques exemples de faits produits, dans les mêmes circonstances, quoique par des causes beaucoup plus faibles, mais agissant cependant suivant des lois invariables.
Quand une rivière se jette dans un lac, elle abandonne près de son embouchure les matériaux qu'elle charrie, sous forme d'atterrissements successifs constituant des nappes coniques diversement inclinées. Les pentes de ces déjections varient suivant la nature des matières transportées, le sable et le limon s'abaissent graduellement sous un angle beaucoup plus faible que le gravier et les galets, et les divers affluents produisant dans le même temps des atterrissements , différant entre eux comme les terrains d'où ils proviennent, il se forme dans le bassin, et à portée de ses rives, des dépôts distincts, indépendants , qui tendent cependant à se rapprocher les uns des autres, et finalement à s'unir et à former une masse dans laquelle le mélange des matériaux ne saurait cependant s'opérer complètement; et leur réunion peut être favorisée par les couches de sédiments , qui se déposent sur tous les points où l'influence des courants cesse de se faire sentir.
Une section faite dans un terrain ainsi formé offrirait des couches diversement inclinées et recourbées, reliées par les assises horizontales des sédiments , et jusqu'ici il ne parait pas que l'on ait observé rien de semblable dans la vallée du Rhin.
Le comblement de cette vallée d'ailleurs ne présente pas une réunion de plusieurs accumulations diverses reliées par un dépôt de sédiment distinct : c'est un plan incliné , régulier , à la surface duquel, indépendamment du lehm , dont je parlerai plus tard, on observe quelques couches limoneuses , mais dont la masse est réglée parallèlement à la pente du terrain , et de vastes champs de galets parfaitement nivelés et dans l'arrangement desquels rien ne rap-
pelle des nappes de déjection produites par des cours d'eau plus uu moins violents.
Gtieu u^ 7^ Une coupe prise près de Rixheim (fig. 15, pi. 2) montre
ni !•▼£• ni roolèi à
Riiheim. les galets distribués sans ordre dans toute la masse, des sables et de petites couches limoneuses ; les galets (fig. 16 à 32) offrent des formes diverses, ils sont arrondis ou anguleux, à faces planes et polies se raccordant à des contours plus ou moins arrondis. Sur quelques points ils sont agglutinés, comme le nagelfluh, paruo ciment argilo-calcaire. Ceux qui sont libres sont très-souvent enduits d'une berne fine ou de lehm évidemment glaciaire : la masse paraît avoir été fortement comprimée , et nulle part on n*y obscna ces couches de galets imbriqués marquant divers étages^ comme dau^ les îles ou bancs formés journellement par le fleuve (pi. 2, fig. 12 et 13), et Texamen de ce dépôt prouve que ses éléments ont ttê mouillés, pénétrés par les eaux, mais qu'ils n'ont en aucune faan été lavés et roulés par des courants.
Mais dans un bassin où l'on suppose qu'un cours d'eau principal et ses affluents viennent se jeter, chargés de détritus et de galets, le comblement ne saurait être complété et dressé que par des dépôts de sédiment remplissant les plis des déjections, et tendant à former graduellement une surface horizontale; et dans le cas où les affluents d'une rive seraient plus nombreux et plus considérables que ceux de la rive opposée, le comblement offrirait encore une masse irrégulière beaucoup plus puissante d'un côté quo de l'autre.
^^' H. 8. En ce qui concerne la plaine du Rhin^ il ne faut pas perdre
de vue qu'il s'agit d'abord de l'arrangement des matériaux provenant des Alpes ; que leur accumulation produite par un cours d'eau ayant une issue unique, à Bâle^ loin de former une grande nappe, renflée vers le milieu et déprimée vers les rives , ofl're au contraire deux plans légèrement inclinés vers le thalweg, et suivant sur chacune d'elles une ligne de pente continue. Le Rhin aurait donc, contrairement à ce qui a lieu dans le régime des cours d'eau actuels, rejeté d'abord les matériaux transportés sur ses rives, puis continué le comblement successivement des bords vers le centre.
Mais dans un lac, comment expliquer ces déjections latérales, composées de matériaux souvent volumineux, et sur des points où
les eaux nécessairement devaient être calmes ? Je doute qu'on y puisse jamais parvenir.
Ce lac aurait reçu d'ailleurs le tribut de nombreux affluents dont les rivières actuelles y beaucoup plus faibles qu'au temps des inondations générales y marquent encore le cours. Ces rivières assurément ne pouvaient mêler leurs eaux à celles du Rhin sans mêler leurs alluvions aux siennes , ou tout au moins sans les intercaler dans la masse principale du dépôt ; mais dans la nappe ce mélange n'existe nulle part, et le comblement alpin est partout nettement séparé du comblement provenant des Yosges et de la Forêt-Noire et recouvert par lui ; et cette séparation est une indication précieuse , bien constatée par les auteurs qui se sont plus spécialement occupés de cette question et dont le témoignage ne saurait être révoqué en doute.
H. 9. En lisant les divers mémoires qui ont été produits sur ce *~"^" vaste dépôt, et quelle que soit l'attention qu'on apporte dans leur**" ''•~"~** examen , on ne trouve nulle part une explication complète et détaillée de la manière dont ce comblement principal s'est opéré ; un ou plusieurs courants diluviens , assez violents, si l'on tient compte du volume de certains blocs, sont les seuls agents que l'on fasse intervenir, pour encombrer le fond de la vallée en premier lieu, et régler ensuite le plan incliné par des travaux successifs.
Mais quels exemples avons-nous de cours d'eau procédant de cette façon, remplissant le fond d'un bassin, dressant avec une régularité parfaite leurs déjections, et finalement, après s'être restreints, dans les limites qu'ils ne pourront plus franchir , se creusant des coupures profondes pour y régler et y fixer leurs cours?
Les torrents assurément exécutent d'immenses travaux de déblais et de remblais ; on rencontre à chaque pas dans les Alpes des accumulations anciennes ou récentes produites par ces puissants agents de destruction. Les cônes de déjection n'ont sans doute aucun rapport avec la nappe régulière dont il s'agit, mais cependant ils font voir que les remblais font toujours suite à des déblais provenant du bassin de réception, souvent arrachés aux flancs des goulots d'écoulement, à la sortie desquels les accumulations commencent seulement à se produire, et le comblement de la plaine du Rhin est un immense remblai dont on connaît les sources et qui n'existe pas
Bàle à Neur-Brutch.
exclusivement au-dessous du point à partir duquel le Rhio Irouvani une large issue, un bassin, aurait pu répandre ses eaux chaiigée^ de matériaux, mais qu'on retrouve sans interruption, dans tous les passages resserrés, où la vitesse des courants devait singulièrement s'accroître^ et jusque dans le fond des bassins de réception euxmêmes, c'est-à-dire à la source des cours d'eau, dans les gouloU d'écoulement aussi bien qu'à de grandes distances. TerraMe* «ucceuife*. H. 10. Si l'ou jcttc Ics ycux sur uuc coupc transversale du Rhin
prise dans une partie de la vallée enti^e Bâle et Neuf-Brisach , et ue comprenant qu'une très-faible étendue de terrain sur chacune d^^ rives , on remarque en dehors du lit actuel une coupure plus élev^^, dans laquelle les eaux , à une époque reculée , ont dû exercer leur action ; et cette disposition en terrasses successives indique les réductions successives du fleuve (pi. 2, fig. 3).
Les terrasses les plus élevées a 6 se rattachent aux plans inclinés de la nappe de comblement , les talus c c sont les premières coupures que les eaux ont dû y creuser, et au delà desquelles on ne remarque aucune trace d'érosion du courant principal. Enfin les points d d forment les limites du lit actuel, dans lequel s'exécut^'ut les déplacements, les transports de matériaux proven.inl de la masse générale de comblement et constituant les bancs ou iles dont le nombre est si considérable dans le lit même du Rhin.
On comprend qu'à l'époque pendant laquelle les eaux s'élevaieni vers les talus c c, elles exécutaient des travaux analogues à ceux qu'elles continuent aujourd'hui sur une plus petite échelle, et que les bancs plus considérables x Xy dont les swiaces se raccordaient à la ligne du niveau d d, ont été minés par leur base et se sont abaissés graduellement à mesure que le volume des eaux diminuait Mais ce que rien n'explique dans les observations relatives au régime du fleuve , c'est ce nivellement régulier des terrasses suih'rieures a 6, sur chacune de ses rives, à moins qu'on ne démontn qu'elles font parlie d'un lit plus élevé encore et dont il serait aloi^ nécessaire de déterminer les limites que l'on n'aperçoit nulle pari.
En supposant que la coupe n^ 3 (pi. 2) représente la totalité d. la nappe , on ne parviendrait pas encore à lever tous les doutes et à détruire toutes les objections concernant le mode de comblemeni. En efi*et , comment concilier les idées admises et les faits obsené^
On nous apprend que le Rhin a d'abord comblé le fond de la vallée el qu'il a ensuite commencé à creuser son lit/ c'est-à-dire à détruire la régularité de la nappe sur les points où il coule, et qu'il Tattaque précisément au moment où sa force d'action diminue en raison de la réduction qu'il subit dans son volume, et par conséquent dans sa vitesse.
Avec une vitesse plus considérable^ s'il s'était répandu sur la nappe , il y aurait creusé des cavités plus ou moins profondes , et en un mot il aurait converti toute la plaine en un terrain hérissé de mamelons et sillonné par un grand nombre de canaux irréguliers. Que les bancs ou iles se soient abaissés , comme on doit admettre que se sont afiTaissés ceux qui sont ponctués sur la coupe, et qui hors de la veine fluide, des dépôts de détritus et de sables, aient été rejetés sur cette surface irrégulière , pour faire disparaître les inégalités , les cavités les plus prononcées , il resterait encore des signes certains de l'action des eaux et révélant leur passage sur les terrains qu'elles ne peuvent plus envahir aujourd'hui ; ainsi l'on aurait les dispositions indiquées dans la iig. 1, pi. 2, représentant les terrasses et les iles à la hauteur de Bellingm (ou la fig. 2) , telles que les laisserait le Rhin s'il venait à subir la réduction supposée dans cette coupe.
Mais , dans les fouilles pratiquées sur tant de points de la vallée , on ne voit nulle part les ondulations de la surface, et l'on reconnaît au contraire des couches parfaitement dressées , et un arrangement qu'un agent moins inconstant qu'un fleuve rapide a seul pu produire. Et je ne dois pas omettre de noter en passant un fait bien connu de tous ceux qui ont étudié le régime des cours d'eau, c'est que les détritus^ les sables ou menus matériaux rejetés ou abandonnés sur les rives et sur tous les points où l'influence des courants cesse de se faire sentir , forment des accumulations à surfaces courbes et irrégulières , et que nulle part ils ne constituent des remblais coordonnés soit à un plan réguUer longitudinalement, soit transversalement à des plans uniformément dressés et placés latéralement à des hauteurs correspondantes.
H. il. Le Rhin n'exécute pas de nouveaux remblais dans son Ut y ^ ^^^ qu'il tend au contraire à approfondir et à dégager des obstacles qui " \et« ^biIiT" entravent sa marche ; les remaniements qu'il opère sous nos yeux
en sont une preuve formelle : aussi est-il probable que les partisans de la théorie diluvienne ne considèrent pas le comblement de la plaine du Rhin comme un remblai exécuté dans un immense lit d'un fleuve d'une puissance extraordinaire , mais comme une accumulation dans un vaste bassin de tous les matériaux que les eaui diluviennes auraient enlevés aux hautes régions et dont elles oDt ensuite opéré le triage et l'arrangement au moyen d'oscillations particulières.
sehiieriMeh j^ simplc cxamcu des profils n° 4 (pi. 2) et no i (pi. i) , repré-
heim etsniti. scutant la nappe entre ScfUierbach et le Petit-Kembs ^ entre Grieshdm et SuUi^ les terrasses élevées au-dessus du Rhin et les limiter de son lit actuel , suffira pour démontrer combien il faudrait dt bonne volonté et de dévouement à la cause diluvienne pour admettre cette explication purement hypothétique. En efiet, de SchUerbach au Grand-KembSy rive droite, la largeur de la nappe est de 6 kilomètres et sa pente transversale est de 0>°,0015; entre les deux Kembs, c'est-à-dire de l'une à l'autre des arêtes des terrasse^ supérieures 9 la distance est de 1500 mètres, et le lit du Rhin n*a pas plus de 600 mètres de largeur.
A la hauteur de SultZy on a les distances
suivantes , ci 24,000 mètres.
De Blodélsheim à Griesheim , terrasses supérieures 4000 >
Au delà de Griesheim 2000 >
La largeur du Ut du Rhin 1500 »
La nappe entre ces derniers points a donc 30 kilomètres , soit vingt fois la largeur du lit actuel du fleuve , qui ne parviendrait à la rive gauche du comblement , près de Sultz , qu'en s'élevant de 55 mètres au-dessus de son niveau actuel, hauteur qu'il aurait nécessairement dû dépasser de beaucoup pour opérer des transports au point où 55 mètres de plus lui permettraient seulement de venir afileurer la surface du comblement dont la puissance est inconnue.
Les profils de quelques parties habilement choisies de la plaine et du lit du Rhin peuvent, il faut l'avouer, détourner l'attention du lecteur et, au moyen de quelques faits isolés, sinon lui donner la