‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 4)Chapitre 21 sur 156 · III. CREVASSEE · texte numérisé non relu

III. CREVASSEE

Crevasses. C. 28. €reT«Me«.

Nous avons fait voir (C. 7) qiio la congélation do Teau inégalement absorbée par un glacier y produit une expansion pareillement inégale. Cette expansion donne lieu à la formation de fêlures ou fissures cajnllaires, courtes, irrégulières et se croisant en tous sens et en si grand nombre qu'elles deviennent la cause de la stnicture grenue de la glace. Mais cette dilatation ne se borne pas unicpiement à produire de ces petites fêlures; elle occasionne aussi des fentes plus grandes, plus régulières et peut-être quelquefois assez profondes pour atteindre à la face inférieure du glacier. >

On commettrait cependant une grave erreur si Ton attribuait n Teffet de l'expansion seule toutes les crevasses qui cmipent les glaciers et qui les rendent souvent si difficiles et si dangereux h parcourir. BeauC/Oup d'entre elles, peut-être la plupart, sont ducs au concoui's de diverses circonstances (pii tendent toutes h provoquer la rupture de la glace et à favoriser la formation dos crevasses. Le degré de penle du lit des glaciers, les inégalités que ce même lit peut présenter, les excavations que les eaux qui coulent sous les glaciei's peuvent y faire, le tassement de la glace, sa fragilité: voilà avec la dilatation et le mouvement les causes principales du phénomène qui nous occupe.

Le degré de pente du lit d'un glacier exerce la plus grande influence sur le nombre et l'étendue des crevasses. Plus cette pente sera rapide 2 (abnipte), plus le glacier sera crevassé. La raison en est facile à comprendre. Supposons qu'il se forme au pied de la pente une ou plusieurs crevasses transvei^sales : la glace qui borde la crevasse du côté d'amont n'étant pas suffisamment appuyée, doit peu à peu céder à son propre poids et provoquer au-dessus d'elle une nouvelle fonte . qui à son tour en occasionnera une troisième, et ainsi do suite, toujours en remontant jusqu'à ce que la pente devienne assez douce pour que la glac^î puisse se soutenir sur elle-même par son aplomb.

DA. «De 1844 a 1862 nous avons cht'ichô ni vain dos crevasses qui travorsonl U* glacier de la surface au sol inf^^riour du jîlacicr. — A i\v faibles distances des roches ([ui les encaissent ce fait se voit assez souvent, ainsi (|u*à la pente terminale.

DA. » Fortes pentes a surfaces accidentées.

Pour bien comprcuilre ce mode de foimation des crevasses il faut se rappeler que la glace des glaciers n'est point compacte comme celle •J«?s iacs et des rivières, mais qu'elle est grenue et que ces grains sont (ous séparés les uns des autres par des fissiu*es capillaires qui nuisent i la solidité de la masse.

L*instant où des fentes se forment est très-souvent accompagné d'un craquement qu'on peut quelquefois comparer h un coup de canon. La largeur des fentes naissantes atteint rarement 10 millimètres et ne dépasse jamais ^ cette mesure. — Mais si les fentes communiquent avec la face inférieure du glacier, soit directement, soit par Tinteraiédiairc d'auti*es crevasses, elles ne tarderont pas <à s'élargir, parce <|ue l'air et souvent les rayons solaires directs ne tarderont pas à l'élargir. Les eaux qui coulent le long des surfaces produiront le môme effet.

La largeur des crevasses est très-variable. Il y en a où elle n'est <pic de quelques millimètres , tandis qu'il y en a d'autres où elle atteint 3 mètres et même au-delà. Mais toutes les crevasses* se rétrécissent aussi bien vers leurs deux extrémités que dans la profondeur.

il parait que la plupart communiquent d'une manière quelconque avec la face inférieure du glacier; car, lorsque cette communication n'a pas lieu , les crevasses se remplissent d'eau pondant l'été , et cependant il n'est pas très-commun d'en rencontrer qui présentent crt accident.

LeuT direction ordinaire est à peu près dans le sons de la largeur crms^os trjnsver- «lu glacier, mais on remarque que colles qui partent des bords laté- «•»«**•

raux s mclinent presque toujours du côté d'amont, c'est-à-dire vers lextiémité supérieure. Nous attribuons ce biais à l'expansion inégale 'lu glacier qui duit se dilater moins dans le milieu que le long de ses bords où la f'jDte est plus considérable à cause de la réverlxîration , ou si l'on vt-ut à cause du calorique rayonnant des flancs des montagnes, des rr/hers et des moraines qui le bordent. Par conséquent, le glacier y rece- Vdfti phis d^eau doit se dilater davantage » et son mouvement y doit dtrc nécessairement m» rito^f-rahle qu*au milieu où ces agents agissent plus Taiblement. *

D\ ■ Eiceptionnellement cette largeur est dépassée.

bK. « On trouve des crevasses qui se rétrécissent dans le haut et dans le bas, mais ->> Hiot g^Dèmlement jihis ouvertes dans le haut.

I>\ ' «. 4r CluinpeBtIer dit que le glacier doit se dilater moins dans le milieu •n^ W- lirfig de >es bords, et il conclut que son mouvement de dilatation doit «Mre bien pri> r..iikidrTaMe au bord qu*au milieu. — Nos observations nous disent depuis tnV

vvmjr* qyVn h^gle générale la marchi: au bord «'sl infiniment plus lento qu'au mi-

-^ 1-* MCf-rfUce eî-t rnorme.

Je dois encore ajouter que je ne connais aucun exemple de glacier traversé dans toute sa largeur et dans toute son épaisseur par une seule et môme crevasse. Si cet accident arrivait, l'expansion de la glace le ferait bientôt disparaître.

t>e\asses longiiudi- Les crevasses longitudinales ou parallèles <\ la longueur du glacier n>ï««- sont plus rares et la plupart paraissent avoir été originairement dos

crevasses transversales qui, sous Tinfluence du mouvement inégal, ont peu c\ peu fléchi et pris une direction à peu près parallèle à celle du glacier 1. Lorsqu'elles présentent cette direction déjà en naissant, cela pro^dent toujours des arêtes de rochers que la glace recouvre et qui se dirigent dans ce sens 2. On rencontre sur le bord des glaciers, principalement vers le pied , de profonds sillons parfaitement semblables à des crevasses , mais qui ne sont que des ravins creusés par les eaux phiviales. On les reconnaît par leur fond qui est creusé en rigole et par leur direction qui est toujours dans le sens de la plus forte pent^. Le glacier du Rhône présente ce fait d'ime manière très-remarquable.

On observe fréquemment que la glace n'est pas en contact immédiat avec les rochers qui la boixlent , mais qu'elle en est séparée par un vide, par une soile de crevasse qui à son embouchm^e présente une largeur très-variable , mais qui dans la profondeur va promptemcnt en diminuant. Ces vides n'atteignent le fond du gkcier que dans les localités où des eaux plus ou moins abondantes suivent la pente du rocher et fondent la glace à mesure que l'expansion tend à l'en approcher.

Le renvoi ou la répercussion des vents chauds et la réverbération du soleil sont la principale cause de cet accident, qu'on rencontre dans toutes les localités où les glaciers sont bordés par des rochers taillés ii pic et exposés au Midi.

Enfin , lorsqu'un glacier ou un nevé qui le couvre aboutit par son extrémité supérieure à ime paroi de i-ocher, le tassement empêche le contact immédiat et produit une large séparation entrc le rocher et la glace 3. C'est un accident extrêmement commun , mais je ne connais aucun glacier où il se présente d'une manière plus frappante qu'à celui du Breithom , au fond de la vallée de Lauterbruimen, et à celui de la Rémouentza , près du glacier de Trient.

DA. ' Li's (Tcvasses transversales peuvent prendre une direction moins transversale.

C. • Le glacier de Corbassière, dans la vallée de Bajînes, d^Argenlibre, de la Mer-do- Glace (Ghamounix), présentent des crevasses longitudinales occasionnées par des arèlcs de rochers, car elles s^ouvrent toujours U la même place.

DA. » Crevasses primordiales, 9ergf<l&ninb (rimayes).

Page 1