‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 4)Chapitre 38 sur 156 · BANDES BLEUES · texte numérisé non relu

BANDES BLEUES

retnplit tous ses joints le temps de s'écouler en totalité. A mesure que cet écoulement a lieu, les teintes bleues ou azurées de la glace s'affaiblissent graduellement , et elles disparaissent entièi-ement aussitôt que la totalité de Peau d'infiltration s'est échappée. Jusqu'à ce que la surface des grains se soit couverte de fissures superficielles et ait perdu sa transparence, le bloc paraît entièi'ement diaphane, mais on y chercherait en vain les limites de bandes diversement colorées ; toutes leurs traces ont disparu , et cependant on peut les conserver à la portion inférieure du bloc si, pendant la durée de l'expérience, on a soin de la maintenir plongée dans l'eau. Dans ce cas, on a supérieurement de la glace diaphane et non colorée , et inférieurement dans la même masse de la glace rubanée comme elle se trouvait au moment ou on i*a détachée du glacier.

Mais si la glace des bandes, ainsi que je viens de le dire, ne diffère du surplus de la masse qu'elles pénètrent que pai* sa teinte plus infuse , sa structure grenue prouve en outre qu'elle ne remplit pas des <^a.iiaux accidentellement creusés par les eaux et dans lesquels elles unissent par se congeler. Les eaux d'ailleurs, en supposant qu'elles ï^viissent, en s'insinuant plus abondamment sur certains points, cor- *Xider profondément la glace, n'y produiraient que des érosions irré- SXilières , ramifiées , et des sillons semJjlables à ceux que les ruisseaux * ^aœnt à la surface des glaciers, et même en coulant sur des plans *ï>clinés ou verticaux; mais, dans aucun cas, des coupures larges ou ^tiToites à fac^s planes, équidistantes , tracées circulairement ou en -lignes droites suivant des séries de parallèles.

D faut donc admettre que l'eau répartie à la surface de la glace s'y ix^troduit irrégulièrement et qu'elle pénètre plus facilement et avec l>lii8 d'abondance dans les fentes ou fissures qui divisent sa masse par t Tranches ou bandes parallèles.

Un glacier n'étant pas une masse douée d'une plasticité siiifisante I>our s'allonger ou se dilater sans se fendiller, se divise, comme on l'a vu et comme le prouvent les crevasses, par tranches parallèles ou transversales à son axe ; et les crevasses , s'ouvrant et se fermant inr^essament , ces tranches se subdivisent à l'infini et offrent d'innombrables joints de séparations que font apercevoir les bandes bleues , lorsque, par suite de pressions considérables, ils sont tellement rapprochés qu'on cesserait de les apercevoir s'ils n'avaient favorisé l'intro- '^liction de l'eau et la coloration de la glace. t»es bandes bleues sont évidemment les joints des (Tevasses ouvertes V. 12

(Silnntlben , CH9feI-

autrefois et fermées aiijoui-d'hui ; elles se conservent parallèleinent sur les rives loi'sqif elles sont longitudinales, parce que. tout en subissant le mouvement général de progression, elles s'avancent cependant avec ime vitesse décroissante du milieu vers ses rives et glissent en quelque sorte suivant leurs plans de juxtaposition ; tandis qu'elles s'infléchissent et se contournent en raison de cette inégalité de mouvements lorsqu'elles sont établies transversalement.

Il y a lieu de supposer que la fonnation et la conservation des bandes bleues se rattachent à un phénomène superficiel, et qu'à une certaine profondeur, lorsque la pression devient trop considérable, les joints des tranches sont tellement serrés que l'infiltration ne peut plus se faire aussi également que vers la surface dilatée et fissurée de la glace. Mais, dans aucun cas, ces bandes n'indiquent des séparations de couches successives, de grandes écailles ajoutées à la surface des glaciers sous les nevés, couches ou écailles qu'on ne voit se former que dans les petits glaciers temporaires , mais dont on rechercherait inutilement des traces dans les glaciers persistants.

H. 23. On rencontre souvent dans les Alpes et dans les pays de bcr oa tïufci«. montagues des accunuilations temix)raires de glace d'eau formées accidentellement, mais dans les mêmes conditions que les vallées de glace de la Sibérie, où l'on trouve des amas de glace d'une nature différente de celle des glaciers proprement dits , et auxquels les Allemands ont donné les noms d'Eismulden , d'Eisfelder ou iïAufeis (jattes de glace, champs de glace, glaces superposées ou amas de glace).

D'après les observations de H. de Ditmar i ^ , les Eismulden sont produites généralement par la congélation d'eau de sources qui, apn»s être sorties de terre à ime température quelquefois supérieure de plusieurs degrés à celle de zéro , venant à couler sur un sol dont la surface est constamment gelée , passent à l'état de glace dont les couches

H. ' Journal de l'Institut, 15 mars 1854; Analyse des travaux de V Académie des sciences de Saint -P et ersbourg,

DA. * Voyez dans nos Matériaux : Vallées de glaces de la Sibérie, Mémoire de M. de Ditmar, pages 475 k 485. — Des couches A'Aufeis partielles se produisent dans certaines saisons et dans certaines circonstances atmosphériques à toutes les altitudes dans les Alpes , sur la roche ou sur les glaciers. — Dans les plaines de la civilisation , en hiver, cet Aufeis se produit fort souvent sur le sol. — Il me souvient ( il y a cinquante ans et plus depuis cette époque) , qu*à Aarau (Suisse) , où j'étais au collège , j'avais imaginé de faire une coupure dans les talus d'un ruisseau et ilMnonder des surfaces de prés en pentes dans des moments de grands froids : une surface d* Aufeis se formait et nous permettait de nous livrer ii l'exercice des patins.

tnSMl IJIKN . KfSFKLllLri lU Al FEÏS. (71)

ti*nt par 1p fait fie la ron^^élalion successive, en se superposMiii unes sur les antn^s pi^mlaiï! Hiiver, et prennent Ja foroie de la rallée doiH plies tinisseiit par ocnip^r qutOqtiefois toule la partie infê^ tienre. Pendant Tête, la partie siiperieiu'e de res anias de giaœ lV)od , celle inférieure fond rarement à cause de son contact avec m\ «à perpétueUement glacé, de scorie qu'il y a de cesjalles gigantesques qtii sont à rétat de glace depuis lui temps inq>nssihle h déterniiner et ipii n'ont %nt se i-enou vêler qu'une purtiun plus ou moins consirlérafile A^ieiir partie supérieure, suivant le degré de chaleur de Tèté.

Généralement cpHp txhvp est ])iué cl îinipido, mais parfois aussi HIe est remplie ou recon verte de d^^bris et de blues dit^ peines à la tjurhm, ou i^unis sous forme de congloniéraLs dont elle forme le ciment, on «mOEicelés en barrages qui rappellent les moraines: ainsi, dans In Tallé^du Tnrachtaeh, on voit une Ehmulfic bordée [inr une jnuraillf* eoQsidérable de roches ro idées . qm doit s'opposer à l'écoulement des «ameloonhiJ>uer à rangmenlatiou rapide de la jatte entière.

Dans «l'autres localilès, la glace recouverte de grosses pierres ou ^Telnppant «les arbres dont les troncs desséchés s'élèvent au-dessus 4e sa sorfar-e , fornu'* un vaste cîiamp désolé au milieu des vallées bobées; le^ massifs rtjulées qu'on y observe ont été arrachées méramqnement par les eaux dans les parties supérieures de <'es vallées et «Iles gisent sans aucun oixli-e sur la glace. Ces masses restent le jouet ée§ eaux jusqu'à ce que, fortement échauffées par le soleil, elles t'enfoncent dans la glaee ou sont entraînées par Feau siu' sa surface nnie jusqu'à Textrénuté de VEisinufdr, on, s airétant snr le lerraiiï, fU» forment des murailles rlifîérant essentiellement des moraines termiBales. En effet, res dernières lésnltent d'un transport opéré par leiglader^^ animés d'mi mouvement de progression, et elles ne sautaient dans aucun cas contrilaier à Taccroissement de ces masses de {:lari»s, tandis tpie les murailles terminant les Bmniûden soiU le résultat ik* i'jictioii de^ eaux, ^t non de la marche en avant de ces glaces sfationimires, dont eHes favorisenl 1 accroissemeid en l'ètenanl les eaux «jtilfil! congèlent et s^élévent graduellement par raddition de couches «ttOOesftiTement su|ker[Mjsées.

Leigiacefi des vallées du Nord soîït habituellement dans les régions ifldferfeor^^ couvertes en grande partie de végétation , et elles appartisonent a des monlagncs f!ont les sommets n 'atteignent jamais la (tmifte des neige§ dit4?s perpétuelles. Les matériaux dissènunés a h*m*s #arface«: ou amoncelés à leurs extréuutés sont eorrorJés , arrondis par

180 fiLACIEHS EN ACTIVITÉ.

les eaux, mais ils ne pn^soiiteiit jamais les tracîes du poli et des stries que les glaciei^s seuls ont la propriétô d'imprimer aux matériaux soumis à leur action.

Ces amas de glace d'eau ne s'observent pas exclusivement dans les cavités , dans le fond des vallées ; mais ils se produisent aussi sur les flancs inclinés des montagnes , sous forme de nappes plus ou moins étendues, dont l'existence est toujours due à des eaux supérieures ayant assez de pente et coulant dans des circx^nslances qui leur permettent de se répandre sur le terrain en couches mincx?s qui se congèlent et se superposent. L'expression d'Eisrnuldeji n'embrassant qu'un** portion de ces fonnations glaciales, H. Hiddcndorf a pmposé do comprendre l'ensemble des diverses accumulations de glace d'eau sous une même dénomination, celle dWufeh (amas de glace), comprenant tous les phénomènes du même genre.

L'épaisseur de VAicfeis croît dans les plaines de glace des montagnes de la Sibérie, principalement par la chute abondante des neiges. La neige tombe dans les eaux, se congèle sur des épaisseurs plus ou moins considérables , séparées les unes des autres par des couches de glace pure. En général, sa fonnation par couches superposées est tellement prononcée dans les Aufeis, que la séparation des parties a toujours heu x)ar fissures horizontales.

Les amas de glace produits par la congélation des eaux de sources dans le fond des vallées ou sur les flancs des montagnes ne sauraient donc se confondre avec les glaciers i)ersistanls ou temporaires. Dans les uns, la glace est compacte, immobile et fixée sur le sol gelé ' ; dans les autres elle est crenue et animée d'un mouvement constant de progi-ession , et les moraines terminales et les barrages des Aufeis no différant pas moins essentiellement les uns des autres , il serait œrtainement facile, dans l'étude des formations erratiques, d'éviter toute confusion, si l'on venait à rencx)nti*er dans les Alpes ou dans les régions voisines des murailles ou des enceintes élevées par les eaux , au ix)urtour d'Eismuhlen ou (T Aufeis anciens ou actuels. Cours d'Mu aiimcn- H. 24. Lcs eaux répauducs à la surface des glaciers pénètrent dans i^parii^sKiaciers. leurs masses par les crevasses, les fissures, les trous et les joints des grains qui retiennent tout ce qu'ils peuvent contenir ; mais la portion (jui n'est pas absorbée donne naissance à des ruisseaux super»

I)A. * Aux altitmlos au-ilossiis do HHX) mètres, dans les Alpes, la glace est de même lixée, j?elé4' au s*»l.

TOKWENT DE LAAH A LA SOJtTIt: Ut (ÎLACIEIL 181

ldel&, OU pèllèLni jiistjivau snl iiilèrieur sur letiuel elle s'écoulo nu StthrauEi ses sinuosités et sa pente; puis, arrivées aux extrémités infé* rieQjBs d€^ glaeiers? et réunies aux sources du bassin recouvert , elles s'éfixa|*ïjenl el alijiienLèïit les torrents glaciaires.

La |»uissaDce de ces torrents varie à clmqiie instant en raison de la TorR-mdurAui ku marche de l'ablation, des conditions météorologiques, de l'abondance *«rtic tiu puris-r. des pluies et de l'étendue des placiers; ces variatiojis ont fait pendant filtisieurs campagnes l'objet d'expériences et de recherches suivies de b part de M* Doiirna^ qui aura biiintôt occasion d'en faire connaître les résultats avec des détails qu'il serait snpcrilu de rapporter ici *. Il ne suffira, pour faire coinpivndi^ les rapports des fluctuations de Fcau avec Tablation , la température et Finconstance du débit des Uirrents glaciaii'es, de noter en passant quelques-uns des chitîres consîgtiés dans les tableaux d'observations i-elatives au torrent de TAar (Utiler-Aai-), pendant le mois d'août 1844. Ge torrent, observé pendant seize joui*s. a débile, savoir: du 9 au I:? auùt, 3,000,000 mètres cubes par 24 heums; 1,600^000 dans le même temps; 1 .500,000 idem

080,000 idem

400,000 idem

380,000 idem

328,000 mètres seulement.

iie débit a atteint pendant les quatre premiers jours un maximum is duquel il est considérablement descendu plus tard; letat ;u cid était favorable, la tenqtèratnre s'est élevée de 12** à 15"; et rablaUon à un maxmunn de soixante et soixante-cinq niilîimèlres.

\ partir du 12 2, le temps se détériore , la tempéraUn-e baisse et

mmwec elle ^ablation qui de 0^,085 tombe à 0*^,030 ; mais le débit de TAar

le même. Le 13 commence le mauvais temps; c'est d'abonl

la pluie, puis la neit;e qm dure jusqu'au 10 au soir j la tempéra-

• Ixttv fic ix?fit)idit ; Tablation diminue en proportion , elle n'est plus •^iiadB 0*,ÛIO le 13 . de 0*^,005 le 14 ; enlin le 15 elle cesse conjpléte- «meni^ à mesure que la neige prend pied sur le glacier. De son côté, •te volume des eaux a diminué, mais dans une proportion bien plus

• latUr qu'on auniif du lattendre, imisqu'il est t^inm* Ir \\ nonl dt»

Ébla

« 150,000 mètres cubes. Ce n'est que le 16, c'est-à-dii'e après qu'il a «neigé pendant trois joui's, par une température moyenne de + 2* « et + 3°, que la rivière subit tout-à-coup une baisse considérable : « elle n'écoule plus que 680,000 mètres d'eau; le 17 le temps se remet, «mais l'ablation est toujours nulle, parce que le glacier est couvert «aie neige. Cette neige, qui est d'abord de 0'",60 , se tasse et disparait «peu à peu sous l'influence de la température qui s'est insensiblement «réchaulfée diu*ant rinter\'alle. Malgré cela, la rivière ne hausse pas; « loin de là , elle continue à baisser , si bien quo , pendant les joiunées «du 24 au 27, elle se trouve réduite à un volume de 328,000 mètres, « c'est-à-dire à moins du sixième de son volume au commencement des «opérations. D'après les renseignements de H. Dmer, elle n'a i*e- « haussé que plus tard, à la suite d'une série de beaux jours du corn- «mencementde septembre, mais sans atteindre le niveau qu'elle avait «au conmiencement d'août.»

D'après ces observations, et en voyant tout d'abord un contraste entre l'écoulement et les conditions de température, le débit des eaux se maintenir à un volume élevé lorsque l'ablation diminue et que la température baisse , puis ensuite les eaux diminuant graduellement, loi*s même que la température se relève, on pourrait croire qu'il n'y a aucune relation entre ces deux ordres de faits , qui cependant se lient é\âdenmient entre eux. Mais on doit y voir une preuve du rôle que jouent les joints des grains de glace et de la circulation de l'eau dans la masse entière des glaciei's. En elfet , ainsi que le fait remarquer H. Agummiw, t a Si pendant les journées du 13 au 16 août, qui «furent très-froides et pendant lesquelles l'ablatiou a été à peu près «nulle, l'Aar n'a pas moins donné une masse d'eau considérable (plus «de 4 millions de mèti-es cubes), c'est ime preuve que l'eau était en « réserve dans l'intérieur du glacier.

«D'après l'évaluation qui a été faite de la fonto dans une journée «d'été, ce serait le produit de quatre journées d'ablation qui aiurait «été débité dans c«s quatre jours, et l'on conçoit qu'à la suite d'un «écoulement pareil, la rivière a dû diminuer considérablement: avant «qu'elle regagnât son maximum, il fallait que le déficit causé par les «journées froides fût comblé; la hausse n'a, par conséquent, pu se « faii-e que très-lentement. Des fluctuations semblables ne pourraient «certainement avoir lieu si, au lieu de se répandre dans toute la masse «du glacier, l'eau de fonte ne faisait que cii'culei" dans les grandes «crevasses et pnssev outre.w

Page 1