‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 4)Chapitre 39 sur 156 · TORRENT DE L AAR A LA SORTIE DU GLACIER · texte numérisé non relu

TORRENT DE L AAR A LA SORTIE DU GLACIER

A rapproche de l'hiver, les torrents alimentés par rexcédanl des

faui de fonte diminuent graduellement, et ils unissent môme par s(^

tarir entièremeut lorsque Tablation a cessé ; aussitôt que la surfac^i

des glaciers , et jusqu'à une certaine profondem*, est entièrement gelée,

toutes les ouvertures des fissures et des joints sont fermées et cette

^uiùtce forme une croûte compacte au travers de laquelle Tair ne

saurait plus pénétrer; Peau qui circule dans ces fissures et dans tous

t:es joints cesse de s'égoutter, elle y est retenue comme elle le serait

dans des txibes verticaux ou sinueux ouverts inférieurement et fermés

supérieurement; et jusqu'au moment où Tablation se manifeste de

nouveau , elle suffît pour assurer ralimentation et les mouvements de

progressioto qui cesseraient de se produire si, à une époque quelconque

lie l'année , les glaciers se trouvaient entièrement à sec.

Cependant, môme lorsque les torrents sont à sec pendant Tliiver, on voit s'échapper de dessous de certains glaciers quelques filets d'eau que plusieurs ol)6ervateurs considèrent connue des preuves de l'action de la chaleur centrale, dont les effets se font sentir sous ces masses glacées. Si l'influence de cette chaleur déterminait, suivant les évaluations de M. Blie de Semwnont» la fonte d'mie couche d'un demimillimètre i)ar mois à la face inférieure des glaciers, elle serait assurément insuffisante pour l'alimentation des filets d'eau et à plus forte raison des torrents.

Aussi faut-il admettre que des sources fournissent pendant l'hiver la totalité ou au moins la plus grande partie des eaux liivemalcs , surtout, s'il est vrai , comme les diverses observations faites jusf|u'ici semblent le démontrer, que la température sous les glaciers diffère ire»-peu pendant l'été de celle qui y règne i)endant l'hivei', et qui se maintient habituellement à un point voisin de la congélation , leur tond n'étant adhérent qu'accidentellement sur quelques jHiints isolf^s H restant pendant toute l'année détaché du ml sur lecpiel ils s'avancent »ans interruption. '

Les eaux en hiver sont limpides, tandis que jmuisiui l'éU'; elles sont 'hargées de détritus des matières minérak^s soumis^;s à l'action des daders; ces détritus réduits en une fjoussierr* extmnenient tenue.

bA. ' Jusqu'à raltitude des polis, appniiinutîvcm^t mWf mrtrt^ Aatns le» M^t%, 1rs ^ixiers ne S4int pas adbéreols au tuA, Muif qudqivïi^ rv^pti^Hi*» tU: parties parlirS^. «'ii^aDt Ift >aisoos; mais au-desMi<» de eette attitude, dan^ Uicjf^s l#s ^al>''m, P^ ifUh '.'•r* Mini adhérents, gelés au Mil, el P^rj qm ♦•ft w»rt *^f lim(>fd^. tr^^tUir*- ^i r^ "h^rryt pa> la BHiiiidrf parrrlW- d«* waîtruar

fiers.

I8i «ILAOIEHS EN ACTIVITÉ.

entraînés jusque dmis les basses vallées, dans les lacs où ils se déposent en totidité ou en partie , sont les éléments de la boue glaciaire et de couches superficielles dont nous aurons bientôt occasion de parler.

Moiiveiueiit des gia- H. 25. On sait que les glaciei's sont animés d'un mouvement de progression qui les entraîne incessamment vers le fond des vallées, et j'ai dit que ce mouvement se pi-oduisait en raison de lem* masse et de leur alimentation ; enfin que, si l'alimentation cessait pendant un temps siillisamment long pour que toute Teau retenue dans les joints et les fissuixîs de la glace fût absorbée ou parvînt à s'écouler , leur marche se ralentirait graduellement et finirait par cesser complètement.

Aussi les mouvements ne sont -ils pas égaux et uniformes dans toutes les parties d'un glacier et sur des masses inégalement étendues et puissantes , placées dans des conditions topographiques différentes , et recouvrant des terrains à reUef et pentes réguUères dégagés d'obstacles, ou otfrant des accidents et des aspérités plus ou moins multipliés. Les observations de HH. A^aMiz, Dmer, €Mz et Ooiifus ne laissent aucun doute à cet égard et ont complètement confirmé ce que, à priori, mie étude superficielle du régime des glaciers avait en ([uelque sorte révélé; et, grâce à leurs travaux, les déplacements des différents points de divers glaciers ont été rigoureusement déterminés au moyen de mesures trigonométriques relevées pendant une période de plus de dix années. i

Les tableaux des relevés continués jusqu'ici par notre œufrère Ote feront connaître tous les détails de la marche du glacier de l'Aar que nous avons choisi pour le champ principal de nos observations ; mais comme je ne crois pas devoir anticiper sur la publication que fera prochainement H. Ooilfns» en donnant des détails dont la reproduction m'entraînerait d'ailleure hors des limites d'mi résumé des prificipaux faits glaciaires, que j'aurais voulu pouvoir encore abréger davantage, je me contenterai de rapporter quelques annotations sommaires sui* les inégaUtés et les variations du mouvement.

Toutes les parties d'un glacier ne marchent pas avec une égale vitesse; et si l'on observe un point déterminé à sa surface, on s'aperçoit que la progression varie sur ce point suivant les époques de l'année. Ainsi, à la fin de 1846, et en prenant la moyenne de quatre années pour les stations marquées sur la moraine médiane du glacier de l'Aar,

l)A. ' M«'suiv Iriponomètiiquc relevée l<mtes les Jinnées depuis 1842 a I8(»2.

et dans sa région moyenne et inférieure, H. a^smIs a indiqué les grada^tions suivantes dans Tavanœment annuel. ^ Blocn» 1 38»,16

— n** 5 77",01 } région moyenne.

— nMO 70",69

— nMl 56^47 j

— nM5 38»,66 } région inférieure.

D'après ce tableau, et pour des points situés dans des conditions semblables, on voit que l'avancement s'est accéléré du n** 1 au n" 5; qu'il s'est ralenti au n** 8, ])om' se j^elever du n** 8 au n** 10, et enfin que, du n* 10, il est graduellement descendu jusqu'à l'extrémité du glacier, dont la puissance diminue graduellement aussi entre le n*^ 10 et sâ tranche terminale ; ces blocs ne marchent pas suivant des alignements invariablement déterminés, ou Vaxe préswnié du glacier, mais plutôt suivant les courbes qu'affectent les flancs de la vallée. Les uns tendent à se rapprocher de la rive droite, les autres de la rive gauche. Ces mouvements ou déviations latérales sont quelquefois considérables et de plus de 20 mètres par an; nous verrons plus tard, lorsqu'il sera question des tables des glaciers, qu'elles peuvent résulter de la combinaison de deux causes indépendantes, l'une imprimant le mouvement de translation longitudinal ou transversal, et l'autre occasionnant une série de déplacements ou de chutes successives.

Dans la région supérieure la progression décroît en sens inverse ; elle se ralentit graduellement vers le haut et d'une manière beaucoup plu» rapide vers l'amont que dans la région inférieure , et elle atteint précisément son maximum dans la région moyenne, où le glacier lui-même atteint son maximum de puissance. Ainsi, en supposant l'alimentation égale pour tontes ses parties , on aiu'ait encore ici une preuve évidente de la relation de l'influence de la masse swr la vitesse.

Ces différences de vitesse doivent avoir une influence marquée sur ter^lime des fissures et des ci-evasses, ordinairement plus nombreuses et plus larges vers les Hmites des régions supérieures et moyemies , et qui, dans les glaciers étalés sur un fond plat et réguUer, comme le 8'acier de TAar, diminuent, se ferment et finissent par di8paraîti*e

' ^mt^tHtîm. SouvfiUps études, p.

186 fiL.4CIEHS K.N ACTIVITÉ.

entièi-enieiit dans la légion inférieure, par suite du ralentissement et des pressions causées par les dilatations de la section moyenne.

D'un auti-e côté , si Ton tient compte des variations dans les progressions saisonnaires des divers points repérés , on voit que les mouvements subissent des oscillations l'égulières, qu'ils atteignent leur maximum au printemps et pondant Tété , et qu'ils se ralentissent sensiblement à rapproche de l'hiver pour se relever ensuite ; enfin que le maximum de vitesse de l'été , excédant de beaucoup la moyenne annttelle ^ les masses restant les mêmes et dans des relations constantes, ce maximiun est atteint au moment où l'ablation est plus active et où par conséquent l'alimentation est complète : observations (jm viennent corroborer ce que j'ai dit des causes des mouvements des glaciei-s , dont la marche s'accélère ou se ralentit en raison de l'alimentation abondante ou restreinte qu'ils reçoivent aux diverses époques de l'année , et propoitionnellement à leure masses.

Si l'on considère une bande transversale d'un glacier, on voit que toutes les parties de cette tranc^he ne sont pas animées d'un mouvement uniforme de progi'ession. La vitesse atteint son maximum au centre et elle décroît graduellement de l'axe du glacier vers ses rives 2 ; et si la tranche considérée est limitée par des crevasses récentes ouveiles <»n Ugne droite ou par des pieux alignés et profondément enfoncés dans la glace, on remarque (jue ces alignements s'altèrent graduellement et finissent au bout de quelque temps par former des courbes ayant leurs sommets dirigés vers l'aval et les extrémités des arcs appuyés sur les bords et tournés vers Tamont.

Ces inégalités dans la vitesse et ces progressions décroissantes transversalement expUquent les formes circulîiires des afflem^ments des assures et des crevasses transversales, et elles sont d'autant pliis sensibles et prononcées que l'épaisseur d'un glacier décroît plus rapidement vers ses rives à partir du centre ou de son axe , déterminé par les points où la vitesse atteint son msRimum et correpondant par conséquent au maximiun de puissance de la glace.

D\. ' Dans certains glaciers.

DA. ' Le roouvement est en raison de la' niasse de la section obsenée. Ordinairement la section au milieu du glacier est la .plus épaisse, et c'est là que le inotivenient de la ligne transversale est le plus accéléré. Dans de certaines parties des glaciers, on a ohsené le maximum de vitesse souvent assez rapproché des bords des roches qui les enc^ssenl, cl vérification faite, il a éti* conHnné qu'exceptionnellement sa masse était plus épaisse qu'au milieu.

MOLV£MENT D£S GLACIERS. 187

Cel axe ne suit pas des alignements droits , mais il se déplace

tauilôt à droite , tantôt à gauche de la direction apparente du milieu

de la vallée, en suivant inférieurement le véritable thalweg, ou la

li^e de plus grande ^te du bassin qu'il occupe et dont il ne nous

(«rmel pas d'apercevoir et de constater le véritable relief. Aussi les

tissures long^itudinales se maintiennent*elles parallèlement à la section

médiane dont elles suivent généralement les inflexions quand des

accidents ou des inégalités sur les rives du bassin ne permettent i>as

aux tranches longitudinales de déverser, de s'étaler et de se contoimier

Utéralement, en laissant entre elles des fentes d'écartement à peine

vifriLles vers le centre de la niasse et s'ouvrant de plus en plus vers

W$ rives; ot dans ces fissures longitudinales à aUgnements droits,

parallèles aux axes ou rayonnant latéralement, et ces fissures traus-

ver^ales décrivant des arcs plus ou moins prononcés ou courbes de

pre^sious , on doit évidemment voir la conséquence de la marche des

daciers , ces coupiu*es étant inévitables dans des masses qui ne peuvent

>ubir des mouvements d'expansion divei^s sans se rompre, sans se

diviser en tranches, poussées toutes d'amont en aval avec des \itesses

inégales. Et non-seulement elles sont entièrement indépendantes des

plans ou joints qu'on remarquerait en outre dans les glaciers s'ils

•étaient réellement des masses stratifiées , alimentées par des couches

>uccessivement ajoutées à leurs surfaces sous les nevôs , mais elles se

n^produiraieut dans le même ordre avec les mêmes allures, quand

Ueu même la transformation des nevés eu glace serait un phénomène

^?**iitiel , constant et non purement accessoire et accidentel , et elles

ilidiqueraient encore les joints de ghssenients et les coiu'bes des pres-

Leur mouvement varie d'une année à l'autre, et ils progressent ou ilHrruissent suivant la prédominance des influences de conservation •11 de destruction auxquelles ils sont naturellement soumis ; mais ces 'A-illations ne sauraient être fixes ou réguUères comme on le (broyait iUUvlois, puisqu'elles dépendent des conditions atmosphéri({uesqui ne ^ reproduisent pas uniformément et suivant un cours invariable, soit j*rnoilii|uement, soit d'année en année.

bjrs4|ue les influences d'ahmentation et de conservation > reniiK)rtent

bi * Ln ÎDfliu'ncc's (le consenation des glaciers sont : de forU^s chiites de neiges qui ^ ''««rvBt trmporaimnent pendant Tété, d dont l'eau de fusion alimente le glacier et ■ ^tf-nr va surface de toute ablation.

sur les influences destructives*, sur VMation, les glaciers gagnent du terrain, se relèvent ou s'étendent et empiètent sur leurs rives aussi bien que sur leurs fronts. Dans le cas contraire, c'est-à-dire lorsque les influences destructives prédominent, ils diminuent en abandonnant les terrains sur lesquels ils ont laissé des traces de leur passage , de leur séjour et de leur action.

Mais depuis bien des années les glaciers des Alpes sont en voie de progression, et leurs empiétements pendant les derniers siècles paraissent aussi incontestablement démontrés par les documents historiques que leurs envahissements récents et actuels sont prouvés par les traces irrécusables de leur inÔessante destruction ; de vastes pâturages sont recouverts ou fermés, des forêts d'arbres séculaii-es sont envahies et dévastées; enfin des chalets isolés ou des groupes d'habitations situées autrefois à d'assez grandes distances de ces masses de glace sont incessamment atteints, culbutés et détruits sous nos yeux.

Cette marche progressive se ralentira-t-elle \m jour ou dans un avenir prochain avant que de nouveaux désastres ne soient venus frapper des populations menacées ou déjà bien éprouvées? Nul ne saurait l'affirmer, puisque rien n'indique ou ne permet de présager le retour de conditions atmosphériques déterminant soit l'équilibre entre les causes de conservation ou de destruction , soit la prédominance de ces dernières pendant une assez longue suite d'années. A cet égard onne peut que se hvrer à des conjectures et â de vagues espérances.

u>s glaciers pn)- Les glaciers se dilatent non-seulement d'amont en aval ou latéragressem en longueur, igment de leurs Centres vers leurs rives, mais encore de bas en haut;

en largeur et en bau- , . , ^ » , ,. . .

et la progression tend en même temps a les développer en longueur, en largeur et en hauteur et à augmenter ainsi leur puissance et leurs masses.

Le relèvement de leurs surfaces ne peut être que la conséquence des mouvements de progression agissant simultanément dans ces trois directions , et il est facile de s'en convaincre soit au moyen de nivellements, soit en observant avec soin le régime des glaciers sur leurs rives.

Si l'on examine un point quelconque du glacier de l'Aar , par

DA. ' Les influences dcstruclives sont l'action des rayons solaires sur les surfaces du glacier découvert; suit une tri>s-fortc ablation.

leur.

FROGAESSION DES r.ULaEHS. t81)

cicmple , on s'aperçoit , tout d'abord que la peuie de sa surfaœ étant plus consid*'*rable que celle de la nappe sur laquelle il repose et t'avance, la puissance du glacier doit augmenter d'aval en amont froportionnellement à la différence de ces pentes; le mouvement de HmoslaSiûii ayant lieu en sens inverse, c'est-à-dire d'amont en aval, amener successivement sur le point considéré une tranche de plu^â épaisse t|ue celle qui vient d'être port*^ en avant et prodoire un exhaussement entièrement indépendant de TeiTet de la dilatatioii, du gonflement. En été cette surélévation peut même paraître Bon-f^tilenient inappréciable, mais encore négative, si Tahlation est CKKisidéral)le el enlève une tranche superticielle e^jmpensant on dépassait loéme l'augmentation d*épaisseur due à Tinclinaison de la surface du glacier.

Amsi, la pente du lit du glacier de TAar étant de 3 p. 100, et celle ée aa surface à la hauteur du Pavillon de 5 p, 100 moyennement, lûtiqiie le point A (Pt. 8, flg. 9) aiu*a atteint le point C, après avoir panoaru une distance de 50 raéti^s, si rablation a été d'un mélrp, taglacse en C, loin d'être relevée^ sera ramenée an niveau qu'elle omifiail à ce point , avant ijue la tranche A C ne ïài desc^ndne de C ffi D, et elle se sera même a!)aissée d*im mètre au-dessous de ce 1 « l*al>lation, pendant la dorée du parcours, a atteinl 2 môlitîs, que pendant Thiver, Tablation n'ayant plus lieu et le mouve- , n'étant pas inten-ompu. Je fioint E étiiut parveuu en A , la surface àm glacier sera incon testai Jement amenée au piinlemps à un mètre M-desisus du niveau de ce point.

Le lemplacement de tranches d'ime épaisseur déterminée par des

IROidies plus épaisses ne saurait donc avoir poiu' etîéi de relever le

W19II1 de La surface du glacier, ni même de te maintenir suivant une

\ nim-enne de hauteur, puisque Tidilatiou variant de 2 à 3 mètres

lU, compense, et liien au-delà, l'excédant d'épaisseur

de la pente suf^erflcielli; de la glace , et tend même a la

gratluellement.

Mais cependant , non-smilement cette surface n*est pas maintenue

• tiaoi¥Bau moyen ou s'abaissant graduellement, mais elle tend à se

wfcfgr^ 6l elle se relève même seusililemcnt, malgré les rédut'tions

î^.iÉ? lui fait sulir Fahlation pendant une partie de Tannée.

S« IVin oliseiTe, sur ta rive gaurfic du glacier rlc l'Unler-Aar

h H, fig, 10), un bloc dont nu aura ré[iéré lu posithiu eu un \m'\n\. À

I rfiîtn'^î de l'hiver, s'il n*y avaîl pas de gontlcmcui , tm iti^vraii le

190 r,LAr.iKRs en vnTiviTK.

retrouver en B, ù une hauteur B C égale à l'épaisseur de la tranche A D au-dessus du sol inférieur, lorequ'on viendra l'observer au printemps suivant ; mais à celU} épwjuo il occupera une position de 2, 3, 6 ou même de 7 mètres au-dessus du imni B, et on le verra rele^^ en X contre la rive, où il pourra rester stationnaire pendant quelque temps, dès que la surface du glacier aura commencé à baisser et à se retirer sous l'influence de l'ablation estivale ; dans sa mîiiTho, au lieu de suivre la ligne A B eide se trouver sous la parallèle A B, à la surface inclinée de 5 p. 100, pendant la durée du trajet sur le plan incliné D C, il se sera graduellement relevé de A en X, et la différence de niveau entre les pointe B ei X donnera la mesure du gonflemenf (rehaussement) qu'aura éprouvé le glacier dans un temps déterminé ; et ce gonflement réel ne sera pas dû au mouvement transversal qui tend à porter vers les bords des tranches plus élevées en remplacement de celles qu'enlève ou abaisse l'ablation, mais au relèvement de la tranche même touchant immédiatement la rive du glacier.

Le gonflement (rehaussement) des glaciers est un fait dont j'aurai plus tard occasion de citer de nombreux exemples ; il est indépendant du mouvement de transix)rt de tranches successivement plus épaisses d'amont en aval, ou transversalement du centre vers chacune des rives; et en terminant, je répéterai encore qu'il est évidemment la conséquence de la dilatation des glacière aussi bien en hauteur qu'en largeur et en longueur, et en m<^e temps la preuve la plus frappante de leur mode de conservation et d'alimentation , et par conséquent de progression.

L'ablation cesse pendant l'hiver, et elle est retardée pendant l'été par les nevés qui se retirent graduellement et contribuent puissamment à Tahmen talion , en donnant aux glaciers la plus grande partie de l'eau dont ils ont besoin ; lorsqu'il y a équilibre entre les causes de consei-vation et les influences destnictives et que les glaciers perdent autant qu'ils i-eroivent, ils restent stationnaires ; lorsqu'ils reçoivent moins, ils décroissent et diminuent; mais loi*sque les influences conservatricos dominent , lorsriue l'ablation de\ient insuffisante pour compenser les dilatations simultanées en divers sens , ils progressent rapidement, et ils gagnent en puissance et en étendue, sans qu'ils aient besoin de recevoir le tribut de nouvelles couches de glace formées aux déi)ens des nevés.

Afiion «1rs glaciers H. 26. La glaco n'est qu'accidentellement en contact immédiat avec snr leurs fonds. \o sol . et généralement elle en est séparée par une couche plus ou

COL'CflK DK BOIK. \^\

moins épaisse de sables, de galeti» el de matifreb miiieiales ]ilii> au moiiis fiuement broyées et réduites à l'état de boue . donl k œiisistance varie en raison de la nature même des roches : aina t^Ile est jamiâtre ou grisâtre, et elle a la texture et la conâstance d'une argile terreuse ; elle a une teinte plus foncée et un aspect raseui . ou elle est blanchâtre, incohérente et rude au toucher quaud elle provient de la trituration de roches calcaires, ou de schistes et de gneifiç. ou enfin de roches siliceuses et de granités.

Cette couche de boue est formée de déhiis pulvéris^eï^ entre la glace et les ruchers supportant les glaciers ou contre lei^quels il< glissent ou !L*appuient ; elle n'est pas et elle ne saurait étn* «ximplétement homo* gsue ; elle contient des fragments de quarxites et de roches dures qui tombent à chaque instant sous la glace ou qui se d^^tachent des f»arois exposées à son action , et enfin eUe constitue un émeh plus on moins i:rossier incessanunent comprimé et déplacé paj* la glacff.

Les glaciers, en raison de leurs masses, de leur poids et de leurs mouvements, doivent exercer sur les rochers qui les supjiortent ou qui bordent leurs rives des frottements considérables et y laisser des traces de leur puissante action. Et en effet , lorsque Ton jjeul ]M'nétrer entre la glace et le sol , en profitant des crevasses ou des écarteiuent* que Ton rencontre çà et là sur leurs rives, aussitôt que 1 on a enlevé la couche de galets, de sables et de boue imprégnés d'eau, on reconnaît que les roches sous-jacentes sont usées et p(jlies et souvent recou- Totes de rayures, de stries fines et rectUignes ou de sillons plus ou moins profonds, dont la régularité ou la conservation varie en niison 4e la natiu^ minéralogique , des formes et de la dis]>osition do res roches. La glace seule agissant directement ne jjrodiiirait pas f-es effets , mais au moyen de la couche de sables , de galets et de iijue interposée et imprégnée d*eau, les aspérités des nnlu^s sont i^raduellement émoussées, les inégalités disparaissent, se nivellent, se iiessent ou s'arrondissent et finissent par prendi-e un [K)li d'ani;nit plus parfait que la boue est plus fine et plus homogène.

Les stries plus ou moins fines sont gravées par des saisies ou \\;\v •ia fragments anguleux de roches plus dures, et les sillons sont <m^m)si^ par des galets ou de petits blocs partiellement engagés et si^lidetnent aaiiiteuus dans la glace; leur profondeur, leur régularité, leiir netvii^ et leurs directions dépendent de diverses rin^onslanees ; ,Minsi . l'iR-pip les roches frottées sont des calcaires, connue A (trindel\v,'ïl<î *■• i lUi^nlaui, leurs surfaces se couvrent de stries prolondiMUfMil el

tjtsrhi <t: Nwi.

192 GLACIEHS EN ACTIVITÉ.

finement burinées par les sables et les fragments quartzeux provenant des gneiss et des granités des cirques supérieurs; sur les roches schisteuses ou gneissiques, les stries sont souvent à peine visibles, et sur les serpentines , sur les gi^anites , sur les filons de quailz même , les poUs sont souvent parfaits et les stries d'une finesse et d'une régularité extrêmes, ainsi qu'on peut le vérifier au glacie** do l'Aar, sur les granités du Pavillon , sur les seri)entines des vallées de Zermatt et de Valtoumanche , sur les quartz de l'Ober-Aar et de la Meyenwand , etc.

Les stries et les sillons indiquent nécessaii-ement les directions suivant lesquelles s'opèrent les dilatations et les mouvements de progression des glaciers, et elles en reproduisent rigoureusement toutes les inflexions. Ainsi, loi-squ'un glacier, maintenu entre deux rochers, marche sm* une surface plane ou peu inclinée, en suivant mi cours régulier de A eu B {PL 5, fig. 44), les stries sont parallèles à l'axe de la vallée; s'il se divise en deux branches B C clB D contournant un obstacle, les stries s'écarteront d'abord suivant ces directions; puis, après avoir dé\ié à droite et à gauche, elles reviendront ensuite s'aligner parallèlement à Taxe du mouvement X Y.

Sur les plans inclinés , on a supposé qu'elles étaient généralement fwrizontales ou parallèles à la surface des glaciers; enfin (pi 'elles se redressaient en se rapprochant de la verticale aux rétrécissements des vallées. 1

Vexisience de stries horizontales serait un fait extrêmement cimeux et dont il ne serait pas facile de déterminer la cause; aussi ai-je cherché à le vérifier et à le constater; mais, malgré toute l'attention et la persistance que j'ai apportées dans mes mvestigations , il ne m'a pas été possible d'en rencontrer un seul exemple , une seule preuve certaine.

Pour que des stries fussent gravées horizontalement, il faudrait un concours de circonstances exceptionnelles, des glacière marchant sur un plan de niveau et entraînant parallèlement à leur base et sans déviation les sables et les petits galets ; mais ces circonstances ne s'observent nulle part, les glaciers s'étalent et s'avancent sur des plans

DA. ' Les stries faites par les matériaux engagés ou omportt^s dans la glarc en contact avec les surfaces de« roches qui encaissent les glaciers ne sont jamais parallèles avec la surface du glacier. — La progression des glaciers se fait en largeur, longueur et hauteur, et par conséquent les stries sont toujours plus ascendantes que la surface du glacier. — Obsenations positives.

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