‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 4)Chapitre 40 sur 156 · STRIES · texte numérisé non relu

STRIES

qui peuvent paraître à première vue parfaitement de niveau, mais œpendant toujours plus ou moins inclinés ; lorsque les inclinaisons sont très- faibles, de 2 à 3 p. 100 , et lorsque les surfaces striées sont extrêmement restreintes , c^s stries , sans doute , peuvent paraître horizontales, mais dès qu'on les observe, la règle et le niveau à la main, on s'aperçoit bien vite qu'on s'était trompé d'abord, ce qui arrive d'ailleurs à chaque instant dans la région des glaciers , où l'œil le plus exercé ne saurait apprécier, même approximativement , les pentes, les distances, pas plus que les altitudes.

Les galets engagés entre les rives et la glace à une grande profondeur et sous ime énorme pression peuvent cheminer parallèlement sur un plan incliné et tracer des stries parallèles à la base du glacier; mais lorsque ces stries sont assez prolongées, on voit qu'elles se relèvent graduellement, suivant des inclinaisons diverses, marquant la marche ascensionnelle causée par les dilatations que subit la glace, tout en progressant d'amont en aval ; et ces relèvements deviennent de plus en plus considérables, lorsque les dilatations, dans le sens de la hauteur, augmentent à l'approche d'obstacles ou de rétrécissements Ibiçant toujours les glaciers à se gonfler extraordinairement.

Les stries sont donc parallèles aux directions que suivent les glaciers dans leur marche progressive sur leurs fonds, et latéralement tUes marquent les mouvements ascensionnels qu'ils subissent tout en s avançant vers le fond des vallées; et elles s'entrecroisent sous des angles plus ou moins ouverts en raison des déviations ou des oscillations que les glaciers subissent, soit accidentellement , soit périoditpiement dans leur régime

Les glaciers arrondissent, moutonnent, usent et poUssent tr^us les rtichers qui sont assez résistants pour n'être pas démantelés ou entièrement démoUs ; leur action se porte principalement sur les aspérités iTiumées vers les cirques d'où ils descendent ; mais lorsque la glaœ , entraînée par le mouvement de progression , ne peut s'r»tal(.T dans Uius les plis du terrain , elle contourne les obstacles qu'elle attaf]uo à lamont et qui conser^•ent à l'aval leurs formes aljruptes • ; et g/méralement dans un rocher on distingue , par son poli et ses stries, le côté touché par la glace {Stoss-Seite) du côté préservé (Ue-Seite) à ses sur-

DA. ' La surface inférieure des glaciers n'est pas uniformément en routact avec les r<rhes qui les encaissent; la glace ne se moule pas dans les enfractuositès , ft sou\ent ^ frrtaîns \ides séparent la glace des rorbes

194 (;l.\cieiis en activité.

faces inégales et raboteuses. Un exemple bien connu de ces formes s'observe au promontoire du Pavillon, au glacier de TUnter-Aar; les surfaces de l'amont sont polies, striées et offrent ces formes moutonnées qui ont si vivement frappé les premiers observateurs; tandis qu'à l'aval les rochers n'offrent généralement aucune trace de l'action du glacier {PI 8, fig. 46),

Enfin c^s dispositions des parois des cavités encaissant les glaciers s'observent également sur les obstacles que la glace doit franchir, qu'elle attaque à l'amont, mais dont elle ne touche pas les faces tournées vers l'aval (fig, 48), à moins que les dépressions ne soient pas assez profondes pour qu'un vide puisse exister entre le rocher et la glace; ainsi dans la fig. 4, pL 9, les pohs et les stries visibles sur la surface touchée a b cessent sur la paroi hcd, dont la glace s'écarte et sur laquelle les matériaux entraînés inférieurement ne peuvent exercer ni pression ni frottement; tandis que les polis reparaissent de d en e , même dans les inflexions d'un rocher, lorsqu'elles seront peu profondes, puis disparaissent de nouveau à l'origine de l'escarpement /*.

L'absence de surfaces polies et striées s'observe encore dans le fond même des vallées, lorsqu'elles sont trop étroites et trop profondes vers leurs thalwegs pour que la glace puisse y pénétrer et s'y maintenir.

Dans une coupe, comme celle qu'offi*e la /î^. 5, p/. 9, la glace forme un pont sur la crevasse par laquelle les eaux s'écoulent, et sur les parois de laquelle on ne trouvera que des traces d'érosions causées par le torrent jusqu'aux hauteurs qu'il atteint, ou suivant les canaux d'embranchement des niisseaux latéraux ; mais les rochers, à droite et à gauche , à partir des bords de la crevasse jusqu'aux limites du glacier, sont moutonnés (rabotés), polis et striés.

Ces dispositions, qu'on obseiTe sur les glaciers en activité à Roseulaui, à la source du Rhin postérieur, et dans un grand nombre de localités, se retrouveront à chaque instant, lorsque je rechercherai les traces de l'action glaciaire hors de la région des glaciers actuels ; et je les ai notées afin de démontrer que des crevasses ou des sections de vallées, souvent considérables, entièrement dépouillées des traces de l'action de la glace, ont pu, sous les glaciers même, se trouver préservées pendant tout le temps que ces glaciers ont existé, et qu'elles no so sont pas creusées portérieurement et après leur disparition.

ACTION DE l'EATJ. 195

Le polissage et le striage (burinage) des l'ochers sont sans contredit les effets les plus remarquables et les plus caractéristiques de l'action de la glace, et pendant longtemps peut-être les plus contestés; mais aujourd'hui le doute et les discussions ne sont plus possibles à cet égard, et malgré les difficultés d'observation, malgré la couche de boue interposée entre les rochers et la glace, on a pu constater de la manière la plus positive et les effets et la cause qui seule a pu les produire.

Le» polis abandonnés momentanément par les glaciers sont promptement dégagés de leur enduit boueux et mis à découvert par les eaux pluviales ; mais on ne les voit pas s'arrêter brusquement aux limites des glaces actuelles ; on peut les suivre jusqu'à de grandes hauteurs , sourent même à plus de 1000 mètres au-dessus des niveaux que les glaciers ne dépassent plus aujourd'hui ; et leur conservation et lem* présence sur ces points élevés, dominés par les dernières crêtes dentelées des Alpes, nous fourniront une preuve irrécusable de l'ancienne extension des glaciers i et l'indication précise des limites supérieures auxquelles ils se sont longtemps arrêtés pendant la période de décroissement (PL 9, fig. 4).

H. 27. Les eaux exercent une action toute particulière sur le fond Action de l'eau. des ^aciers et sur les parois formant leurs encaissements. Comme ^lles se précipitent souvent avec une grande impétuosité dans les crevasses, dans les trous et dans les cavités de la glace, elles cormdent les rochers qu'elles viennent frapper, en émoussent les aspérités et les arrondissent {PL 9, fig. S) ; mais si elles agissent sur une surface de rochers déjà polie par le glacier, elles en ternissent le poli et elles effacent bientôt les stries rectilignes.

Les eaux, chargés de sables et de galets qu'elles entraînent avec *»iles et qu'elles projettent contre les rochers, ou qu'elles font rouler à leurs surfaces, creusent des cavités circulaires ou des canaux sinueux a n4K>rds arrondis et entièrement différents des stries régulières dont il vient d'être question. Ces cavités et ces canaux s'observent non- «eukment sur le fond, mais siu- des parois verticales ou diversement inclinées, et évidenunent dans le sens de la plus grande pente du u-rrain et dans des directions normales à celles des vallées ; et leurs 'li^positions aussi bien que leurs formes ne laisseraient aucun doute

I>\ • EUenioa a une certaine ép4)que, qui n'était pas celle de leur plus grande ex-

190 fiLACIEHS EN ACTIVITÉ.

sur I(Mjr origine t*t sur leur iiknIo de foiTii<'ition , quand Lien môme on ne verr«nit. i)a« les eaux les ouvrir, les agrandir, les modifier ou en creuser inressamnienl de nouvelles : aussi la confusion entre ces cavités et les sillons glaciaires, entre les surfaces usées et arrondies par les (»aux ou polies et striées par la glace, n'est-elle pas possible;^ et leui's diiréi-ences essentielles, caractéristiques, sont trop sensibles^ et ti-op bien appréciées par tous l(»s obsei-vateurs, pour qu'il soit néces,^ saire ou seulement utile d'insister sur des faits parfaitement connu^^

C.(»peiidant, avant d'aller plus loin, il est bon de prendre notées ces trac(»s d'énjsions , de ces sillons veiticaux ouverts au contact » la glace à des haut^nu-s assez considérables au-dessus des torren»--gl€i(!i€'iires, et par c<)nsé(]uent du fond des vallées.

S'ils sont crcMisés par les eaux, il est évident qu'elles ne peuv^^ï^ agir dans ces directions qu'autant (ju'cllcs sont maintenues dans » canaux ouverts dans la glace et dirigés contre les parois des roche^^^ ijue ces canaux changeant de place , les exposions n'ont pas touJD<=:> lieu aux mêmes points, à moins de la rencontre de niisseaux pér^^ trant laU^ralemcnt dans les glaciers; mais la condition essentielle ^^ rju'elles soient emprisonnées dans des lits d'où elles ne puis^»^^^ s'écart(>r, cai- il est évident que, si un glacier sur les rives duqueLt -^. érosions ont lieu venait à disparaître, les eaux prendraient im air -:! coui-s et se reporteraient dans le fond de la vallée, i^piaz — Karrcn H- 28. El loi-s<jue uous i*encontrerons ces cavités qu'on nomme c

Maniiiii-s. Lnpinz ou des Karrcn et des trous circulaires ou marmites hors-^^ ( la région des glaciei*s «actuels , elles nous ofiriront encore une près — ^nv du concoiu's de la glace et de l'action combinée des glaciers e^^^ rf< l'eau , même quand elles s'olfriront isolément sur des rochers enti^S'^ ment dé[)ourvus de stries; à moins qu'on ne par\iennc à explic]^ ^^^ leur formation au moyen de torrents extraoï'dinaires ou de courr^-^** diluviens, ce qui paraît peu probable, attendu qu'en admettf»-^^' même hypotliétiquement, l'existence de c^s courants, on aurait q*^''^*" que iMMiK^ à conijirendre comment ils auraient pu creuser en m^^*' temps des sillons longitudinaux dans le sens dos vallées, ou verticX»*-^ et croisant à «inglcîs droits leurs lits d'écou.lemont.

Dans le i)lus grand nombre de cas, d'ailleurs, rhyi)olhèse de cjO^^raiits extraordinaires serait encon^ moins admissible , puisipie ^ ^ Karrcn sillonnent généralement des parois de roches à smfac^s pal^^ et striées; (ît que l'on voit alors clairement les traces des deux acti^-^ ilistinct.es, mais ayant agi simultancmcnt, comme elles agissent enc<^ '^

I ROCHES ET GALETS VOUS, STIiràS ET BAYES. 197 ^H

I lujaurd'htii sous nos yeux : simultanèmeni, attendu que quelques V imren sont peu prufoudî^, ef qu'alternativement ils coupent les slries L m sont croisés par des sillons glacifûres, et que s^ils avaient existe HaYanl rintervenLton de la glace, ils seraient entièrement coiiiiés ou ^klbûés; enûn parce que postérieui'ement ils ne iiouvaient s ouvrir %UU5 l'influeQoe de Veau seule, quelles que fusseiil la |niïSî?ance ou la «iftt^^ctiQa des courants, sans eilacer entière me ni ou parti elle me ut les glaciaires parfaitement conservées et sans altérations jusque! ^Lre bords.

U. 29. Les blocs et les menus matériaux enga^s entre les rochei's i^mv ûe^ Rijcim.

i la glace sont incessamment soumis à une énorme pression , broyés

Itriinrès, et en j^-ande partie réduits en une poussière grossière ei

mpalpable qui, en s 'imbibant de Teau de la glace ^ forme la boue de

cier m^lée à la couche de déliris sur laquelle les placiers reposent

i 8*appuieal.

Qmdques-ojis de œs dèbns de roches sont solidement engagés dans Rglaoe (PL 9, fig. (i), mais ils sont pour la plupru't entièrement déiel maintenus dans la couche interposée entre les glaciers , leur let leurs parois latérales, et dans larp-ielle ils peuvent se mouvoir, *«onu*r sur eux-mêmes ou avancer. Sous la double influence de la ^««lion et de ces mouvements imprimés parla^^Iace, tous leurs angles «'«moussent, leurs arêtes disparaissent, ils s'arrondissent et prennent ** ferme de sphéroïdes ou d'ovoïdes phis ou moins parfaits; si aller- *ùvement ils ont subi des monvemejils de rotation et gbssé parallè- ■^tent aux parois des rochers , ils présentent des facettes courbes ou j^k^ iudic|uant les variations qu*ils ont éprouvées dans leur marche ^*%uliére.

Q. 30. Ainsi» pendant que la couche de boue , de menus maii^^rianx et rocIr* ei g-ikis ^ hitxs, csomprimée et mise en mouvement, use les rochers, règle leurs Ni*, sirié^et nyë*. ^^tces, leur donne un poli souvent parfait et y creuse des atries ^taksitions, les blocs et les galets , sou nus aux mômes frottements, ^^XtoI aussi se polir et se couvrir de stries ; ei c'est î^a^ qui a lieu, ^^»r«!*|uc parmi c^s galtHs se trouvent des fragments de roches [Jus •ires, U?lJes que des calcaires, dos sclnstcs nu des serpentines, les *'^»ris anguleux de granités et de quarzites, les sables siliceux el ^lA|iaUdques les entament facilement et creusent à leurs surfaces iirie* plus un moins nombreuses et profondes: mais tandis que \»îutifis des rochers soot fixes et sont slriévs uniqneuicnt dans \v ^ «!n niouvemeut, les xfrirs , sur rrs fftiffis tnobites et ronHmti'lh'rttnn

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