MORAINES PROFONDES
démises ne constituent même qu'une faible partie des terrains superficies renfermant des galets ou des cailloux roulés.
Cependant la présence de cailloux roulés dans les nappes profondes poomit encore laisser quelques doutes sur Torigine de ces dépôts, si Ton n y observait d'autres caractères essentiels révélant clairement leur otîgîne, tds que Tenduit boueux de ces cailloux et leur mélange avec des ^aku anguleux de roches provenant des mêmes localités et ayant parcouru les mêmes trajets.
Les eaux usent les aspérités des débris de roches, elles les polissent, et eo les faisant rouler dans leurs lits , elles finissent par les convertir ai boules sphéroîdales ou eUipsoïdales et même en galets aplatis, ainsi qaan peut Je vérifier en observant les dépôts qu^elles remanient ou qu'elles exécutent journellement. Mais ces galets n'acquièrent ces formes qu^après un certain temps et lin certain trajet, et à mesure qu*OD se rapi>roche de Torigine du cours d'eau, on s'aperçoit que les lionnes anguleuses deviennent de plus en plus fréquentes, d^adation qu'on n^observera pas dans les nappes erratiques o£&ant à leiur origine même , aussi bien qu'à de grandes distances, des galets parfaitement arrondis et polis.
Deox galets de même grosseur provenant d'un même rocher du orque du Grîmsel , par exemple , et transportés jmr TAar jusque dans le bassin du Rhin , puis par le Rhin jusque dans la grande plaine d'Alsace, auraient nécessairement, après un aussi long parcours, acquis senâblement la même forme, puisqu'ils auraient simultanément sui^i la même route et subi, ^Taisemblablement du moins, les mêmes iricisfiitudes ; dans tous les cas, arrivés au même terme de leur course, fan ne saurait conserver ses arêtes , ses aspérités, ses angles saillants Tdi oa à peine émoussés, tandis que l'autre serait converti en un caiUauz parfaitement arrondi et poli : différences que cependant les galets de même provenance offrent continuellement entre eux , dans kJidea les parties des nappes erratiques où ils se trouvent disséminés. Les dépôts formés par les eaux prennent une inclinaison qui varie «nvant la nature des matériaux transportés et la puissance des courants; les blocs les plus lourds se déposent d'abord, et aussitôt que la vitesse diminue, ils constituent des zones rayonnant autour d'un co^re situé dans l'axe des goulots d'écoulement, des cônes de déjectigo.
Les oofuiants agissant sur des amas de sables et de galets qu'ils lieuTenl attaquer, entraîner et déplacer, créent dans leurs lits des
proéminences de formes très -surbaissées que Ton nonune bancs ou îles (fig, 5, yL 4 S), ayant à Tamont des pentes très-douces, généralement inférieures à un degi^é et se terminant à Pavai par des talus rapides de 25 à 35 degrés ^ Les cailloux remontent doucement le plan faiblement incliné pour arriver à Tarête de la portion des deux surfaces qui plongent en sens inverse ; alors ils tombent et sont bientôt Recouverts par d'autres cailloux qui suivent la même marche (Jtg, 6).
Quand le banc ou File est composé de cailloux à sa partie supérieure, leurs dispositions présentent im trait frappant, particulièrement fi Tamont du banc ; ils sont imbriqués les uns sur les autres à la manière des écailles de poisson ou des tuiles d'un toit.... Cette disposition ne s'obtient pas dans toute l'épaisseur d'un banc correspondant à une crue unique, mais elle se montre à différentes hauteurs (fîg. 7).
Enfin les bancs présentent des lits d'accroissements successifs qu'on reconnaît facilement, car la surface d'un banc est toujours formée de graviers bien purgés , de sables et de menus cailloux ; tandis qu'au cx)ntraire le gravier situé au-dessous de cette couche superficielle, qui a été lavée, est toujours fort mélangé de menus débris; et les sables, se déposant suivant des pentes très-faibles, forment des nappes à surfaces courbes , offrant des dépressions et des rides sans nombre qui se conservent et se retrouvent dans toute l'épaisseur des dépôts et impriment aux séparations des lits d'accroissement ces ondulations et ces entrecroisements propres à toutes les formations arénacées (fig. 8),
Mais dans les moraines profondes on ne remarque aucune trace de ces séparations de couches , de cette distribution de galets , et surtout d'un mouvement plus ou moins violent dans des courants, dans des eaux plus ou moins profondes qui auraient favorisé le triage des matériaux ; aussi la confusion cnti-e ces divers dépôts ne paraît-eUe plus possible, et si Ton tient compte des observations qui précèdent, on parviendra facilement à les distinguer et à les séparer, malgré l'apparente identité de leur composition , en observant les différences essentielles qu'ils présentent toujours dans l'arrangement et la distribution de leurs matériaux.
A cet effet, j'ai résumé dans le tableau suivant leurs différences, leurs analogies et leurs caractères essentiels.
H. * 91. Daobrée. Observations sur les alluvhns anciennes et modernes du bassin du Rhin; Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Strasbourg, T. IV. — Voyez Phénomènes erratiques, T. IH.
DÉPOTS ,\LLU VIENS. MUIlAINEîS PROFONDES.
IL4I. li^pâU aUuTleiis.
fti «Mil composés de blocs, de 4e plds, de délrittis et de boue.
Ijab mlèriaiix anguleux sunt graduellemM tfiès, polis et arrondis ptus ou moins fwiÉUBmilv eo raison de l» durt^e ou de tolMpiiar île» trajets parcouniî*. A nie»ure ^lklî|lient des points de départ, le tt galets angukux dimifuie gra- Ht et îfs finissent par dispurdjtre Al k une {-ertsioe distance.
Oi DMtérîatix forment de.s a mu» dispo- 1ÊB €8 aappet li surfaces eourbes , offrant 4m wmtê d éts bourrelets , un de^ cènes Htm m Min» inclinés dont les sommets tmî iMmés à ramont.
Les blûc» les plus voluntlnenx Indiquent Il Jlreelfoii des i^etnes Ouides; ils s'arrôleal WÊÊt V» arêtes supérieures des cOnes, L moins volumineux sont po uses «vantt ou se répandent late- Mîi les sables et les détritus sont kiii el peuvent former des » horizontales ou peu lu-
«oarints, les amas de sables se disposent en bancs ou iles de faibles pentes et dêpasit un degré, et u l'uval des tuée 25 à 35 degrés.
tf*!8DkODt, les galets sont imbrt* comme tes tuiles d*un toit :
Oi Untbent et forment des accuirréçuUères aui pieds des lalus.
i^teémeiits successifs sont marde» teocs ou couches attemutives d de menus graviers, séparées I» de galets imbriqués, et ces ga* laqjours parraitenicnl lavés.
été dépôts sont sfratilit^.i et ils îmUu les formalioiiA indisent.
»rto«d
Mfir^lneii profondes.
Elles sont composées de blocs, de sables, de galets , de déUitus et de tK>ue.
Ces matériaux stintusés, arrondis, polis, et souvent striés , sOr place, aussi parfaitement qu'a de grandes distances : ils offrent souvent des faces planes et des formes polyédriques et ils sont asseciés h des matériaux bnils; anguleux ou à peine frottés, dans loutes les parties des nappes indistiiicteuienl d à toutes les profondeurs.
Us forment des amas U surfaces parfailemenl dressées, suivant des plans légferemkînt inclinfe ♦ sans dépressions, sans bourreïet.s ou oudulutîons.
Us sont mélanges sans ordre ; on n*) remarque ni triage, ni divisions parcoucbes distinctes , ni Hts d'aceroîssemeiils successifs, Des blocs volumineux , tics galets de diverses grosseurs sont comme noy^^j dans les sables el les menus matériaux mêlés à la bouô glaciaire dont les galets et les blocs so]it enduits.
On n*y \mi pas de tniinées de blocs ou de galets indiquant des mouvements de progression ou de translation t^lus ou moins violents.
Enfin , ces dépôts ne sont pas slraiifit'Sf, et ils sont inférieurs i\ tous les autres dépéts superfUnels.
Moraineâ prutandes
Ailtsîy ces dépôts sont imrfaitemenl distiiicls, el si les matériaux Ml fls se composent venaient h se souder, on troiivemit dans les uns
230 GLACIEUS EN ACTIVITÉ.
des alternances de couches de sables argileux, de sables purs ou mêlés de menus graviers , de galets ou de blocs ; et dans les autres des conglomérats ou poudingues en masses non stratifiées offrant im mélange confus de matériaux roulés et anguleux.
Mais, si les matériaux des moraines profondes ne sont pas classés par zones et triés par ordre en raison de leurs dimensions , ils sont cependant distiibués par lignes ou par bandes dirigées parallèlement aux cours des vallées au fond desquelles on les retrouve , ainsi qu'on Ta vu précédemment; et ces bandes de matériaux différents jwa;(aposées ou supayosées sont toujoui^s distinctes, tandis que dans les dépôts alluviens on remarque, sur un point quelconque, une collection coml)lète de tous les matériaux entraînés et roulés dans les goulots d'écoulement , rejetés indistinctement et confusément entassés dans les nappes ou dans les cônes de déjection.
Ces différences , non moins essentielles que celles qui ont été indiquées dans le tableau ci-dessus, compléteront la série des caractères propres aux moraines profondes dont je vais rechercher les traces et les limites; mais avant d'aller plus loin , il n'est peut-être pas inutile de rappeler une disposition particulière que prennent les moraines profondes dans certaines circonstances et qu'elles conservent après la i*etraitc des glaciei-s qui les ont formées.
Ainsi qu'on Ta vu, chapitre IX, les glaciers déposent leiu^ moraines profondes non-seulement dans le fond des vallées, mais encore contre les parois encaissantes, et ils les recouvrent de revêtements cpii peuvent s'y fixer lorsque les plans incUnés n'ont pas de trop fortes pentes. Dans ime vallée dont la coupe serait représentée par la fig. 40, pL 42 , les flancs a et 6 , aussi bien que le fond du bassin c, seraient entièrement couverts d'un dépôt plus ou moins épais de sables , de galets et de lx)ue comprimés et à surfaces planes ou courbes di*essées par le glacier g L Dans la coupe (fig. 44)^ le dépôt inférieur s'étendrait sur tous les plateaux aaaa, dans tous les plis des terrains envaliis b b b; enfm dans la coupe (fig. 4i) , après la diminution du glacier, la moraine profonde, réglée au fond de la vallée c, et sur les plateaux a a, ne pourrait se maintenir sur les pentes abruptes des parois frft, dont les revêtements tomberaient en fonnant à leurs pieds des nappes ou des bourrelets latéraux d d recouvrant le comblement inférieur fig. 44). Dans ce cas, la moraine profonde se dispose en deux ou en plusieurs étages successifs que l'on pourrait, au premier aspect, considérer comme les traces ou les ruines d'un ancien comblement atta-