‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 4)Chapitre 48 sur 156 · COMBLEMENT DE LA VALLÉE DU RHIN · texte numérisé non relu

COMBLEMENT DE LA VALLÉE DU RHIN

lèvèle en quelque sorte d'elle - même , d'après la nature des effets podnils el obdervès,

■d effet » nous n*avons à cJioisir qu^entre les deux agents qui seuls

«pêrenl sous nos yeux des transports et des comblements et n'ont cessé

dligir stiiTant des lois invariables , et en présence des faits le choix ne

Morait être douteux.

Des courants plus ou molDs violents , et ils auraient eu une très-

énei^e pour franchir les proèmineoces dominant la plmne,

it confondu leurs dé^jections et constitoé des dépôts à surtaces

iiiT%ulières et mamelonnées, ou composées de couches distinctes et

en agissant soit simultanément, soil successivement;

€jue des glaciers comblant le bassin du Flliin pouvaient y ame*

mer moultaoéinent les matériaux alpins et en former une iiapi>e coni-

primée » dressée suivant un plan d'une régularité parfaite, comfiosée

de bandes parallèles juxtaposées et sur la<juelle les affluents des

Vciages ei de la Forét-Noire sont venus ensuite étaler Icui-s moraines

ftéhmdes ; leur action est d'ailleurs formellcmenl marquée par le

de cailloux roulés cl anguleux, et surtout par la présence de

ï glaciaire enveloppant les galets ou mélangée aux saldes et aux

grsiriers dans toute la profondeur du comblement qui, n*ayant pi^

f ni suivi Tépoque de la plus grande extension des glaciers, appar-

. éridemment à celte époque.

Les comblements des bassins du Rhin, du Rhône, du Pô, etc.,

éiajeni considérés comme des dépôts exclusivement diluviens , dans

hm imoU*^ vallées aussi bien que dans les plaines éloignées des mon--

»; et Ton n'avait pas encore songé à les ranger, mémo parlielle-

t, dans les formations erratiques , lorsque pour la première fois

f ai rberché à démontrer qu'ils avaient été formés par des glaciers et

Qûii par des cours d'eau.

Dans les cirques élevés, dans es vallées de Tintérieur de la Suisse, fl oifin dans les plames de la Lomttardie et du Rhin, les nnppes offrent tecaraetèrcs tellement identiques, des dispositions tellement consfiMea qne je n'avais pas liésité à les rapporter à une seule et même iotiBatioo ei à ime cause unique.

Aox abords des glaciers en activité, sous lesquels on peut étudier les moraînes profondes encore recouvertes par la glane et les nappes ikmdoaiiées et s'étalant souvent assex loin en avant do leui^ fiT>nts, daat les cirques de TAar, du Rhône, de FAllée- RI anche, par exenqjJe, fiTats inutilement cherché une limile entre ces moraines ci Ii'k voni-

blemonts extérieurs exposés à racfion des torrents gui tendent à en détruire rharmonie.

Ces comblements n^offrent pas de solution de continuité près de la glace sous laquelle ils se prolongent en se raccordant à la surface de la moraine profonde , suivant la môme pente et formant avec eux des plans inclinés réguliers non-seulement jusqu'aux moraines frontales les plus avancées, mais au-delà, en passant sans inflexions sous les barrages extérieurs.

La régularité de la surface do ces nappes extérieui*es pourrait être attribuée à une extension ancienne ou récente des glaciers sur des alluvions exécutées par les eaux au détriment des déjections glaciaires. Mais lorsqu'on examine leur structure et leurs dispositions intérieures, on s'aperçoit immédiatement qu'elles n'oilrent aucun des caractères des dépôts formés par les eaux ; des galets arrondis et poUs sont associés à des galets anguleux, et ils sont noyés dans un mélange de sables et de boue glaciaire que des courants auraient infailliblement entraînés au loin ; ils n'ont été ni lavés, ni triés par oixire de volume, et leur transport a dû s'effectuer lentement et sans chocs, puisque souvent, comme on peut le voir dans le cirque de l'Aar, ils sont appliqués contre des surfaces de rochers recouveites d'aspérités que des blocs, des galets et des graviers charriés dans des eaux rapides auraient usées et effacées ; et l'identité est tellement visible , tellement incontestable dans toutes les nappes continues ou disposées en étages successifs dans les vallées des Alpes , que déjà plusieurs observateurs, et récemment MM. Martims et CSastaldi, ont admis l'existence des moraines profondes jusqu'aux moraines frontales élevées à l'entrée du bassin du Pô, à Ivrée et à Rivoli, aux débouchés des vallées des deux Doires.

Cependant les comblements se continuant bien au-delà, aussi réguliers et aussi parfaitement dressés qu'à l'amont de ces barrages eri-atiqucs marquant des points de station des anciens glaciers, mais non leurs limites extérieures , il fallait ou les réunir aux dépôts glaciaires, ou les en séparer, et d'après des considérations plus ou moins spécieuses , on a rangé leurs prolongements parmi les formations diluviennes. Puis, comme la conservation des moraines frontales situées dans les hautes vallées et à l'entrée du bassin ne permettait plus comme autrefois d'admettre ime fonte subite des glaciers et le passage de courants extraordinaires pendant la période de retraite, on a pensé que les comblements diluviens s'étaient produits antérieurement et

COMDLEMEÎfT DU UASSIN DU PÔ, 139

tt uii étage inférieur recouvert ensuite parliellement i>ar les les protondes et tenninales.

H. 44. Ainsi que je l'ai exposé dans mes observations sur le corn- iUimhimmi Au basdu bassin du Pé, on ne remarque soit a la surface de la plaine, ^'" ^^^ ^''' dans l'épaisseur du dépôt, aucmie limite sèparative de ces deux ^

étages superposés. Les galets, les sables et les blocs mêmes se yirédans les mêmes couditions, à l'aval aussi bien qu'à Taniont immenses moraines d'ivrèe et de Rivoli, et toiîjoui's mêlés à la ^claire, Tun des éléraents essentiels des dépôts formés par les ^aders; le plan incliné, passant sous les barrages, se continue sans inllexions dans la plaine et sous des pentes extrêmement faibles, vamnt d'un quait de millimètre à un et deux millimètres, bien inférieures à ceUes de 2 centimètres et demi et mémo de 5 centimètres que prennent les déjecLîons ionx'utielles composées d\m mélange giairiers et de blocs ayant, comme à Turin, 20 à 25 centimètres de

et plus, 8*il n'eiiste pas de séparations, d'étages distincts dans ce vaste lépôt dont toutes les parties offrent le même aspect, c'est qu'évidem-il s'est produit sous llnfluence d'une seule et même cause ; et Rsofcnne des blocs et des godets mêlés à la boue glaciaire, sa forn'a pu précédor la période glaciaire ; enfin on doit le considérer une moraine profonde, de Ftivoli à Tunn, et au-delà de toutes les moraines ù-on laies d'Ivrce, de Corne, de Garda, jusqu'au pied de b cxkUine bordant le Pô, et des Apennins, si, à Tamont de ces barrages, ses pi-olongements sont bien réellement des nappes erratiipies. 81 les glaciers ne s'étaient pas répandus dans la plaine, on obsertarait à Tamont de leurs stations les plus avancées des relèvements ploB eu moins prononcés, résultant de la superposition de leurs moprofondessurim comblement préexistant et distinct ; on verrait dans le dépôt deux étages nettement sèpai'és, rinférienr ayant la structure et les pentes des déjections torrentielles et dépoiuTu de glaciaire, elle supérieur parfaitement réglé et renfermant excludes galets façonnés pm* les glaciers et mêlés à cette boue. liais ce& difierences et ces divisions n'existent nulle part, et il m'a été ôaposfiible de retrouver les traces d*im diluvium inférieur et par con- •éqoeat antérieur aux dépôts glaciaires.

La constitution des nappes et la distribution de Jeni's matériaux tmi les seuls faits que l'on puisse invoquer pour [ii-ouver le séjour éaiglaGieîa dans la vallée inférieure du Rhin^ mais dans le bassin

tes»

de la Lombardîe, les glaciers ont laissé des témoins aussi irrécusables de leurs passages que les moraines terminales disséminées aux pieds des derniers contreforts des Alpes, et ils sont venus jeter des amas de galets polis ou striés , des blocs et de la boue sur les flancs et sur les crêtes de la colline de Tiu'in bordant ce bassin sur la rive droite du Pô.

Les glaciers des vallées d'Aoste et de Suze ont donc dépassé les stations dlvrée et de Rivoli , et si la plaine de Turin était alors couverte de dépôts alluviens, ils en auraient réglé la surface en y ajoutant ou sans y ajouter leurs moraines profondes ; dans le second cas , le comblement de la plaine différerait essentiellement et en totalité des nappes glaciaires dlvrée et de Rivoli-, dont cependant on ne saurait le distinguer; tandis que dans le premier il oflrirait partiellement et à sa partie supérieure seulement la même structure et les mômes dispositions , et finalement il se diviserait en deux étages , dont il m'a été impossible, malgré toutes mes recherches, d'apercevoir les limites.

S'il existait des déjections diluviennes dans les bassins que les glaciers sont venus recouvrir et occuper pendant une si longue période de temps , à en jiîger d'après la puissance des dépôts qu'ils y ont laissés , ces déjections ont évidemment été remaniés et enfouies si profondément sous les moraines, qu'on n'en retrouve aucun trace à quelque profondeur que l'on parvienne en ouvrant des fouilles dans les comblements ; et il est à présumer d'ailleurs qu'elles étaient dues à des causes locales et restreintes ; dans tout les cas, elles ont entièrement disparu.

Quant à des nappes aussi puissantes que celles du Rhône, du Rhin, du Pô , que l'on suppose produites par de grandes débâcles, on vient de voir que l'on ne pouvait admettre le concours des courants dans le transport de leurs matériaux, et qu'à leurs surfaces, ainsi que dans toutes leurs parties fouillées et explorées, on remarquerait im ordre, une distribution et des caractères qui appartiennent exclusivement aux formations glaciaires. Les dépôts diluviens antérieurs, suivant de* récentes hypothèses, seraient donc entièrement cachés sous des masses erratiques; aussi, avant d'en recherdier et d'en discuter l'origine et les causes, il me semble qu'on doit et qu'on peut attendre que l'on soit parvenu à en démontrer l'existence dans l'ensemble et à la base des formations superficielles de la terre.

L'eau agissant incessamment, on comprend que des dépôts alluviens ont pu se produire aux diverses époques géologiques et continuer à se

FÛJIMVTION l*t:s (:nMriLE.\JENTS. 241

«QOOèder avec ou sans intermittences, depuis le comniencement de Il période â laquelle nous appartenons*

H- 45. Aussi , indépend*! rament des dé]ections que les nappes erratt^œs sont ccfiséc^ recouvrir, on s'est vu souvent dans la nécessité d^idmettre des aliuvions beaucoup plus récentes pour expliquer la tnrtiatioii des jiorlions im|>firtantes des comblements ; ainsi , d'après qoelqnc^s auteurs, les nappes qui séparent les lacs de Wallenstadt et de Zurich, de Brienlzetde Thun, seraient des dépôts alkniens et diluTieris fomiés par les eaux de ta Liiilh et de la Lutscbine.

Mais la nature des matériaux et leur distribution fait voir immédia-

tetoenl que ces nappes ont une toute antre origine; et en ellet, entre

les deux premiers lacs , le conablement est composé , sur environ

Btntfi^ de la vallée , par un dépoi ayant son origine dans la vallée de

Gbrîs, et pour le surplus, sur sa droite, j^ar des accumulations pro-

^visitmiit des vallées de la Seez, de Sardonaetdu Rbin ; et en admettant

Blâme qu'au moment ou le transport de ces derniers a eu lieu le lac

prabod de Wallenstadt n'existait pas, on ne coin[n'endrait pas com-

«enl des courants en confondant leurs eaiLx nauraient pas opéré le

mélange des malmaiu charriés, et par tpielle force Taflluent du Rbin

aurait èié mainlenu sur la dnâte de la vallée de Zurich et repoussé

jQsqije sur les hauteurs qui séparent cette vallée de celle de la Toss,

«Ure Uzoach et Bùlach, en formant â la fois moitié de la nappe règu-

Bfement dressée de la Linth et des revêtements irréguliei^s sur les

ymÉamiences bordant ce dernier bassin.

Entre le» lacs de Brientz et de Tlmn , le comblement sur lequel se

ImitTe Unierseeu et Interlackeu est une portion séparée par les deiLx

\êcb de la nappe que Ton retrouve à Famont jusrpi'an défilé de PAar,

aifr-dessus de MejTingen, et à Pavai jusque dans les environs de Berne;

de se comjiose des mêmes matr^rianx, et les calcaires et les scliisles

et Gnodelwald, de Lauterbrunnen y sont associés aux granités de la

ksote vallée de Hasle, *pie la Lutscbine éiddeminont n\a pu fournir.

Le dépôt altuvieii d'Intcrlacken n'amait donc pas été exclnsivemenî

hfmè par la Liitschine seule , mais concurrenmient par ce cours d*eau

A far TAar : toutefois avant d'arriver à ce point, ou TAur avait â

lisiieiBer le lac de Brientz dans leqnel elle aurait naturellement de-

poié ses maiénaux, ou ce lac n'existait pas , et il se serait fomié ik>s-

iMMreinent; dans ce dernier cas, la séparation des deux bassins ne

«nU ps» une conséquence de ramoncellement de déjections torren-

teOes postérieures aux dépôts *:lariaires, a la mviw des gorges de

Cuiubli'IUi'ttïA h

WiillcH>iaiU ^ 7mlifU— HriciïU— Tl>iJ>t l'Un

Lauterbrunnen , tandis que dans le premier la réunion de ces déjections d'origine et de nature différentes n'était évidemment possible que sous l'influence du glacier de TAar passant paiMlessus ces bassins profonds, comme les glaciers du Rhin, du Rhône, de la Reuss et de la Lintli ont franchi les lacs de Genève, de Constance, de Wallenstadt, des Quatre-Cantons et de Zimch, poiu* s'étaler au loin et bien au-delà des limites qu'on leur assigne habituellement encore.

Il y a à peine vingt ans que l'on a commencé à étudier sérieusement l'origine des glaciers et à rechercher les preuves de leur passage sur des terrains situés en dehore d'une région hors de laquelle on ne se doutait pas qu'ils fussent jamais sortis ; aussi, à l'aspect des déjections torrentielles , des accumulations des matériaux entraînés par les eaux répandues sur tous les points de la surface de la terre, enfin des bouleversements produits par les rivières sur les dépôts meubles des grandes vallées, il était tout natui*el d'attribuer le transport et la distribution des sables et des galets constituant les comblements ou les revêtements des plans inclinés et des plateaux , soit aux coui's d'eau actuels , soit à des courants extraordinaires.

Pour modifier l'opinion à cet égard, il fallait sans doute de la persévérance et du temps ; mais aujourd'hui on peut espérer et entrevoir la fin prochaine de débats qui ne sauraient se prolonger en présence des faits incontestables, des preuves évidentes recueillis de toutes parts à l'appui de la tliéorie glaciaire et confirmés chaque jour par de nouvelles observations.

Conclusion. H. 46. A l'égard des dépôts de comblement, j'ai la conviction qu'on arrivera à un classement rigoureux dès que l'on voudra , en abandonnant toute idée systématique ou préconçue , s'attacher exclusivement à l'étude de leurs relations et des cai'actères révélant l'action exclusive soit de l'eau, soit de la glace, soit l'action combinée de ces deux causes, dont les effets autrefois n'étaient pas aussi bien connus qu'ils le sont actuellement.

Dans les comblements dont il vient d'être question, j'ai considéré comme des dépôts erratiques formés pendant la période d'extension des anciens glaciers, toutes les nappes superficielles et prefondes des vallées, des plans inclinés ou des plateaux of&ant des dispositions que des courants successifs ou simultanés , faibles ou violents , ordinaires-ou extraordinaires auraient inévitablement troublées ; des séries de dépôts juxtaposés par assises parfaitement dressées, et enfin im mélange de galets arrendis et anguleux et de blocs disséminés dans des masses de

CONGLUi^lUN, 243

OU de menus graviers, et toujoiins associés à la boue glaciaire. Datis les bassins du Rhin , *îii Hh6iio vi de la Lombardie, les com- Ueiiienls offrent la n^onloQ de ces divei-s caractÏTes; et au§si loin qoll m'a èlé possible de les suivre et d'en examiner la sti-ucturc et la oomposidon , j'y ai reconnu des dépôts glaciaires qui se œntimient en tomant les bases sur lesquelles reposent les moraines terminales les plos avancées jusque sons les glaeiers eu activité.

Dans le bassin du KUin , cnmme je Fai dit, les comblemeuls jiu-as-

mquB¥^^ ceux de la Reiiss, de la Linth et du Rhin sont non-seulemenl

et séparés en bandes longiliidinales, mais ils sont l'econ-

par des nappes imiformes provenant de la Forêt-Noire et des

Vosges , qui H"* mt pu s'étaler sur le comblement inférieur qu'au moment

QÛ le glacier alpin , beaucoup plus puissant et touchant le jïied de eha-

ame des deux chaînes parallèles à son coiiî*s , connu encait h m retirer.

Les glaciers du Ballou de Saint^Maïu-ice ont pu seulement aloi"s

aitrâidre les buttes erraticiues de Bàle et y laisser des galets syéni-

lémoin^ de leur développ<*ment snr ce point; laurlis que les

de la Wiese e( de la Kaiider, desrendant du ballon de la

Portt-Noire par denx vallées différentes, purent étaler séparément

leois moraines proJbndes snr le comblement alpin.

DmB le bassin du P6, les nappes sortant des vallées des deu.\ Doires, é» la Stura, de TOrco, de la Sesia , du Tessin , de l'Adda , etc., mirclient parallèlement les imes aux autres en suivant le cours fin Pft tejeié au pied de la colline de Tnrin et se raccordent tontes, ainsi qn^les comblements de la haute Stura, du Tanaro et de la Bormida, î l^extrémité de cette vallée, h un grand plan incliné que l'on ]jeut mm jusqu'à rAdriaiiqnc.

Uimmense glacier qui avait euvalii la Lombardie s'est retiré jus- ^"à la rive gauche de la plaine, où il s'est longtemps arrêté, à en jsfier par les dimensions colossales des mor^iines frontales de Garda , de Game , dti Lac-Majeur, iTIvrée et de Bivoli, élevées par ses prinafllnents^ dont le retour ultérieur n'est indiqué par aucmie séparée et superposée.

Ettftn, dans le bassin du Rhône, les glaciers ont laissé des traces HDmatiui évidentes de leur passage el de leur action, non-seulement ii «mstîltiant des nappes de cailloux développées sur une si vaste fdKUedans la Cran et la Camargue, mais en appliquant conti-e les '^TK» aliniptes des montagnes des revêtements de terre a pisé pro- ^nt de la trituration des calcaires et des marnes des formations

jurassiques et mêlés à des cailloux et à des blocs provenant des ALpes et du Jura ; et le phénomène glaciaire n'a pas été concentré dans le fond ou les parties moyennes des vallées , mais il a atteint les S3mmités les plus élevées >, et par les plateaux et les cols il s'est déverse même vers les bassins de la Loire et de TAllier, séparés de la grande vallée du Rhône par les montagnes de FArdèche. M«»rainc» frontales H. 47. Une partie des moraines latérales et les moraines médiavm ou icrmioaics. gout entraînées par les glaciers jusqu'à leurs escarpements terminaux: chaque bloc atteint à son tour le sommet de la tranche de glace, roule en suivant la pente du talus au pied duquel il s'arrête en formant vrne digue plus ou moins puissante que Ton nomme moraine frontale ow terminale.

Les moraines frontales marquent les stations des glaciers, les poinls où ils sont venus rejeter extérieurement les matériaux dissémin^^ à leurs surfaces, quelques-unes de lem-s limites extérieures ou le^nrî diminutions successives. — Elles constituent des barrages conc==-^ntriques aux extrémités des glaciers ayant ordinairement ime fo^Êcm circulaire, en raison de Taccélération et du mouvement vers le ce^ntri et de l'ablation sur les rives ; elles sont simples ou composées et à ^pc^usieurs étages, suivant qu'elles offrent un bourrelet unique ou "iinc série d'enceintes séparées les unes des autres ou diversement rapwiJn)chées et groupées.

Extérieurement leurs pentes varient en raison de la grosseur & 1 de la forme des matériaux, mais elles sont toujours plus faibles qrx 'intérieurement du côté de la glace. On comprend, en effet, que des blocs roulant sur un talus a b (fig. 6, pL i'S) avec ime vitesse souvent considérable, régulièrement ou par bonds, s'arrêtent plus ou moins loin du talus au fond de la vallée où ils constituent un pren^ier bourrelet c contre lequel viennent s'arrêter d'autres blocs, et qui -» en s'élevaut graduellement, retient les débris moins volumineux et les menus matériaux. Si le glacier se retire, la partie 6 de du revêtem^nl, comprimée pendant un certain temps, s'affaissera dès qu'elle cese*^ d'être soutenue et elle pi-endra un talus d'éboulement d f opposé i ^ ^ d'autant plus incliné que le tassement aura été plus complet et ^^ la base b f sera plus courte ; et généralement les blocs les plus v«:>l^' mineux occuperont la base c et le talus d c; parvenu en arrière ^^ point /"(/î^. 7), le glacier restant de nouveau stationnaire, élèvera "■-^^^

UA. * Non-seulement attiMnl, mais couvert.

airmAJ.NES FllONT VLlvS (Il TEllMlN.U.ES. I'ï5

inaraiuc x ijui loucliom ïa pmmtèrc et recouvrira p.articîlo-

il la {lenle d fei formera une moraine frontale à un ou à phisieiii's

{fifj^ £>), à moins «ju'il ne so soit rotiré à unp distam^e suffisante

que la nouvelle (léje<*tion ne puisse att4?indre la première (fig, 8).

Le sol mis fi découvert entre les moraines a el b {flg. S) est ordhmi'

nvnffil couvert dr blocs que le gla€ier alj;mdonne en se retiram ; mais

«es blocs ^ disséminés on épaj-pillés, selon rexpression admise par

m* ^m CTiiarprntier» n'existeet pas ton joui*s <3ans rinteiTallo dos en-

ceuiles frontales, et ils manquent complélemenl lorsque les moraines

nyeciftcieUes oflrent des laeunes, Uiiidis qu'ils sont trés-nomln-oux el

quand les j^daeiers sont entièrement recouverte de maté-

; liîs mômes drc4jnstances ont aussi une influence directe sur la

ion îles moraines frontales, dont la puissance n'indique pas

exactement la dorée du séjour d'mi glacier sur un point

. puisque dans im même l^mps deux branches do force ê^ale

î\m même glacier élèveront Tune un barrage à peine [lerceptiJjle, et

Tantit^ iine digue colossale, si la première est dégagée et si la sc<xjnde

esl recouverte d'une masse de débris.

Les moraines frontales sont des vmeinles contmms {fig. 42^ pL f3) il oompléLement le fntïit des glaciers et oîTrant une on plucouptiï'es airx passages des torrents et de leui'saJllueïits» ou des iulmions discontinues et partieUes , soit sur les deux rives, soit met IHïoe d'elles, soit vei^s le milieu de la vallée, en raison de la disttJNilinn des moraines superlicieïles, de leur continuité, de leurs ions et de leurs lacunes; en etfet, Itn^ijue les moraines supei"parviennent à se joindre et A s'étaler (s'éparpiller) sur la entier»* d'un glacier (fig. fO). la moraine frontale entoure comllileaieat la traïudie terminale; si les moraines latérales et médianes a*nt séparées, les éboulements ont lieu sur U-ois points diflérents et ànaenl Heu h dcts barrages mdiînenlaires sur les deux rives, au nn- BeuâU formation d'un cône (a fi g. U .n [kj. f4, cl ftg. 16) *pji n'existe fM^tir le frtnit des glaciers simiJÎos dépourvns de moraines méfîianes h' 13); enfin si les moraines latérales vont en diminuant gradnel- Mk?iiI a Pappnjtiie de ro-xtrénuté du glacier on se perdant entièrement -^% U^ dépre-ssions des deux l'ives, la moraine froidaîe iio peut se duire, ou elle existe rl'nn coté seulement, ijnand Tune des lalé- - Mlle se conserve en totalité ou en pai-tie (Juj, if rt 1*y), ' "unvnts qui seiiiap|ient île desscnis les glaciers s'ouvrent un [«liiîiicun* [massages dans les barrages rloid ils entraînent et éialeni

246 (iLACIEliS EN ACTIVITÉ.

les débris sous la forme de cônes de déjection ; et comme leurs sorties n'ont pas toujours lieu sur les mêmes points ^ ils opèrent de nouvelles coupures ou agrandissent les premières chaque fois qu'ils changent de lit ou reviennent dans celui qu'ils avaient momentanément quitté, en laissant çh et là quelques buttes coniques comme des témoins de la continuité première des moraines exposées à leur action destructive.

Au glacier du Rhône {PL 13, fig. 5) on voit plusieurs de ces cônes que les courants parviendront peut-être un jour à faire disparaître, ou qui pourront rester debout si les eaux se rejettent sur les rives ou ne quittent plus le milieu de la vallée ; mais dans leur état actuel ils offrent un exemple d'un morcellement particulier des moraines frontales, des dispositions et des formes que les eaux peuvent leur donner et dont on aurait peine à se rendre compte lorsqu'on les retrouvera dans les anciennes moraines, si j'avais négligé de faire remarquer en passant comment elles se produisent.

Les eaux entraînent facilement les menus débris, les galets, les sables et la boue glaciaire ; mais elles ne peuvent, malgré leur vitesse et leur violence , déplacer les blocs volumineux précipités dans leurs lits et qui souvent les forcent à se frayer une autre issue. Cependant, lorsqu'un torrent glaciaire coule sur une nappe de comblement composée de menus matériaux et qu'il peut facilement entamer, il se produit à l'amont et sur les côtés de ces obstacles des affouillementg dans lesquels les blocs les plus gros glissent, s'enfoncent et finissent môme souvent par disparaître entièrement ; aussi est-on quelquefois surpris de retrouver entièrement dégagé de blocs le lit d'un torrent glaciaire qui en était encombré quelques mois auparavant , et seraiton exposé à s'exagérer la force de ce cours d'eau, si, avant d'admettre un déplacement et un transport des masses volumineuses dont on ne voit plus de traces , on n'avait soin d'examiner la nature du sol sur lequel le torrent exerce son action.^

Les moraines frontales reposent sur les moraines profondes récem-

DÂ. < La voûte du glacier de rUntcr-Âar, par laquelle le torrent sort, varie toutes les aimées.

DA. > En parcourant les Pyrénées en 1847, un naturaliste m'a fait voir un bloc erratique monstre qui a été transporté, disait -il, Tannée passée par le torrent k une dislance de quelques cents mètres, sur un terrain de faible pente : il se trouvait sur rhe droite. Ce bloc n*était nullement écorné, parfaitement anguleux, à arêtes vives, et encore en partie engagé dans la moraine profonde. Les oaux avaient dégage les matériaoi qui Tcntouraiont. Beaucoup do blocs dits transportés parles eaux se trouvent dans le mémo cas.

MORAINES FUUNTALKS (Il TliKMlNALES, 2il

îOii anciennement abandminéet? par les glaciei's et constituant la ptoaièie couche ou la base des leiTaiiis superficiel», sur laquelle s*étaleni les autres dépols eïraîifjues, alluviem et délntiques douî nous mllons bientôt reciiercher les caractères essenliels et les limites.

La séparation entre les mor^iines profondes et fit)ntales est lonjoui's visUe, puisque celles-ci se relèvent à la surface des premières et oBtaDl «les reliefs ilunl les talus opposés se dessinent nettement sur la «orfoce de ces plans inclinés etréguliei-s, même fjuand les blocs éparptUés masquent les bases de ces talus,

Les moraines frontales oDrenl un mélange de blocs arrondis et mgnleux , de sables, de galets frottés et striés et de boue glaciaireprovenani de moraines superficielles et profondes dans lesquelles on a vu des blocs, des galets armndis, polis et striés, s'associer a des dans anguleux répandus a la surlace des glaciei^s et maintenus pendant toute la durée de leurs trajets hors des atteintes de Faction glacisure cm enfouis dans les naïqws inférieures ; aussi les barrages élevés aux extrémités des glaciers ou toutes ces moraines viennent tomber et se confondre, doivent-Us otMr la réunion des matériaux bruts ou ISi^^gyntiAi et des détritus dont ces moraines se composent, aussi bien «|ae des blocs arrondis ou anguleux accidentellement engagés et munlGiius dans la glace jusqu'aux tranches terminales.

Le mélange des matériaux des moraines profondes a la base des iDoranies frontales est un fait ipu se prodm't accidentellement, mais tell oo voit cependant d'assez nombreux exemples. Ainsi, loi'sque ém tàoes volumineux a a a {FL i5, fig. 48)^ rejetés au pied d'un glalicr en voie de progression, sont poussés eu avant, ils ne sauraient ^iiier à la siurface de Ja moraine profonde com[)osée de matériaux qai peuvent facilement se déplacer, sans y creuser un sillon plus nu ■onift profond dans lequel leur base s'engage insensiblement ; dans «eioonditîans, pi^essés à Tamont par le glacier et retenus à Taval par li Ifsnelie superficielle de la moraine, la force motrice lenqïorlant onnilérablemeni sur la résistance, ils ne peuvent rester stationnairos; ik avancent en refrnûant une pirtion de la napjie sous forme de boiir- , iriel ^, incorporé h la moraine frontale sous les blocs et les matériaux #âmilewent {fuj. f 5). Si ces blocs sont fissurés et n'ont pas une solide siifltsimte j)Our résister aux etforts des pressions qu'ils subissent, te» €© cas, ils ne tardeiU pas à se briser; dans le i-as contraire, F^^prinmr du bdunvlet et ta résislauce augmentant graduellemeiu, çbrîi*r llfrit par les franchir et tes eofoneeî' ilans te comblement

inférieur où ils disi)arais8ent et restent stationnaires ; le bourrelet accifîentellement formô est nivelé , la moraine frontale est repousséo en avant et la moraine profonde repi*cnd sa régularité.

Une moraine frontale peut être quelcpjefois presque exclusivement composée de matériaux fournis par la moraine profonde. Aux extrémités des petits glaciers suspendus, dépourvus de moraines médianes, on obseiTe des moraines terminales de formes particulières, alimentées en totalité ou en très-grande partie par les débris des nappes inférieures, comme on peut le voir au glacier du Trift antérieur, aux glaciei-s supérieurs du Rliône et dans un grand nombre de localités. Les détritus, les sables, la boue, les galets et les blocs élaborés sous les glaciei's poussés en avant jusqu'à la tranche terminale a (fig, 4, pL 14)^ roulent sur le plan incliné abc aussitôt qu'ils ne sont plus maintenus parla glace, principalement pendant Tété, quand l'ablation est considérable et qu'elle l'emporte sur la progression, et ils constituent sur le plan incliné une moraine frontale sous forme de nappe d'éboulement.

Si le glacier est à plusieurs étages abc {PL 14, fig, 2), la moraine frontale du cône terminal c formera un bourrelet circulaire d constitué comme dans le cas précédent par les matériaux provenant de la mondne profonde, seuls ou mélangés à des débris anguleux, s'il en existe sur les rives ou sur la surface du glacier dans le cirque supérieur.

Les moraines frontales n'aifectent donc pas invariablement la forme tle barrages circulaires disposés concentriquement aux pentes terminales des glaciers ; mais on les trouve disposées en nappe ou en cônes d'éboulement, en cônes produits par des érosions latérales, dans le fond des vallées aussi bien que sur les lianes des montagnes , ainsi que je vais l'indiquer dans le chapitre suivant. Nappes il cours H. 48. IjCs masses minérales exposées à Taction des agents des- (rebouicmcni. tructcui-s éprouvent des dégradations continuelles ; les eaux , soit à l'état de liquide, soit à l'état de glace, détrempent les parties molles de certains terrains, favorisent la désagrégation des roches fissurées, corrodent et sapent les bases sur lesquelles reposent des amas de matériaux ou des rochers qui, laissés en surplond),«ne tardent pas à s'affaisser, tombent et se précipitent vers le fond des vallées, en laissant sur les flancs des montagnes des ruines épai-ses , traces de leiuchute et de leur passage.

Lorsque des masses de débris tombent tout-à-coup sur nu terrain dont les pentes sont trr's-faibh^s , elles s'y arrêtent dans le plus grand

NAPPES ET CÔNES tl'ÉïiUULEMENT. 24t)

âfacndrB, el elles forment des acciimulatioiis extrômemeiil inV'^ulières;

mais Ii>rsquo ces débris oiiL à paî*i:oiirir entre leiu^ poinl de doparl

el celui où ils s'arrôtenl une certaine distance sur des plans snilL-

^ammenl inclinés, leur triage s^opère et ils se classent et se déiMjsent

dans un certaÎQ oixire ; les blocs les plus gros occnpent le fond des

acyq molations qu'ils atteignent en se précipitaût avec tonte la violence

que des penUîS de 30 à 35 degrés et plus leur permettent d*aequêrir;

ils forment comme toutes les maUères rejetées en remblais, à partir

d'un seul ou de phisieiii-s iwiints, tantôt des amas tmiqaes dont le

jommel regarde rescaqje nient, tantôt des nappes qui se terminent dans

le kmû des vallées par des bourrelets souvent élevés et composés des

les plus gros.

Les arêtes des t;Uus d'éiioulement sont toujours rectili^mes jus^fuo

loul [très de leur pied, oô elles présentent des renllenieiits d'autant

fbm piDnoucés que la destructiou de la masse sopi^rieure marche

plus d'activité, quVrlle a duré plus longtemps et (pie le nombre

«les blocs volumineux est plus considérable.

L^lndinaison de ces arêtes varie suivant la nainre des matériaux qui oui ser\4 à former les talus; elle est moins grande dans les ébouts de roches calcaires ou marneuses, de grès argileux, de sables €l de galels^ ou elle dépasse rarement ÎG^ 34\ c'est-à-dire une hau- U?ar moitié de la base des talus ; tandis que dans les élx>ulements de mches granitiques elle atteint un maximum de 35% soit en hauteur k»7/i^** de la base; ce qui est parlai temenl dacconl avec ce que Texpmence a démontré, que l'inclinaison d'un ialm est (Vaufant plus forte ^«e Uê miitériaujc dont il se coinpose sont moins friabies,

TonUitoi^ les pentes ^ c {fifj. 5, pi. /4) de c^s talus se moditîeiit

i«\luiiiirexùeiit vers leurs parties iiilêrieures et moyennes, aussitôt

qœ leur bourrelet terminal a a acijuis une cei'tnine élévation ; elles

lOMleill alors à atteindre une jimite d'inclinaison mimmum adfi[in per-

nelA la fois aux matirrcs rejetées d'acquérir de la statàlitê et a la

icgjêtaiicKi de s'y développer et de les rec^:Mivrir niéni(* entièrement,

G*& éijonlements olVrent des débris phis on moins voluminetix, des

ikArttiis pnj venant de VecnLsemenf un île la dvcoinposition des rochers,

4ei fragmenls el des blrx^s toujours anguleux, dont les angles vifs et

Inlao» raboteuses portent les traces des chocs et tles frottements que

<w tnat^riaux ont subis dans leur chute ou pendant le trajet qu'ils ont

fiftutiru; mais ils n'olh'entyV/i/rfn'A eus Ibrmes arnuidieSj ces surfaces

ftJ&Cf qn& les Idoes Sduniis ù r.'iiliun jjilaciain* seuls ]j*.'nveat ac«iuérir.

Cependant , lorsqu'un bloc glisse , sa surface flottante peut se dresser, même se recouvrir de stries, que l'œil un peu e;tercé distingue facilement du poli et des stries donnés par les glaciers , le trajet parcouni étant ordinairement assez court et le temps pendant lequel il s'accomplit trop restreint pour que le poli soit parfait et que toutes les aspérités disparaissent ; les stries sont courtes, peu profondes, discontinues, saccadées , elles s'entrecroisent brusquement si le bloc vient à osciller et elles ne paraissent que sur les blocs calcaires ou de roches tendres glissant sur des plans inclinés recouverts d'aspérités; enfin la surface accidentellement frottée et pailiellement dressée a un aspect mat, sec et poudreux bien différent de l'éclat des surfaces polies lentement par les glaciers et avec l'aide de cet émeri si fin que forme la boue glaciaire imbibée d'eau. ^

Souvent aussi les rochers sur lesquels des avalanches de débris s écoulent incessamment ou périodiquement se polissent et se couvrent de stries, et leur poli à la longue prend im certain éclat, mais dans ce cas encore on en comprend immédiatement la cause ; en effet , on voit inférieurement les amas de décombres, la route qu'ils ont suivie et qu'ils ne cesseront de suivre, enfin les stries dirigées parallèlement, sans entrecroisements aucuns de haut en bas , suivant la ligne de la plus grande pente, et tandis que les stries glaciaires sont ascendantes ou parallèles à la surface des glaciers et transversales aux stries de gUssement , aux siu'faces accidentellement frottées au passage des oboulements.

Les nappes et les cônes d'éboulement ne sont pas toujours et exclusivement aUmentéB par les débris des roches désagrégées tombant des cîmes ou des flancs des montagnes jusque dans le fond des vallées; mais les moraines superficielles fournissent aussi des matériaux qui viennent s'y ajouter ou constituent des accumulations séparées et distinctes (comme je l'ai indiqué déjà) 2, et l'on trouve des dépôts anciens et modernes produits par l'accumulation de débris : 1" des masses minérales désagrégées sous l'influence des agents atmosphériques ; 2° rejetées par les glaciei*s anciens et actuels ; 3® enfin par les deux causes agissant soit simultanément, soit successivement.

DA. < Dans la vallée d'Im-Hof (vallée de Haslc) on voit sur la rive droite de l'Aar un grand bloc calcaire qui a glissé , il y a longtemps depuis celte époque , sur la paroi droite (lui encaisse la vallée ; sa surface a une multitude de stries saccadées.

11. * H. HoffArd. Observations sur les nappes et cûnes d'élxmlemenf , etc; Bultt'tin fie la Société géologique de Frafice: V série, T. VII, p. 186.

NAPPES ET CÔNES d'ÉBOULEMENT.. 251

Ainsi, lorsqu^un glacier vient se terminer au sommet d'un escarpement, d'un talus trës-incliné ou d'un couloir à pente rapide, les débris qu'il rejette ne peuvent se maintenir au pourtour de sa tranche terminale ; ils tombent et roulent jusqu'à ce qu'ils rencontrent un repos du terrain sur lequel ils puissent s'arrêter et s'accumuler, et la moraine frontale prend alors la forme d'un cône ou d'une nappe d'éboulement.

J'ai déjà parlé des moraines frontales formées exclusivement ou à peu prés aux dépens des moraines profondes, lorsque les glaciers sont dépourvus de moraines superficielles et surtout de moraines médianes, et j*ai dté comme exemple les déjections du glacier de Trift antérieur et des glaciers suspendus du Rhône disposés en larges nappes sur les plans inclinés que dominent ces glaciers. Mais lorsque ces déjections ne peuvent se répandre, et quand elles sont ramenées par les prîtes latérales d'un couloir jusque dans une coupure étroite, sorte de gouht d'écoulement , elles constituent des cônes d'éboulement a arêtes r^nlières et à bourrelets terminaux plus ou moins pronon- «-és. Les moraines du glacier du Frêne , sur la rive gauche et près de reatrémîlé du glacier du Miage , celles de divers glaciers de la vallée ^ Hasle et notanmient des branches de Nœgelisgrsetly sur la rive droîle, à l'entrée du cirque de Rœtehchs-Boden, sont dans ce cas. Dans cette dernière localité la nappe profonde, occupant toute l'étendue •tu cirque, est recouverte à son extrémité sur la rive gauche et jus- •ri'au passage de l'Aar par une ancienne digue terminale a a (fig. 4 €t S, pi, #4), dont la courbure est tournée vers l'aval ; à droite , au bas <!es couloirs qui dominent les branches d'un glacier suspendu, ou ipeiroit deux moraines terminales b b ayant la forme de cônes d'éboudément. mais dont les blocs et les galets arrondis, poUs et mêlés à la tfioe glaciaire, permettraient de distinguer et de reconnaître l'origine, {oand bien môme le glacier qui les produit actuellement sous nos ^f>xa, viendrait à disparaître.

Ainsi, dans la même vallée, un peu au-dessus de la Handeck, sur -i rive gauche de l'Aar, ou observe deux cônes d'éboulement ayant 'i>rieiir»nent les mêmes formes et les mêmes dispositions : le preluer *îst un cône constitué par des matériaux glaciaires , une moraine >fmiiiale semblable à celle dont il vient d'être question ; tandis que r "WTond est formé de blocs et de matériaux anguleux pi-ovenant des ïD^ T^npérieures et de" chutes successives de leurs débris; les cou- «iTpj prmlnites par les eaux coulant oonliniiellemenl sur le premier.

accidentellement et par intermittence sur le second, laissent apercevoir la structui'e intérieure de ces dépôts et les formes de leui*8 matériaux, que révèlent d'ailleurs les dispositions extérieures, les blocs disséminés h leurs surfaces ou accumulés à leurs pieds; aussi, quand même le glacier suspendu k Tamont du premier viendrait à disparaître, leurs caractères tranchés suffiraient pour indiquer une origine différente.

Quand les glaciers ne sont pas encaissés et lorsqu'ils s'avancent sur des proéminences qu'ils dominent, leurs moraines superficielles n'étant pas maintenues peuvent se déverser de côté et former des cônes et des nappes. Ainsi, en avant de Randa, dans la vallée de Saint-Nicolas (à l'aval de Zermatt) , le long de la rive droite du glacier descendant du Weissliom , on observe plusieurs cônes produits par le déversement, un cône ou moraine terminale remaniée par les eaux sortant du glacier, des éboulements de roches désagrégées, et enfin le grand cône sur lequel Randa est bâtie , déjection torrentielle formée par les eaux aux dépens des glaciei's anciens et actuels de la rive droite de la vallée. Sur la rive droite de l'un des afiluents du glacier d'Aletsch la moraine latérale constitue ime immense nappe d'éboulement; au révère du Mont-Cervin, au haut de la vallée de Val-Toumanche , un glacier remanié recouvre entièrement une proéminence qu'il domine (le nappes uniformément répandues sur les deux rives et sur son front {PL 17,fig,1ct2).

Enfin les moraines latérales constituent souvent des digues élevées, (les barrages transversaux circulaires ou en hgnes obUques, et quelquefois même elles ont les dispositions et l'aspect de moraines frontales. Ainsi la moraine latérale droite du glacier du Miage est une digue élevée placée d'abord transversalement d'une rive à l'autre à la sortie du passage des Aiguilles- Rouges , puis , après avoir donné naissance au lac Conibale, dont elle retient les eaux, elle marche parallèlement à la vallée que la moraine latérale droite du glacier de la Bien va, délx)uchant un peu plus à l'aval, traverse de nouveau obli(|uement et fermera peut-être un jour entièrement.

Lorequ'un glacier éprouve une déviation latérale, qu'il s'épanche en se ramifiant en quelque sorto dans un pli du terrain , sa moraine on contourne les rives ; mais si le passage n'est pas fermé , s'il aboutit soit à un plateau, soit à un col que la glace puisse atteindre, la moraines latérale élevée à l'extrèinilé de cette branche accidentelle dn jilacior constitue une enceinte circulaire à un (ju h plusieurs ot^iges et

NAPPES ET CÔNES D^ltBOtLENENT. ^^^^^

ayant les dispositkMis, les formes et le caractono triim^ vi^nUi^le nH>raine finnntale. LeocdMaeijelen, entre les glaciers de Vicschot trAlotsch» esi recouvert par une semblable moraine (PL 47, fig. 8) fomuV à uno époque reculée, quand ce dernier glacier occupait encore romplaiMv ment du lac actuel ; ici on n'éprouve aucune difRculté A s'explùiuor de quelle manière les choses se sont passées, puisqxio Ton \*oit A uno trê&-faible distance de cette accumulation la cause qui seuh^ a \\\\ In produire, le glacier en voie de progression et tendant sur tous hm points à franchir ses limites et à accomplir de nouvimux envahinsoments ; mais si le glacier avait disparu ou s'étiiit retint i\ uno li*t»Hgrande distance du col, Texplication serait beaucoup moins Tacilo; aussi pour l'intelligence de faits identiques observés dans dos («ontn^cm où ces glaciers ne sauraient plus exister aujourd'hui *, ai-je cm dovolr indiquer les dispositions diverses que prennent les moraincm danH certaines circonstances exceptionnelles et noter tout parliciilirrrninnl. le barrage circulaire dominant le col et le lac M(urjolon, et dont on trouvera plus loin des coupes et des croquis.

En résumé, les rochers se décomposent, se désagrègent el so diviHonl

en fragments plus ou moins volumineux qui tomiient inrtesanunonl (!l

se répandent à la surface du sol ou des glaciers, sous fonnosde napfKift

ou de cônes d'éboulement. Ces avalanches de piorn^s et do détritiiM

constituent les moraines superficielles latérales, profondes ou ierminalen,

des revêtements sur les plans inclinés ou dans les fonds des vallées,

des comblements exécutés par les glaciers ou ]iar hm torrents, des

nappes, des cônes et des dépôts de sédiment; enfin les (Up/jfs mperfi-

ciels déirUiques, Muviens et erratiques, se ajim{ios^;nt des débris ;irra'

chés aux diverses formations instituant ïinutvrj; wA'uU: du gloN*,

contre lesquelles les éléments semblent cjfm'junm ; d^.'S niin^^ rj^iU-

nuelles, déienninées principalement [lar Teau et la gi'^'^-'i ^'^ dinix

puissants agents de destruction et ^ie n^constniction , atta/fi jant le^i

masses minérales et leur enlevant incess^imment Um él/rrri/^ifs de

umeaux dépôts soos lesqueb ces masses se tronv^mt #msiiiU; ttHiiiï-

tirement coosenrées ou temporairement prés^rrré^.-s. Kt les dïnf0fniiêfrt9%

de œs dépôts, les fosmes ou la distriJMitkm de lenm mnU^Hfix v^yri^nf .

comme on l'a vu , en raisoD des dr»y>nslaiKe$i fUtWi lev|n^J)e^ îl^ ^'

prridiiÎMnt, il sera possiUe. je l'esp^^re, de re#yjirmaare j,^ry/»i U^ t^r-

nint superficiels, anciens, ré^^ntsetartri^l». /r/tnx quri vr vyri> Pfruf^'^

254 GLACIEBS EN ACTIVITÉ.

sans le concoui's de Teau ou de la glace , ceux qui ont eu lieu sous l'influence exclusive de Tune ou de l'autre; enfin (^ux qui résultent de l'action combinée de c^s deux causes agissant soit successivement, soit simultanément.

DisiribnUon des ma- H. 49. On ne donnait autrefois la dénomination d'erratiques qu'aux tériaax erraUques. bjocs rejetés SUT les rives des glaciers ou à leurs extrémités , isolément ou par groupes; mais aujourd'hui on l'applique indistinctement à toutes les accumulations, à tous les dépôts, moraines latérales, terminales ou profondes exécutés par les glaciers , et même aux galets , pour les distinguer des nccumulations allu viennes et des cailloux transportés par les eaux. Je poiurai donc en faire usage à l'avenir. Déjecuonsdestor- H. 50. Les déjections des tori'euts, les amas de sables et de galets rcntectmatériattxre- transportés OU remaniés par des courants diffèrent essentiellement

maniés et transportés , , ^ . , , «

par les torrents. ^^ dépôts erratiques, non-seulement par leurs formes extérieures, mais encore sous le rapport de la distribution intérieure de leurs éléments cx)nstitutifs.

Dansime déjection torrentielle, dans ime accumulation alluvienne, si les matériaux se distribuent et se classent suivant un certain ordre, en raison dé leurs volumes, leur triage par espèces minérales n*a jamais lieu , et quelle que soit leur provenance , ils se disséminent indistinctement dans toutes les parties de ces amas. Aussi un torrent alimenté par un certain nombre d'affluents et dégorgeant dans une Cône de déjecUon. vallée, y élèvera-t-il un cône de déjection dans lequel on retrouvera, dans le plus grand désordre , une collection complète de débris de toutes les espèces minérales enlevées aux roches de la vallée principale et de tous les vallons secondaires roulant pôle-môle dans toute l'étendue du goulot d'écoulement.

Transportdcsmaté- H. 51. Mais cette confusion inévitable dans le lit d'un courant

riam par les glaciers, pj^g ^^ moins rapide n'existe pas dans les dépôts erratiques, dont les matériaux sont distribués dans un ordre qui n'est que très-exceptionnellement troublé et que l'on remarque surtout lorsqu'on y rencontré des roches d'espèces parfaitement distinctes provenant de gisements séparés.

Si l'on se rappelle les observations qui précèdent sur la formation des moraines superficielles et sur leur régime , on comprendra facilement que les débris provenant des montagnes bordant un bassin et tombant sur les rives d'un glacier y constituent de longs convois de matériaux qui restent séparés, indépendants, ou qui se réunissent et se mélangent dans des circonstances données.

TBANSPORT DES MATÉRIAUX PAB LES GLACIERS. 2S5

Sur un glacier simple ^ ei dépourru de moraine médiane, en sup- {losant que les fnormnes kuérales s'éparpillent ou s'étalent de manière à recouTTir entièrement sa surface, elles ne resteront pas moins netlemeni séparées, ou s'il y a mélan<:e de leurs matériaux, ce mélange n'aura lieu que très-partiellement, et à leur point de contact seulement. Si donc ce glacier est recouvert à droite de débris granitiques et a gancfae de schistes, de calcaire ou de serpentine, la moraine terminale sera à droite exclusivement de granit, tandis qu'à gauche elle renfermera exclusivement soit des schistes , soit du calcaire , soit de la serpentine , soit enfin les uns et les autres, s'ils sont réunis dans la moraine latérale, mais séparément et dans Tordre suivant lequel ils âeroot parvenus sur la rive ; enfin, si le glacier a une moraine médiane 9 on observera : 1* dans le cas où cette moraine resterait séparée des rives jusqu'à la tranche terminale, un barrage frontal composé à droite et à gauche des débris provenant des deux rives , au milieu on mélange de matériaux fournis par les afiluents ; 2* dans le cas où la tmoraine médiane s'étalerait jusqu'à l'un des bords , comme an ^acîer de ITTnter-Âar >, une moraine frontale alimentée en partie par I^une des latérales, et pour le surplus soit par la réunion des molatérale ei médiane, soit par cette dernière seule : cela est évi- •isu . înoonlestable.

Avant ÎSU on savait déjà que le terrain erratique alpin était divisé & mt certain nombre de bauins erratiques dont les limites restaient ^miemrmt distinctes; mais on n'avait pas encore constaté l'ordre de il iv^artiDan des roches diverses qui s'y rencontrent toujours régu- IjcmziexU groupées, lorsque M. «Say^t, après s'être livré à cet égard i îes' recberches suivies, est venu, vers la fin de cette même année, x£zmuzaiqoer à la Société des sciences naturelles de \euchiUel ses réei ses observations , et faiie connaître la loi suivant laquelle la des matériaux erratiques a eu lieu autrefois et continue : a se Caire aujourd'hui dans les plaines aussi bien que dans les ^vaOées.»

•jt&t WÂ. suivant les expressions de ce savant, est en tous points a œUe qui préside à l'arrangement des moraines sur les

■i llMkr fâ ■*! pas d*aatres affluents, les moraines latérales sVparpîllent

hL ' Lé liKwr et rCiter-Aar, qui est composé de plusieurs affluents.

t * -Vat mr La éuMèmtkm des espèces de roches dans le bnssm rrrafiqme i^m

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