TEMPÉRATURE DE LA XEIGE
la nuit, loi-squo le temps est claii*, dans toutes les saisons de Tannée. Cette congélation n'est que superficielle sur les glaciei's élevés seulement de 900 ou de 1000 toises (1950") au-dessus de la mer; mais à la hauteur de 1200 toises (2340") et au-dessus, la neige se durcit à la profondeur de plusieurs pouces : il se forme ainsi à sa surface une cro'ite assez solide pour porter des hommes. Sous cette croûte gelée la neige demeure à 0® ou au terme de la congélation; je l'ai sondée dans le voisinage du Col-du-Géant jusqu'à la profondeur de 12 pieds 4"), et je l'ai constanunent trouvée à ce terme.
Je croyai donc que la congélation de la surface venait du froid de Tair extérieur, et je fus bien étonné quand je vis sur le Col-du-Géant les neiges voisines de notre arôte conunencer à se geler le soir dès que le soleil cessait de les réchauffer, quoique l'air extérieur fi\t encore à 2 (-J- 2*,5c) et môme à 3 degi-és (+ 3",7c) au-dessus du terme de la congélation.»
Je pensai d'abord que notre arôte de rocher, quelqu'étroite qu'elle fût, communiquait à Tair qui reposait sur elle une chaleur supérieure à celle de l'air qui était directement au-dessus de la neige; niais l'expérience prouva l'insuffisance de cette explication.
En effet, le 12 de juillet je fixai trois thermomètres semblables et à houle nue au-dessus de la neige du glacier d'Entrèves; le premier à vingt pouces, le second à une ligne, et le troisième en contact avec la surface môme de la neige. A dix heui*es et im quart du soir, je tn.>uvai le premier thermomètre à + 1®,8 (+ 2°,2c) exactement conune relui qui était habituellement en expérience au-dessus de l'arôte; d'où il suivait que cette arôte n'influait nullement sur la température <ln thermomètre suspendu à 4 pieds au-dessus d'elle ; le second thermomètre, situé à ime ligne de la neige était àO°, et le troisième, cehii tini louchait la neige , à — 0°,2 ( — 0",25 c), ou à deux dixièmes de degré ai!-ilessous de la rx)ngélation ; effectivement la neige était couverte dune croiMc gelée, épaisse de 2 ou de 3 lignes : sous cette croûte la neige était à 0® et nullement gelée.
Mais voici un fait bien plus remarquable. Un grand bloc de granit
DA ' .Non-seulement la neige imbibée (Veau , mais Teau se gèlera par 4" d'air ambiant •N.rtiKit en hautes régitms), soit par rayonnement noetume, soit par une atmosphère 4'uor très- faible humidité relative, ou par 4" d'air ambiant, le point de rosée étant a là, et même plus bas. Dans les circonstances indiquées par m. deHaaiMiare, le l^^^bruiDêtre , soit la boule mouillée du thermomètre , eût été couverte d'une couche de w> ^oi en est la démonstration évidente.
20 GLACIERS EX GÉNICRVL.
reposait enti*e nos deux tentes sur le milieu de Tarôte. lioreque le soleil éclairait cette pierre, nos guides avaient soin de jeter de la neige sur une de ces faces qui était en pente du côté du SE, et Teau (pii distillait de cette neige, à mesure qu'elle se fondait, était recueillie» par des sceaux placés au bas de la pierre : c'était là notice fontaine ; nous n'avons pas bu d'autre eau pendant notre séjour sur le Col-du- Géant. Le 17 juillet, à 8 heures du soir, je venais d'obseiTcr le thermomètre en plein air; je l'avais trouvé à 2^,75 au-dessus de 0" (+ 3°,44c) , et en passant auprès de cette pierre, je portai par hasanl la main sur une pelote de neige de la grosseur d'un œuf qui était restée sur la pierre; quel ne fut pas mon étonnement de trouver (M?ttc neige gelée h sa surface , tandis que le granit semblait devoir conseiTer encore une partie de la chaleur que le soleil lui avait imprimée. Je résolus sur-le-champ de constater avec précision toutes les circonstances de ce singuhcr phénomène. Je pris de la neige qui n'était point gelée, j'en fis une pelote de la grosseur d'ime pomme ; je nichai à son centre la boule d'un thermomètre et je posai cette pelote surla pierre : je posai un second thermomètre en contact avec la surface extérieure de la boule de neige; un troisième en contact avec la pierre dans un endroit où elle était sèche , et un quatrième à un pouce de distance de cette pierre. Tout cela fut ajusté à 10 heures 45 minutes. Un peu après 1 1 heures je trouvai le thermomètre dont la boule était au centre de la pelote de neige et celui qui la tou(!liait extérieurement , tous deux à 0*» , et la neige n'était jKDint gelée ; les autres thermomètres étaient tous deux à + 1",8 (+ 2*,2c). Mais à minuit et 25 minutes, le thermomètre au centre de la pelote de neige étant toujours k 0**, celui qui la touchait par dehoi's était à — 0",1 ( — 0°,2c); aussi toute la surface extérieure de cette pelote étalt-ëllo gelée. Les deux autres thermomètres étaient à + 1®,2 (+ l,"5c) , ot le thermomètre en plein air h + 1",1 (+ 1",4 c). J'avais placé sur la pien*e et h côté de la boule de neige une petite éix)nge, légèrement imbibée d'eau. Lorsque la neige fut gelée, la surface de l'éponge commençait aussi à se geler, mais seidement dans sa partie snpérieui*e. L'expérience de cette éponge n'est pas la seule qui nous ait prouvé que ce froid superficiel n'était pas propre exclusivement à la neige. Car nous avons mi constamment la surface de l'eau contenue dans des sceaux exposés à l'air , et nos tentes , lorsqu'elles avaient été mouillées, et des linges mouillés que je tenais à dessein en expoj-ience se geler lors(]ue le thennomètre en plein air était enc^)^ d'un
TËMPÉRATUhK 1)£ L.V NEIGE. 21
et même de 2 degrés (+ 1*,2 c et + 2*,5c) au-dessus de 0*. En cela, de même qu'à ditîérents autres égards, ces observations différent de celles qu'a faites M. HTUmb sur le froid superficiel de la neige (Philos. Trans.^ vol. 70 et 71). Mais la comparaison de ces phénomènes et la discussion des causes auxquelles on peut les attribuer exigent plus de développement qu'on ne peut leur en donner ici. J'ajouterai seulement qu'à Genève, depuis mon retour, j'ai tendu horizontalement, à l'ombre et dans des situations semblables, deux linges, l'un sec et lautre mouillé. Un thermomètre couché sur le linge mouillé s'est tenu d'un degré (1",2 c), et môme quelquefois d'un degré et im quart 1^ 1 *,5 c ) plus bas que celui qui reposait sur le linge sec. L'air extérieur était à 2 degrés au-dessus de 0* (-(- 2*,5c) , et le linge ne gela pas ; mais je ne doute pas qu'il n'eût gelé si le thermomètre n'eût été qu'à 1 degré. Le froid produit dans cette expérience est bien certainement l'effet de l'évaporation ; et si ce froid est moins grand dans la plaine, c'est que l'évaporation y est aussi moins considérable. ^
La croûte gelée qui recouvre les neiges est sans doute plus épaisse en hiver qu'en été; je ne crois cependant pas qu'elle ait plus de dix jKÎeds (3*,2) d'épaisseur; et je suis persuadé qu'au-delà de cette profondeur les neiges demeurent tendres, et, comme en été, au terme de la congélation. En effet, si l'on adopte le principe que j'ai posé éàns' l'article précédent : que la différence entre la température des plaines et celles des hautes montagnes n'est en hiver que les deux tiers de ce qu'elle est en été, on verra que, puisque la température moyenne du Col-du-Créant n'est en été que de 15 degrés (19^,0 c) plus froide que celle de Genève, elle ne le sera que de 10 en hiver (12 •,0 c). .\iusi comme nos plus grands froids n'excèdent guère 15 degrés :— 19*,0c) au-dessous de 0**, ceux du Col n'excéderaient guère 25 —31 •,0c), et ceux de la cime du Mont-Blanc 30 ou 31 ( — 37**,5c ou — 39*.0 c) ; ce qui est im peu moins que les plus grands froids de Saint- Pétersbourg. Or, puisqu'à la baie d'Hudson, dont le climat est beau- •oup plus froid que celui de Saint-Pétersbourg, la terre ne gèle qu'à Upnjfondeur de 16 pieds anglais, environ 15 pieds de Franco (4'",8); •m ne s'écartera pas beaucoup de la vérité en supposant que, sur les hautes cîmes des Alpes, la neige ne gèle en hiver qu'à 10 pieds (3-,2) de pro-
bA. * £d vnUmnDi lai boule du themiomi'trc d'éttiffe ou de papier non rollé mouillé (p.s>rton«ikrin*/ , on \cm Tort souvent cette étoiïe gelée et lu boule m>c1ic d'un autre thenuo- ■rirt a plusîfu^^ degrés au-dessus de zéro. — Le rayonnement nocturne, par un /énitli '«^■•uttTt et par ralmc pl;it en haute région exerce une grande action.
2? (.L.\CIK1<8 EN GÉNÉRAL.
fondeur'; suitoul si Ton considère (jiie la neige se laisse pénéti'cr par le froid plus dilïlcilemenl que la terre.
Ces considérations confirment ce que j'ai avancé dans le chapitre sur les glacici-s (Voyages dans les Alpes, T. I), que le fond des calottes de neige dont les hautes cimes sont chargées est encore de la neige et non point de la glace.» Mais jV joindrai aujourd'hui cette restriction, c'est qu'il peut y avoir et qu'il y a effe(!tivement de la glace sur les bords des escarjH*nients et des crevasses par où l'air extérieur peut pénétrer. J'en ai vu la preuve en allant au Mont-Blanc. Les neiges épaisses qui reposent sur des jjentes médiocrement rapides contractent des fentes qui s(* coupent à angles droits et qui divisent les neiges en gi'ands blocs de fonne rectangulaire. Souvent ces blocs sont si régidiers qu'on les dirait taillés au ciseau. Les gens de Chamounix les nomment alore semrs. des scrès ou séracs, du nom d'une espèce de fremage compacte que l'on retire du petit lait (sérum), et auquel on donne aussi ime forme rectangulaire. Ces séracs, rangés en ordre conmie des gabions sur le boixl de l'escarpement du Dôme-du-Gouté, présentaient l'aspect le plus extraordinaire, et il s'en détachait de temps en temps qui roulaient jusqu'au bas et qui couvraient de leui's débris la route (pie nous suivions. J'eus là la facilité de les observer de près. Ils sont comi)osés de couches parrallèles; c^s couches marquent les années, et sont d'autant plus minces qu'elles sont plus anciennes. Les supérieures n'ont point de consistance, parce qu'elles ne peuvent pas retenir la quantité d'eau nécessaire pour lier leui-s parties ; mais elles de\^ennent graduellement plus compactes, et celles du fond ont réellement la consistance de la glace , parce qu'après avoir été imbibées d'eau par la fonte des neiges sui)érieures, l'air qui les entoure a donné au froid extérieur un accès sulTisant pour les geler. Du haut du Col-du-Géanl on voit aussi ime quantité de ces sérac^s, et surtout à la surface du glacier du Mont-Fréti.
I)A. • En mars 18G2 j'ai fait un sôjour de quatre jours au FauUtorn 2(i8:r altitude) : mes guides, sous ma direction, ont foncé un puits à travers la neige qui couvrait le petit glacier du Faulhom. A 6" de profondeur nous avons atteint la surface, du glacier. La surface de la neige était ^ zéro, et à 5"* de profondeur — T^b c.
DA. « Ijat neige et les nevés couvrent les glaciers temporairement partout, à toutes les altitudes. En très-hautes régions ces couvertures temporaires sont plus persistantes , mais le fond de ces calottes, c'est de la glace de glacier. Les années 18(>1 et 18C2 l'ont prouvé U tous ceux qui ont fait des ascensions. Les nevés et les neiges qui couvraient les glaciers temporairement avaient dispani par fusion pn*sque partout en très - hautes régions.
PUiTEAU DU GL.\CI£R. * 23
S. 652. En côtoyant le glacier des Buissons (Chamoimix) on a le *^*»^'* pyraïuiao Ae plaisir de voir de très-près des pyramides de glace de la plus gi'ande ^'''*'^*^'
beauté. C'est une observation que j'ai déjà foite plus d'une fois, que partout oii les glaciers reposent sur un plan horizontal , leur surface est aussi à x)eu près horizontale; mais que, dans les lieux où ils reposent sur des plans inclinés , leure glaçons se culbutent , se pressent et prennent des formes et des positions variées et souvent bizarres ^ Les flancs escarpés de ces glaçons, lavés continuellement par les eaux qui en distillent, sont parfaitement nets et brillants ; on n'y voit ni sable ni gravier, conmie sur les plans horizontaux; ils paraissent d'uji blanc éblouissant dans les parties qui réfléchissent les rayons du soleil, et li'un beau vert d'aigue-marine dans celles que ces rayons traversent. Ces grandes pyramides brillantes et colorées, vues au travers des sapins, que souvent elles surpassent en hauteur, présentent le spectacle le plus frappant et le plus extraordinaire.
S. 653. Au haut de la montée du glacier des Buissons (qui, si elle ^aiew «lu ^inrh-r. ê<t abrupte, est en revanche très-courte), on trouve un espace où le dacier, reposant sur un plan horizontal, a aussi sa surface à peu près horizontale. Là, après avoir traverse ce que Ton appelle la moraine, ou cette enceinte de pien-es et de gra\'ier qui borde presque tous les glaciers, on peut descendre sur la glace, traverser môme le glacier et revenir au Prieuré par une route différente de celle qu'on a prise en montant. Ce glacier, beaucoup plus étroit que celui de Montanvert, ne présente que fort en petit les grands phénomènes que nous avons observés sur celui-ci : on y voit pourtant d'assez grandes crevasses et on y prend une idée des ondes que nous comparions aux vagues 'l'une mer agitée.
S. 654. Le glacier des Buissons, vu du haut du Bréven, parait Orimne du kI-kut 'lescendre immédiatement de la cîme du Mont-Blanc. Il est vrai qu'il ***** «"«^sons. y a là quelipies illusions optiques : Textréme blancheur des neiges et «ies glaces et le manque absolu de i)erspective aérienne à cause de la pureté de Tair ôtent à Tœil tout moyen de mesurer les distances , en sorte que le Mont-Blanc, vu de Plianpra ou du haut du Bréven, jiarait être pres^pi 'immédiatement au-dessus de Pextrémité iiiférieuiv •!♦• rp glacier, «juoifju'il y ait réellement une distance horizontale dv ]4u> dun»^ lieue et demie. Cependant, nialgrt» cotte distance, il est
U\ Lr* f«rnl«*s iiiHinees n«' >uffiM'nt pas pour donner liou a ces fonni*> bi/aiiv»»; t U'A '•*>• 1* wt| MHt ;i«Tidentc, inégal
21 CLACIEHS EN GKNÉHAL.
l)ien ccrt<iin qu'il y a une continuité non internmipuc dc^ neiges et clo glaces depuis la cime du Mont-Blanc jusqu'au bas du glacier des Buissons. C'est m(>me en entrant sur ce glacier au sommet de la montagne de la Côte, qui la sépare du glacier du Taconay, que Ton a plus d'une fois tenté de parvenir à la cîme du Mont-Blanc.
En remontant la rive opposée ou orientale de ce même glacier de» Buissons, on arrive au glacier des Pèlerins, qui est au pied de Taiguille du Midi, et l'on peut, en côtoyant les pieds des autres aiguilles, aller de là jusqu'au Montanvert et descendre le long du glacier des Bois. Je fis une partie de cette it)ute en 1761. Ce fut là que je vis i*ouler cet énonne hloc de gianit dont j'ai parlé dans le premier voliune, S. 538. Mais je la fis avec trop de précipitation; mon guide, craignant d'être surpris par la nuit dans c^s déserts, me fit descendre avec ime telle rapidité que, n'étant pas encore bien exercé à courir les montagnes , je tombai presque à cha(pio pas : je ne fus de retour à Chamounix que fort avant dans la nuit, et dans un état d'agitation et de fatigue dont j'eus bien de la peine à me remettre, sommci do Buet. S. 580. La cînio de la montagne de Buet est coupée à pic à une grande profondeur du côté du Midi, et de ce môme côté, à une grande profondeur, elle ne présente point de glace ; des couches de neige durcie entassées les unes par -dessus les autres recouvrent toute la sommité.
Mais à l'Est, au Noixi et au Nord-Ouest les pentes de la montagne, qui se prolongent à une grande distance, se terminent par des monts de glace qui lui ont fait donner le nom de glacier et qui forment réellement un glacier de second ordre. ^
DA. < JÊi, de Miwisiire, avec IMdée préconçue que dans les très-hautes régions les neiges seules couvrent la roche, signale de la glace de glacier sous la neige au Rue! , et dit : « Se tcnninent par des murs de glace qui lui ont fait donner le nom de glacier;» et en obsenateur consciencieux il ajoute : «Et qui forment seulement un glacier de second ordre.
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r-î^'j:*? icN [ilaiu îiii lifH .. (I Mot- |.l«ii M .aiilii^ jmr la \ovw : . . . iv-.uivn'iii
'V'U'I' i|ui liiiiiiliM- M. |.|«n li.i ihi i'i^IimIu Nohl l'^l n. ^
i'M'. ^"ii*i un iiMii tli. |.i*iiiii iliiiio hauteur priuli
:: -' : '^i ;itt:« p^'^ii**. Hiniii ioii/i:i. /mr. luisante vt r^aj** r^ nniuilo |Mi lv« lii')«i>ii-i il |Mi li'ii 1 iiiim4i*M'.N que f(»nt iimiiii- I. ->
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Gier.
?6 GLACIERS DE l'aAII.
le dessus du glacier. Là je le trouvai, comme dans sa pente, entiêi*cment caché par les débris. Je marchai en avant près d'ime heure , jusqu'à ce qu'on appelle à Chamounix le plan du glacier, c'est-à-dire le point où sa pente devient pi^esqulnsensible. Mais là m^me la glaco est encore cachée, et ce qui me causa un bien plus grand déplaisir, des nuages (jui cachaient les têtes du Schreckhom et du Finster- Aarhom m'empêchaient d'obser\'er ces majestueux colosses qui dominent, l'un à l'Ouest, l'autre au Nord-Ouest, l'extrémité de ce glacier. Naiurc des pierre» S. 1695. Ne pouvant pas observer ces cimes, j'étudiai du moins les èparses sur le gi«- débris dont le glacier est couvert et qui viennent de ces cîmes ou de leur voisinage. Ces fragments sont , les uns de granit en masse ordinaire, d'autres de granit veiné, d'autres de gneiss, d'autres de granitelle ou d'ime roche comjwsée de feldspath et de hornblende. On voit les éléments de ce granitelle , tantôt confondus , tantôt séparés en forme de couches , les unes toutes blanches , les autres toutes noires ; ces couches sont ici droites, là en zigzag, là interrompues imr des nœuds ou rognons; ces accidents sont en général les mêmes, mais moins tranchés, moins beaux qu'au pied du Mont-Blanc, S. 892. Les rochers les plus remarquables dans ce genre que je vis sur le glacier du Lauter-Aar^ sont ceux qui renferment d'autres fragments, dont les couches coupent à angles droits celles de la pierre ou du bloc qui les renferment.' J'y vis aussi des reches de corne ou des homblendes schisteuses de différentes qualités, et souvent les fragments de cette pierre étaient recouverts d'ime ocre jaune, produite par l'oxidation du fer que cette pierre renferme. Plusieurs de ces grands blo(îs étaient tapissés de cristaux de roche formés dans les crevasses qui avaient déterminé la séparation de la pierre. Ces cristaux étaient fréquemment accompagnés de terre verte veloutée ou de cMorite. Byssoiiu?. s. 1696. Enfin , ce que je trouvai de plus curieux pour la lithologie , c'étaient des pierres couvertes de poils ou de soies très -brillantes, droites, libres, semblables à celles que j'ai décrites S. 890. Mais celles du Lauter-Aar^ sont d'un brun isabelle, au lieu d'être d'im vert oUve comme celles du Mont-Blanc. Celles du Lautcr-Aar sont aussi moins longues ; elles n'ont que 2 ou 3 lignes , tandis que celles du Montr-Blanc en ont jusqu'à 7 ou 8. En revanche, celles du Lautcr- Aar sont beaucoup plus denses: elles forment ime espère de veloui-s
DA. ' Glacier inférieur de TAar.
I)A. ' Glacier inférieur de TAar
BYSSOLITE. 27
extrêmement serré, dont tous les poils sont parallèles entre eux et perpendiculaires à la surface de la pierre sur laquelle ils paraisseut croître. A un fort microscope ces poils paraissent parfaitement transparents et colorés en brun; les plus gros paraissent cannelés et striés suivant leur longueur; mais je crois que cela vient de ce qu'ils sont composés de plusieurs autres , car les simples ne présentent aucune cannelure. Ceux-ci ont tout au plus un 400® de ligne de diamètre. Je n'ai point pu distinguer leur forme : j'ai seulement vu que chacun ii eux est trcmqué net à son extrémité par un plan perpendiculaire à son axe. On n'y distingue aucime espèce d'articulation ; ils sont tous [larfaitement droits, lisses et sans interruption d'une extrémité à l'autre. Au chalumeau ils se fondent aisément, mais sans se bour^ soufDer, en un émail d'im brun noirâtre , luisant et fortement attirable par l'aiguille aimantée. Cette production, que je trouvai pour la première fois en 1777 et que je montrai dans mon cabinet à plusieurs naturalistes, n'était alors connue d'aucun amateur et n'avait été ni nommée ni décrite ; depuis lors on en a trouvé dans les montagnes du Dauphiné, d'où elle s'est répandue dans les cabinets.
Mon fils a écrit sur ce fossile, qu'il a nommé Byssolite, un Mémoire qu'il a lu à la Société des naturalistes genevois, en 1792. Il en donne l'analyse, qu'il a &ite sur 22 grains de la variété biiine du Dauphiné, quantité trop petite sans doute, mais qui est la plus grande qu'il ait pu se procurer. D'après cette analyse, cent grains auraient donné :
Argile 43,19
Silice 34,73
Caice 9,01
Oxidedefer . . . 19,32
Somme . . . 106,25
Ces 6 grains Vi de plus viennent de l'oxigène qui s'est uni au fer et de cpielrpies portions d'eau et de soude que l'on n'a pas pu séparer des terres.
L'absence totale de magnésie prouve que ce fossile n'est point une aniiaiithe, mais qu'il forme im genre distinct dans la classe argilosilireuse.
S. 1697. J'avançai ainsi sur le glacier du Lauter-Aar^, en sui- «rwiic» d'où ron « \aiil la chaîne de montagnes qui le borde au Nord jusrju'au point où ^^ de Brandw ma»-
t>n de cristal.
I»A Glaritt inférieur de TAar (L'Hter-Aar).