TERRAINS ERRATIQUES
masses de glaciers : ainsi arrêtées ou refoulées, elles ont dû chercher une autre issue et se reporter vers le Nord-Ouest, où le bassin s*élargil par récartement graduel des deux chahies, mais en suivant à TOuest les contre-forts du Jura qui ont rejeté la mer de glace du Rhône vers le Nord-Est, dans la direction des glaciers de TAar, sur la rive gauche duquel elle vient s'appuyer et se terminer vers Zofingen.
Dans ces mouvements de fluctuations et d'écoulement suivant deux directions opposées, les moraines superficielles ont suivi la marche du ^acier, et leur répartition comphquée en apparence n'a cessé cependant en réalité d'être normale. Ainsi les granités du Mont-Blanc, constituant la moraine latérale gauche du glacier, s'étalent vers Genève ; les poudingues de Valorsine et les euphotides occupent le centre , tandis que les roches de la chaîne de l'Oberland suivent la rive droite ; et aussitôt que l'écoulement vers le Nord-Ouest a commencé à avoir lieu, les bandes superficielles ont suivi le mouvement de conversion^ parallèlement les unes aux autres, les granités du Mont-Blanc ccmtoumant la barrière jurassique en formant les zones extérieures et les poudingues, les roches Pennines au centre, tandis que les matériaux des Alpes-Bernoises sont repoussés à l'extrême liinite droite, suivant laquelle ils se perdent peu â peu , accompagnés des matériaux des moraines centrales appartenant à une section plus puissante, qui comprime et dépasse celle que constituent les affluents de la droite du Valais.
L'arrangement et la distribution des matériaux erratiques s'obâerrent d(»ic, non-seulement comme on Ta va précédemment dans les moraines profondes , mais encore dans les moraines superficielles des gladers représentées par les champs de blocs , par des barrages fonvent poissants, par de longues traînées latérales marquant les stations des anciens glaciers aussi bien que celles des glaciers actuels. El cet ordre remarquable ne permettra plus de confondre les dépôts erratiques et les déjections alluriennes dans un même groupe de formauioos. Et quand on aura reconnu et déterminé à la surface de la terre les formations que les glaciers seuls ont pu produire et les aocu- VBdatioDs dues à Faction exclusive ou combinée des cours d'eaux, il ne restera phots qu'à rechercher des traces de ces grandes débdcUs ftwiifima qitionl dû précéder la période glaciaire ou quaternaire, ou se produire soit pendant la diminution des anciens glaciers , soit après ^ disparition complète des chaînes de montagnes inférieures à la ^°Qite des régions glaciaires actuelles , mais que quelques auteurs
continuent à indiquer tantôt dessous les dépôts erratiques anciens non contestés, tantôt dessus, suivant les besoins des théories qu'ils ad- . mettent et dont, malgré de persistantes recherches , je n'ai pu jusqu'ici parvenir à entrevoir le moindre lambeau , la moindre trace.
Les divers auteurs qui ont étudié les formations glaciaires ont cité des exemples de blocs disposés dans les basses vallées ou perchés sur des crêtes et sur des plateaux. De SaiiMwre cite particulièrement les blocs du Salève, l'énorme rocher situé sur «le passage de la «Téte-Noire et qui est, dit-il, d'une si grande taille qu'on serait tenté «de le croire né dans la place qu'il occupe; on le nomme Barme- « Rousse, parce qu'il est encavé au-dessous, de manière qu'il pour- « rait servir d'asile à plus de trente personnes à la fois.» ^
H. de Charpentier a décrit quelques-uns de ces blocs. . . .^
Dans le fond des vallées des Alpes on rencontre à chaque pas des amas de blocs erratiques, moraines frontales éparpillées par suite de la diminution des glaciers ; et on serait vraiment embarrassé s'il fallait choisir et indiquer les localités où l'on doit particulièrement les observer.
Je citerai cependant dans la vallée de l'Aar les blocs du Kirchet dispersés au sommet d'un barrage de rochers calcaires fermant presqu'entièrement le bassin d'Imgrund, à l'exception d'une fente étroite au fond de laquelle les eaux s'écoulent ; ceux qui se trouvent si nombreux et si volumineux à l'entrée des gorges de Lauterbrunnen , dans les vallées du Rhône et de la Doire, de Val-Toumanche , etc. Dans cette dernière locaUté, la vallée offre à l'amont du village de Val- Tournanche des défilés étroits et tellement encombrés de blocs provenant du revers méridional du massif du Mont-Cervin, que le lit du torrent disparait et se trouve recouvert par une sorte de voûte irrégulière, formée de quartiers de rochers entassés sans ordre et sur lesquels il a fallu établir la route de la haute vallée, sorte de chemin raboteux et d'im. accès rendu fort difficile par l'irrégularité de sa pente et par des plis inévitables sur un sol aussi accidenté ; la pL 29 représente un de ces passages.
Sur les flancs des montagnes extérieures aux Alpes, les zones du Jura, du Salève , les blocs de la coUine de Turin (PL 24, fig. S €i S) ; dans l'intérieur, ceux de Monthey, des hauteurs d'Aletsch (fig. 4);
H. ' De «auMure^ Voyages, T. Il, î 103.
DA. * Voyez T. III, p. 0, de nos Matériaux pour Vétudc des gtaciers.
ÉPOQUE GLACIAIRE OV ERRATI^rE. ?7S
S blocs perchés sur les dômes moutonnés de Hasie, du HauhValais, les Tallées du Rhin ; sur les cols, ceux du Sainl-Gothard , do Barmoiousse à la Tête-Noire, etc.; enfin sur les moraines extérieures, ceux le Pianerza, de Rivoli, de BoUegno, dlvrée, d'Ologio , sur les haut(»s leira&ses erratiques fermant le bassin du lac Majeur.
H. 54. Jj'époque glaciaire ou erratiqus comprend deux périodes suc- Kpoiinr «larinin* on
cessires et intimement liées Tune à Tautre ; la première , ou la plus vm\\i\\u\
andenne , h laquelle appartiennent les dépôts inférieurs ; et la seconde,
OQ actuelle, à laquelle se rapportent tous les phénomènes géologi(]uos
des temps modernes, mais dont on ne saurait fixer chronologiquement
le commencement, pas plus qu'on ne peut en évaluer la durée ni le terme .
Cette époque, dont la première période est habituellement noramèf^
quaternaire , parce qu'elle a suivi dans l'échelle géologique les foiiîia-
ticms dites tertiaires, ne parait cependant pas avoir succédé tout-à-
coup et à la suite d'une révolution subite ou de changements complets ,
absolus, â la série des dépôts supra-crétacés; mais elle s'est établie
et écoulée graduellement par diverses transitions jusqu'au moment
où les phénomènes qui la caractérisent tout particulièrement devaient
seuls, et pendant de longues séries de siècles, se produire à la sur-
&ce de la terre; puis ensuite s'afTaibUr, se localiser et se réduire au
régime final, temporaire peut-être, sous l'influence duquel nous vi-
voDs aujourd'hui.
A la suite des dernières assises de la série supra-crétacée, on voit paraître des dépôts d'une nature entièrement différente, des sérliments déposés dans le sein des eaux et constitués par des matériaux de diverses provenances, des sables, des argiles, des galets et des Mota •ooient volumineux , débris triturés, broyés, roulés, usés ou frott^M^. «t transportés loin de leurs gisements primitifs et étalés sous formr* de îappes dans les fonds des vallées , dans les plaines, sur les flanrs et 9ir le sommet des montagnes.
L*aq«ct de ces dépks de transport, qui se rencontrent dans toutes
'^ «cintrées du globe et toujours dans des circonstances analoçni^ . ;»
ptttird'im même horizon géologirpie, repéré par les assises supn»-
nmmdes pliocènes, leur nature si différente de celle des terrain^
^?>* ^11» succèdent sans intermédiaire , la ronfu.timt a^pnrf^r***
^l^oneléinents constitutifs, leur prodigieux développement eri èfen-
îï*. **n [Mii^sance. tout crincourait à amener les pr^mif^r^ oliserv;»-
*^î* i Âttriboer la pniduction rl'iin phénomf»np aussi gfri/Tal ji iirr'-
^^^ «^xtraordiDaire agissant avei* une extrême vjolpn#v«.
iHirf. — Cavenies cl'ossemriits.
Éiresorganis4>s clans H. 55. Oii a pensé quc , SOUS rinfluencc de cette aclion mystérieuse, ii«s terrains do trans- les êtres Organisés existant à la surface de la terre avaient dû quitter les terrains qu'ils habitaient, et, violemment atteints et frappés peutêtre par un cataclisme universel, disparaître tout-à-coup sous d'immenses ruines, pteiii lesquelles se retrouvent leurs débris épars, témoins de l'état de la population d'alors et du fait géologique dont nous recherchons à comprendre et à déterminer la véritable cause.
Et en effet, les dépôts superficiels ou de transport renferment çà et là des débris dëtres organisés, soit disséminés, soit accumulés en grand nombre , appartenant soit à des espèces qui ont entièremefU disparu et dont quelques-unes n'ont plus de représentants vivants des menées genres , soit à des espèces perdues , mais dont les genres existent encore à l'époque actuelle ; soit enfin des débris d'espèces encore vivantes, mêlés aux ossements des espèces perdues : les espèces des deux premières catégories étant considérées avec raison comme appaitenant à une époque antérieure à la formation des dépôts superficiels ou quaternaires, qu'on attribue à une inunense inondation , à une sorte de déluge imiversel antérieur à la création de l'honmae , et auxquels les géologues ont donné autrefois la dénomination de dilu^ viens, que quelques-uns leur conservent encore. Aussi les débris fossiles qu'on y rencontre et dont la préexistence est incontestable sontils considérés comme représentant des animaux différents de ceux de notre époque, dont on les distingue assez habituellement en leur appliquant la qualification d'anté-dUuviens,
Parmi les espèces perdues et dont les genres ont disparu sont les Mégathériunis , les Mastodontes, les PaUeotheriums , les Lophiodans, les Dinotheriums , les Mégalanix, appartenant à l'époque supra-crétacée et qui ont jjassé d'ime période ta l'autre sans éprouver de variations, comme l'atteste l'identité de leurs débris observés soit dans les dépôts tertiaires, soit dans les dépôts superficiels.
Ces espèces communes à deux formations distinctes et qui n'ont cessé d'habiter notre continent pendant le long espace de temps qu'a duré la période supra-crétacée, et postérieurement, depuis la fin de cette période jusqu'au complet envahissement par les dépôts erratiques qui les recèlent des terrains sur lesquels ils s'étaient retirés, sont non-seulement un indice d'ime transition fort lente, mais même une preuve négative, incontestable d'un brusque changement dans « les conditions extérieures et d'une révolution subite ou violente, si elle^ n'était d'ailleurs encore confirmée de la manière la plus formelle par le^
CAVBRIfES D OSSBMKNTS. ?7ij
lees (le gisements et par la parfaite couservatiuu des débrÎK \ des êtres organisés.
Les dépAlB que les géologues comprennent daiit^ un même gtvu^K' "«iiis la dénomination de dUuoium forment çà et lu dlimneiisett dépùtn it nombtenent dans les plaiiotes^ et ils recouvrent sans intermêUi«tiiv terrains constituant la croûte solide du glube> le^ tormatiuuH > pfa» anciomes, moyennes et les plus récentes de la nérie supra- De pins, ib ont rempli les anfractuosités, les tlssui-es vevUr oa inclinées produites dans ces terrains par suite des sei'OusseH t qnlls ont éprouvées , et ils ont même pénéti'é dans k)s ivisi firéqnentes dans certaines formations. Cependant ce n^est pas dans les masses inférieui^es de ces dépôts ! qne Ton observe les débris des animaux qui vivaient on- ^ locaqœ les dernières couches des Pliocènes se fcmnulent et (|ui (lUi i peoider la surface de nos continents , mm-seulemunt jus- •^2 Tapparition des êtres organisés de Tépocjne actuelle, ntais eurate pendant longtemps et concurremment i\ c^es derniera, ainsi (|uu le prouve le mélange des débris fossiles des uns et dos autres : mais itappaitiennent aux dépôts supérieurs, considérés comme lesdeniiefs itVipoqme quaternaire, ou de la division inférieure des formations de répoque erratique; et tout particulièrement dans les cavernes, dans ks fentes des rochers enveloppés de limon, do vase, et mêlés à des Pigments de roches soit anguleux, soit roulés f*t usés [mr le U-olinaeot; et souvent ces dépôts offrent diverses ciir.onstanres qui iiaraisnt indiquer que certains animaux ont luibit/; rjin rravernes (jendanl phâenrs générations et qnequelques-mis, les hyènes (lar rfx^iiqile, T ont traîné lenr proie, qui consistait souvent en «i^tiris d êl/?filiaiits n de limocéro»; et ces relations , ijis m/rbn^res ot>servés i'H EmuiMij n Amériqne. dans la Nouvelle -H/illaudir. eO:.. (/louvi^ni qu/; !#.» i^«ta de la vie anfrkaîtf* des t^fmps Hnf:iffi06 ool ét/i mtitj^ii^ tihux: lt:t ^iantàao» de sol en n^we temp» que ies mstimsau 'Ut intusi/tni ^asqjsiàs Us vjcz srfi» . fri yMzr i3ie<;x din^ ^^"vi let r*f/'Lfh*. Vm antR fùKtt. ^ ralTire* . les ifjm^iit ô/h* f 4uj>>)^i ivw;fe% <«/ f*$té:hi w vtîat iesm vz: cï±iûe. ziseiit daci^ trju» j»:* «:a^ C vj^ u^rt'*^^*$têéït:
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opinion des os de mammifères portant encore l'empreinte évidente des dents des carnassiers. Mais, ainsi qu'on a dû le remarquer aussi, il existe un grand nombre de cavernes où les débris des animaux carnassiers étant extrêmement rares ou manquant absolument, on ne saurait leur attribuer Peiitassement souvent prodigieux des grands herbivores qui ont été leurs contemporains; d'autres cavités sont trop peu spacieuses pour avoir pu servir de repaires aux carnassiers de grande taille dont les débris s'y trouvent cependant en grande quan- , tité; d'autres enfin dont l'ouverture est trop étroite pour avoir permis à ces animaux de s'y introduire à l'état de vie et de pénétrer dans les différentes salles par les couloirs étroits qui les réunissent. *
Aussi est-il probable que, dans le plus grand nombre de cas, les fossiles et les matériaux erratiques ont été entraînés et déposés simultanément dans les crevasses , dans les anfractuosités du sol , surtout ' lorsqu'on observe, communiquant à certaines cavernes, des couloirs remplis d'ossements , par lesquels le comblement de ces cavités a eu lieu jusqu'au moment où ces conduits se sont trouvés entièrement obstrués ; enfin , lorsqu'on retrouve des dépôts eiTatiques absolument ' semblables à ceux des grottes groupés ou étalés à des niveaux bien * supérieiu's. Mais , quelle que soit la théorie à laquelle on veuille s'ar- i rôter à cet égard, les faits ne démontrent pas moins de la manière « la plus évidente que les animaux des cavernes vivaient encore au mo- % ment où les dépôts superficiels conunençaient à se former et qu^ils i n'ont disparu que vers la fin de la première période de l'époque quar ? ternaire ou eiTatique, lorsque déjà les espèces de l'époque actuelle îi avaient commencé à paraître et à s'associer à ceux qu'ils ne devaieiil ^^ pas tarder à remplacer définitivement. Les ossements de blaireaux , ^ de putois, de chiens, de loups, de renards, de chats, de chevaux, .5 de daims, de chèvres, d'aurochs et de bœufs, etc., entassés pSêr *, mêle avec ceux des mastodontes, des éléphants, des hippopotames, :. des ours d'espèces entièrement perdues , ne laissent aucun doute à cet ■ ^ égard.
Ces associations de débris fossUes d'animaux perdus ou vivant^ encore aujourd'hui viennent à l'appui de l'opinion que j'ai prèc6den|H ^ ment émise, à savoir : qu'une révolution subite n'a pas anéanti lœ* animaux vivant pendant la formation des terrains tertiaires , lon^pie les dernières assises de ces terrains s'étant formées, des phénomèoee.
H. * MAreel dr fterre», TklrrlA^ T«nnMil.