‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 4)Chapitre 61 sur 156 · HÔTEL DES NEUCHATEL0I · texte numérisé non relu

HÔTEL DES NEUCHATEL0I

X>iiâts à les recevoir. M. Zybach avait beau protester que ce n'était qu'une X^tite hutte destinée uniquement à notre usage : il n'était pas cru; car

^ on s'imaginait qu'en parlant ainsi il n'avait d'autre but que d'obliger les "woyageurs à passer un jour de plus au Grimsel. C'était un cruel «Jlésappointement quand , arrivé au terme du voyage , il fallait conveziir de son erreur. Nous fûmes ainsi plusieurs fois dans le cas , faute <3ie place, de ne pouvoir héberger ces hôtes tardifs, qui étaient alors obligés de s'en retourner de nuit ou de se contenter d'un petit coin cSans la cabane des guides. Enfin , au nombre des visiteurs de l'hôtel des JNeuchâtelois, il y en avait aussi qui étaient attirés par d'autres motifs c^ue la simple curiosité : par le désir de participer à nos travaux, ou mJLxx moins de témoigner à M. Ai^aMiK l'intérêt qu'ils prenaient à ses ^recherches. Pour ceux-là je crois être l'interprète fidèle de mes compagnons de voyage, en disant que leur visite se rattache pour nous ^ux plus beaux souvenirs de cette campagne. Dans son article du JownxaX d'Edimbourg , m. AiçwLmmî* nonune parmi ses hôtes de prédilection M. le généF»! de Pfnei» gouverneur de Neuchâtel, lord ^BBnfsUlleBy MM. Adolplie et Alfred de Ronn^mont > M. Mnder» Hi. HMlier de la I^lnth, M. et M""" Tre^eylan » MM. «iiyot, Ba- ^MrteoB 9 MlelioUoii , Martins , Cmisoii , etc. ; « et , poursuit - il , c^^mme si le bonheur que l'on éprouve de rencontrer des personnes j30ur lesquelles on professe une profonde vénération ou avec lesquelles on entretient des relations d'une sincère amitié, était rehaussé par la Jb»ea\itè du site, je sentais mon cœur battre de joie toutes les fois que

j« reconnaissais un ami parmi les personnes qui arrivaient avec le jporteur de vivres , vers les onze heures du matin. »

ED. 3. Pendant notre séjour à V hôtel des Neuchdtelois (1841), un Descente dans un xxienibre de la société fait remarquer qu'il serait peut-être facile do ^"*** ^^ **'"*^'' descendre sans danger dans l'im ou l'autre des puits > du glacier; peut-être y verrait-on des choses inattendues. — Tout le monde applaudit â cette proposition, et sans tardemous nous mîmes tous à la r-echerche d'un puits approprié à cette expérience.

Nous trouvâmes à quelque distance de notre cabane un de ces puits cjui nous parut appn)prié à notre but ; il avait trois mètres d'ouverture

ED. * Les puits ou moulins, ainsi que le dit m, Asamita [Études sur tesgtaciers), sont irraisemblablement d'anciennes crevasses que de petits cours d'eau ont empoché de se refermer complètement, en sorte qu'au lieu d'<^tre allongés, ils sont la plupart drculaires, et le ruisseau, loin de les rétrécir, tend k les élargir plus, surtout lorsqu'il est abondant.

et paraissait descendre jusqu'à une grande profondeur. M. A^mmim résolut de tenter l'aventure. Pour cela il fallait commencer par détourner le ruisseau en lui taillant un autre lit. Nous nous mimes à l'œuvre. — Quand le nouveau lit fut achevé, je fis dresser au-dessus du puits le trépied qui avait sei-vi au forage.

Donnons la parole à M. Ai^ssis , qui nous racontera les détails de cette descente que nous avons appelé plus tard la descente aux enfers. Descente aux enfers. «Les guides fixèrent au bout de la corde une planche qui devait me ^ servir de siège, puis ils m'attachèrent à cette même corde au moyen d'une courroie qu'ils me passèrent sous les bras, de manière à me laisser les mains libres. Pour me garantir contre l'eau, qui n'avait pu être détournée complètement, ils me couvrirent les épaules d'une peau de chèvre et me mirent ime casquette de peau de marmotte sur la tête. Ainsi accoutré , je descendis muni d'mi marteau et d'un bâton. Mon ami Bselier de la l^intli devait diriger la descente ; il se coucha à cette fin sur le ventre, l'oreille penchée au bord du précipice, afin de mieux entendre mes ordres. — Il fut convenu que si je ne demandais pas à remonter, on me laisserait descendre aussi longtemps que M. Bselier entendrait ma voix. J'arrivai sans obstacle jusqu'à une profondeiu* de 25 mètres , observant avec intérêt la structure lamellaire du glacier et les petits glaçons qui étaient suspendus de tous côtés aux parois du puits. Ces glaçons avaient de 3 à 15 centimètres de longueur et quelques millimètres seulement de diamètre; ils étaient arqués comme des agraires implantées dans la paroi et résultaient bien évidemment d'un suintement de l'eau à travers la glace, car s'ils eussent été le résultat de l'eau de la surface du glacier, ils n'auraient été ni aussi uniformes , ni aussi également répartis sur toutes les parois. Ceux qui provenaient réellement de la cascade supérieure étaient beaucoup plus grands, accolés contre le mur de glace, et de plus limités à l'une des faces du couloir. Il me sembla que les bander de glace bleue devenaient insensiblement plus larges, à mesure que je descendais ; elles étaient en même temps moins tranchées et conti*astalent aussi moins nettement avec les lames ou bandes de glace blanche,

«Je rencontrai à environ 25 mètres une cloison de glace qui divisait le puits en deux compartiments ; j'essayai d'entrer dans le plus large, mais je ne pus pénétrer à plus de l'",50 à 2 mètres , parce que le

DÂ. * A !il. AsaMta.

HÔTEL DKS NEUCHATELOIS (1842). 319

couloir se divisait en plusieurs canaux éti'oits. Je me fis remonter, et manœuvrant de manière à faire dévier la corde de la ligne verticale , je m'engageai dans l'autre compartiment. — Je m'étais aperçu en descendant qu'il y avait de l'eau au fond du trou ; mais je la croyais à une bien plus grande profondeur, et comme mon intention était surtout dirigée sur les bandes verticales que je suivais toujours des yeux, grâce à la lumière que réfléchissaient les parois brillantes de la glace, je fus très-surpris lorsque tout-à-coup je me sentis les pieds dans l'eau. J'ordonnai aussitôt qu'on me remontât, mais l'ordre fut mal compris, et au lieu de me remonter, on me laissait toujours lentement descendre. Je poussai alors un cri de détresse qui fut entendu , et l'on me retira avant que je fusse dans le cas de nager.

«11 me semblait que de ma vie je n'avais rencontré d'eau aussi froide ; à sa surface flottaient des fragments de glace , sans doute des débris de glaçons. Les parois du pmts étaient âpres au toucher, ce qui provenait sans doute des fissures capillaires, — Lorsque j'arrivai ;i la surface, mes amis m'avouèrent qu'ils avaient eu im moment de rude angoisse en m'entendant crier au fond du puits ; ils avaient eu tontes les peines possibles à me retirer, bien qu'ils fussent au nombre de huit. — J'avais moi-môme peu réfléchi au danger de ma position, et il est certain que si je l'avais connu , je ne m'y serais pas exposé ; car il eût suffi que le choc de la corde eût détaché l'un des gros glaçons collés contre les parois du gouffre pour que ma perte fût certaine. Aussi je ne conseille à quiconque ne serait pas guidé par un puissant intérêt scientifique de répéter une pareille expérience sans les préf:autions les plus minutieuses.»

ED. 4. Pendant la campagne de 1842 ce n'est plus le grand bloc de Hfttci de? Neuchâteschiste qui nous sert d'abri; de l'habitation troglodytique nous avons ''**^ ^**^^^* passé tout d'im coup à une demeure en plein soleil. — C'est une grande et vaste tente de 20 mètres de longueur sur 4 mètres de largeur et 4 mètres de hauteur, divisée en trois pièces ou compartiments à peu près d'égale grandeur et distribuée dans l'ordre suivant :

Au fond le dortoir des ouvriers , au milieu notre dortoir, et sur le devant la salle à manger, qui sert à la fois de salon et de cabinet «l'étude. Cette pièce est appropriée à tous ces usager, car eUe renferme ime table , des bancs et même deux chaises qui sont les sièges d'honneur pour les étrangers. Des chevilles en bois régnent tout autour ^e l'appartement auxquelles sont suspendues nos hardes et nos instniments. Il y a même une étagère pour nos livres et autres menus

320 GLACnSRS EN ACTIVITÉ.

objets. — Nous ne nous couchons plus sur la glace comme auparavant, mais nous avons un plancher solide qu'on balaye tous les jours. Quand le mauvais temps nous empêche de sortir, nous pouvons ainsi nous occuper à notre aise, car tout le monde a place autour de la table d'étude. — Extérieurement cette habitation n'est pas, il est >Tai, d'un effet bien pittoresque ; elle est tout d'upe venue , assise sur de petites colonnes de pieire h peu près comme les greniers des paysans des Alpes ; en la voyant de loin, on se rappellerait involontairement Arche de Noo. V Arche de Noé, telle que la représentent les gravures de nos anciennes Bibles ; aussi l'appelAmes-nous V Arche , pour la distinguer de Tancien hôtel des Neuchdtelois , qui est transféré en cuisine.

Jacob Leuthold et plusieurs autres guides avaient été occupés dès le printemps à tailler les poutres et les planches nécessaires à cettt^ construction et à les transporter de Guttanen sur le glacier. A notre arrivée au Grimsel, la charpente était dressée. Nous apportions la toile pour la couvrir, et le 10 juillet nous couchâmes pour la première fois à l'abri de notre tente et séjournâmes jusqu'à mi-septembre.

La société était composée de MM. AffWLwmUt, , Nieoiet, ivud, Vofirt» Bonrckliardt 9 dlrard et moi. ^ (AMki^^ Il Va straiii- ED. 5. Une circonstance qui mérite une grande attention de la paît ^^' de ceux qui veulent tenter des courses dans les hautes régions, c'est

l'effet du soleil sur la neige et la rapidité avec laquelle des surfaces de neige qu'on a parcounies le matin avec la plus grande facilité se ramolhssent après quelques heures, au point de rendre le chemin trèspénible et fort dangereux. De fliauMnre a déjà insisté sur la nécessité de bien choisir les heures du départ et du retour, et il raconte à ce sujet comment il faillit périr au glacier des Pèlerins pour n'avoir pas tenu compte du ramollissement subit de la neige 2. La même cause m'a fait couiir de très-grands dangers au glacier du Finster-Aaï*. Voici dans quelle circonstance. C'était vers la fin de juillet. Il faisait un temps magnifique ; je voulus en profiter pour escalader quelqu'une des cîmes voisines de l'hôtel des Neuchâtelois. — Jacob me proposa la Strahleck comme lo meilleur point pour reconnaître la route du Schreckhoni , dont nous désiiions faire plus tard l'ascension. Nous venions de recevoir la visite de M. le doetenr iHiboU de La-Chauxde- Fonds et de M. Hera, son ami, et comme ces Messieurs étaient

DA. * Edouard De«or.

DA. * Voyez parapra plies S.

IIOTKL lïKS .MUJCHATIvLOlii (I842L 321

lun et l'autre admirateurs patiïîioiinés des haiiles Alpet^, je leur proposai de noiis acvconipagner à la Stnihleck.

Nous parlimes à quatre heures et demie du malin de Thôtel des XcuchAtelois : quatre %^oyageurs . MM. llnbolv» He»*, Eyerton et moi, les guides Jacob Leuthoid et Daniel Brigfjer. Le glacier èlait gelé, ne qui nous permit de travei*ser sans diflîcvdté toutes les crevasses qui *Haient ouvertes de neige, La montée de la Stralileck ne nous offiit «on [Jus aucune ditlicuUé, un seul endroit exceplé, où la pente du focher est très-raide. A sept heures et demie nous étions au sommet kdu col. — MM. Dufioift et Be» ne trouvaient pas de j>aroles pour me flémoigner leur reconuaissanee do les avoir amenés en un lieu aussi

lideujt

n était à peu près dix heures loi^ue nous pensions à la retraite. it d'aborder la descente, Jacob nous attarha tous à une coi-cle dont il le bout, et pour tranquilliser tout le monde, il dit à M- Dubois avec son calme ordinaire, qu'il n'avait quVi être sans inquiétude, tjuU nous retiendrait tous si l'im ou Tautre venait à tomber. Nos deux amis, qui ne «connaissaient ni le caractère de Jacob ni sa fr>r€e prtMligieuse, envisagèrent ce pro^ios comme une de ces rodomont<idos si eoQimunes à beaucoup de gens et en particulier aux chasseurs , et D>n furent pas rassui*és. Aussi longtemps que nous chemimlmes sur le rocher tout alla pour le mieux ; on passa sans broncher rcjidroit «lilRcile, et déjà nous nous voyions regagnant gaiement le uevé qui pétait à nos pdeds. — Cependant la neige se trouva être plus molle ^oous ne Tavions supposé ; mais comme elle était très-épaisse près tiommet, elle nous fournissait un point (Fappui assez solide en se taMaat sous nos pieds. Nous descendîmes ainsi une dizaine de aèltes« en enfonçant dans la neige jusqu'au-delà des chevilles; mais flanque nous voulûmes essayer de tourner h draite pour éviter une llie de rocher qui se trouvait au-dessous de nous, nous nous aperruines que la neige y était beaucoup moins épaisse; il y en avait à ï quelques centimètres sur la couche de glace. ïj} guide (jui me Sait me recommanda de marcher tiY's-îentement et d'avoir soin fdê bien chercher mon point d'appui. Je le lui promis, et voyant de* moi une petite pierre que je croyais empâtée dans la glace , j'y mon pied. — Au même instant la pierre se dr^iadia: je glissai Énirainai avec moi mm« ^erton , DnbotH et ii«ii«* Nous fîmes une glissade de qindques mètres. Le guide Briffgei\ qui ètnit de moi, me saisit aussitôt par le bras et me l'eleva. Pendant

ce temps mes trois compagnons de voyage étaient suspendus les uns aux autres, sans autre appui que la corde qui les soutenait. C'était Mtmieni cruiqut'. ^^^ positiou affreuse. Par bonheur Jacob était au bout de la Ole : il n'avait pas bronclié et retenait d'une main robuste ces trois hommes suspendus à son bras sur une pente de glace de 35" d'inclinaison , tandis que l'autre guide , déposant son fardeau , accourait pour leur aider à se relever. En peu d'instants tout le monde se trouva debout, et nous allions de nouveau recommencer à descendre dans le mé^me ordre, lorsqu'une grande dalle de schiste, qui s'était détachée du sommet, roula sur la pente de glace et vint frapper M. iHiboU à l'épaule , lui déchirant la redingote, le gilet, la chemise et lui faisant une large entaille dans la peau ; elle lui eût infailliblement emporté la tête si, l'entendant venir, il avait fait le plus petit mouvement à gauche. — Renversé par le choc, M. jpv^^* glissa de nouveau, fit tomber M. Egrerton qui se trouvait; ^s^&nt lui et entraîna avec lui M. HeM qui était derrière ; Jacob Im-méme glissa cette fois de plusieurs mètres; mais il retrouva bientôt son aplomb et parvint encore une fois à l'etenir nos voyageurs, qui sans lui s'en allaient tout droit dans la grande, effrayante et atroce rimaye (Bergschrund),

Une rechute est toujours plus grave qu'un premier accident, et l'on comprendra facilement à quelle terrible appréhension nous devions éti^e en proie , surtout lorsqu'on songe qu'étant tous attachés par des nœuds coulants , nous avions la poitrine horriblement serrée par cette . corde qui, tout en nous sauvant, nous faisait souffrir le martyre. — J'aurai toute ma vie présente devant les yeux cette scène de détresse, lorsque M. Onbois , étendu sur le dos , me criait : « Dmof t Oeaor ! j'étouffe I Je t'en prie, dis donc à l'Anglais de ne pas tirer à la corde.» C'était M. Kgerton qui , suspendu comme lui , cherchait à se l'élever et serrait involontairement le nœud autour de la poitrine de M. iHibois. M. HeM était encore plus mal à son aise, car il avait à supporter le poids des deux autres. Quant à moi, quoique debout, j'avais toute la peine du monde à me soutenir, et c'était avec un sentiment que je n'essaierai pas de dépeindre que je voyais mes amis dans cette position sans pouvoir aller à leur secours. — Heureusement le bras de Jacob ne faiUit pas plus maintenant que la première fois, et avec l'aide du guide Daniel Brigger tous se relevèrent encore une fois sans peine. Il s'agissait maintenant de trouver le moyen d'éviter une nouvelle chute qui n'eût pas manquée de nous devenir funeste, car la |)ente allait en augmentant. Nous vîmes que le meilleur parti â prendre

HÔTEL DES NBUCHATELOIS (1842). 323

était de descendis Pun après Tautre. Comme j'étais le premier, je me détachai de la corde et descendis sous la direction du guide Brigger jusqu'à l'échelle , tandis que Jacob , en attendant que Brigger remontât, taillait avec la hache des gradins dans la glace. ^

Cette descente s'effectua fort lentement, comme on le pense bien. ■eM et ^abvls durent rester ainsi pendant près d'une heure sans bouger sur cette pente escarpée, les mains et les pieds dans la neige. Cest une circonstance que je me plais à signaler comme la preuve la plus manifeste que mes amis, quoique peu habitués aux courses Je montagnes , ont su trouver dans leur courage des ressources que la force physique seule leur aurait certainement reftisées. Un instant de désespoir les eût perdus sans ressources.

Quand nous eûmes atteint le bas de l'échelle , nous nous mîmes à glisser gaiement sur la dernière pente conune si aucun accident n'était survenu, et quand nous fûmes ainsi arrivés au pied de la Strahleck, nous nous serrâmes amicalement la main en rendant hommage à rintrépidité de nos guides , qui venaient de nous préserver d'un grand «langer. Je ne négligerai pas de rappeler à mon ami Dubois le propos de Jaeob, lorsque nous étions sur le point de descendre. Celui-ci, en sa qualité de médecin, examina les bras de notre brave guide et déclara qu'il n'y comprenait rien. Jacob en avait cependant emporté une ampoule à la main, mais il l'attribuait à la mauvaise quaUté de la corde, et lorsque nous lui demandâmes ce qu'il aurait fait de nous si la peur nous avait fait perdre l'usage de nos jambes, il nous répondit avec le môme calme : « Je vous aui*ai porté l'un après l'autre à la cabane aussi facilement et de la même manière que j'ai porté en 1828 le professeur Mwkgï du pic du Finster-Aarhom à sa cabane au glacier, et la distance est quatre fois plus grande.»

ED. 7. Disons encore un mot de l'intérieur de notre colonie. — Hôiei des Neuchâ- J'ai décrit plus haut l'hôtel des Neuchâtelois tel qu'il était cette année, »^«'* <*'*»2). en indiquant ses avantages sur les habitations des années précé-

DA. • Je Tai déjà dit et je le répète : En abordant les glaciers en hautes régions , on ém être muni de cordes, de haches, de ceintures de gyninaslique ; de plus, aujourd'haï reconnu : d*un grand sac en toile (invention du guide Jnun), et pour les ascen- ÂIB5 d*ane échelle Torte et longue et d'une pelle. — A moins de cas extraordinaires, im a chance de revenir dans la civilisation. Tous les cas imprévus ne se sont pas encori' pnnentés, quoique ceux connus soient nombreux. — Certes, je ne veux détourner per- «oBM et franchir des cols, ni de faire des ascensions aux pirs; mais je suis en droit et dire. M d*iutres glacialistes Tout dit avant moi : Usez de toutes les précautions; on M «nrait en prendre assez :

31^4 '.L^ULhâ £.\ ACTIVITÉ.

(lenlctf. Son plu» grand mérite était J'étre spaeieiu : nous pouvions <lu moins y offrir l'hospitalité a nos amis; et il n*était pas rare de voir plus de \ingt personnes réunies soits notre tente. Nous étions même assez bien organisés pour pouvoir partager notre dîner ou notre souper avec nos amis. Quand on était très-nombreux on dînait en deux sections , et les plus affamés passaient les premiers au réfectoire. Notre dortoir pouvait également recevoir bon nombre de coucheurs. BaiàihôieidesNeii- Je me souvicus d'uue niût où nous n'y couchâmes pas moins de rhâiHois (i»42i. ti-enle-cl-un , y compris les guides. — Mais ce que l'on croira à peine, c'est qu'un jour nous eûmes même un bal à l'hôtel des Neuchâtelois. Voici î\ quelle occasion : celait vers la fin de la campagne.

Les ouvriers avaient demandé la permission d'amener quelques-uns de leurs amis passer le dimanche au glacier. M. Ai^mwtm le leur ayant permis, nous vîmes en effet arriver le samedi soir toute une caravane de villageois , hommes et femmes. — C étaient les fils et les filles, les frères et les sœurs de nos guides. Comme le temps n'était pas très-favorable, on fut obligé de i-ester sous la tente , où l'on passa la soirée à chanter et à deviser. — On aurait aussi volontiers dansé, et comme il n'y avait pas d'instrument à Thôtel, deux guides furent dépêchés au Grimsel pour y chercher le flageolet de l'un des pâtres. Ils partirent à dix heures du soir, par une nuit très-sombre , emportant une lanterne que le vont devait bientôt éteindre. N'ayant pu obtenir le flageolet en question, ils montèrent le col du Grimsel et descendirent à Oberwald , en Valais , où ils trouvèrent effectivement deux musiciens, un violon et un joueur de Hackbreit (l'instniment national du Valais). Mais comme c'était le dimanche et que le curé ne voulait pas leiupermettre de partir avant d'avoir entendu la messe, ils n'arrivèrent (ju'à dix heures h l'hôtel *. Aussitôt le bal commença et dura jusqu'au soir. Quoique le parquet ne fût pas bien uni et que la musique laissât lieaucoup à désirer, je dois convenir que, pour ma part, je ne me souviens pas d'avoir assisté à une danse qui m'ait fait plus de plaisir. p]n tous cas il est pi*obable que c'était le premier bal qui ait eu lieu sur un glacier, à 2477 mètres d'altitude. iiiciHiveiiicMit (W I» ED. 8. Notre habitation avait de grands avantages sur c^lle des lonip. années précédentes , sans aucun doute ; mais elle avait aussi ses in-

l)À. • De rhôtcl des Neuchàtclois au Grimsel 1& kilomètres, du Grimsd à l*Obenkald nu^mc distance , ce qui fait un parcours de 60 kilomètres pour aller et retenir, dont 30 kilomètres par la nuit - El je suis persuadé que ces guides ont dansé à leur retour.

HÔTEL DES NEUCHATELOIS (1842). 325

œnvénients dont nous ne devions que trop vite ressentir les effets. D'abord elle ne nous protégeait qu'imparfaitement contre la pluie , surtout lorsqu'il pleuvait fort et longtemps; puis venait Tinstabilité du sol: non -seulement nous étions obligés de refaire très -souvent les rolonnes qui supportaient Tédifice, mais nous avions à craindre que le vent ne l'enlevât , et nous étions obligés de Tappuyer au moyen de poutres toutes les fois que le temps menaçait. Un soir (21 juillet) le nel s'était assombri presque instantanément; nos guides avaient eu soin d'appuyer la tente du côté opposé à celui d'où le vent soufflait. Bientôt d'épais nuages nous envahirent de toutes parts et l'on pouvait prévoir que la tourmente ne se ferait pas attendre. La tourmente, que les montagnards de l'Oberland appellent Gtucen, a lieu lorsque deux Tenls soufflent en sens contraire dans une vallée ^ ; il en l'ésulte alors lies touri[)illons d'une violence extraordinaire, chargés d'une neige fine et sèche qui pénèti-e dans les moindres fissures, et le choc continuel de ces tourbillons contre les rochers occasionne un fracas épouvantable capable d'intimider les plus courageux : lèvent souffle, hurle œmme une meute de chiens 2, et d'ordinaire il est impossible de se lenir debout au fort de la toumiente.

Vers minuit nous fûmes réveillés par la violence du vent. M'élant vents vioieiiu. levé pour voir l'aspect du ciel , je trouvai la chambre entièrement féroces. envahie par la neige. Jacob était seul resté debout ; de temps en lemps il soulevait le rideau , regardant d'un air soucieux les nuages «jiii couraient dans toutes les directions. «Nous pourrions bien, lui •lis-je, courir quelque danger cette nuit : qu*en pensez- vous, Jacob? — Oui , MoBsievr Desor, me répondit-il , il fait un temps affreux oMnnie je n'en ai jamais vu 3.» Cette remarque dans la bouche d'un homme qui , en toute circonstance , était plutôt porté à atténuer le 'langer qu'à l'exagérer, ne laissa pas de me donner des inquiétudes. Les coups de vent les plus violents avec hurlements féroces venaient «•omme d'ordinaire du Sud-Ouest, de l'angle du Finster-Aarhom. Voyant cependant que la tente résistait avec snc<;ès aux efforts dos

D.4. * De ce vent féroce , soufflant dans toutes les directions , il est diflicile de s'en tiirt une idée : il est féroce, c'est le mot; et certes, cette expression est encore trop raMf

HA. ' Sraufet unb toUt, xoUtf^tt unb \i\âH,

SBte ivenn SDaffer mit f^er fiâf mtfd^tl

TU. • I>»s guides de hautes régions sont calmes en toutes occasions , leurs expressions hf*^f* et signiftcativeii , leurs décisions promptes et Taction immédiate.

326 GLAClEItS EN ACTIVITÉ.

vents , nous primes le parti de regagner nos lits et d'attendre ce qu'il adviendrait. — Vers utie heure du matin nous ressentîmes subitement de violents coups de vent venant du Nord dans la direction opposée, et un instant après la tente s'affaissa avec un affreux craquement, les poutres du toit se brisèrent et la vaisselle, qui était placée sur une étagère de l'antichambre, tomba avec fracas sur le plancher et augmenta encore l'épouvante. Il y eut un instant de consternation générale ; cependant personne n'avait été blessé. Les plus cahnes coururent aux instruments qu'ils parvinrent à sauver, à quelques ther^ momètres près. — Les guides détachèrent les cables du perçoir de forage, et le vent nous laissant quelques instants de répit, nous parvînmes à relever noti-e tente et à la maintenir en respect, en portant les appuis du côté opposé. Dehors il faisait presque aussi clair que dejoin-, et cependant le ciel était loin d'être serein. La neige poudreuse tourbillonnait dans l'air et les nuages semblaient livrés à une déroute complète , fuyant avec rapidité dans plusieurs directions. Nous mîmes à peu près deux heures à consohder notre tente , par un froid qui donnait presque instantanément l'onglée , tant il était vif. La tourmente dura encore plusieurs heures (jusqu'à cinq heures du matin) , pendant lescpielles nous nous attendions à voir chaque instant notre habitation s'écrouler de nouveau. Il n'en fut cependant rien, et comme nos hôtes, MM. Godet de Neuchâtel et Marqnard de Dresde avaient hâte de quitter ce lieu de désastre , nous les accompagnâmes jusqu'à l'hospice , abandonnant à Jacob Leuthold et à Jean Wxhren le soin de refaire la tente.

iMiciiomèiies me- ED. 9. Le inémc jour, en descendant au Grimsel , aprèB la tour- UH)wiugiqucs.-Au- mcutc, uous fûmes témoins' d'un autre phénomène tiès-eztraarrroïc vioieiic. diuaire que nous n'avions jamais remarqué auparavant. Le glacier 1

était couvert de neige fraîche qui était tombée la nuit; Tair était d'une transparence extraordinaire. Nous cheminions sur lo milroij de la branche du Finster-Aar, lorsque M. AfcmMlx i*eman|ua tfut* son voisin était entouré d'une awréole vioktie Livs-djslinclc qui di«^ ; paraissait et reparaissait à chaque instant suivant les monvmnmL^ qu'il faisait. Il observa bientôt aussi la môme Ghof bras , ses mains, son bâton, les pans de son habj rurenl tour à tour bordés d'une zone d'un rârfèl se déplacer continuellement sur ses vétemeni route romanpicrent le même phénomène si: sins.

HÔTEL DES NEUCHATELOIS (1842). 327

ED. 10. Je dois encore mentioimer un phénomène qui nous a sou- ciane de nuii. veni frappé pendant cette campagne et que j'ai rappelé en décrivant la tourmente ; c'est la clarté des nuits sur le glacier par un ciel couvert, et même lorsqu'il neigeait ou qull pleuvait. Cette clarté était même souvent plus grande par le brouillard ou la pluie faible que lorsque le ciel était serein jsans clair de lune. Ainsi, par un ciel couvert , nous pouvions voir sans trop de peine Theure de nos montres pendant toute Ift irait , ce qui était plus difficile à la lumière des étoiles. ■• A^m^Êo^ est porté à attribuer cette anomalie à une lumière propre des nuages. La liunière de la lime nous a paru plus foile que dans la irfaine ; il nous est arrivé de pouvoir lire devant notre tente à dix heures du soir, par la pleine lune , dans un livre imprimé en caractères eietro. Cependant l'intensité de la lumière n'est pas telle que Tont représentée certains .voyageurs et naturalistes , entre autres M. Mmgk^ qui prétend avoir reconnu de nuit, depuis le col du Finsier-Âaifaom, des chalets sur les Alpes-Pennines qu'il ne pouvait pas voir de jour. Je ne puis m'empécher de croire que , dans ce cas , l'imagination de l'auteur a singulièrement suppléé à sa vision.

ED. 11. Il serait trop long d'énumérer toutes les excursions que abcimisIou ji i-enous fîmes sur les sommités voisines de l'hôtel des Neuchâtelois. — wig-scimeiiioni par VEwig-Schneehom, que nous avions escaladé poiu* la première fois l'année précédente , était devenu cette année un but de promenade où Ton se rendait pour jouir de la vue. — Nous y avions construit une tourelle en guise de signal, siu* laquelle flottait habituellement un drapeau qui nous indiquait la direction du vent dans les hauteurs. Bien des personnes ont aujourd'hiû fait l'ascension à cette inonlagne , et toutes celles que nous y avons conduites nous ont plus tard témoigDé leur reconnaissance de lem* avoir fait connaître im point de vue M délicieux. Nous avons même la satisfaction de compter une dame parmi les visiteurs de rEwig-Schneehorn. — M. et M™^ Krats de Strasbourg ftmt toutes les années un voyage pédestre dans les Ali>es. Nous les rencontrâmes au Grimsel la veille de notre départ, et voyant leur œiuTige et leur persévérance , nous leur conseillâmes de visiter l'Ewig- Sclineehom, les recommandant aux soins de quelques-uns de nos guides. Ceux-ci m'ont assuré plus tard que la dame s'en était lirco î\ merveille, ([u'elle avait franchi avec une assurance extraordinaire les |»assages les plus difficiles, montant roiistaniment en tête de la caravane et encourageant les autres de son exemple. Pour ceux {\\\ï connaissent son noble enthousiasme, il n'y a rienrjui doive étoimer. Ksl-

aini« KratB.

ce une raison pour en conclure que toutes les dames, et même tous les messieurs puissent tenter celte ascension? Je ne le pense pas.^ vuviiiun du glacier ED- 12. Uu grand désappointement nous attendait au début de la de l'Aar (1813). campagne de 1843. Nous avions donné rendez- vous à nos deux guides Jacob Leuthold et Hans Wœhren à Meyringen ; mais nous ne trouvâmes en arrivant que Wxhren, qui nous annonça que son ami Jacob n'avait pu raccompagner, attendu qu'il était malade depuis plusieurs semaines. Nous fûmes le voir en passant par Im-Boden. Quelle ne fut pas notre surprise en voyant notre brave guide, que nous croyions simplement indisposé , dans un état désespéré 1 II avait eu de violentes hémoiThagies qui avaient complètement épuisé ses forces ; son visage était défait, sa voix éteinte, ses yeux vitrés et sa respiration accompagnée d'un rdle sourd d'im funeste présage. Il nous reconnut cependant et voulut qu'on nous offrit du café. Nous ne restâmes qu'un instant auprès de lui pour ne pas le fatiguer et quand, en partant, je lui montrai les montagnes en lui témoignant resix)ir d^ l'y revoir bientôt , je vis de grosses larmes inonder ses yeux déjà presque

DA. * L*a.scension au Ewig-Schneohorn n'est certes pas une course de Gœnscsthch', et M** i&ratB ne s'est pas arrêtée en si beau chemin. Cette dame a passé la Strahleck on 1843, et Tami oesor nuus dit : «La plus agréable surprise m'était réservée pour ce jour, le dernier de la campagne. Pendant que j'étais occupé à examiner les détails de la moraine et la manière dont les deux glaciers se combinent à leur rencontre au pied du Zxsenberg, j'aperçus au fond de la mer de glace une caravane de voyageurs qui se dirigeaient sur la cabane du berger du Zspsenberg. Quels pouvaient être les téméraires qui nous avaient devancés de si bonne heure? «Je crois voir des dames dans le nombre, me dit mon guide. — Des dames ici, k pareille heure! c'est impossible, Hans,» Nous accélérâmes le pas pour nous en assurer. Qu'on juge de ma joie, lorsque je reconnus M. et 91"^ Hrats^ les mêmes qui avaient si vaillamment fait Pascension au Ewig-Schneebom. Cetk fois ils avaient amené toute leur famille avec eux , afin d'initier de bonne heure leurs enfants aux jouissances des Alpes, qu'ils placent au-dessous de toutes les autres jouissances terrestres. A compter de ce moment, pendant la journée, je renonçai à l'étude des glaciers pour me faire touriste de hautes régions et goûter avec eux le plaisir que cause toigours un voyage alpestre lorsqu'on a le bonheur de le faire dans une aimable société. »

El). ' Gamsesirich (roule des oies) : terme dont se servent les naturalistes allemands pour désigner les chemins et sentiers fréquentés par les touristes. Je ne connais pas dans la langue française de mot propre k rendre aussi exactement l'effet que produit sur l'esprit de ceux qui poursuivent uu but quelconque dans leurs courses la rencontre continuelle de touristes marchant k la file les uns des autres comme des oies. Ces touristesla, nos guides de hautes régions les appellent des profanes, et ils appellent Herrcn- Fiihrer (ronduileurs de messieurs) les guidées qui les conduisent ; eux seuls prétentleni élre en droit de se nommer guides (Fiihrrr). — Ils font une énorme différence entn» Hpn'rn-Fiihrer et Herg-Fnhier.

PAVILLON DU GL.\Cl£n D£ L'aAB (t84§). 329

ternis par la mort. Trois jours après nous apprîmes qu'il avait succombé.

Ainsi mourut , à l'âge de trente-sept ans , le plus intelligent et le Décès du guide plus intrépide de tous les guides de TOberland, celui qui nous avait Jacob Leuthoid. appris les chemins des hautes cimes et à qui nous devons ime grande partie de nos succès. Né et élevé au milieu des hautes régions, il possédait au plus haut degré Tintelligence — je voudrais pouvoir dire Tintuition des montagnes. — Jamais on ne Tavait vu s'égarer, môme dans les endroits qu'il parcourait pour la première fois, et jamais son (*alme ne l'avait abandonné au moment du danger. Aussi tous les autres guides reconnaissaient-ils sa supériorité et l'acceptaient-ils volontiers comme chef. — Que la terre des Alpes lui soit légère ! —

Les deux premiers jours d'épais brouillards nous empêchèrent de commencer les opérations géodésiques ; nous employâmes par conséquent ce temps à construire notre gîte. L'ancien hôtel des Neuchâtelois et la tente ne pouvaient pas nous convenu*. — Par les circonstances météorologiques défavorables de cette année le glacier de l'Unter-Aar n'était dégagé que jusqu'au Rothhom, sur une longueur d'une lieue : tout le haut était enseveli sous la neige; nous cherchâmes un emplacement dans le voisinage de la bande transversale où devaient se conœntrer nos occupations les plus importantes. C'était d'ailleiu^ pour le moment la limite extrême de la région praticable du glacier.

ED. 13. Nous décidâmes que nous constniirions celte année notre coDstrucUon du Pademeure non plus sur le glacier, dont nous n'avions que trop appris vnionderAar(i843). à connaitre rinstabiUté pendant les séjours précédents, mais sur le rocher. Ayant trouvé im emplacement convenable au pied du Rothhom, justement au-dessus du petit lac situé à Tangle de la bande transversale, sur un contrefort (promontoire) avancé de la rive gauche, nous commençâmes la construction de notre cabane le jour môme de uotre arrivée. Tout le monde y travailla avec aixieur, et dans la précision qu'elle pourrait servir par la suite , nous cherchâmes à la rendre aussi solide que possible , en donnant 60 centimètres d'épaisseur au mur, construction en pierres sèches. — Les débris de la tente de 1 année précédente furent employés à la construction du toit, et le troisième jour nous emménageâmes dans notre nouvelle habitation , ♦|iii. j'éprouve une certaine satisfaction à le dire, était parfaitement appropriée à son but; elle pouvait même passer pour confortable niinparalivement aux précédentes. Ici du moins nous pouvions dormir ^n> crainte de voir notre toits'abaltn» sur nous , et nous osions braver

impunément même Iqs attaques les plus violentes de la louiiiieiite, car le toit était assujetti par d'énormes quai-tiei^s de rochers qui étaient toute prise au vent. Les interstices des murs étaient soigneusement boucîhés avec du gazon et de la mousse. Une porte fermait l'entrée de la maison , et nous avions trouvé moyen de ménager dans le toit une ouverture en guise de fenêtre qui s'ouvrait et se fermait à volonté. A Tintérieur une table , des bancs ^ et même un bois de lit qui nous mettait complètement à Tabri de Thumidité. Aussi quand M. Ai^Mwlm vint nous rejoindre , il ne trouva pas assez de paroles pour exprimer son admiration pour ce chalet si commode et si confortable. Pour (ju'on ne le confondît pas avec l'ancien hôtel des NeuchdteUns (1841), ni avec V Arche de Noé (1842) , tente qui remplaça l'hôtel, nous Tapijelames PaTilloa de l'Aar.

Visite ei iustaiiaUoii ED. 14. Le Surlendemain de notre installation, pendant que UKis de ruiiaboraienrs. gjj^jjg ^ diner g^ir WmQ des belles surfaces de granité arrondies et polies qui forment la teri-asse du Pavillon, doub entendîmes sur le glacier le son d'un cor et les voix de plusieurs personnes qui se dirigeaient de notre côté : c'était toute une caravane de guides portant des couvertures, des ustensiles de cuisine et toutes sortes d'autres objets. En tête mai-chait d'un pas assuré un homme de haute stature, h longue barbe , (lui n'avait en aucime façon Pair étranger au milieu de ces glaciers. Qui pouvait ainsi venir s'installer à côté de nous? — Était-ce un touriste , était-ce un natui-aliste? — Qu'on juge de notre agréable surprise lorsque nous i*econnûmes dans cet étranger M. D^unis- A«Met de Mulhouse, qui nous avait déjà fait visite l'cannée prt"cédoiite. Cette fois il venait avec son tils Dasiel passer quelques semaines au lx>rd du glacier. — Il se mit aussitôt à construire une cabane on^ival de la nôtre — lie ^^apa Doiinis dirigeait les travaux en vrai maçon; son llls surveillait la mise en place des roches du mur, alin (|ue les guides en les ix)sant ne perdissent pas de vue les lignes droites et les verticales , et que toutes les pierres se prétassent un mutuel se<*oui's et appui (l'union fait la force).

Eli ({uelques heures, œmnie par enchantement, un mur de 1 mètre do hauteur formait enceinte autour d'ime roche à surface polie et lisse, une grande toile <\ voile couvrait le tout : le gîte était achevé et c»ii pixKxVla au kipléine de cette improvisation, qui fut appelée Mm

l)A. ' Viï (Ion dôliiieux soti\cnii> do lua vio (ot certes il ne sVflaccra jamais de ma inênioirr) fut lo inuiiient où jVntrai au Paviihn . et recevant la lumière scientifique des

PAVILLON DU GLACIER DE L'aAR (1844). 331

Mais comme le Pavillon était plus commode , nous les invitâmes à loger avec nous, et la Smala fut réservée aux guides. MM. Doiinifl restèrent avec nous jusqu'à la fin de la campagne et prirent pail à tous les travaux.

DA. I. Le Pavillon est construit sur im promontoire de la rive spectacle au Pavillon gauche à 100 mètres au-dessus du glacier inférieur de TAar ; ce promonloir a un escarpement abrupt à TOuest , au bas un petit lac entre le roc et la glace. — Les guides montaient au sommet de Tescarpement, où gisaient d'énormes rochers qu'ils soulevaient au moyen de perches et les faisaient rouler dans le lac. Nous nous placions d'ordinaire sur la pente opposée pour contempler la chute. M. UTiid , ingénieur, était le régisseur. Plus le bloc qu'on parvenait à soulever était gros, et plus l'efTet produit sur les spectateura était grand, siu*tout lorsqu'il arrivait au milieu du lac par un bond gigantesque , ou que, dans sa chute , il détachait des pentes, des cailloux qui couraient après lui comme la plèbe à la poursuite d'un héros déchu. Alors on applaudissait , on se pasâonnait conmie au spectacle ; des paris étaient (Hiverts comme aux courses de chevaux, et nos visiteurs, quels qu'ils fussent, prenaient toujours le plus grand intérêt h ces amusements; tant U est vrai que l'air des Alpes rend enfants les hommes les plus sérieux.

Depuis 1843 jusqu'à ce jour (1862), les acteurs n'ont pas déserté, et toutes les années nous avons trouvé les Taglioni, lesFanny ElssUr H tous les rats aux jambes dégagées prêts à faire le saut périlleux. La première danseuse qui se trouve sous la main est prise : elle roule «*n iaisant des bonds variés sur la pente et sa chute entrahie des camarades. C'est un plaisir de trouver après une absence d'une année des danseius qui, malgré froid, neige, vent el avalanches, sont à leur poste , sans augmentation de gages.

DA. 2. En 1844 j'ai passé deux jours dans un des chalets de l'Aar- paviiion de lAar boden situé à une heure de marche du Grimsel, et à peu de distance (*^^^) de la pente terminale du glacier de l'Aar inférieur. Ce chalet, nous rappelons Geishiitte (cabane de chèvres). — Mon intention était d'obwrvpT rigoureusement de deux en deux heures le volume d'eau que 'W)itent les glaciers de l'Aar et d'exprimer en poids le sable fin (la

el 0c««r, je leur dis en leur serrant lu main : Qktoâ^rt mie bit Stttc :

3é fct in cttcrm ^vmlbt ber !Drittc.

boue de glacier) charrié par TAar. — Toutes les disposilioiis d'observation étant prises , il s'agissait de mesurer la profondeur du torrent et de connaître son lit dans les différentes sections.

On sonde avec une porche , et les guides déclarent que la profondeur est telle, qu'un homme dans Feau serait entraîné et ne pourrait marcher. — Mon guide-chef Jaun, montagnard d'une intelligence rare et à idées lumineuses et spontanées , me dit : « Mon cher Mon- «sieur, je connais le moyen de mesurer les sections. — Voyez la ju- «ment de l'hospice qui est en pâturage auprès de nous relie est étonttuée de nous voir parlementer et discuter; elle semble nous dire : «Mes braves gens, je veux vous aider à sortir d'embarras. — Conttcluez , concluez , Jaun. — Eh bien , voilà la conclusion : que l'un de « nous , muni d'une perche , monte sur le dos de la jument ; elle marachera dans le torrent, elle en a l'habitude. — Non pas, non pas, « dit le malin Bannholzer, je connais cela : le courant l'entraînerait «si elle n'est pas chargée; nous nous mettrons dessus à deux.» — Deux guides sont à cheval. — Hii ! simple stimulant de voix . et la jument aborde franchement la question ; elle entre dans le torrent sans hésitation : elle n'a ni licol à la tête ni fer dans la bouche , la têt€ tout-à-fait libre et dégarnie ;* la main du premier cavalier, avancée du côté droit, touchant légèrement la tête , veut dire : direction à gauche ; ce geste est pai*faitement compris ; l'opposé est l'avertissement pour c'Uler à dreite. Hû! dit à haute voix, la jument marche; en disant Ho! elle s'arrête. — La manœuvre se fait avec la précaution essentielle de marcher contre le courant et de sortir de l'eau en amont ; puis de cheminer sur terre ferme jusqu'au point fixe en aval et de remonter le torrent au point fixe en amont. — La marche en travers à angle droit ferait chavirer jument et cavaliers. — Les temps d'arrêt étaient ponctuellement exécutés et assez prolongés pour voir à la perche marquée en centimètres la hauteur de l'eau ; par ce moyen les sections étaient rigoureusement exactes. Dix fois la jument est entrée dans l'eau au point fixe en aval et dix fois elle est sortie en amont ot tout cela avec une exactitude surprenante.

C'est vraiment curieux , et pour un amateur de chevaux beau et réjouissant de voir un cheval ayant la tête libre, sans licol ni fer dans la bouche, chargé de deux hommes, parcourir un torrent impétueux <lo couleur Ijlanclie sortant de la voûte du glacier, tenant du sabio en suspens , dos galets roulant avec bruit au fond , Teau à la température df» zéro , do 1 motro do prefondour ot plus . vitesse de reaii ,

PAVILLON DE l'aAH (1814,. ,*Î33

i^OO mètres par minute, sur une largeur de 12 mètres. — Cheval de manège , entre mains et jambes savantes , marchant sur un tapis de sable élastique et imi , ne ferait certes pas mieux.

Sportmans et membres du Jockey-Club, M. Ba«eher môme, auraient vu cette manœuvre avec étonnement.

DA. 3. Le Pavillon en 1843 était un abri, mais nullement une de- Paviiion de lAar meure à poste fixe pendant des semaines. — J'avais donné ordre au <'*^^)maître d'hôtel Zybach du Grimsel de faire kitir ime vraie maison sur le promontoire du Rothhom, d'après un croquis d'architecture que j'avais tracé.

Dè« le mois de juin , le guide Hans Wxhren , maçon de son état , aidé d'un certain nombre d'ouvriers, a élevé l'édifice en pierres liées avec de la chaux ; un charpentier de la vallée s'est chargé de la boi- <erie, des portes, des fenêtres et du toit; et grande fut ma joie de voir en arrivant im chalet parfait. — Deux chambres spacieuses; d'immenses dalles de granité forment le plancher; chaque pièce avec porte et fenêtre et une cheminée servant de foyer ; sous le toit mansarde pour les guides ; un appendice servant de cuisine , un autre [lour les provisions : — certes, c'était au mieux et nous étions confurtablement logés, et cette construction est en 1862 encore en parfait liou état : elle a résisté , et afiFrontera vent et neige longtemps encore. Les instruments pour les observations météorologiques sont expo- M?s aux influences de l'atmosphère et les recherches glaciaires con- ■inuées avec persévérance.

PemoBBel.

Glacialistes : WL Desor et DoUnia-AiiMet. Personnel.

Guides: Hans Wxhren d'Im-Hof, guide, maçon de son état.

Hans Jaun de Meyringen , dgé de 38 ans , guide et chasseur de cha-

ITKÛS.

Mekhior Bannholzer d'Im-Boden , âgé de 30 ans, guide et i^emplis- •«il les fonctions de valet de chambre.

Daniel Brigger d'Egerstein , 41 ans, guide et porteur de charges.

Caspard Nxgeli d'Im-Grund, 22 ans, guide.

Heinrich Bossli de Wellingen , 21 ans , cuisinier.

Quatre individus pour tout faire : plus ou moins intelligents.

Cinq chèvres noires et blanches pour fournir le lait.

^Jetle année nous sommes parfaitement installés et le personnel îi'iinlireux , intelligent et actif nous promet une riche moisson de nou- -^liff vérités physiques du globe.

Par le beau temps tout allait pour le mieux. Le soir, après souper, on se couchait tout habillé sur les matelas, se couvrant des couvertures de laine et. des manteaux, et le lendemain :

On se levait frais et dispos,

Toiyours résigné à Pavanée; Nous nous livrions au travail, nous nous livrions au repos. Comme le veulent les circonstances.

Bloc AcMsis. ED. 15- E^n nous rendant au glacier du Trift postérieur pour y établir une station d'observations sur le mouvement de ce glacier, nous passâmes pour la première fois cette année devant V hôtel des Neachdklais. Nous avions hâte de revoir ce lieu où nous avions trouvé autrefois un abri cx)ntre le mauvais temps. Il nous avait semblé en l'apercevant de loin, au milieu de la moraine, qu'il était- moins élevé que les autres amiôes. Qu'on juge de notre stupéfaction , lorsqu'en approchant du bloc nous vîmes qu'il s'était partagé en deux morceaux i. La séparation s'était faite par le milieu, sans doute le long de ces fentes qui laissaient filtrer l'eau en 1841 , loi*sque la pluie ou la neige étaient abondantes. L'angle saillant tourné vere TAbschwung, qui servait de toiture à notre gîte, s'était écroulé et avait écrasé,. démoli, le mur qui fermait l'enceinte du côté du Midi. L'eau, en se congelant dans une fissure , avait probablement élargi la fente et amené ainsi la dislocation.

Vente impôuieux, ED. 16. Un jour, en août 1844 , le soir le vent de N-E commença féroces. ^ soufflcr avec une violence extrême , lançant dans l'air des tourbillons d'une neige fine et poudreuse qui pénétrait par tous les insterstices des murs. Ne pouvant entretenir le feu , nous cherchâmes un refuge contre le froid sous les couvertures de notre ht. En pareille circonstance il faut savoir se résigner en attendant mieux , et je puis dire sans ostentation que cette vertu , qu'on dit si diflicile, nous était devenue celte année assez familière par la pratique.^

DA. ' Papa Dollfiui, me dit Tami i»e»or, nous avons passé des mois entiers dans une complète sécurité sous ce toit trompeur. Je lui réponds : Instabilité des choses icibas ; rien n*est fixe :

ffdtt ^clfen toibetflel^t

©0 ^tfi bet SWûi^t ber 3eit

KDie feflen mUm9 Sefliinbigrdf !

Vos noms, qui illustrent le bloc, ne lui ont pas transmis le feu sacré de la Hes/jMdiffkrit, vous avez tracé sur du sable mouvant. — Ce malheureux bloc n'a pas résisté, il s*cst laissé corrompre.

DA. ' La pratique s*établit naturellement, et quand on se trouve dans la douleur on devient inventif pour en sortir. Souvent, fort souvent, par mauvais temps, chutes d^

PAVILLON DU GLACIER DE l'aaR (1844). 335

J aime encore à me représenter TînipasBiLllité avec laquelle mon

iompai;non de lit recevait les tourbillons de neige ^ et de sable fin que le veot nous lançait de temps en temps à la figure. Comme il airive iinlinairement, la tourmente se calma un peu le soir. Mais c^était pour recommencer de plus belle pendant la nuit.

A minuit nous fûmes réveillés par le craquement des planches du toit. Sans rien dire , nous faisions par devers nous quelques sérieuses réflexions siu* notre fâcheuse position, lorsque nous fûmes témoins du colloque suivant entre deux de nos guides qui couchaient à côté de nous sur le foin, colloque que je regrette de ne pouvoir reproduire dans l'original , avec son caractère naïf :

«Le premier. — Hans {Donnçrs Donner!^) écoute.

Le second. — Que veux-tu?

— Je crois que le Gugx^ va nous emporter.

— Je le crois aussi. Que faut-il faire?

— Je crois qu'il nous faut réveiller nos messieurs.

— Je ne le pense pas. Car vois-tu, il en sera toujours temps quand le toit n'y sera plus.

— Eh bien , je crois que tu as raison. Il nous faut attendi*c et les laisser dormir tranquillement.»

A ce propos , mon ami Doiinis s'élance d'un bond hors du lit. — «Pat* cinq cents d. . . . I ceci est trop fort, s'écria-tril. Et vous vous imaginez que nous allions attendre^ pour nous réveiller, que le Gugx nous emportât avec la cabane dans une crevasse I» Il se dirigea ensuite vers la porte , sans doute pour inspecter, à la faveur de la clarté de la nuit, l'état do la toiture; mais ne pouvant résister à la violence du vent, il revint tranquillement se remettre au lit , attendant qu'il plût «à la tourmente lie s'abaisser, ce qui arriva en effet vers les 4 heures du matin. ^

•cife et rh>id, faute de bois et surtout par IMnconvénient de la fumée qui nous forçait a ttânàrt le feu , on se mettait au lit en se couvrant les mains pour les réchauffer, afin et pooToir rédiger les obsenrations. — Plus tard j'ai remplacé les cheminées (foyers à b (nmçûae) par des poêles en fonte qui nous rendent de grands services.

DA. * En hautes r^ns les vents et la tourmente par des chutes de neige sont tels, fw b neige pénètre par les moindres fissures, et certes le dortoir n*était pas hernie' tM(unmmt fermé*

DA. > Dotmen Donner! (Tonnerre de Tonnerre) est le seul Juron que nos guides se fenÊtOemi dans les moments critiques.

AA. * Gut^, prononeei Goulu, veut impétueux, féroce.

DA. * Cette année les vents violents et la tourmente étaient plus à Tordre du Jour IKia amées précédentes. Ub aeir ils étaient tellement féroces, que le guide chargé 4i ktmtt de la taUç fixa la corde de sauvetage k une poutre de la cuisine , Tautre

33G GLACIERS KN ACTIVITÉ.

Nous qaiuons le DA. 4. Le 2 août 1844 , à 2 heures de Taprès-micli : 60 centime timHresiî**'^ r M ^^ ^eige fraîchement tombée de deux jours couvraient le sol ; plui chement tombée. bois au gîte, plus de provisions à la cuisine. — Deux domestiques été en maraudeurs toute la matinée pour rassembler des branche genévriers rampants enneigés ;• ils reviennent avec des quantités t€ ment minimes et prétendent s'être donnés tant de peine, que ce! Tair de la mystification du conscrit : envoyé en maraude, il rapp un serin dans une cage et dit : «C'est tout ce que j'ai pu trouver i faire la ratatouille.»

« Partons , partons pour le Grimsel ; on pourra revenir demain trouvera du bois dans la vallée de l'Aar et on rapportera des vivrei l'hospice.»

Il fait un temps un peu mauvais, vent N-E très -fort et fn neige fine et poudreuse en suspension dans l'air qui coupe la pe tout est blanc, on ne voit pas à dix pas.

Nous tînmes conseil avec nos guides pour savoir ce qu'il y ava faire. Les opinions furent partagées ; les ims voulaient s'en retour sur-le-champ et aller attendre le beau temps au Grimsel ; les aul proposaient de i-envoyer au lendemain; ils estimaient que cela au: mauvaise façon de fuir ainsi devant un peu de neige : et puis, i dirait-on de nous à l'hospice quand on nous verrait arriver ain$ la débandade ? — Néanmoins l'opinion des premiers l'emporta, lors( le cuisinier nous annonça que les provisions allaient manquer si porteurs n'arrivaient pas. Du pain, il n'y en avait plus ; il ne restait p toute provision qu'une marmotte ' , et certes elle ne pouvait être sei

bout au mur du Pavillon , et en suivant cette corde de la main , il faisait le tn^^t < local ^ Tautre. « Sans ce guide supplémentaire , disait-il . il est impossible de march DA. ' Un grand nombre de marmottes habitent les parages du Pavillon. Souvent guides en ont tué cinq à dix dans une matinée. — Nous avons fini par trouver moyen très-pratique pour tirer parti de ce gibier pour nos repas et nous nous fai: un plaisir d*en donner la recette. ~ Videz soigneusement la marmotte, faites Iod te poil au moyen de l'eau bouillante; sur un feu flamboyant, brûlez un peu la peau | la débarrasser des poils qui ont résisté; coupez chair et peau en petits morceaui quelques centimètres carrés et faites bouillir dans Teau (en écumant) ; prolongez c cuisson au moins pendant douze heures (minimum de temps) : c*e8t là tout le sec Déversez le liquide et gardez-vous de le déguster : il est atrocement mauvais. Sur morceaux de marmotte versez du bouillon de mouton (pot-au-feu classique) , joutez fi poivre , servez chaud. Cette soupe aux marmottes est excellente ; son goût rappelli soupe à la tortue qu*on mange en Angleterre. — Autre recette (concurrence aux li^ de cuisine). Dans une course au grand Saint-Bemhard en 1821 . je prends gtte avec i compagnons de voyage \\ Saint-Pierre (bourg à 1635 mètres ait.). Le maître de VlïùU renseigne du Déjeuner de l'empereur ISapoléon nous serxit une poule au riz.

PAVILLON 1)L' (ÎLACIKH DE LAAll 1844 . 337

poui' le souper, nous savons par expérience qu'il faut la cuire au niinimiun douze heures; Targuipent était sans réplique. Il est (lifficilo d'être persévérant, le ventre creux. D'ailleurs nos chèvres étaient à jeCin depuis vingt-quatre heures , elles ne pouvaient rester plus longtemps au milieu de la neige sans courir le ris<iue de périr. Il fut décidé d.^ battre en retraite et d'abandonner la cabane au gré des vents et de l^ tourmente , comme nos amis BrairaU et Martins firent de leur tente fii.'ia grand plateau du Mont-Blanc, à peu près à la môme époque. Partons , partons pour le Grimsel !

Il fait un temps un peu mal, vent N-E fort et très-froid, neige E>«ziudreu8e en suspension dans Tair qui vous coupe la peau ; tout est !:> 1 anc , on ne voit pas à dix pas.

On étale sur le sol la coixie de sauvetage, nous nous plaçons à cinq

E>.^8 de distance l'un de Tautre. Le guide Daniel Brigger est désigné

EX^ur ouvrir la marche ; on lui fixe la ceinture de gynmastique autour

cl. ^2s reins, la corde est attachée solidement aux anneaux en fer et, muni

ca. '•ime perche de trois mètres de longueur, il ouvre la marche; quatre

ja^'mjides le suivent, tenant la corde de la main droite, puis viennent les

c^lnèvres pour élargir la voie ; deux autres guides suivent le premier

aLlt.taché à une nouvelle corde : Tami llesor et moi prenons rang et

trouons cette corde, un dernier guide ferme la marche *. Le cuisinier

F^^nri Bossli reste saul au gîte. (Un seul trouve toujours moyen de

mxoyenner, les cuisiniers surtout; ils conservent des restes pour In

tMZïime bouche , une poire pour la soif.)

Nous nous mettons en marche en suivant la direction (jui mène à la 'X'xnft, et abordons franchement le glacier. — A peine Tavant- garde a.— t-elle fait quelques pas, que Daniel Brigger, qui marche en tête, so txxDuve en suspension dans ime large crevasse ; la colonne fait pas en

possible de la découper, elle est dure et coriace comme une semelle de soulier : pas moyen de l'entamer. Notre malin aubergiste riait sous cape et nous dit : « Cotte poule- ^» Messieurs, est je crois incuisable; elle a passé trois fois au pot-au-feu pendant desjoamées entières, et comme Teau bouillante est plus chaude à Martigny quMci, j^ l'ai envoyée là en recommandant de la cuire fortement, et il paraît qu'elle a résisté.» ^® lai répondis : « Cette poule, il faut la rôtir.» Â notre retour du grand Saint- Bern- ^tA on nous servit c^tte volaille rôtie , et tout le monde la trouva excellente.

DA. * Que de précautions , que de précautions vous avez prises ! diront certes un STand nombre de touristes; nous leur répondrons : «Dans notre trajet du Pavillon au Grimsel plusieurs fois les guides munis de ceintures et attachés à la corde enfonçaient ^^Di la neige et se trouvaient en suspension dans des crevasses. Nous ajouterons et répéterons: Des précautions on ne saurait en prendre assez lorsque /e* glaciers ou ^erés sont couverts de neige fraiche,*

.'^38 (;l.\c:iers kn activité.

arrière en tirant à la corde, et il est remis à flot; puis conti*e-niarclie l)our éviter Tobstacle. «Papa Dollfas, me dit Tami Dm^f» surtout ne quittons pas la corde, fixons le poignet avec nos foulards, ce n'est pas (lu luxe.» Nous cheminons lentement et très-péniblement. — Ciolonne halte ! La chèvre qui marche en tête s'est écartée de la voie tracée , elle est tombée à travers la neige dans une crevasse et se trouve prise à cinq mètres de profondeur entre les deux parois de glace comme un coin chassé dans un bloc de bois.

Le guide qui porte la ceinture de gynmastique est dévalé un peu plus bas ([ue la prisonnière , les autres guides tirent à la coixle , la chèvre est poussée et hissée jusqu'en haut ; afin que les camarades {Schwarlzhœls ^) n'éprouvent pas le même sort, l'un des guides se couche sur le ventre à travers la crevasse, en appuyant les épaules et les bras d'uu côté, et les pieds de l'autre côté; les chèvres passent sur ce pont-volant humain ; nous en profitons aussi pour ne pas faire de contre-marche ; le guide en arrière-flle , après avoir passé à son tour, aide le pont à se relever. — Cela se pratique souvent ainsi, et ce jeu n'a étonné personne.

La caravane cheminp lentement et péniblement , tantôt l'un, tantôt l'autre se trouve en suspension dans les crevasses ; on fait des marches et des contre -marches dans la neige poudreuse de soixante centimètres de hauteur.

Une pluie battante nous attendait à la pente terminale du glacier. Nous ouvrons le compas, mouvement accéléré, et arrivons à Thospice du Grimsel. L'hôtel est rempli de toiuistes, qui tous ont pris gîte depuis hier; aucun n'a osé bouger pour continuer sa route. — Le lendemain matin le temps est beau, le zénith outre -mer; le soleil est de nouveau imo vérité; ciel découvert, nous retoiunons au Pavillon , nos honmies chargés de provisions et de bois de chauffage. Pavillon (le l'Aar. DA. 5. 1844, 13 aoôt, 10 heures du soir. Émmions. La température intérieure du Pavillon est de -J- 1® et à la perche du

drapeau tricolore qui flotte au gré des vents — 2**. — Pou — m ! Une

DA. * Chèvres de belle espèce , grande taille , bien étoffées; poils d*une {crande longueur de couleur noire très-intense à la tête, au cou et aux pattes de devant; le corps, la croupe et rarrière-main blancs. — Ce coloris est très- favorable et même nécessaire pour voir les chèvres en pâturage k une grande distance, qu'elles soient placées sur la neige ou sur le rocher. L'homme a de tout temps su modifier le coloris, la taille des animaux domestiques pour ses besoins. — La nature vient en aide aux animaux sauvages : les iièvrt's des hautes régions sont blancs en hiver; dans les plaines ils sont couleur fauve.

PAVILLON DU GL.4CIEH DE L AAR {I844y. 339

aTalanche de pierres au Thierberg, rive droite du glacier, vis-à-vis de Dotre gîte , à un kilomètre d'éloignement.

»ewr. — «Papa DoUAis, y venez- vous ou n'y venez- vous pas ? A « la lumière , l'émotion , le coup de théâtre doit encore augmenter «d'effet. — Je réponds : En route ! »

Nos guides , Hans Jaun , Hans Wxhren, Melchior Bcmnkolzer et le porteur de bagagefs DanielBrigger, alignés sur un rang, attendent nosordres. « Vun de vous portera la lanterne, Tautre se munira de la ceinture t g3fmnasticiue et de cordes, le troisième prendra cette casserole en «cuivre et ce flacon d'eau de Lavande (à défaut d'alcool) , et le quactrième mettra des bouts de chandelles dans ces entonnoirs de fer c blanc, afin que nous voyons clair; ce seront trois lanternes de plus. « — Le cuisinier préparera de Teau chaude; à notre retour un verre < de groog nous réchauffera par le froid qu'il fait.»

Nous marchons lentement sur la pente, variant de 35 à 65 degrés , qui conduit au glacier; le gazon est gelé, la roche glissante et l'éclairage pas fameux , le zénith couvert et la lune absente.

Nous arrivons sur le glacier. — Tout le monde y est en bonnet de Diiit (casque à mèche), passé sur les oreilles. Nous rions de bon cœur de nous voir dans cet accoutrement.

• Bannholser^ mettez la sangle (ceinture de gymnastique), qu'on «fixe la corde à Tun des anneaux, mais soUdement. — Avez-vous «la petite casserole et le flacon d'eau de Lavande? — Oui, Monsieur.» Jaun et Wa^ren attachent la cjorde à un piquet (perche en bois) flxé ■iaus la glace ; cette corde pend dans une crevasse au bord d'une {laroi de roche en place.

Tout le monde , les uns après les autres , se laissent glisser le long •ie la corde. — Un cratère . caverne, couloir, crevasse (50 à 80 centinjKtres d'espace enti^e le glacier et la paroi de rocher) se dirige par fô degrés de pente à 100 mètres de profondeur. Nous l'avions vu de jour; Teffet produit sur nos individus avait été tel , que les dents nous en (ml tremblés (Zxhn-Klappem); nos cheveux se sont, je crois, dressé». — Nous voulions une plus forte émotion encore. Bmmhalzer est à 30 mètres en aval de nous , sur l'infâme , l'atroce

ÈJL * Lr phis intrépide , le plus téméraire , le plus casse-cou de tous les guides passés, ppcseaU et à Tenir. — Adroit comme un singe, il se tire de tous les mauvais pas. — I a emifn am États-L'nis avec BosH le cuisinier; les autres guides, en 1862, sont tous M rjpfcMA auprès de notre souverain Maître.

340 i;laciers kn activité.

plan incliné de couche do boue du glacier; tout le monde est à la (*orde pour h» retenir, le feu est mis à Teau de Lavande

Minuit au Pavillon.

iKMor. — <c Papa DoUfas , VOUS Tavez vu ? »

Douras-AuMet. — <c Oui je Tai vu 1 Bonsoir 1 » Pavillon de lAar. DA. 6. 23 août 1844.

Hygune. j^^ tcmps uous favoiiso peu ; — depuis longtemps , trop longtemps ,

neige, pluie, brouillard , froid, vent et ®ugg.

Nous ne nous décourageons pas. — Persévérance est écrit sur notre drapeau. — Tous les matins nous nous rendons au champ d'observations en regrettant de voir arriver la fin du mois, qui est Tépoqiie du départ.

Un grand improuveinent introduit, c'est Vemploi du sel c/muffé pour sécher les bas et la chaussure. — Parole d'honneur, sans ce nouveau système de drainage d'humidité, nous finissions par marcher nupieds.

Je me fais un plaisir de communiquer aux amis cette innovation , elle trouvera des imitateurs. — Chasseurs, touristes et glacialistes sauront l'exploiter avec succès; la recette est théorique et pratique, et garantie par nous.

Ancien système. — Foin dans les souliei's et dans les bas, et pendus auprès du feu, exposés au calorique rayonnant qui rôtit cuir et laine.

Nouveau système. — Chauffez dans un vase quelconque du sel de cuisine (en Suisse nul droit ne pèse sur ce pi-oduit, il est bon marché), ajoutez du sable ou toute autre matière, pour qu'on ne s'en serve pas plus tard à la cuisine ; nous ajoutons de l'outre-mer.

Lorsque ce sel est bien sec et chaud , introduisez le dans la chaussure et dans les bas. Ce sel chaud: 1** transmet son calorique, tpii évapore l'humidité ; 2** il absorbe lui-même cette humidité évaporée, — Ce jeu répété deux ou trois fois , et vos chaussures seront parfaitement sèches , ainsi que les bas de laine.

Inutile de rappeler que les souliers ferrés doivent être graissés avec suif et huile pendant qu'ils sont mouillés et placés au courant d'air; l'eau s'évapore, la graisse pénètre, et ils de\'iennent imperméables à l'humidité. La meilleure graisse est celle des marmottes , et nous en faisons usage avec succès.

Pour cxjmpléter nos obsei'vations glaciaires de cette campagne, nous fîmes l'ascension au Rosenhorn (un des Wetterhœnier; voyez Ascension au Rosenhorn, T. IV).

PAVILI-ON DU GL.VC1ER DE l'aaR (1869;. 341

DA. 7. De toutes les passions des montagnards, la plus forte et la pa>iiion de lAar. ylus dangereuse est celle de la chasse aux chamois. — Pendant nos ^^^^ «"'^ chamois. séjours nonibreiix au Pavillon de TAar (1844 à 1862) nous avions Njiii de défendre à nos guides de penser à chasser, et nous ne leur arcordions cette faveur que très-exceptionnellement.

•le citerai deiix exemples de permission de chasse aux chamois qui pnjuvent combien est forte cette passion. Un soir, un ami , sans le nommer je dirai que c'était un de mes

neveux, A. K n, jeune, fort, robuste et chasseur intrépide en plaine ,

me dit : « Mon oncle, ton guide Jaun , ('hasseur, m*a assuré avoir vu •les chamois dans les l'oches du Lauter-Aar, et je viens te demander Va permission de raccompagner demain.»

— «Certes, mon ami, accordé; tu te feras réveiller avant le jour.

• — Le lendemain au déjertner je suis étonné de voir Jaun , et je lui

• dis : Vous n'êtes pas en chasse, et le temps est splendide? — Il me répondit : Non, Monsieur, je n'ai pas fermé l'oîil de plaisir toute

'la nuit; votre neveu, couché à côté de moi, a dormi comme um» ■ marmotte et il doit encore, ce n'est pas un cliasseur; maintenant il

• est trop tard pour se jnettre en route , cependant si Monsieur me «permettait de m'absenter, je ci-ois être sûr de rapporter un cha- -mois, et votre parent le verra et pourra conserver la peau. — -Cette permission est accordée, et à midi un chamois superbe est

• rapporté. »

DA. 8. Convenu avec un de mes neveux, J. D s, qu'il m'accom- paMiion ao lAar.

[lagnera aux glaciers de l'Aar, prendra gîte au Pavillon, et que je ^-'w**** î»"* ^''•^"**'* mettrais à sa disposition plusieurs intrépides chasscure de chamois. **'^'

Haiis Jaun et les trois frères BlaUer de Meyringen , tous les quati**^ 'hasseurs intelUgents et de beaucoup de savoir-faire, se trouvent au rendez-vous. — Carabines, poudro, plomb et(;apsnles. rien ne manque. I^ temps est splendide.

l-es chasseui^ partent avant le lever du soleil , et à neuf heures ils ^mt de retour. — [j'alné des Dlafter porte sur ses épaules un chamois Miperbe percé de deux balles, et les autres chasseui's l'avaient précédé Partir nous annoncer le i-ésultat (l(^ la chasse. — «Et mon nevciu , on «est-il? a -t-il vu le chamois? — C'est vrai, dit le cadet des frères *Ulaner , c'est moi qui l'ai dirigé et lui ai aidé à monter des pontes de

• nevé au Thierl)ei-g. Le chamois en \nie , j'ai fixé votre ami jusiju'au 'jîlel dans le nevé, et j'ai monté rapidement la |H»nte, et c'est moi

•jui ai plaré la seconde biillc dans la poitrine du rhamois; il était

« temps, sans cela il nous échappait; soyez sans crainte, votre ami, «nous le retrouverons à la môme place, il ne saurait bouger; nous «ne pensions plus à lui, notre joie était trop grande.)» — Je crois (ju'il serait difficile de citer des distractions causées par cette passion plus fortes que cet exemple historique.^ Hospice du Grimsei. DA. 9. Par une journée froide de neige et de vent du Nord je n'étais Hiver de 1841. p^g gQ^ti du Pavillon et j'avais mis au net mes observations, — Le soir après le souper j'ai demandé à mon guide en chef Jaun des informations sur Tauberge du Grimsel pendant Thiver, sachant qu'il y a fait plusieurs séjours dans cette saison. Je transcris ce qu'il m'a raconté :

« L'iiiver, l'auberge du Grimsel reprend sa dénomination primitive, Spital (hospice). L'argenterie, le linge, les ustensiles de cuisine et tout ce qui fait partie de la civilisation estdélogé, transporté à Meyringen. La literie et autres objets trop volumineux sont mis sous clef. Vaches, moutons, chèvres, porcs, domestiques, valets, sommeillers, femmes de chambre et famille Zybac/i, tout, absolument tout part fin octobre ; un seul domestique reste avec un chien.

« En 1 841 j'ai 2 eu l'immense avantage de faire séjour, seul et imique de l'espèce humaine, avec Sultan, cliieii de Saint-Bernard, comme vous vous plaisez de l'appeler; — c'est égal, ce chien , élevé à Meyringen par un boucher, a son mérite , je vous assure.

« L'occupation principale, et ([ui est celle de tous les jours, c'est la fabrication de chandelles de suif de chèvres et de moutons. Viande salée ou gelée , pommes de terre , fromage , riz , café , thé et eau-devie de grains (Italiener-Schnapps), sont les provisions de bouche. Mauvaise tourbe pour se chauffer et faire la cuisine; froid, neige et Gugx (vent impétueux, féroce) pour rafraîchissements.

« En novembre et décembre peu de neige couvrait le sol , le temps était beau ; fort souvent des Valaisans et des gens de notre vallée prenaient gîte la nuit.

« Place au feu et foin par terre pour se reposer sont donnés d'office et

DA. 'Le lendemain un de mes gens, qui n'a jamais tenu de sa vie une carabine en main, a été mis à la disposition de mon neveu pour Taider dans les mauvais pas, avee ordre formel de ne pas le quitter. — C'est positivement le seul et unique moyen d'empêcher des distractions de la part du guide chargé de vous conduire et de vous aider dans les mauvais pas. - Vn second chamois a été tué par mon neveu.

DA. ' Uftns Jnun.

PAVILLON Dr GL.VCIER DE l'aAR (1850 . 343

gratis. Les pauvres voyageurs qui font la traversée sont nourris sans rétrilmtion; ils sont peu nombreux.

« Le 3 janvier, il m'en souvient comme si c'était hier, en me réveillant le matin, j'étais alors seul dans la chambre basse; vous connaissez bien la chambre où travaille le cordonnier en été ? — Sans doute. — Eh bien, c'est cette chambre qui est le quartier d'hiver; elle est très-basse, petite, une seule croisée pas bien haute, quatre vitraux. Le matin les deux vitraux supérieurs donnaient seul passage au jour ; un mètre de neige fraîche depuis hier matin. Sultan avait l'air rêveur et sa mine me disait : Mon brave compagnon , adieu les veillées en société avec des camarades , plus de visites , résignons-nous , ayons patience.

« La neige se tassait au-dehore , de nouvelles chutes s'y ajoutaient , et fort souvent le vent était tel que je plaçais la chandelle dans une lanterne bien fermée; sans cette précaution elle s'éteignait dans la • hambre (historique).

< Le 3 février est noté en craie blanche à la porte ; ce sont 31 jours bien comptés que je n'ai vu ni âme qui vive. Le froid au thermomètre , je ne saurais vous le dire , mais très-sensible dans la chambre bien fermée et chauffée jour et nuit. J'avais froid. Je ferme le contrevent ; la neige , je la tasse pour boucher complètement Tencadrement.

« 1^ jour n'arrivait plus dans la chambre. Une mèche dans la lampe alimentée par des déchets de suif brillait toute la sainte journée ; je voyais assez clair et je ne souffrais plus du froid. Je fabriquais des chandelles à force et fumais comme un Turc du tabac à 2 batz la hvre. Le mois de février n'a que vingt-huit jours , il passera assez ^ite : d'ailleurs le temps peut changer.

« — Vous ne sortiez donc jamais de votre trou de marmottes?

«Certes, Monsieur, nous sortions, et souvent je faisais une pronienaiie avec Sultan, le fusil sur l'épaule. La neige se tasse, l'ardeur •lu soleU sans vent fait dégeler la partie supérieure ; elle se regèle el forme une croûte qui, surtout le matin, porte un homme.

*Le 13 février, c'était i\ neuf heures du matin, temps calme, «iel -♦rein, très-froid, neige fraîche tombée la nuit; nous sortons, SvUau ♦H moi. A cent pas de l'hospice . portée de carabine , je vois des traces des pas) de chamois. Ils se sont dirigés du côté de l'Unter-Aar, ils r^-vif^ndront : à l'afffit sans perdre un instant. — Je transporte du foin îti iL'alptas /'sons le toit), j'endosse tous mes vêtomoiits. les jainl)os )^n> im sar, un bonnet de coton par-dessus les oralles. Sultan à càtv

.51 I (iLACIEHS ES ACTIVITE.

de moi pour nie chaulfer. Un chien, c'est très-commode eo pareilles lirconslances , c'est une chaufferette qui ne s'éteint pas.'

«La carabine bien cliai'gée, je suis resté immobile jusqu'à nuit complète ; — une faction de longueur sans boire ni manger.

tt Le lendemain matin avant le jour je me remets en embuscade. L(^ vent a changé de direction pendant la nuit ; certes les bêtes reviendront.

«A sept heures du matin, à belle portée de carabine, je vois trois chamois sujierhes. — Le coup part , une béte tombe raide mort : c'est le bouc du milieu, je Tai visé à Tépaule. Je descends de mon observatoire, Sultan me suit.

« — Et le chamois est rapporté vu triomphe?

« En triomphe, et jifjurquoi en triomphe? Personne ne nous voyait : ni âme» qui vive n'était là. — Grand régal, rôti, bouilli, hachis de ch.Mmois pour moi et Sultan pendant plusieurs jours ; la peau soigneuscaiient <;onservée.

« — Cela vous a donné courage et a remonté voti-e moral pour les joui's à venir?

«Cette chasse, à coup de fusil de maître, a descendu mon moral aussi bas que possible. — L'ennui, oui Monsieiur, Tennui a pris logement. C'est un \ilain hôte qu'on ne chasse pas facilement. — J'ai tué ini chamois su[)cr])e, la j)eau est là : elle atteste que la bête était Ixîlle ; les cornes sont magnifiques, et cette chair succulente et excellente, moi seul je dois savourer ce parfum de gibier que les touristes n»ch(»rch(?nt ; c'est Jauii et Sultan qui le mangeront sans avoir faim. — La balh» a frappé juste; ce beau coup de carabine, personne, x)as Min) qui viv(» ne voit ce coup de maître.

« l'atientons, patientons, le temps changera et bientôt nous verrons (lu monde. Qu'en pfmse Sultan? 11 reste muet, ce fidèle compagnon et mi* lèche les mains.

«Si s(Milement un honnne de notre vallée venait à moi, oh! alors il serait sûr d'être régalé un peu bien. Voici une bouteille d'eau-devif», j(î la mets de (!Ôté pour ce moment bienheureux ; ce morceau de Ulet de chamois, je le fume soigneusement au feu de tourbe pour la grande (Wîcasion ; cette pipe sera un cadeau au bienheiu^ux qui se présentera; ce paquet de Portorico, six hatz la livre, lui sera remis: cert(»s il ne jwurra pas se plaindre.

I)A. • Pîirrailriiu'iit pniliqin' par \v fniid a toutes les altitudes.

PAVILLON DU GLACIER DE l'aaR (1850). 345

«Les jours se suivent; je me remets aux chandelles; il fait moins froid , la neige se tasse , je rétablis le jour par la croisée. — 20 Février . encore huit mortelles journées jusqu'à la fin du mois. Muni de la lunette d'approche (spectifi) , je montais tous les jours sur la hauteur du côté du Valais. Décidément ils ne sont pas pressés; patientons, patientons.

cJe n'avais plus faim, la soif était presque nulle, je fumais peu. Toutes les nuits je rêvais et le jour je faisais des chandelles qui ne réussissaient pas; j'étais malade, positivement malade.

«Enfin , à la fin de toutes les fins , le 5 mars à six heures du soir, l horloge (le coucou) de la Forôt-Noire sonnait le dernier coup de six : .Su//an aboit ; depuis longtemps , depuis des mois , il n'avait donné de la voix.

(^Joseph Plcuter d'Obergeschelen (Valais) ouvre la porte. Il entre dans la chambre, et je lui dis aussitôt tout joyeux : Vois -tu cette l>eau de chamois , c'est moi qui l'ai tué, ce superbe bouc. Cette pipe , re tabac, je t'en fais cadeau. Je verse de l'eau-de-vie dans deux verres et je lui dis : A ta santé ; il vide son verre avec calme et me répond : Jam, faites-moi un peu de soupe , j'ai faim et sommeil. — J'aurais pu le battre cet infâme Valaisan ; ils sont tous les mômes, cela n'a pas le gCDtiment de la chose. Si j'avais tenu un des nôtres, nous eussions lait une vie de joie , nous nous serions Uvrés à la boisson , les cartes et le tabac. C'est égal, j'étais content. Quelques jours plus tard Daniel Brigger est venu me relever de ma faction. J'ai emporté la peau à Meyringen , elle a été tiinnée et je vous l'ai envoyée, i »

DA. 10. En 1850 au Pavillon de l'Aar. — Je demande à mon passages difficiles, guide en chef Hans Jaun : «Avez-vous une communication ou une observation à me transmettre depuis l'année passée ?»

«Nulle observation intéressante, mais une nouvelle invention de transport de touristes, surtout très-pratique pour les dames. — Vous savez combien on est obligé de se donner de peine et quelle difficulté on éprouve de faire franchir des pentes abruptes de glace ou de nevé aux touristes et aux dames surtout. — Dans une course à travers la Strahleck, on avait mis le bagage des touristes dans un grand sac, qui était transporté par un porteur. Dans un passage très-diflicile , après avoir cherché de tout côté une voie un peu passable, je n'ai tnnivé (pio des pentes abniptes de glace donnant contre \\\w ci'ovass(»

HA, ' certes, Jaun était chasseur drchaniois passionné.

346 GLACIEHS EN ACTIVITÉ.

affreuse, et j'ai déclaré aux touristes qu'il fallait descendre là ou retourner sur nos pas ; pas moyen de faire autrement : les autres guides ont fait la même déclaration. Les touristes répondent jamais^ et je voyais le moment qu'on allait battre en retraite. Et vous savez que ce n'est pas dans nos habitudes.

«Le sac au bagage est vidé sur la glace, les provisions qu'il contient sont mises à jour , on mange peu , on boit moins encore : tout le monde est contrarié et de mauvaise humeur. — Je vois le sac nde et dis en moi-même : mais que nous sonunes donc bêtes; et aussitôt je place le plus jeune des guides dans le sac , nous nouons la toile avec la corde dans la partie supérieure , le restant de la corde est tenu par nous tous , et l'individu dans le sac glisse lentement sur la pente et est suspendu dans la rimaye (crevasse); il se hisse de l'autre côté et se trouve sur glace ferme. — Le plus intrépide et courageux des touristes est soumis au môme jeu et arrive à bon port, notre camarade au bas lui aid<ant ; puis c'est le tour d'une dame , puis de doux messieurs , nous autres nous avons fait des entailles dans la glace avec la hache ; an bas de la rimaye on nous a jeté un bout de corde , et nous sommes arrivés parfaitement au Grindelwald.U Pavillon de vxur. DA. 1 1 . A 2400 mètres ait. au Pavillon de l'Aar ; dès que l'Ami Soleil a dispani derrière les Hugi-Hœrner, le souper est servi, — le menu est invaiiable. Soupe au bouillon de mouton , auquel on a ajouté du riz et des tranches de pain on masse. Mouton bouilli et pommes de terre en robe de chambre (bouiUies). Côtelettes de mouton. Omelette et pnmeaux cuits. Vin ordinaire du Valais. — Après le souper, du café noir ou du groog. — Puis on allume le cigare ou la pipe. Puis on discute sur les affaires glaciaii'es et dos hautes régions des Alpes. — En règle générale ces discussions ne se prolongent que le temps que met un cigare à brûler jusqu'au bout , et tout le monde gagne le matelas pour se reposer.

Au Pavillon on est très-matinal , et tout le monde est sur pied d«»s qu'il fait jour. Ce sont les allures classiques en hautes régions.

DA. ' Cette locoiuoliun dans un .sac est positivement très-pratique. En hautes régions il n*y a pas de fausse honte ; moi-même j'ai été mis dans le sac , et les guides m*ont Tait passer sur des crevasses couvertes de neige ou de oevé d'une faible épaisseur formant pont. Il ne s'agit pas d'aller en hautes régions et de faire des ascensions : il faut revenir, et les précautions ne sont pas du luxe. Je le répète, on ne saurait en nn»ndn' as.sez. — l.a ronservatinn matérielle avant tout : — quand on est mort cVst |K>ur longtemps.

eb.

PAVILLON DU GLACIER DE l'aAR (1850). 347

Dans certaines soirées, après le souper, on se permet le second cigare ou une seconde et troisième pipe, et im groog supplémentaire ; oh ! alors les discussions finissent par des anectodes de hautes régions. — Il me souvient de quelques-unes de ces citations que je transcris. Je les fais précéder du nom du narrateur.

DA. 12. M. de Ciimppeiitier, géologue et glacialiste d'un mérite su- ■»• ckarpe^tier. périem- et d'un grand savoir-voir, me dit im jour : «Certes, Monsienr ■ ••ilfiuy nous qui vivons des mois entiers en hautes régions de nos sublimes Alpes, et qui voyons et étudions les glaciers en activité, nous sonunes parfaitement d'accord que les terrains et les dépôts erratiques, les blocs dispersés, etc., ont été transportés sur le dos des glaciers d'une grande étendue par des glaciers monstres comparativement à ceux d'aujourd'hui. Nous savons de plus que les glaciers en activité usent, polissent, strient et rayent les roches qui les en- • caissent. — Vous avez vu ce matin avec votre ami Coiiomb les blocs monsfres de Monthey. Ils ne sont certes pas tombés du ciel ; un grand nombre portent leur extrait baptistaire : la boue de glacier. — L'immortel De (tonMnre attribuait ce transport à des courants d'eau monstres. Cette théorie, propagée par les professeurs, publiée dans tous les traités de physique du globe est d'accord avec le déluge transmis par l'Écriture-Sainte; elle a été sanctionnée par le clergé et acceptée sans opposition.

«Autrefois, jadis, le soleil tournait; aujourd'hui c'est la terre (le globe que nous habitons ) qui tourne. Les rôles sont changés. Certes celte vérité, personne ne la met en doute. — Il n'en est pas de même» flu terrain erratique; bien des années s'écouleront jusqu'à ce que cette vérité glaciaire soit acceptée. Ni vous ni moi, mon cher ami; ne verrons ce moment-là, et cependant les glaciers nous le disent tous les jours, et certes ils doivent être entendus dans cette question. La nature n'est pas menteuse. — Ce qui me peine , c'est de trouver des hommes supérieurs, des hommes d'une position sociale et scientifique haut placés qui ne veulent pas voir; je répète qui ne veulent pas voir. Je ne parle pas de ceux auxquels il est défendu de voir, et qui n'ont pas assez d'indépendance pour oser ^ voir.» — M. de Climrpeiitier ajoute :

«Le temps passe vite lorsqu'on cause science; il se fait tard, mais [»en importe. Les esclaves seuls ont des heures, l'homme libre se

DA • 0$rr. Le Cardinal de HHirlirn a dit : « Jo fais grand ras d*iin oser ot je sais Nmt rt^ q\\*\\ vaut.»

348 (iLAClEHS EN ACTIVITÉ.

plaît souvent à prolonger les discussions; aujourd'hui je suis en veine de bavarder, et permettez que je vous raconte une anectode qui confirme le non vouloir voir :

«c Vous (X)nnaissez M. liéopoid de Bneii r — Certainement. — Ce géologue d'un mérite supérieur est un intrépide marcheur, il chemine toute la journée en chaussure légère et en bas de soie. Pour tout bagage un parapluie , et dans la poche de son habit noir une chemise de rechange (liistorique).

« Un jour il frappe à ma porte et me dit : Au glaciahste salut , je suis exact au i-endez-vous, nous partons à pied pour l'Italie demain matin à soleil levant, mais à ime condition : vous ne parlerez pas de vos terrains erratiques glaciaires. — Je lui répondis : Et vous , mon cher ami , vous ne chercherez pas à me prouver que les blocs perchés . et autres matériaux erratiques ont été transportés par vos courants d'eau monstres. — Parfaitemeht d'accord , nous nous serrons la main en disant à demain , à demain matin.

« A soleil levant nous sommes sur pied , la tasse do café classique est prise. Partons. — De Climrpeiitiery vous portez du bagage ? (j'avais pendu sur le côté un petit, très-petit sac); ce sac d'écolier me doime des inquiétudes ; laissez ce sac à la maison et mettez son contenu dans la poche ; faites comme moi , c'est pratique. — Je me suis franchement exécuté, c'était un ordre pour moi.

« Un soir, un peu avant le coucher du soleil , nous nous trouvions dans le Haut-Valais sur rive droite, avant d'arriver à Obergeschelen. Un bloc erratique monstre, superbe, bordait le sentier étroit que nous parcourions; ce bloc est perché sur un promontoire, je marchai en tôte et m'arrêtai pour l'examiner. M. de Bncli me rejoint et me dit : De Cliarpeiitier ue VOUS arrêtez pas , la nuit va nous surprendre , rappelez - vous vos engagements. — Ce bloc était superbe, il était perché si témémiremeut c[ue l'on craignait que le moindre soufllc le fasse chavirer. J'était muet, le bloc parlait, mids on ne voulut ni le voir ni l'écouter.^»

zcniiati («838,. ED. 17. En août 1838, après une marche de longueur, par une chaleur excessive dans le Haut-Valais , nous aperçûmes enfin le clo- «lier de Zermatt, qui n'était plus qu'à une petite distance. Tout le

I)A. ■ Le glacialiste Tait causer les roches et prend leur narration au sérieux. Grand nombre de géologues disent : «A beau mentir qui vient de loin.» — Ce bloc venait de loin.

PAVILLON DU GLACIER DE l'aAR. 349

monde oublia la fatigue du jour pour accélérer le pas. On nous avait dit que nous pouvions loger chez le docteur .... — Voilà une enseigne. — «Est-ce ici la maison du docteur ?y> demanda M. (itnder à lin individu qui vint auprès de nous. — Oui, Messieiu^, et c'est moi qui suis le docteur. — Comment c'est vous? — Au reste, pourvu que vous nous logiez bien.)» Sa femme était aussi accourue à notre rencontre. Elle avait Fair bien plus dégagée que son docte conjugal ; elle nous promit de faire de son mieux pour nous satisfaire, en même temps elle nous fit voir plusieurs chambres proprement tenues, dans lesquelles nous primes nos quartiers. — Dans le livre des étrangers, qui en était à sa première année , nous recomiûmes parmi les cinq ou six voyageurs qui nous avaient précédés plusieurs personnes de Dotre connaissance : c'étaient des botanistes et des zoologistes suisses. Décidément les toiu'istes n'ont donc pas encore infesté cette vallée ? ^

En attendant que la minestraSùi préparée, nous allâmes jeter un roiip d'œil sur les sites avoisinants. — C'est vraiment im monde unique. Regardez donc ces champs d'orge suspendus aux flancs des montagnes et à près de 300 mètres et plus au-dessus de la vallée. Et ce système d'irrigation ! comme on a tiré parti de tous les filets d'eau pour fertiliser ce sol froid et ingrat. L'on ne sait ce que l'on doit le plus admirer, ou de cette nature si gi'ande et si sévère , ou de la persévérance de l'homme qui , à force de travail , parvient à lui arracher quelque maigre tribut. — Voyez ces pauvres et misérables chalets ipii n'ont de beau et poétique que leur site et la petite chapelle blanche qui s'élève du milieu de chacun d'eux. Les emblèmes de la reUgion «jDt quelque chose de touchant au milieu de cette nature si grande , si imposante, et de ce peuple si probe et si pauvre. — L'impression que l'on éprouve est telle, qu'on en est presque à regretter notre civi-

DA. ' Dans U vallée de Zermatt il n'existait en 1838 ni cabarets, ni auberges; c'était jlors Tnsa^ que le curé ou le pasteur hébergeât les voyageurs, r/était fort incommode, parce qu'on vous traitait en homme qu'on consent à recevoir, et que , d'un autre côté , Bf pouvant exiger un C4)mpte, on était plus mal et on payait plus cher qu'ailleurs. — En ll4ft j'ai passé à Zermatt pour franchir le col de Saint-Théodule ; A y avait alors une mberge bien mesquine sous tous les rapports et trente voyageurs en tout étaient inscrits dans le registre de r hôtellerie. Plus tard le nombre des voyageurs a augmenté d'année •"B année, et en 1862 il y a hôtels, cabarets, cafés, billards, boutiques pour marquer irs bâtons, guides, porteurs et chevaux en masse. — Pavillon et logement au RifTel; rabane et lits au Saint-Théodule ^ 3300 mètres ait. — « Votre intention est de visiter U % allée de Zermatt?» dit un touriste à un de ses amis, touriste de salon. — «Cher, •^W parfaitement porté; la contrée est délicieuse, ravissante, parole d'honneur! on en [virle ht^ucoup. »

350 (il--\ClKRS EN ACTIVITÉ.

lisation; que par charité pour eux Von voudrait laisser ces i)oimes gens dans leur ignorance et leur simplicité, si la destination de Thumanité n'était pas de marcher au développement intellectuel par toutes les voies qui lui sont ouvertes.* L'Ami Soleil. I^A. 13. Un soir (il y a bien des années depuis cette époque), après une belle journée, les convives au Pavillon de TAar était nombreux. Glacialistes, photographes, peintres et des amis toiuistes (qui avaient passé la Strahleck) étaient tous de fort bonne humeur.

«Eh bien, papa DoilAisy dit un des amis, aujourd'hui c'est le moment de nous démontrer, verre en main , quelques faits glaciaires.»

«Qu'on mette quelques bouteilles de Champagne dans un mélange frigorifique de sel et de glace, et qu'on apporte im grand baquet en

DA. * Voies ouvertes pour propager dans les hautes vallées le développement intelltTtuel et apporter plus de bien-être physique et matériel aux habitants.

Le montagnard est méfiant, cVst dans sa nature; il n'accepte que sous bénéfice d'inventaire (comme on dit dans les études de notaires).

Parcourant le Haut-Valais , je dis à Vaubergiste de Munster : « Parole d'honneur» vos voies de communication sont toujours les mêmes : chemins pierreux et étroits, trî*s-mal entretenus, pénibles pour les piétons et jiour les chevaux; d'Obergeschelen à Viesch, pas moyen d'aller en char, le trsyet est long; ce serait dans votre intérêt de perfectionner vos chemins et de les rendre carossables : vous auriez auberge pleine. » — 11 me répondit : « Sans doute , mon cher Monsieur, nous le savons parfaitement bien , nous autres aubergistes; nous sommes pour le chemin de voiture, mais MM. les curés disent (et ils sont d'un grand poids dans la balance) que le contact de la civilisation de la plaine créerait des besoins et communiquerait de mauvaises habitudes îi leurs paroissiens. — Les gens de la vallée eux aussi sont opposants et soutiennent que si nous faisions une route carossable, les hommes de loi et tout leur cortège, huissiers, notaires, etc., nous envahiraient; ils prétendent surtout (et c'est leur cheval de bataille) qu'ils paieraient plus de contributions que maintenant. — Nos montagnards sont des malins ; ils disent : si nous établissons des communications faciles et bien entretenues, nos porteurs de bagages, nos chevaux de charge et de selle seront supprimés comme sur le Saint-Gothard. — Des amateurs de beaux sites établiront des maisons de campagne, — nos chalets feront triste mine à côté de ces constructions splendides : — restons comme nous sommes, nos aïeux s'en sont bien trouvés; restons indépendants et libres. Mieux vaut manger du pain noir en liberté que du pain blanc dans l'esclavage. — Un tiens vaut mieux que la promesse incertaine de deux tu auras,» — Le maître d'hôtel ajouta : •Ceux qui influencent le plus nos montagnards dans les époques de votes universels, ce sont les gens de la vallée qui ont voyagé et qui, tourmentés par le mal du pays, rentrent chez eux; ils disent : La civilisation en plaine, c'est la corruption, c'est la peste, c'est un mauvais génie qui vous tourmente jour et nuit; on mange, on boit, on vit tellement bien, on fume du tabac tellement bon, on est logé si confortablement, qu'on n'a plus rien à désirer tant que l'argent ne manque pas; mais dès que ce dieu de la terre déloge, oh alors! misère et compagnie! on regrette trop tard ces mauvaises habitudes et on est positivement malheureux : le physique est souffrant et le moral est abattu.

PAVILLON DL GLACIER DE l'aAR. 351

U)is rempli de neige ou iievé et des verres à boire ordinaires.» — A la neige on ajouta du sel, on y plaça les verres remplis d'eau à mie basse température; au bout d'un moment Teau qui touchait les parois des verres avait une certaine épaisseur de glace, on égoutta Peau, on les approcha du poêle en fonte très-chaud pour opérer une légère fusion des parois adhérentes , un verre de glace parfait sortait du moule , on versa le Champagne frappé à zéro.

*Tel que vous avez vu la glace adhérente au verre, tel les glaciers sont adhérents au sol au-dessus de la Umite des neiges temporaires qui se trouve à 300 mètres au-dessus du Pavillon, à peu près 2700 mètres ait. On ne trouve pas de roches polies ni burinées audessus de cette altitude ; au-dessous le glacier n'est plus adhérent et le toiTent charrie la boue fine que les professeurs appelent Lœs^ Lehm ou dilunium. — Les agronomes lui donnent le nom de terre végétale. Nous auti'es glacialistes nous l'appelons boue de glacier, y>

Les verres de glace ne s'étaient pas fondus pendant cette expUcation, »'l le Champagne fortement frappé fut de nouveau versé, et alors, voyant le sourire sur toutes les lèvres et la gaieté dans tous les yeux , je porte un toast :

« A la boue de glacier I à la terre végétale dans la civilisation ! Sans glacier pas de boue glaciaire, la roche à nu partout, et si le glacier ne Ta pas toujours déposée directement, c'est lui qui est l'auteur , le fabricant de cette terre que nous cultivons !....)>

Je suis assez osé pour dire que les glaciei-s étaient autrefois monstrueusement grands, et puisque nous savons qu'ils sont adhérents en hautes r^ons, nous pouvons les élever très-haut au-dessus des surfaces polies. — Un ami demanda : à quelle hauteur au-dessus du Finster-Aarhom ? — A la hauteur de nuages qui n'ont aucune fixité •raltitudes; nous en voyons au-dessous, nous en voyons au-dessus 'lu Finster-Aarhom.

On demanda un moment de silence pour un ami qui veut débiter un petit cantique ; le silence établi, cet ami fait l'introduction suivante : « Messieurs , je me sens dans votre air ambiant à 2404 mètres d'altitude tellement à mon aise, et la journée a été tellement belle , que nous avons passé la Strahleck sans fatigue ; — je porte un toast à l Ami Soleil, que je terminerai par une chansonette :

.I^\UEJ.'i F.N \i-TÏYnL.

■.-AMl fltoirll.

La fjj! d*aAi«> . il lVii r<\ fnv-rv

Pai^ieDDe auii>^ «iUr n dm: pbirv Que «^Hk- dr r.\ni Sc^eU !

InipdSMUe qu'oD lui nr>i*^tr (fjâiid d'ub'iur il vWfil ^ou» |iari*-r: lmpos>il4r 6r frstr-r tnsUr (fuand il prrU-nd %i>u«> ri.tD^^.i^r.

Il DM-t b vi^«>ur dao» D<r> veior^ Et 1« rijun»*: daos nif«t4-ur>; Dains iKf< ^iik«ur> •'t daos n<.is ftein*^ Il «-ombait et d'jos Tait vainquHirs.

baos le saluD qiuDd il regarde.

Il rajeunit Ur- \Hru\ t;iUr;<u\, Et fait <:hant«'r dao> les IIlao^ardes U^ enfaoU a^ec le< oiseaux.

Ce^i lui qui dooDe a la jeunesse Ses beaui transpurts de liberté; C*e^ lui qui verse à la vieillesse !>• via , Ir rire et la santé.

Au paradis cumme sur terre On aime sa joyeuH* humeur; Il est bien avec Dieu le père, Qui Ta fait sm ambassadeur.

Sur les coteaux, le long des treilles.

Quand il passe d'un air content, Il fait les (çnippes plus vermeilles.

Pour le vigneron plus chantant.

11 fait jaillir comme un lait d*or

Le Mê, suprême nourriture

De ce vieux monde, enfant encor.

De le voir les fleurs sont heureuses.

Et c*est devant lui seulement Que leurs corolles langoureuses S'entr'ouvrent amoureusement! ... Et du parfum des fleurs de France, Bouquet par lui-même assemble.

Il fait un rayon d'espérance Pour le fnint du pauvre exilé.

Il Oi.«&|*b CkSii- ^<<^^ k

La lluv- ac\ r;j&>i> ctes«^:>cs.

Lr s^Aflr de if(4e!i> tPftCit> A Porrbeïlr^ kAc étt ïm>6^tos> Il pasâii«M rak«Hl« T<.<a< les matâks des ««• rHMir:

Et vrrv hai ik«v h CK^oeUe Avrc de petits cris d'oKmr: ..

Sans lui le ciel fait triste Bùiie Et fond en tueurs dans sciQ ennui :

Quand D revient. tt«t slUamine.

Et rair-rn-ciel bnlle r«ar Kii.

Genereia. miwte aux e^4Stes.

Il Mwrit aux cours fatigues.

Fait mvins tristes ceux qui sont tristes. Et rend |«his gûs ceux qui sont gais.

Avec des ne^ards pitov-aMes .

Soleil, Tami de tous les pays.

Aux sauvages, aux pawTes diables.

L'hiver, épargne des habits.

Et la Bohême Tagabonde Se chauffe â ses regards de feu .

-Quand il fait les bunoeurs du monde Dans le grand salon du bon Dieu.

Quand l*un de nous se sent malade.

Il demande TAmi Soleil; En recevant son accolade .

Il retrouve un teint phis Termeil.

Mais si le ciel veut qu*il succombe .

SMI doit partir malgré nos pleurs , Tous les jours visitant sa tombe, L*Ami Soleil y met des fleurs.

Pour la terre, sa vieille femme, C*est un mari des plus coustants ; Quand ils s*embrassent , quelle flamme ! On croirait qu'ils n*ont que vingt ans ! Avec eux tout se renouvelle :

Le champ, le pré, Tarbre friiitier, Et pendant leur noce étemelle , Cest la noce du monde entier!

DA. ' Poésie par Ed.

Cmlimes illuslrès.

pl^nvlrr. musique par ■«. iNirrirr. — Voir dans les Ciwi

PAVILLON nV GL.XVMH iJi: L AAU.

^ irmq\ ^portés

ED. 18. L'hosiiice du Gnmsel est en général désert pendant le joui\ u* La plupait des voyageurs ne font qii'y passer la nnit ot rontiniient leur nmU? le lendemain de très-îionne hr'in-P , ce qui faîL qu'on y est tranquille pendant une partie de la journée. C'est à l'approeJie de la nuit qu'arrivent les touristes, les uns à cheval, les autres à pied, iies-uns en chaise à porteur, d'autres (en grande minorité) transportés à dos dliomme par suite d'accidents ou de fatigue.

Pour c^ux qui trouvent quelque amusement à passer en i-evue les t>*pes variés de ce inonde higarré. il y a là matière à une foule d*obions. L'individuahté se dc^ssine ici bien plus fortement que dans felations de la vie oî ihuiiire , et Ton ne retrouve point cette uniformilé dans la manière d'étr*; qui rend souvent la société des villes si insipide. La condition sociale des individus s'efface complètement , H personne ne mn{^' a s'en enquérir, à moins qu'elle ne se trahisse d'elle-même. — Un comniis-vovcigeiir ou un clerc de notaire se reconnaîtra ici comme ailleurs à son havaixiage insipide et ignorant, de mAme qu'un cuisinier ou un brasseur, voyageant eu grand seigneur, çc fera toujoui"s remarquer par sou air exigeant et son allure bmtale. Mais les gens d'éducation et de savoir-vivre s'abordent plus librement qu'ailleiu*s. Il y a d'ailleurs dans Tallure de la maison, dans Tarrauperaent de la salle, et surtout dans l'air de la montague, quelque chose de haut qui exclut l'étiquetle.

Rien n*est amusant œmme de compai-er Teltet que produit la pluie les touristes , suivant qu'ils ont Timagijiation plus ou moins im* ionnable. Les nus soûl en colère contre ce maudit |kiys et trouvent que tout y est détestable ; d'autres sont livrés â une pixifonde raélan- ; enfin il yen a aussi, et ce sont les plus sensés, ^j\u se résignent ! consolent dans l'espoir que le beau temps reviendra. Bietdieoreux encore ceux qui out apporté de quoi se changer, car la garde- robe de Hospice ne compte qu'un seid habit , le frac universel de M. Zybach. Ce frac demi-laine fauve , comme en portent les paysans de l'Oberland- Berûois, est d'une ampleur à l'épreuve de [ïresque toutes les poitrines, souvent it donne aux voyageui-s qui en sont affublés, surtout lorsqu'ils ne soçt pris d'iuie taille imposante, un airtrés-extraordJuaire. Je n'oublierai jamais la ligure de mon ami nrtcoiet» lorsque, arrivant un soir a riKispice , je le trouvai abrité sous cet énorme frac, — Le lendemain c'était le tour de H. rii- Voirt, Ceux qui ont Favantage de cotmaltre ce jeune homme u'iuiagiueront pas qu'un habit ipjelcouque i»se eln* trop large pour lui. Aussi jn a-t-on assuié qu'il avait trés- V. 13

isi>iro <ly Griniîîcl

Frac univiTM'l

:W}i *,L.VClLbi E> ACTIVITE.

Ijorine faron dans cet accoiUremeni. Tout le monde le prenait pour le pitipriétaire de l'hôtel, et les dames, confiantes dans l'expression ijonbommique de sa fi^nire. ne craignaient pas de lui faire pari de leurs moindres impiiétudes. Le lendemain matin tout le monde s'étonna en voyant le maitre d'hôtel de la veille , en habit de naturaliste , prendre le chemin du glacier.

Plus tard, un soir que nous étions à souper à la table de l'hospice du Grimsel, pendant que la neige, la pluie et le vent battaient les fenêtres de la maison, Jf* Marguerite [Gretly), la johe fille de M. Zyhach , accourut nous annoncer d'un air malin qu'il venait d'arriver un monsieur comme elle n>n avait jamais vu de si gros et de si mouillé. — «Il faut le faire entrer», crièrent tous les convives. — Un instant après elle reparut en effet suivie d'un énorme personnage, véritable colosse, qui ne faisait que répéter : Je veux un appartement pour moi tout seul, entendez-vous? pour inoi tout seul. La salle était à peine assez haute et l'embrasure de la porte avait juste la largeur nécessaire pour lui donner passage. Marguerite le conduisit auprès de la cheminée ; mais il n'en voulut rien, disant qu'il n'avait jamais froid, mais toujours faim. Le lendemain matin la personne que je rencontrai , en descendant à la salle à manger, fut le gros monsieiur dans le frac universel, rotpibiiié dans les ^^- ^9. Nous cheminious, ^'icoiet et moi, le long de l'Âar, nous Aip«. dirigeant vers le Grimsel , lorsqu'une averse nous surprit presque

inopinément. Nous n'eiimes que le temps de nous réfugier sous le toit de l'un des chalets de l'Urweid. — Bientôt nous vîmes aussi arriver les gens de la maison, deux femmes et quatre petites filles. Elles nous saluèrent avec un air de compassion et paraissaient étonnées que nous n'eussions pas de parapluies t. Leurs cheveux blonds et leur teint clair nous frappèrent. — «Voilà bien, me dit i¥icoiet» la meilleure preuve ijue les habitants de cette vallée sont suédois 2. Quel contraste avec les Suisses d'origine helvétique ! Voyez cette expression de bonté dans ces figures, cela ne se rencontre que chez les races germaniques du Nord.» — Cependant la pluie continuait à tomber à

DA. * Dans la vallée de Hasle tout le monde possède un parapluie (un riflard) quelronquc.

ED. * On sait que les habitants de la vallée de Hasle prétendent être les descendants d*unc colonie suédoise. Bien que les recherches historiques n*aient pas encore donné une certitude sur ce point , il y a cependant de grandes probabilités en faveur de cette tradition.

PAVILLON DU GLACIEH DK L'aAR. 355

flots, sans que nos blondes Scandinaves nous invitassent d'entrer dans leur chambre; ce que voyant, je ne pus m'empêcher de faire part à ^HMiet de mes doutes sur la bonté qu'il avait prétendu lii*e dans la ph}-sionomie de ces gens , et qu'il revendiquait connue un caractère de race. — «C'est vrai, me dit-il, l'hospitalité suisse n'existe plus, r'esl de nos jours un mot vide de sens; et cependant, quand j'examine la physionomie de ces femmes, je ne puis m'empécher d'y voir une expression bienveillante. — Mais que voulez- vous? toutes les théories sont menteuses, même celle du bon vieux ijaTater.»

Nous étions à discuter nonchalamment cette question en regardant la pluie tomber, lorsque tout-à-coup l'une de ces femmes vint au-devant de nous, im parapluie à la main. Elle avait l'air embarrassé, et je crus comprendre qu'elle nous disait que si nous ne trouvions pas son parapluie trop mauvais, nous n'avions qu'à le prendre. Sa petite fille vint nous en offrir un second qui, bien qu'en mauvais état, était cependant sufBsant pour nous abriter jusqu'à la première station.

tEh bien, me dit maintenant d'un air triomphant Mieoiet, vous voyez que je ne m'étais pas trompé : le caractèi*e de l'homme se traduit toujours dans ses traits.»

Nous remerciâmes sincèrement ces bonnes gens, en leur pi*omettant de leur faire remettre leurs parapluies dès le lendemain. — Je ne pense pas que jamais parapluies aient causé une aussi vive satisfaction à mon ami, moins i)eut-ôtre poiu* l'abri qu'ils nous donnaient, qu'à cause du triomphe de ses théories.

DA. 14. Dans le mois d'aortt 1840, en compagnie de l'ami H. Bock, nmic de in iLuiderk nous avons trouvé toute la vallée de l'Ober-Hasle inondée, les ponts '•«'•'»>

en bois enlevés. — Pour nous i*endre au Grimsel, nous chemiuions {«niblement de roche en roche à mi-côte sur rive droite de l'Aar. Arrivés à la chule de la Handeck, nous trouvions lo pont enlevé ol remplacé depuis le matin par une simple passerelle, soit un tronc de sapin qui touche les deux rives de l'Aar. — Le torrent impétueux , féroce) louchait la partie inférieure de ce bois, l'eau jaillissante en ren- •iait la surlace glissante. Aucune rampe quelconque pour assurer le passage sur ce bois de trente centimètres de largeur, qui avait l'air de f.otter sur l'eau.

Notre guide aborde la question francheuient , il [lasse le torrent et ^ trouve sur rive gauche. — «A votre tour, Messieurs, nous dit-il, K ajoute (avecmi calme do montagnard) : La poutre est sohde. pas de •Uniier qu'elle cède.»

«Certes non, et sous ce rapport j'ai toute confiance, mais je ne suis pas assez assuré ni de ma tête ni de mes jambes pour efTectuer seul ce passage; et m'adressant à Tami Boek s A vous mon brave, je vous cède le pas , passez. — Non pas, non pas, je suis parfaitement d'accord avec vous; qu'on cherche au chalet du monde, des cordes et des perches »

Ce secours ne se fit pas longtemps attendre; trois vigoiu^ux gaillards, munis de cordes et de perches, arrivent. — On fixe le bout d'une corde solidement sur rive droite et rive gauche, puis une autre parallèle à la première. Par précaution (on ne saurait trop en prendre ) , pour dissiper les émotions involontaires causées par la peur (et certes il y avait de quoi : nous faisions nos premières armes en hautes régions) , nous fixons un bout de nos foulards par un nœud solide au poignet gauche , passons l'étoffe restante par-dessus la corde et attachons l'autre bout; cela formait un anneau qui , coulant le long de la corde en marchant, nous eût retenu en cas de chute. — Notre guide ouvre la marche, je le suis , un des hommes du chalet forme l'arrière-garde en me tenant par le pan de l'habit, et j'arrive à bon poil. — Le même jeu est exécuté par mon ami.

Heureux et contents nous nous trouvons attablés aux chalets de la Handeck. — L'ami Boek me dit : Positivement on est mieux ici que sur le pont neuf de VAar. J'étais parfaitement de son avis. Toaristes îi la Hand- DA. 15. Par une belle journée du mois d'août, me trouvant à la ^- Handeck , entre dans la salle à manger un touriste avec Madame son épouse. — « Ma chère amie , dit-il , en Suisse on voit un si grand nombre de cascades et de chutes d'eau , que cela finit par vous scier le dos. — François (c'est le nom de leur domestique), allez voir la chute, montez mon cheval pour ne pas vous fatiguer, et regardez bien , afin que vous nous rendiez compte de cette cascade ; on la dit très-belle et notre désir est de l'avoir vue, on en parle beaucoup dans les salons et cela est parfaitement bien porté. Nous dirons à Madame X : Et nous aussi nous l'avons vue cette délicieuse cascade

de la Handeck. — Monsieur le maître d'hôtel, veuillez s'il vous plaît faire marquer nos bâtons.^»

DA. ' Les bâtons de certains touristes» surmontés d*une corne plus ou moins de chamois, sont marqués des localités du Giensestrich, L'exploitation de ces marques a fait des progrès : il parait qu'elle est lucrative, car nous lisons en 1862 sur l'enseigne d'un magasin k Interlacken : « Ici on marque les bâtons des Alpes de toutes les localités intéressantes de rObcrland-Bemois, de la vallée de Chamounix, de Zcrmatt, etc.

PAVJLLaN l*L GL.VL:iEît DE L AAlL

DA- 16, Les chevaux et les mulets des hautes régions se tirent des mauvais pas tout aussi bien que les guides. Ils ahordent œmme eux franchemeiU Unis les passades.

IJ me souvient d^uie smrée où jetais sous Tira pression d'une fameuse bayear. — Faisant mes premières armes en hautes règious, il y a longlem[»& de cela, je quittai Vit'^j;^^' lM>ur nie rendre ;i Zermalt. — rétais à cheval, je montais un pur sang de hautes régions. Un guide me suivait à pied et me dit : «Mon cher Monsieur, ne cherchez pas à ' -rer Lucifer (nom de la montun^), abandonnez les rênes et laissez . iaire, il connaît son métier. De jour et de nuit il se tire de tous les mn avais pas; neige, glace, torrents sont pour lui des sentiers.»

La journée était splendide, la chaleur accablante. Les petits glaciers, sous Finflnence des rayons solaii'es, dèvei'saient des torrents impétueux dans la vallée. Nous xjassons sur des points a fleiu' dVau , 8UP d'autres c-ou verts d'mie faible couche d'eau; il se faisait tard, la miil allait nous surprendre et nous sommes à une demi -lieue du viliîigp ou nous piTudmns gîte.

Le Monl-Cervin et les hautes ivgions glaciaires étaient splendides,

àofi» par les derniers rayons solaires; j'étais en contemplation. . . .

— La route tourne un promontoire qui avance dans Li vallée; un

lofteiil impétueux d'un blanc sale s'otlre à mou ii^gaitl, je saisis les

ïïéom pour arrêter ma monture; le mouvement est trop tardif, Lu-

tiftt arait déjà abordé le torrent et je me trouvais dans Peau. — Je

serre genoux et jambes; Teau envahit la selle, je suis mouillé jus-

qu'atui os par eau froide à zéro : le cheval passe enti-e les roches et

les blocs, et nous amvons heureusement à l'autre rive. — Mettez

pied à terre, me dit le giude; j*exécute ses ordres, et d'une voix de

SleiEtor il crie : Lmifer! Lucifer l Le cheval dresse les onàlles , il a com-

pm la volonté de son maître; il entre dans le torrent, rejoint le guide

et amène «on cavalier à 1k>u port . — Combien vendez - vous \'otre

ébBwnlt — Lucifer n'est pas à vendre, sans lui je ne serais plus de ce

le, Noxis'étions trempés un peu bien, et nous marchâmes à pied

'gagner le village. Les bagages avaient été sul)mergés ; le curt^jm

logeait mit à notre disposition ses vêlements. Il me souvient

j'ai ri de bon cteur en me voyant, dans une glace pendue au

mur^ dans Taccoutrement de M. le curé; j'avais une drôle de touche.

flA. 17. Kn passant le col de la Furka, une tacht^ dr» nevé très-

éioiidiie rouvrait la parti»' sujM'rieLne du point cnlminanl. Appuyés

Hir W biilon classique», nous desceinHmes les pieds joinis i»ar glissade

cl»cvàai vu liiiUis

Aiiireii faits hi|i|i»-

NirniMmiiunuuii'.-!» FiA. M. Il 7 i pieiinie» miiKeî* . -dii iii-iiî. fe maaTaîs temps avait riief //,fiu 7.i.in. p^,,^ j i^fj^ .iiimiiiinie iaiw j?s lamy^ ^mçob» des Alpes. Depuis plusieurs jours mes o»:!r:ipAnuii& ui PaTiHoiL ie FAar se réduisaient à mettre aii aer mes ùirîv^jnniiuiis. Les ^niiie» passaieiit leur temps à jouer airs •rar'es. :^r mi)a mTTTciciJii. Le sçoîde en chef Hans Jaun n*«iii»a une aarrruLuii ie ?es -rnnpse» -ai hanses iraoos. — Je la transmets UîxrueilpmeîiL -^r *nns iruTrine •T.rr^i'î&r'ii.

rniB(Màii»(it. p^fc^, uxlJ nLH:h zim^i izii»fr» ii^ifai^i Ci«ii^i«» — Berglûhrer Jakob LeuihoUi, S*ms Wrhrrn. M'tlrhk-r AjnnAoljfr uod îch {Eans Jaun) reisteu von der Grims^I ll^^ len tt^r-Aar-Gletscher und Viescher- Gletsoher nach -ler Mierjelrc-Al^- . um voo dort die Jungfrau zu l»esteii:eu.

Wir kameo Ateciis i*-':hl!:«?halîen in der Mapijelen-AIp an, blieben dort ûber Nai.-ht. iin-l an :oI-xn«ien Mon^en brachen wir um fûnf Uhr avif, man?chirteii ûl^r «ien ^3i»en Aletsoh-GIetscher der Jungfrau ziK uiul um vit»r Uhr Naohmillaiis hatten \iir unsere acht Mann

DA. < WÊmam ■■— ^ ne a Xevriapeft lOberUmà- Bernois cio 180S, est dètédé eo juD\icr I86U à r^ de »4 ass.— SnilpUwr en bob Sckmitzier) de son ètit ett hîTer —chasseur de chaiiKHS C^msjjfger^ au pnntrB|K et en autiioiie — guide de baole règioD ( Bergumi Ctefschtrrfukirn en ete. — Cet bonne intdEgent possMait le sairoir-bire et le savoir-v^r bvHn» liyaie dans toales k» circonstaMes. avec ce calne qui eandèrise les guides do l'itberiand; il a fait partie de U4b les s<iMirs, de toutes les courses gtadaines et ascensions aux pir$ entrepris par lo ^acialistes du Pavillon de PAar de IS4t b 18S9. ~ J<ruN a ete prt^clame guide m chef en 1846 : sous sa direction toutes les courses et ascensions se sont terminées par la rentrve b bon port des persévérants observateurs. - - A cYtte occasion je citerai un des adai^ pratiques que Jaun transnettait b la colonne dVxpiHlition au moment de se mettre en route, et qui est ainsi oodçq : •Hvbxkeii, HiibscMi i*orir«rr/«* ^doucement et attentivement en avant); et il ajoutait : «H ne

s*agit |Kis de partir, il faut revenir • Jaun a parcouru avec noi les Vosges, les

PyiHMuVs et l*Espagne en 1817; la MaladetU» la Sierra-Guadanma , la Siem-SIoreBa et la Sierra-Nevada. — Cbargé des obsenations métêorologiqnes en mainte occasion, il faisait les lectures consciencieusement et très-exactement, et sous ce rapport il m'a rendu <l*cm!ncnts services. Jamais, au grand jamais, il n'interpolait des cbiÂws.... H a passé les hivers de 1810 et 1841 à Tbospicc du Grimsel; Tbiver de 184S b 1846 il a prisgite au Grimsel pour faire les observations météorologiques et glaciaires. Sur ma demande il a rédiiré les récits des courses et ascensions (en Suisse tout le inonde sait lire et écrire) Je les Iransnis («-Is (|ii'il les a tracés, sans changer un seul mol.

362 GLACIEllS EN ACTIVITÉ.

Ascension au Fin- HJ. 3. Am 6. September 1842 machten sich Herr «ulgery

stcr-Aarhorn (sep- Heinrlch Loretitz , Andréas ApUinalp aus Hasle-Grund und ich (Hans tem rc 1842). jaun) wiederum auf den iiemlicheu Weg, uni das Finster-Aarhorn

noch einmal zu besteigen. Wir langten Abends um fùnf Uhr iii unserm vorherigen Nachtlager an, ûbemachteten da wiederum. Aber obgleich es diesmal nicht schneile und das Wetter gut war, so hatten wir die Nacht hindiirch doch viel kaîlter als das erste Mal, Wir nahmen aber diesmal eine kleine Mascliine fur GafTee zu kochen mit uns. Wir kochten uns vor Tagesanbruch einen warmen Catfee , nahmen ein tùchtiges Frûhstiïck ein und brachen bei Tagesanbinich nach der Finster-Aar-Hora-SpiUe wieder auf, und da wir diesmal ein warmes Frulistùck eingenommen hatten, so konnte jetzt Herr «aiiper auch recht gut aushalten , und so erreichten wir aile um halb zwœlf Uhr wiederum die oberste Spitze und trafen unsere Fahne noch an. — Wir vergrœsserten die Pyramide, pflanzten die Fahne wiederum frisch auf, und begaben uns nach ohngefaehr anderhalb Stunden wieder auf den Riickweg. Wir gingen aber diesmal ûber den Viescher-Gletscher nach der Stock- Alp (zum Stock am rechten Ufer des Viescher-Gletschers am Fuss der Maerjelen-Alp) und langten Abends um neun Uhr bei den Hûtten an, trafen noch einige ungemolkene Ziegen an; wir molkten sie, und da wir in der Hutte einen Kessel fanden , so machten wir eine Milchsuppe und blieben in der Hutte ûber Nacht. Wir befanden ims hier ziemUch gut, denn es war etwas Heu da. Den folgcnden Tag marschirten wir das Wallis hinauf der Grimsel zu , allwo wir Abends frisch und munter ankamen und unser Ziel glûcklich erreicht hatten. Ascensions au «a- HJ. 4. Hierauf folgtou die Besteigungen des Galenstocks imd des icnstock et au Ho- Hosenhoms^. Da aber Ihnen, Henr DoUfas, dièse so gut wie mir bekannt sind, so iibergehe ich dieselben und beschraenke mich bloss auf die denen Sie nicht beiwohnten.

Ascension au wei- HJ. 5. Im Jahr 1844, Anfangs September, logirten ich {Hans terhorn (septembre Jawi) und Melchior Baniiholzer (aus Boden, bei Guttanen) eines *^**^' Abends im Rosenlaui, umvon da Versuch zu machen das Wetterhorn

zu besteigen. Wir woUten Morgens in aller Friihe aufbrechen , aber da wir aufstanden war dichter Nebel und noch Niemand im Hause regte sich, dass wir das Fmhstûck nehmen konnten. Wir warteten bis acht Uhr, dann verschwand der Nebel und hatten das Frûhstùck.

DA. ' Vo>i'/ T. IV. Ascrnsion ou Hosrnhorn el Ascrnsion nu (ialrnsfork.

PAVILLON DU GLACIER DE l'aaR. 363

Ob es gleich spaet war, so machten wir uns doch auf deii Weg, ob wir gleich nicht wussten wie weit und wo zurûck.

Wir klimmten den Roseiilaui - Gletscher hinauf, und durch die

Schattenseite des Rosenhoms hinauf, bis wir auf das unter dem

Rosen- und Mittelhom gelegene Eisfeld kamen ; von dort mussten

wir den von dem Wellhorn gegen das Mittelhom sich hinaufziehen-

den Gratli iibersteigen. Auf diesem Grath saheii wir nun das Wet-

lerhom ganz , und sahen auch von welcher Seite wir die Spitze zu

erreicheu glaubten. Wir ùberstiegen gleich diesen Grath , welcher

sich zwischen dem Wetter- und Mittelhom befindet ; von da sahen

wir dass sich das Wetterhom gegen Siiden in einen vollends zwan-

zig Meter langen Grath ausdehnt; auch sahen wir dass der Schnee

oben an der Spitze — oder diesem Grath — weit ùberhœngend war. Wir

liessen uns aber doch nicht abschrecken und stiegen die steile Schnee-

luid Eiswand liinauf bis unter das Schneedach , und durchstachen

mit unsem Stœcken dasselbe und Uessen die losgestochenen Schnee-

iirocke liber unsem Rùcken in die Tiefe liinunter roUen.

Auf der Spitze angekommen , pflanzten wir das uns von Herrn ••lltfas nur zu diesem Zweck mitgegebene rothe Tuch an einem un- <erer Bergstœcke als Fahne auf. Von hieraus sahen wir auch die Ge- «jend iiach dem Lauter-Aar-Sattel, und glaubten auf diesem Weg am schnellsten nach dem Pavillon oder der Grimsel zu gelangen. Da ^ir aber wussten dass noch Niemand dièse Gegend passirt und auch eigentlicb seibsl nicht wussten was sich uns noch fur Sch wierigkeiten in den Weg legen kœnnen , wagten wir es doch und schlugen unsere Richtnng dahin ein, und langten noch bei Tag im Pavillon bei ■cm Desor an. Wir glauben mit Recht zu beliaupten die ei*sten gewesen zu sein die das Wetterhom bestiegen haben, und dièse Reise uach dem Pavillon gemacht zu haben. >

ilJ. 6. Im Jahr 1855, ich weiss das Datum nicht mehr anzugeben, Ascension au Mutei kam eines Abends Jonathan Michel , Fïihrer ans Interlacken , mit ''"'•« i'*^»^*)einem BaffUcBder auf der Grimsel an , und verlangte zwei Mo^nner uni von dort aus das Wetterhom zu besteigen , weil er gehœrt hatte dass es im vorigen Jahr bestiegen wordeii seie, und es also mœglîch seie es zu besteigen. Es traf also mich {Ham Jaun) und Kaspar

li.\. ' OUe course de Ros(>nlaui au Pavillon de l'Aai' comprenant ra^'eiiNJon au Weti-rtti»ni en neuf heures de temps est fabuleuse ! Klle pnuiv»' le sav»»ir-faire de nos

364 GL^VCIEIiS EN ACTIVITÉ.

Aplanalp {den Sirahleck-Major), Da ich aberwusslc dass Herr Ai^mMite

es spœter auch besteigen wollte , imd ich zugleich wusste , dass weiin ich einen Andem dahin fûhren wûrde, dass er sehr beleidigt wœre, so gab ich diesem an, dass das Wetterhom schon bestiegen , das Mittelhom aber nicht , und dass wir doch eines besteigen wollen das noch nie bestiegen worden ist , was er sich gut gefallen liess. Wir ûbernachteten also im Pavillon , und am folgenden Tag passirten wir den Lauter-Aar-Sattel und bestiegen das Mittelhom. Von da hinunter den gleichen Weg welchen ich und Bannholzer gemacht hatten nach Rosenlaui, und also war das Wetterhom fiir Hem Afr^MlB gcsi>ai*t. Die Besteigung des Wetterhoms, welche ich mit Herra Ai^mMlx gemacht , wird wohl nicht nothwendig sein zu beschreiben , indem sie Ihnen schon zum Voraus gut bekannt ist.*

Ascension au Wet- HJ. 7. Im Juli odcr August 1854 ersuchte mich Blautr, Fuhrer aus iertioni(m4). Grindeiwald, und ein Fuhrer aus Chamoimix, Balma genannt, mit noch einem Maim den ich noch mit mir nehmen konnte, das Wetterhom mit einem BBirl>Bn<i«r zu besteigen ; ich nahm Mekhior Blatteimit mir. Wir reisten Abends lun vier Uhr im Bad Reicheiibach (Meyringen) ab nach Rosenlaui , wo wir ûber Nacht blieben um den andem Tag von da aus das Unteraehmen zu machen.

Den folgenden Tag in aller Friihe reisten wir von Rosenlaui ab und stiegen den gleichen Weg welchen ich mehrere Mal gemacht , den Rosenlaui-Gletscher hinauf; da aber einige Stellen sind, welche wohl etwas gefaehrlich und sehr steil , so bekam unser ChamouniX" Held eine solche Furcht , dass wir, ich und Blatter, mit demselben mehr als mit dem ^ttgimmdev zu schaffen hatten, und mehrere Mal und œfters zu dem Herren sagte : fiJaun ist kein Bergfiihrer, sondem

ein Bergteufel » Endlich kamen wir am Fuss des Wetterhoms

an, aber weiter durfte jetz keiner von ihnen mehr. — Ich und Blatter mussten allein das Hom vollends besteigen und die Fahne auf der Spitze aufpflanzen. — Unterdesseu warteten sie auf uns auf dem Grath , wo wir sie zuriickgelassen hatten. Von da kehrten wir wiedemm nach Rosenlaui zurûck, und langten um neun Uhr Abends daselbst wieder an.

A8censionpiiiorcs<iuc HJ. 8. Im Monat Juli 1855 bekam ich von meinem Vetter Jaun

H 8551. eine telegraphische Depesche von Interlacken, um mich den andem

Morgen in aller Fri'ihe im Hôtel des Alpes in Interlacken einzufinden ,

DA. ' Voyez T. IV, Ascrnsion au Wetterhom.

(ILAriEIl DU HWIIXON l»E 1- AAB.

fine Herrsrliall ;ni <lie H ami zu nehnien iim sic zu tïtliroii, Icli besann aiich iiiclit laiii^e, icli wandtnie tlit! Nadii zq Fiiss ncheii deni Brienzei-see (vveil die Nat'ht kein SchitF mehr fuhr) , und traf mich l>ei Anbnieh des Tages au deiii Miir lieslioimlen Oilc ein. leh glaulUo «*me mir bekannti? Hen-schaft eiUweder nus Basel oder Mùhlhaiisen mznireïïen. Aber sielio da es war eiiie .... /îame , bei deren mein Veller als Fidirer war. vmd die die Absieht halte dio Jungfrau zu Liesleigen .

Mein Vetter liatte ihr angegeben dass ich sein Bruder seie inid die

Jungfrau schon besliegen habe , er musse aiso mich zu diesem Un-

lerneluiien vorzûf^Iich mit ihiii habtm. — Sobaldesim Hause bekannt

war dass icb mich ohi^efiioden liahe , liess die . .,., Dame mich mil

meinera Vett43r durch die Kammerjungfer auf ihr Zimmer nifen und

erklarte mir ihr Vorhahen, mid dass sie das Unteniebmeii voii Griji-

délwald au» machen woOe. Ich soll ihr al>er deu Weg und dio ganze

Gejichichle zum Voraus l>eschreibeii , — \vo wir Naehtherherge ma-

chen, und wu wir soiist hiudurcli iiuissen, — Ich sagte ihr aber dass

ich von Grindelwald ans die Heisc noch nie gemacht, und mir von

dâ die Sache unbekanet seie, und ich die Juo^h\an van der Waliiser Seîte

oder der MiPrjeleu-AIp bestiegen habe. Icii aber vvisse wohl dass wir

den grossen Mœnoh iimgelien mûssen und ani Fuss der Jimgfrau auf

die gleiche Stella komnien \\1e von der Mrerjelen-Alp bis dahin,

ubrigeus sei mir die Gegend unbekannt. — Die , , . . Dame sagtc mir

dass sie noch dmi Mienner zu ihrem Vorhaben Ijestellt habe, imd

dass dièse auch sogleich sich bei ihr einfiiiden werden , denen die

Gegend schon bekannt seie bis dortliin. Dièse MLenner tralen gegen

Millag richtig ein ; es waren : Uirieh Laucner ans Lauterhmnnen,

Prier Btjhren und Johamies Aimer ans Grindeiwald, Gegen A î tend

rt*isten wir AUe von lulerlacken nach Grindelwald ab, um am fol-

genden Tag bis io die Eigerhœhle zu gelangen, um dort Nachtlager zn

maclien. Da aber am fnlgendcn Tage Regenwetter cintrai, j^o bheben

wir den Tag iii Grindelwald still, und begabcn uns erst deu dritton

Tag auf die Fieise nach der Eigerhœhle.

Am dritlcn Tag wurde nun ailes Nœtliigc zusaunnengeijackl und anlgeladen ; sogar cinen Tragsessel fiir unsere .... Dame rnusste auf den Platz , um sie bis auf das Eismeer zu tragen. — Als ich dièse S^be sah , sagte ich m moine m Velter : Wenn sicU die ... . Dame iragen la»5Sl so werden wir die Jungfrau nicht bosteigen. Er erwil^^rte mir aber, rJas sei nur uni ilass sie niehl am Anfaog gleirh zu

:i66 .'.LICIERS E> ACTIVITÉ.

matt wérde untl sich zu sehr anstren^en musse : sie werde nachher Ailes aushalten.

Die Dame setzte sich ganz behaglieh in den Sessel' — Nun wir

tnigen sie iiach dem Eismeer : als wir aber ùber das Eismeer hinûber waren, luden wir sie ab, weil es von dort nicht mehr mœglich ist mit einem Stuhl weiter zii kommen. Unsere rwei nahmen sie gleich bei jedem Arm und fingen an steile Abhsenge mit ihr liinauf zu klettem, welches im Anfang noch so ordentlich von Statten ging ; jedoch gleich musste noch ein dritter von hinten an ihr vorwaerts dnicken , und so ging es etwa anderthalb oder zwei Stunden fort. Nun musste aber noch ein vierter herbei, und wir banden ihr einen Strik um den Leib um von vomen an ihr zu ziehen. Die Abhaenge vom Eismeer sind sehr steil, so dass es fur Jeden anstraengend ist der da hinauf klettert.

Nach ein paar Stunden war die Damt schon so erschœpft , dass

wir aile Augenbhcke mit ihr absetzen mussten und ihr starke Tropfen imter die Nase halten, um sie von der Ohnmacht zu bewahren. Oefters musste sie sich erbrechen , und wir hatten die groessle Mûhe sie in die Eigerhœhle liinauf zu bringen; doch, endlich in der Hœhle açgekommen, musste sie sich noch eiuige Maie erbrechen. — Obschon die Hœhle noch fast zur Haelfle mit Eis angeffdlt war, machten wir sogleich Feuer an, trugen das alte Heu in eine Ecke zusammen und legten sie darauf ; auch kochten wir gleich CaSee und gaben ihr denselben und von Allem was wir noch bei ims hatten , damit sie am Morgen wiedenim recht munter sei. — Wir Andere legten uns einer hier der andere da iu einen Winkel , deckten uns so gut wir konnten mit unsem Decken zu und erwarteten so den Morgen.

Noch vor Tagesanbnich waren wir wiederum auf den Fùssen , hatten den CafFee gekocht : das Frùhstiick wurde genommen , Ailes

zusammen gepackt und wiederum aufgebrochen. — Die Dame

wurde wiederum an die Leine gebunden, weil es von da eine Strecke bis auf den Gletscher (welcher sich zwischen dém Mœnch und dem Eiger befindet) steil hinunter geht. — Anfangs ging die Sache ganx ordentlich, weil der Gletscher hier ûber eine Stunde ziemlich eben ist ; aber sobald es wiederiun steil hinauf ging gegen den Mœnch ru, stellten sich bei ihr die gestrigen Uebelheiten auch wiederum ein. Wir mussten sie wiederum wie am vorigen Abend unsere vier Mann mit der grœssten Miihc, ja sogar durch tragen vorvva^rts transport tireii. Wirhrachlen sie endlich doch his an den Fuss des Mœnchs, oinigo lumilorr Srhritte hinter don Grath , welcher sich zwischen.

"VàVIïXON IH itLACIKH OE L AAll

Eiger imd Mœnch hiiuielit; hier machteii wir eiiuî (imije iii deii ^

SH'hnee, legten eiiiige ZiegeufeUe imd Wolldeckeii hiiieiu, uiid fLaun

tmsere Dmm darauf und deckleii sie zii mit deii Decken welche

wiriio<:h ûbri^luilten. Sie vvar schwach und ei'stdiœpft, imd miissto >ich erbi'eiîheJi bei der /^ennj^steji Bewe^iiug. — Was war jofzL xii ihiin? Hier auf dem weiteii kaltea Eisfelde nirgends eine Stelle wo man vor dem Wiiid i^^esrhûtzt war oder wo mai] iiictil auf dem blosâea Eis oder Sfhuee titehen musslc. — Die Entferuung bis an deii Pim der Juuj^fraii ist wenigstens noch einmal m weit als was wir ïâs jetz geoiacht haJien ; keiner von uns halte koine Decke mehr , nicht aïs die Kleider die wir an dem Leib hatten , aile Decken wa-

r^n fur nnsere Dame gebraui'ht. Also liier noch den Kesl des *

Ta^es und die Nacht ohiie ii^geud et was vor Wind und Ka'lte gefchfiUt. schieu nui nicht ralh?am zu sein. Icb ratheto znr Zurûckkdu-. ùiuener stimnUe mir bei ; die Anderen woUien bei der — Dame den Grossen spielen und sprachen hier zn iibemachten, uud Morgens die Reise forUufuhren. Icli und lauener bewiesen ihnen aber die l'iuncpglichkeit und erkia^rten dass wîr zuriickgehen , und sie im *Slich lassen w^erden wenn sie nicht das gleirhe thniu Sie besannen skh imtereinander imd sLimmten uns bei. — Doch musste die Falme aifgend einem Orte aufgoptlaiizl wenlen; wir befestigten 8ie also in das Eis neix»ii dem Mcpiich, auf den Gratli.

San wiirde zuriickgeschritten. Wir packlen Ailes was wir l>ei uns bmen ziasammen , packlen auidi die ..... Dame m gut wir konnlen I* und zogeu sie die Scbneewa^nrle hinnuter bis anf das Eisnieer,

» wir deiî Stuhl zvirtkkgelassen lialten ; wir selzten die Dame

a denseibeii und irngen sie nacb Grindelwand ; dort nahm sie noch Lintelbeo Abend ein Fuhrwiuk niul fuhr nocli nacli Inlerlacken» rWîj aber, der Uerrenfidirer ausgenoniîueii , blieben in Grindelwaki, V •**steUte aber m Griudehvald fijr uns audi eiuen Wagen fiir den m Morgen nach Interlacken zu faliren, in Interlnrkeii wnirden lUfibezahU, niid soinit bal dièse wahre Gesrbirhte ein Ende. lï 9. August 1857 reiste icb mit zwei Sni^iKiidcir, w^elcbe ulier pasi^ape «k' la straw- ^- Ko-i'lberger-Jochnach jMeyiingen kamen, luid die dasVorhfdien ^^ taodi iwu, ti GrindeJwald die Strahleck zu iibersteigen , und von der tus das Finster - A.irliorn. — Von Meyringen narb deui ' dort blietH?n wir \ï])èr Nacbl. ï>en anileni Tag liesliegen natthihorn . und von «la gingen vvir iiacb Giindelwald nnd n wirdennn iiher Nacbi.

Den andem Tag kamen noch drei Herren von Interlacken nach Grindelwald , die die gleiche AJbsicht hatten , und schlossen sich an uns an. Wir packten den nœthigen Mundvorrath zusammen und machten mis auf den Marsch. — Zehn Mann, nemlich funf Herren und ein englischer Knabe (den ein Hcrr bei sich hatte) , und zwei Fiihrer ans Chamounix, welche die Herren schon frûher bestellt hatten und die sie in Grindelwald erwarten sollten; einer von ihnen heisst Attgitst Simon, Wir blieben auf dem Zaesenberg beim Schaafhirt ûber Nacht , wo wir recht gut waren und ims sehr wohl befanden, denn er hatte frisches Futter, dass wir gut darin schlafen konnten, und hatte auch Milch, Ksese und Butter. Kurz, wir waren hier ganz gut logirt.

Den folgenden Tag begaben wir uns bei Zeiten auf die Reise nach der Strahleck, hatten aber nicht sehr schœnes Wetter. Ringsiun auf den Bergen war Nebel ; sonst ging die Sache ganz gut vor sich, denn so vielmal ich wohl die Strahleck passirt habe , so habe ich diesen Pass noch niemals so gut gefunden wie dièses Jahr. — Wir kamen imgefsehr um 4 Uhr Abends Aile gesund und wohl auf der Grimsel an.

Ascension au Fin- HJ. 10. Da schlechtes Wetter war, so blieben wir den andem Tag ster-Aarhorn (août ^^ ^^j. Grimsel, uud da es noch immer nicht hell war, so begaben wir uns am dritten Tag nach unserer Ankunft auf der Grimsel nach dem jEgishom im WaUis , wo wir waehrend schlechtem Wetter stiU bleiben mussten. — Am dritten Tag imseres Hierseins machte ich mit zwei dieser Herren eine Reise auf den Mittel-Aletsch-Gletscher, welcher sich von dem grossen Aletsch-Gletscher hinauf gegen das Aletschhoni zieht und sehr schœn ist.

Am vierten Tag wurde nun von hieraus das Finster-Aarhom zu besteigen , ailes Nœthige zusammengepackt und noch ein Fûhrer von Viesch (welchem der Weg bekannt war) beschieden.

Abends 4 Uhr machten wir uns ûber den grossen Aletsch-Gletscher nach dem FaïUberg auf, um dort in einer Hœhle zu ûbernachten , damit wir am folgenden Tag das Finster Aarhom zu besteigen um so viel nœher hatten. Wir kamen noch bei Tag in der Hœhle an , und trafen den Mann den wir mit einigem Holz und andem noch nœthigen Sachen vowtus geschickt hatten, hier an; er hatte schon Feuer gemacht und warim Begriffimsere Schlafstelle zu bereiten ; wir halfen ihm vollends , kochten , und genossen unser Nachtessen und legten uns zur Ruhe. ;

PAvrixoN Di; i;i^4ciER DE l'aah. 369

Am folgenden Mor^en, nocli vor Tagesaiil)riich , maclilen wir tins aiif, nahmen das Fruhstiick imd brachen nacli dem Fiiister- \arhorn auT Wir loiissten iioch anderthalb oder zwei Stundeii nelien dem Alelscli-Gietsclier hinaiif, daim kehrten wir rerhls iiacb dem Lœischsattd (oder \vie es die Wallisser heissen , nach der Lœischlûche); dort aiigekonimeii , sahen wir non das Finster* Aarhorn iu mner ganzen Grœsse; wir erscliracken aber ninht voribm^ imd stiegen rasch hinunter au! den hintern Vie&ch-Gletscber, ùberschriLteD denselben bis an den Fuss des Finster- A arboras. Hier îiahmen wir fine Slaprkimg ein und stiegen unverdrossen die sleileii Fels- uiid Schueewtende liinan. Es logto sicb mis weiter keiii Hiiiterniss in den [Weg; sogar die Eiswand, die uns im Jabr 1842 so viel zu schaffen nachte , war dièses Jabr beinabe gfeiizbcb wej^gescbmoken.

Wir hatlen weiLer keine Scbwierigkeiteii , als dass, wo wir baJd

Be Spitze erreichl hatten, sich bei einem Herren und einem Fûbrer

iû? vermiiLblicli die feine Luft nichl ertragen konnten) einigellebel-

einsLellten mul sicb crbrecbejî mnssteii , was jedocb niebt viel

iMgen halte. — Wir erreiclilen oboge&hr um ein Uhr Nachmit»

tags die obei-ste Spilze uiid trafën nocbunsere im Jabr 1842 gemacbte

ïmide und einige Stiicke unserer Flascbe, woreui wir aiif einem

|tûck Papier nnseiie Namen hineingescboben halteii.

Nach einem Aufentbalt von obngefeebr einer halben Stunde kelir-

-wir den nemlichen Weg wiederum zurûck irnd kamen Abends

9 Uhr cjhne weitei^s U ngemacb in nnsere am Murgen verlassene

Icpble wiedernm an, wo wir ûbernacbteLen und den folgenden Tag

rh dem Hôtel Jungfrau beim ^gishorn zuriickkebrten , wo wir uns

chiedeten und icb wiederum nacb Meyringen zuriickkebrte-

HJ. il. Ira Septêmljer 1857 macbte icb wiederum mit eiuom mn^-

Wemé^T eine Gleï^cberreise. Kaspar Winierberger kam mit einem Bnp-

Ivséer nacb der Griinsel und batte den Auftrag einen Mann niitzu-

eiiiueu, dem die Lage bekannt sei, Winitrberger erkkTrte midi,

reil kein Anderer da war der iiier scbon passirt sei. Wir Jogirton

Rosenlaui und woUten van da Morgen frùli fort und hatten ver-

'abredet, dass wir ihn wecken solben. Vor Tagesanbnicb weckten

uir ihn, wir kleideten uns an » iiahmen das Friilistiick uud macbten

^reisefertig, und glaubten dass unser Herr, als wir feilig wai-en,

nohl auch werde ferlig sein. Es war nicbl dem also : er lag nocb im

Bett und wir mussien ihn fast mit Gewalt da heraus bringen, End-

!kh stand er floeb auf und kleidete sich an , naimi das Fiùbstûck, es

lit; Rosonlaui [sar \\f roi du UïixUT-

v^' aatsK: tmi'ii Zttu ^'jt t^asisl ai un

«^Hf^ muait il» ait ûtt ^ÙH?»-nft^-IlMu» unac «gn ft^isaiÂKii.

ru^fT fiuT u^m Vino» mstniuL "vx jeia^ Fines vnssaiansii mid o*m i3«frx>fl ^in nâi'JiiieL « lue -et cura. » moB^âKki vie eîn

^jw ii\ra jfiMvc^o. il» jfisisL ta» SiLfieziuiia. ïmsBzf . hsôbi veicfaefn

tUcU v\in#»t uVatHSL mu» 1FSXIL HâBL ts**?! ÎMwn liBIKS'-JLKSICel wUl.

- '•niiAuc wr XL tii*r îMSà'JL tes S^niriiiià^ jxzibl. 3cl âaa Rosenmrn u»?rmi ci va* ^ ii^sjujatt TiTmiaOTi>à ôfiL IfaLicKL Torvraprts £t iirxiwa 'vr ho^ukïl TVrn. skEBo. "«CK "«rr voiDibb, s& shafi er £isl muuftf u» ^^tsiKorjiàvL^ W^sdx mx- xÂs oiieil Seârui iecden, so jB»3tt:«»£i. vu; â:xi .i^riHfiiuL ± «r qsl àct!k szif -aew û«- jene Seîte ^^smxL wjLjh . vi» <7 slUé? rssziaiif ^i»g . wjOMÔBsm ^àea Stock iminer lKï*iEifi^ xuJs^sL z. j«L hf±nuZïZ inetat thâ àam àax Sjpraqg l:«gaim. /i»«me«J «irrj'jr. V4£r ^ k» ^■^'^^- £sçîc=açc. ii«r àûicii nklit tiefér aïs 'jjixUiff Cj^ Anrj^: ^::i»? c::ir<:ti iâe»» lie» fs^ skb dccii nidit abechie- 'JÙMCi <1^ wr £ ziiiSie^L ia ^mes: Sârand n iae&ea. bê hinter dem tjt^'jrjfT-AMj-via^i fjfjer desa BerdiçdCKk : ezs da b^am er Respect ivf fl^j ivrixr :;:j<>a. Dasellfit zieàu skh ein Sdiraol Tom Beiglistock lÀk x*mà MïiUûttfXJà hinaxK. Er «ar irohl aa emigffi Slellen offen , ^i^rr 4ih yjit^t^tr IhttïîUt war nocfa mit Sdmee bededct ; wir muss- Um nÏ0fr ^tsm^\\0itk faîDûJkr setzen. Icfa war der Toiderste; wir waien All^ ^ï ikr UniÈfi. Icfa hatte selLige zirar nur nm eine Hand gewuntietà s %iH HÏiHr waren Beide eîn Stûck vaa einander, und unter den Amttm ittitAmdffU. Ich uijtersuchle den Schnee mit dem Stock und fond , (UiM wenn num mr^lûg darûber hingeht . keine Gefahr dabei Mfj. Ich wamU; %if; keine andere Tritte zu machen, sondem in die umnii^m z\i %Ui\m, Aher nocfa bis jetzt faatte es nidits gefaolfen, der Kiock mtimUi wieder in die Mitte des Schmndes, und jetzt, phimps! war er wiifier hînunter ; aber diesmal nicfat nur bis unter die Arme, mjuUtm ulier den Kopf : zum Giûck, dass er an ane gute Leine ge- \nm(\fn\ war. Ich verspûrte, weil ich der vorderste war, den Juck an dor I^ine nicht als er hinein stûrzie , aber auf den Schrei von Wvnterbtrtjer : ^Der Herr Ut im Schrund!* safa icfa micfa scfanell um und erschrack nicht wenig aïs icfa keine Spur mefar von ihm safa. Ich lief znrHck zu dem Schnind, und siehe — da hing er bis ilber

PAVILLON IJI tiLA*:jlCH !jK L AAH. TU

tlêu Kopi'iii eiiier Spalle, dei^ii Tiele ich nichtim Staiidt* hin anzugobeo. Er liingglBich einem Klopfel in oiner Glwke io dem Schnmd, Oieier Schrujid war zn ^>]ieï^l nieht brpit*M' aLs dass ich niich ivr.hi pi nul einom Fusse aulcîiese, mu} uni iknn aiideni anf die andom Seitestellên konnte; aber schôii bei seineii Fussen war der St*hriuid » weil auseinaoder, dass er troU seiner langon Beiiie ihn nirhl erspaimeii konnle, Er halte im liineinfaileu seiiieo Stock <pier iûmr den Sdmimi* mit dev SpiUe iît die kiutere Wand des Bchnindet» ge- •k»aen , uiid lag mit dera eiiien Arm daraiif. Ich stellte mich ùLer (teTiS**hnmd, nahni ihn bei don Arraeii iiiul hefahl Winferbergey an der Leine auch tijclitig^u ziehiu Wirsio^eii Beide ans Ldbes Knetoi, ^r wir venuochten nidû ihn um eiiien Cemimete]*heraiif tai briiigen. Nach wiedcrholtem vergebli{*hen Zielien befald ich Winterbergeriv-dii léiUuhalteu, daniit er uns nirht tiefer sinke; ich nahni den Stock nod 8lie«3 ihm densi'Itjen noter den andern Arm, so dass er mit jedem Arm auf einen Stock zn liegen kam ; dami schatfte ich mit Winivégrger's Stock den Schnee tîtîhnege nbtn^ ilm weg, bis scegen die HsUIb hinuntei*, und dann zogeii wir Beide sn stark wir koniiten , *ind so bracht-on wir ihn wiedernm aurdie OberflîPche- Es war schon 'A Uhr Abonds, nnd wir hatten wenigsteiis nocli anudli Stunden bis wir dtni Lanter-Aarî^attel erreicht batton, Der bel stellte sir h nun reclLt dicht eiu; luid was mir noch iks Scldimm' ite scliien war, dass ich glaubte das§ der Herr jeLzt so erschrticken worde, dass wir ihn gar nirht meîir weiter bringen kœnaen, lu ailem dem wehte der Wirid sehr stark vmd kah, Dass es nnr sm be%tim m Muîhe gewesen, vâll ich nicht ridimen; denn to der ungeheiiern Wiklniss auf lïhjssem Schiiee, im Nelw?I-Begen nd SehBee, rings um mia her die gîebmnden Schriinde, die Nacht ;înfllbriiigon geliel mir docli nicht am beslcn , demi wir balten weder das etne ooch das andere bei ims als die Kleider die wir am liêilio hatt^^fl, «hai wir uns vôt KîeUe und NaiSHi i^diiitzen knimten. Jedocli die Sêdie ging be^ï^er aïs icli befîtrchtet lialte. Wir hallen in einem Phncfara Kirschenwasser, wir galjen deui Herren davon m trinkeu nad saeh eiwafi zu eseen, mid so warer wiedertmi mimter, besser Torher,

ir inarlitennnswiedérumauf don Weg und erkhmmten^obscbon

tt Mûh»^, endheh den Lanter-Aarsattoi. Hier trafeti wir auf der

m mœgUch isl hinnnter zn steigen , den Schnee ga*nzli<1i

oken. so da^s wir auf den Feigsen bis zmn Beruschrund

ll|derU

aJ

hinunter gehen mnssten. Das Hinimtergehn bewerkstelligten wirso : ich band sie Beide an die Leine, Winierberger voran, den Uerrenein Stûck hJnter ihm; dann machte ich Winierberger wotbjh gehn undliess sie hinunter so iang die Leine war; dann befahl ich zu halten und kletterte ihnen nach an irgend einer Stelie wo ich mit den Fûssen feststehen konnte , imd liess sie wiedenim hinunter, und so trieben wr das Werk bis unter den Bergschrund.

Von hier aus konnten wir wegen den vieien und groBsen Schrûnden die uns dièses Jahr scheusslich entgegengaehnten, nicht den kûnesten Weg nach derLauter-Aar hinunter; wir mussten uns links g^en das Ewige-Schneehom ziehn, und von da gerade hinunter auf den Lauter - Aai' - Gletscher. Wir marschirten so schnell aïs mceglich — abcr nicht eiu einziges Mal stellte unser Herr den Stock mitten in einen Schrund, sondeni jedesmal weit darûber hinaus, und ûber jeden kleinen Schrund nahm er einen Sprung so stark er springen konnle.

Wir gelangtcu noch bei schwachem Tageslicht bis imge&ehr zu dem Abschwung; von hieraus mussten wir bei Nacht marschiren, und (la es sehr iinster war, so konnten wir nur langsam vonvaerts kommon. Man konnte bei der Finstemiss nicht sehen ob es nur Vertiefungcn , oder ob es wirkUche Schrunde seien : wir mussten inuner mit unscni StiPcken die Untei^suchung machen. Als wir endHch in die Hichtung von dem Pavillon kamen, umhûUte uns dichter Nebel, (>H iing an zu regncn ; wir wareu nun wie eingeschlossen. Endlich vorschwand der Nebel und auch der Regen hœrte auf, und es wurde ziomlich hell. Wir beeilten uns, diesen Augenblick zu benutzen um nach dem Pavillon zu kommen. Dies gelang uns und wir kamen um !) Ulu* im Pavillon an. Wir machten Feuer an, setzten uns ùm das- Holbo , genossen was wir noch bei uns hatten , und legten uns AUe auf das Heu.

Don andcrn Tag standen wir bei Tagesanbruch von unserm Lager auf und mai*schirten vollends der Gnmsel zu, wo wir uns verabschiedoten , und ich imd Winierberger nach Meyringen zurûckkehrten. AKffiftionauBiyUieii HJ. 12. Dio Bostoigung dos Mythen mit Ihnen, Hrav B^uam» und Ihrem Herm Sohn Daniel, Anno 1843, ist unnœthig zu beschreiben , weil Sie ja selbst dabei gewesen sind.

(rantondfSrIiwyz).

l'AViLUiN m r.Lyii;iKii lil i, ,»aii.

Kln Ta|ç «uf dent Pnirlllciii dc« Uiiter«Ajtr»ftiIetB€licrsJ

AM. ^ Die spœrlicheii Ueberreste des Abendimbisses sind abyetragen. Bei einem Tseschen langgestreckten , schwarzen GaiFee's, wie man ihn in der Schweiz 2u trinken gewœhnt ist, in die Wolkeo der franzœsischen Cigare geliûUt und Jjei prasseindem Ofen, winl noch HQ dein laiïgen Tische^ der vor dem Feldbette stelit, ein Stùndcheiï rerplaudert. Hieraiif î^€hIiipft einor iiach dein andern^ zwischen ûin aiil diiftendem Beigbeii ausgebreiteLeii MatraLzen und die wollenen lJei;ken, au die ihm angewieseiie Slrllei welche an diesem Abeode iiichl allzubreit ist, da zwei neue Schlafgc^nger eingetroffen sind. — Nach gchleunigst vollendeter Nachttoiletle und Anordnung des nœthigen Srldafgemadi-Materiab , brscht der LeUte das Licht, nnd oachdem er sich vorber geuau semen Plalz gemerkt imd seine Rich-

iggenoomien, schblpft auch er hiniinter und will sicli dem Schlaf

'îaçeben. Das ist aber nicht so leicht aîs maii glauben sollte. Zwar

terschenchl keio allzuweiehor Pfûïd den Scblaf untl Jeder sehnl

fiidi, nach des Tâges Aiit^ti^ngungeii, die raùden GUedenzu strecken.

er hier ertœneri leise Klagen ûljer die Hœrte des Lagers odei* den stischen Naciibar, der sich nach inid nach einer ganzen Decke

M. * mumvmt^ !viic>iiei^ Ijmfejisiitiiir ii Mulhouse. — Extrait de hUs^^essisches Sam- Émf9 Mlalt , n" *2, tfi wlobri^ l*Wi2. — Olle année I8ri2, pendiml (loliT H^\m\x m ffevflkn de J'Aar. k* guide en r hef Melrhior litfîffrr pria Cami nirhel d'ins^Tcr dans Il ^iiMiesCîan de nos idiM^rvations ^ilaciaireîy un paragraphe en aUeoïiind que Ini r( ses ^ide» de hautes régions, Uronl et reliront avic |çrand inlerùt pendant les ! d'hiver.

AM * Der Pavillon anf ikni Unler-Aar-Glelsclier M ein auf dem sndlielien Ahluio^e ia HollitK^riis « 2i04 Miier titiercli'm Mepres.spie|;e] , ans Granit gebautes Ilii'usrhen, 4Êm Gnmbff^t Siïb<*rberg unci TliiiTbei'î;; ge^eniiber, etwa KMl Meïer uher dem GlelidKrgietegen, welches Herr Duliftiii-^uiifi^t ini Jalir inw anffnhreu lie^s nnd das • il^lifllch, uenn er an (»rt nnd SI elle den Glt" tsr lier - S Indien oblieiîl, mit eini^en rn bcifroîmL ï>ie \on der Grirnsel htrkonimend+^n liesuclier od^-r die nlitT dîc mantkmden Tourislen lintlen auC demselhen die zuvdrkoinniendsle Gsislfremid- «liaift. Frrilirti war der Name PnviHmi sehon die Irsatiie manelvcs Missversla'iidnis^e>, «le ja jQieh Un Anfange der vierzlpr Jalire das Zell, das die llerrn A|Eiin»ls nnd nrtior «f lier Mtllrlmora'ne des*»(dben Gletsetiers* iinler einem kitlossalen KelsbUwk aufi^e* Irtiafeti uud schei-zueise Hftirl dm I^ieuehtifetoi.s nannten , manrlie Ttjuristen an^ii- «pA, die da gUiuMen eînen hvtia;;tii-lien GasLtiof in dteser eisigen Eiinrde ïa\ lindi-ir lifc rriiuierr mich hugar eimn^il eînr Li1hii|îiaplvie i^eselien m bahen, ilie ini vidL'^tivn erm^n Gasihof anldi^m l nler-Aar-Gielst^her ctarstellU-, und worunler dei anonyme dm >ainen iidfcl dr^ ymehdfeloti ^ebt'hntbeji

374 r.LACIEHS EN ACTIVITÉ.

bemaîchtigl, flie doch zweien dienen sollte; dort seufzt eiii Geologe ïiber das traurige Schicksal, das ihn mm unwillklirlichen Insektenjaîger gemacht; eiii anderer geniesst zwar des erquickenden Schlafes im vollslen Masse , drûckt aber unhewusst seine Freude darùber in schnarchendem Jubel ans , dem das Sextuor der Fûhrer und TrsBger, die auf dem Boden tiber mis schiafen , im voUsten Chore antwortet. Plœtziich erhebt sich draussen das Toben des heftigsten Gugses ^ Die Tricolore auf dem Dache flattert in kraeftigen Schlaegen , die Thili^e , die nicht aufs Beste schliesst, knarrt in ihren Angeln, der Wind dnngt durch die feinsten Ritzen des allzu primitiv gebauten Hauses und weht eisigkalt nach allen Richtungen in dem flnstem Schlafgemache. Das kûhlt die unruhigen Schlaefer, und Seufzer und Schnarchen werden leiser, zumal da einer der Bewohner die Thùre bestmœglich befestigt , so dass nach und nach em jeder sich der erquickenden Ruhe erfreuen kann.

Endlich dringt der erste Schimmer der Morgenrœthe durch das ehizige , vorhanglose Fenster. Der Gugs ist schwaecher gewordeu , aber eine empflndiiche Kœlte haelt noch die Schlaefer unter der wœrmenden , jetzt brûderiich getheilten Decke zuruck. Es wiili heiterer und der mit dem Kochamte beauftragte Fûhrer begibt sich in seine Offlzin , die auswaeils am Wohnhause angebracht ist. Bald prasselt auch das mit knorrigen Wachholderstrunken genaehrte Feuer im kleinen Ofen unseres Gemaches, und nicht lange dauert es, so dampfen Milch und Caffee in gewaltigen Tœpfen auf dem zum Tagesdienst wieder in Stand geselzten Tische. — Nun wird es lebendig auf der Pritsche. Die Schlaefer reiben nicht lange die Augen und mit dem Ankleiden sind sie bald fertig. Doch dort erhebt sich, den Kopf mit rothem Foulard bedeckt , mùhsam einer der am vorigen Abend angekommenen Gaeste , stemmt sich auf beide Arme und blickt verzweifelnd umher. Das Wort Pavillon batte auch ihn irre gemacht. Ach ! da ist kein Waschtisch, keine wohlriechende Seife, kein Kœlnisch Wasser; er gewahrt mit Schaudem, dass er am vorigen Abend, todesmûde', zur naechtUchen Toilette nur die Schuhe und seinen Rock abgelegt batte , was ihm noch nie widerfaliren. Doch auch sein Blick erheitert sich , da er an der rohen Wand einen Spiegel walirnimmt, womit ausnahmsweise fiir den diesjaehrigen Aufenthalt der

AM. ' Gugs nonncn die HorhîPlpIcr des Bernor-Oherlandos einen heRifren , fuirbtbaren Wind, der jcden AugenMick seine Richlung jrndert.

PAVILLON L»U OLACIEK UE L VAiU

tiauswtrdi seiuen Salon gescbmûckl. Er ha Lie docli weiiigsteiis die j freiidesich uberzeugen zii kœnneD, dass nach iiJjei'staiideoen oiuclil- ^■Échen Leiden, sein Augesicht noidi das nemliche sei, Underwar vœl- VQ||p^trœ«^tet , obgleich er sich beimlicli verspracb , keinu zweite f Ittfili hier zii verweilea , als er unier das Mass gestcllt wurde und e^ «ich ei'gab, dass, ti'otz des ftir ihn so imbequemen Lagei's» sein Kœrsicli in dieser Nacbt uni zwei Centimeter gestreckt und wieder natûrlicbe La*nge erreicht batte J Man tritl aul" die schniale Terrasse, die das Haus voa ilem Ab- ^^ehiiss des steilen Felsens trennt^ vvorauf 6S gebaut ist, und siebeJ r^ane blendende Scbiieedeoke lïberzieht deo griincnden Rasen und die rcBlhlicben Felsen. Nocb sind die beiiaclibarteo zackigeti Schreckkœmer und das Haupt des gewaltigen Fimier-Àars mit Wolken bedKfct; aber der Wind bat sich gedreht xuid verspncht scboiies Wielter; die Miihseligkeiten der Nadit sind vei^essen und in freudiger HolBinng nimnit man in Eile das erwcpmiende Friibstûck. Nocb ist es still auf dcm obern Bodon. Die Fi'ihrer in der Scbweiz

Khœren, wenn kein<î allzu nœtbige Arbeit zu verrichtenist, zm-Gatng des 8iebenschla*fei*s. Die Nacbt war allzu siiirmiscb gewesen, ae bolllen einen Tag der Ruhe und beeillen sich nicht das warme Li§er m verlassen. Zu diesem Eude ward das friscbeste Berghen fîneci hail>en Meter hoch auigesi'locbtet, und slatt der wolhHjen Deckên bewabren sie sich vorder Ka?Ite durcb gewaltij-je Heuphible, woro derSpitller von der Grirnseldie Ueberziige liefert. Hierbiingeu ne bei schlecbtem Weller den gi'œssten Tbeil des Tages zu , wenn âe nicht dem Kocb tnid der obligateu BraiintweînOasdie, die der- '«elbe in Verw^'ihrun^ btTJt, Gesellsdiaft leisten und die Zeit mit lûtttenspiel vertreiten. Der Fûbrer scliLneft, isst, trinkt. iind kartet, «enii und wo er kann; do€b beeilcu wir uns beizufugen, dms , wenn pmrbêiiet wtrden muss , er auch krâ^fiig Hmul ans Werk zu legen totm. Der Koch macbl nun seine gewœbniicben Anforderungeu an seine iden, nadidtîm er sie znvor mit (Nattée, KrTse uud Brod und llaliener ScbuÊepsleui vœUig miintéï- geniacbt. Es niangelt an

r» Si, par suitt- iriine iriarthe lim^tiie H [Humble [re qui es\ souveni le tas en hîiutci*

I, %mi5 inc^urc".x h taillé (htmleur absohîtv^ du launslo, voils ^lei surpris que W

I, apm li' rc|ws de lu riuil , vtWv haiitcrir «le la voille esl (K-^iy^nH* (ruiie mi-

rqnantiti*, tTn trt's-grjnd in)iiihrt' irobscrvalions nous disi^nt que hi eimirartbn mus-

j»Mit aUrJntIre tni iiKiKinuim de \ f'o ni i mètres et qur 1» miiyenne *'sl île 3 ce n-

Wasser iind Holz. Beides muss mit ziemlichem Mùheaufwand herbeigeschaflft werden. Besonders in diesem Jahre wardas reine Trink wasser in der nœchsten Umgebung des Pavillons selten. Die in den vorigen Jahren angefûUten Tûmpel waren aile ausgetrocknet, und es musste das Wasser bei einer ziemlich weit entXemten Quelle geholt werden ; versiegt aiich dièse , so nimmt man seine Zuflucht zum Gletscher- Wasser, das alsdann ans dem Triftbach geschœpft wird, der von eiiiem œstlich vom Rothhom abfallenden Gletscher in wilden Sprûngen herabstiirzt und sich durch ein weitgeœffnetes Thor in den Unter- Aar-Gletscher verliert. — Das Sammeln des Holzes ist noch viel miihsamer : nur verkruppelter Wachholder kommt in dieser Hochregion vor; der seit zwanzig Jahren drei- bis vierwœchentliche Aufentlialt auf dem Pavillon bat denselben zwar noch nicht ausgerottet , aber in der naehern Umgebung die dickem Striinke hœchst selten gemacht , so dass die dem weniger geûbten Bergsteiger unzugaenglichsten Felsen und Rasenpiœtze in ziemlicher Entfemung von dem nach Holz ausgeschickten Burschen durchsucht werden. Heute brachte dieser mit seiner Bùrde knorrigen Reisigs noch eine lebendige, junge Murmelte^ mit, die nach einigen Tagen Gefangenschaft so glûcklich war, wieder zu seinen Kameraden entschlûpfen zu kœnnen. — Murmelthiere sind nicht selten hier, kœnnen aber nur schwer in dieser Jahreszeit lebendig gefangen werden. Auch batte seit einigen Tagen ein Laemmergeier einen zackigen Felsspitz des Rothhonis zur Burg gewaehlt und die furchtsamen Thierchen, welche dem gewaltigen Raubritter ein willkonunener Leckerbissen sein solleu , zeigten sich seit dieser Zeit nur selten ausserhalb ihrer Hœhlen.

Aber auch fur die Bewohner und Gaeste des Pavillons beginnen die Arbeiten. Die mit anbrechendem Tage bis zur eintretenden Nacht unterbrochenen, vielfachen meteorologischen Beobachtungeu werden wieder vorgenommen und aufgezeichnet. — Die Maler 2 rûsten ihr Farbeiikaestlein und Tucher imd bereiten sich zu einem Ausflug in den etwa drei Stunden entfemten Circus der Strahleck , am Fusse des Finsler-Aarhoms. Zwei Fûhrer begleiten sie um ihre Effecten und den nœthigen Mundvorrath zu tragen. Da der Vater zugleich ein eifriger Waidmann , und einer der Traeger ein erprobter Gemsjaeger

AM. ' Murnielthier.

DÂ. • nyi, fiummcr pore ol tils de Thiin.

PAVILLUN DU GLACIEK DE L AAfl,

war» so durfte natùrlich die Biidise nichl vergesseii werdeo, At»er die Gemseii werden immer selLener und ara Abend kamen die Malerzwar mit eiiiem lieniidien Tiiclie, das deri Finster-Aar uihI die Slraldeek lueisterliafl wiedergaij , zuriick; al>er das gehollle Tliierwar nichl. ge- ^schosseu. Um jedoch deii ZiiriickgeLlieJjjenen z\\ zeigeii, dassiiidorliger au es Gxnischi gebe, zog éev Gernï^jœger aus seiner Brusttuchtasche getrocknete ProJien ilii'es Daseins lieiTor, und aus seiueni 8cliuuprtuche die frischesten Beweise iehniicher Art, womit er uns ni ûberzeiigen siichte, dass eine Stimde vorher eiii Rudel dieser leichtfûssjgen Thiere liber deo Gletscher gezogen.

Der Photograph' erwart<3t mit Ungeduld, dass die Sounc die au deo Bergspitzeii nodi haftenden Wolken durdd)reche; Objective, Glisser und Zelt, Ailes ist zum Operiren bereiL Gegen 8 Uhr wird sein VVunscli erfiUlt; der Himmel kl^ert sich vœlHg auf ; die Sonne sleht gkenzend liinter dem Sidel-Horn und bel ihren erwiermendcn StraUIen versehwindet in kurzer Zeit die vveisse Decke des frischgefallenen Sdinoe's. — Nim erwacht die Iiiseclénwelt ans ihrer ncechtlidicn Erslarning. Die braunen Alijenscbnjetterliiige, dlellûchdgen Ercbkn, tanzen auf den einzehien von der diesj^ebrigen Hitzo nodi versdionten Blimieu umher, und der Brc7in€sselfGlfer^, ein Cosmopolit unter den Schmetterlingen , seUt sidi zulraulich in imserer Nrehe niederund schaut neugierig unserm TreiJH*n zu. Nur selten sr-hwebl eine Libelle ùber den ausgelrockneten Tiiinpel in rasdiem Fhige daldn , und enlferat sich schnell wiedei% da me kein Wasser niehr fîndel, Ueï>erhaijpt waren die lusecten in dieser Hegion und um dieso Jalii*eszetL viel seltener als in fnihern Jahren, da die aussergewa^hnhche Sommerhilze den sonsL eo diditen und blnmigen Rasen fast gienzlieh ver- R*ogl hatle.

Die heutige Vermessung des Glelschervorriickens ist beendigt; die meteorologischeu Bemerkungen gingen ihren steten Gang und die MlU<igszei£ ruft diejenigen , flie nkhl aOzoentfernt vom Pavillon sind, nacb demselben znr Hauplmaîdzeit des Tages ziirûck. An Ap[)elil fehll es nicht, und wenn auch die nemlidien Gerichte tœgUdi wiederkchren, so schmecken sie doch vorlrefllidi. — Eine Suppe mit llammelfleiseb znbereitet, Enlîepfel db jedodi nie gfuiz gar werden.

4M * Viinc>N;i urlitap.

r>h()lugifi{»lii' ' opurdlcui (11- n. %. iir«uii n L><tiu>ti)t |trc>s ilt^

da das Wasser bei weniger Hitze als in der Ebene siedet , gebratenes HammeUleisch, Eierkuchen, und zum Nachtisch gekochte Zwetscheii, Kaese und Butter, dazu ein erquickendes Glas Wallisser Weins , ist das tseglich wiederkehrende Menu. Aile Lebensmittel werden jeden Morgen von der Grimsel geholt. Der diesjaehrige Koch ist ein alter Cardist 1 Umrîm X. Wenn er den Caffee aufgetragen , pflegt er sich zu uns zu setzen und uns von der Julirevolution , wo er auch schon die dreifarbige Fahne gesehen, zu erzaehlen. Er war einer der wenigen Schweizer, welche bei dem entthronten Monarchen noch am 2. Âugust in Rambouillet waren, als dieseran den Heraoïr ▼«■^ Orleass schrieb, dass er ihm eine Bedeckung zuschicken moege, daniit er ohne (îefahr sich aus Frankreich entfernen kœnne, da die Seinigen ihn aile verlassen hatten. — Dann erscheint auch wohl noch der Hauptmann der Fùhrer, Mekhior BUuter , und sie gedenken ihrer alten (renossen, die auch schon auf dem Pavillon gewesen. Manche derselben haben ihre letzte Besteigung vollendet : Jakob Leuthold und Hans Wxhren , welche Ha^ auf das Finster-Aarhom begleiteten , Uam Jaun 2 , der Besteiger des Wetter-Homs , des Galenstocks und anderer Riesen , und der vor einigen Jahren die «mflB D«r» «'istri» auf den Mœnch begleiten soUte , was aber nicht zu Stande kam , da benannte Dame, als sie in die hœhem Regionen gelangte, von der Seekrankheit befallen vnirde. — Natûrlicherweise wird auch des beliichtigten vorigen Spittlers, des alten Zybach gedacht, der vor zehn Jahren wegen Brandstiftvmg des Grimselspitals zum Tode verurtheilt, daim begnadigt und des Landes verwiesen wurde , imd der seit einigen Tagen wieder in Meyringen eingetrofiTen war, in dessen Kirchsprengel er nun fiir den Rest seiner Tage intemirt ist.

Horch ! da erschallt ein Jodein vom Gletscher zu uns herauf , dem unsere zuriickgebliebenen Fuhrer krœftig antworten. Es konunt ein Besuch von der Grimsel. Wir bemerken mit Hilfe des Femrohrs einige Damen mit unvermeidlicher Crinoline und mehrere behandschuhte Herren, die unter der Leitung zweier Spittelknechte mit

DA. ' Moor,

DA. ' Jaun a été proclamé guide en chef après le décès de Jacob Leuthold et remplacé après sa mort par Melchior Blaiter. — Je dois encore citer les guides Bannholzer, Rossli, Giovanni Cabassi, qui ont émigré en Amérique. — Daniel Brigger a pris sa retraite et habite Im-Boden. — Lauener père est décédé il y a quelques années. — Raumann de Grindelwald qui a , le premier, planté un drapeau sur la cime de la Jungrrau, est mort a un âge avancé.

nLACIER DL l'AVJLLUN UK L\AU. 379

Mûhe die Miltelniora^ne tiinafasteigen ^ belmlsani deu Gletscher iibersithreileo und aich nach dem diesseiligen LIfer richten. — Wie verî^:hiederi sind jetil dièse AiisfUiij;e von deneii, die vor eineoi Jahrhundertiîi diesen Hegionen geraacht wiirilen ! Daxiials, wie itltmami iû seinem Verxuch eimr histonscken und physischen Beschreibumj der hdvelischen Eisberge (Zurich 1751) crz*Thlt : «Verlachete man diirchgeliends das Uiitememnieii der Beslei^iing der Eisljerge , weil man luis versicherte , wir wiodeii keine der Genuectdichkeiien aildorten ÛJiden, dun^h welche wir unsere Reiss vollfiihren kœnnten; wir tiâlimea zii die^^em Ende zwei Jjast-Thiore mil uns, welche wir mit êîner Zelten und verschiedcnen Dingen , su zu deiii Mimd-Vorralh tiutihig waren teluden — und imsere Bedienten waren mit Flinlen

r^hen, damit wir uns ge^eii alleu Anfall in Gegeuwehi^ setzeii ka*nnteu.i> Doch kebi-en wir zu uiiytîrm Besuch ziniick. Hier stdien wir keine Fliiiten imd keine mit Miindvorraîh l>eladenen Lastthiere. Die Dameu und Herren sind ani Fusse des FeIsvoi*sprungs , auf dem

r Pavilluu liegt, angeknmmeu , und nun he«>iimt das schwierige igen. Wir hedauern die Dameii , fin- welche man diesen Weg gei. Doch wird nach und nacL eine Person nach der andern von thren Fidirern, denen die unsrigen zu Hilfe eilen, heraufgehisst, an gefehrlichen SUdIon festgehalten imrl wiedor weiter gcschoben. Es ir^reii Berliner nud Pariser, die in Gesellschalt (Jeu Ausflug unler-

OQOimeii. Einer der Fûhrer, Mekhior liewOlkonirale uns aufs

Uenliehste; vor eiiii^en Jahren Itaite er das Kochauit auf dem Fafillûû vei-seben und war seitdem zum Heri'enfijhrer vorgeriïekt. Zwei der Damen sanken erst;hœpft auf den Rasen , als sie eildlich den Pavillon erreiclU; aber sie hatten sicli beim Anblirk des berrlidien Panorama's, das sich vor ihR^n Augen entfaUete, bald wioder t5rbcilt und ibi" Antlitz erbeiterte sich, als wir sie mit der Hoflnung im*st4?ten , dass sie nicht wieder auf dem nemlichen schwindlicben PiwU* znrùck^ukebren braui'hten, indem wir sie auf einem miUiekmen Wege wieder auf den Gletscher geleiten wûitlen. Naeh vollbrachter^ ertiuickender Mahlzeit werden unsere Besuuber auf das beim Pavillon *;elegene Belvédère gefijbrt*, vou wo man der ticrrlirlisten Aiissidit auf «lie in ua-cbster Na-lio empoï-strebenden Alpen-

ivX, Siîri'fl I iiiitj:i(riti<'nt <k BeïJt'-Vui', n rKsl du Pa\ilkm, fm \ihi:t lui thalcl m t» qui .1 cil' Inuiîipitrh' pai pirns tlvtirlin s 4*' h tliiiiilérk m l*;^vjllnri. Ijiauifur^ i'n htr 114111^ lui ;ivi»iis rliinrii^ li' n««m ilr rftiitiM IHi:v

380 GLACïEhS EN ACTIVITÉ.

riesen geniesst, aiif das Scheuchzerfaom , das Finster-Âarhom, das Agassiz-Horn , die Schreckhœmer iind die dem ungeûbtem Auge kaum in einer halben Stiinde Entfemung zu li^en scheiuen. Die Reisenden waren im Anschauen entzûckt, obgleich in diesen Hochth^elem der Reiz der Landschaft geringer ist als in den tiefer gelegenen Ber^egenden; die Unterhaltung verstunimte, Aile waren ergrifien von dem Ausdnicke jenes tiefen Emstes nnd jener stolzen, ruhigen Majestœt, welche die Hochalpen auszeichnet, Die Begrûs- 8ung des Besuches durch Kanonendonner durfte nickt fehlen. Neben dem Belvédère liegt, ungefaehr neunzig Meter tief unten, ein von Gietscherwasser gebildeter Miniatursee, in den man, von der andem ihn einschliessenden steilen Wand, iosgebrochene Feisstûcke hinunterdonnem laesst. Unsera Schweizerkanoniere sind in dieser Uebung nicht ungeschickt, mid die einundzwanzig Ehrenschûsse ibigen schneli aufeinander. Gem wœren unsere Touristen noch zum Hôtel des Neu-chdtelois, das sie in einiger Entfemung auf dem Gletscher vor sich liegen sahen, gewandert, aber die Sonne neigte sich tiefer; sie mussten an ihren Rûckzug denken und sich mit dem Anschauen der Skizze begnûgen , welche der Maler einige Tage vorher von diesem, allen Gletscherireunden bekannten Felsblock genommen. Er liegt jetzt an dem Fusse der Mittelmoraene, in viele Stûcke gespalten; zur Zeit als er seinen stolzen Namen erhalten, thronte er auf der Morsene , die Errichtung des PaviUons beraubte ihn aber seiner Gœste; nachdem er noch einige hundert Meter vorgerùckt, stûrzte er ûber die Morœne hinab ; doch kam er so zu liegen , dass die Inschriften der ehemaligen Besucher nicht verschûttet wurden. Auch der Hugiblock, unter dem vor etwa dreissig Jahren der rûstige und gelehrte Gletscherforscher Wb^gi sein Lager aufgeschlagen, ist seitdem bei vier Kilometer vorgerùckt und dann ûber die Moraene hinabgerollt.

Wir begleiten auf einem bequemem Wege die Gesellschaft nach dem Gletscher hinimter; derjenige unserer Gaeste, den die Benennung Pavillon so bitter getaeuscht, schloss sich derselben an und war nicht wenigentzûckt, diesen mùhelosen Weg einschlagen imd wieder in die GiviUsation zimickkehren zu kœnnen.

Schon war die Sonne hinter den Schreckhœraeni versunken , das Rauschen der mizaehligen Gletscherbaechlein , die sich wieder mit oisiger Rinde bedeckten , war schwaecher geworden , um bald fasl Ra?nzlich zu verstummen , als wir auf der Mittelmorœne noch einen

PAVILLON DU GLACIER DE l'aAR. 381

rûstigeii Wanderer, von der Grimsel kommend, einherschreiten

sahen. Er war allein, hatte sich also verirri, da es nicht anzunehmen

war, dass er ohne Fûhrer auf dem Gletscher zu iibemachten ge-

dachle. Doch bemerken wir bald dass er sich dem Pavillon zu naehem

sucht. Er steigt vou der Moraene herab und wagt sich zwischen die

zerklûfteten Eismassen. Einer unserer Fiihrer wird eiligst abgesandt

um ihn von dieser gefaehrlichen Stelle auf den rechten Weg zu brin-

gen; da vemehmen wir seinen jubelnden Zuruf und erkennen einen

unserer jungen Freunde i, der schon zu den tûchtigen Bergbesteigem

gehœrt und der uns von der Grimsel ans seinen Besuch abstatten

will. Der Fûhrer, der ihn eingeholt , macht ihn einige Schrunde

ûberspringen; bald kommt er am Fusse der den Gletscher ûberra-

genden Felsmasse an , und nach kurzer Zeit steht er wohlgemuth

vor uns. Nach der herzlichsten Begrûssung erhaelt er aber den wohl-

irerdienten Verweis, noch so spaet und ohne Fuhrer den ihm imbe-

kannten Weg eingeschiagen imd nicht an die schnell einbrechende

Nacht und an die noch viel schneller aufsteigenden Nebel, sowie an

den schwierigen und im Dunkel so gefahrvoUen Weg gedacht zu

haben. Die Erzsehiung seiner einsamen Alpenfahrten liess uns spœter

als gewœhnlich das Lager suchcn, das er ûbrigeus herriich fand und

auf dem er ohne Klagen mid Seufzen bis zum anbrechenden Tage

des kœstlichsten Schlummers genoss.

AIJQIJSTB MLICHBIi.

DA. 19. Pavillon del'Aar, 1862. PaTiiion de lAar

Quand le ciel reste couvert de sombres nuages , Thumeur s'en res- <**^^^- .

sent; mais dès que TAmi Soleil reparaît, le moral sort de douleur.

La dernière décade du mois d*août et la première du mois de septembre étaient cette année (1862) au Pavillon de TAar, et généralement en hautes régions des Alpes, dans des conditions météorologiques hors ligne, aggravantes pour mettre le moral dans la douleur. — Brouillard, pluie, grésil, neige , froid, Gugx (vent féroce) , régnaient jour et nuit.

DA« • ■. «er%cr, Als de m. «etlbcr- Relier de Mulhouse.

382 GJUVCIEHS EN ACTIVITÉ.

Pendant vingt mortelles journées , Tami mekei et le papa DoUftifl ne chantaient pas. — «Et comment passiez- vous votre temps?» — Certes on est en droit de nous faire cett€ demande et nous répondons :

Nous avons fait pendant vingt jours fort souvent des lectures météorologiques horaires d'heure en heure , de quatre heures du matin à huit heures du soir, et fort souvent une observation supplémentaire au milieu de la nuit, lorsque le vent nous en donnait la permission.

De ces vingt jours il faut cependant retrancher deux à trois jours ou demi-journées qui nous ont permis de vérifier sur le glacier des observations que nous avions organisées et que le guide en chef allait relever tous les jours par tous les temps , souvent à de grandes distances.

L'ami Ots (ingénieur), qui a passé une dizaine de jours avec nous, a profité de quelques éclaircies, et, grâce à son savoir-faire en pareilles circonstances, il a pu relever au théodolite les blocs et signaux du glacier qui sont compris dans la triangulation. U a relevé trè&-exactement la pente terminale. Heureusement que Tannée passée la bande transversale en amont du Pavillon a pu être mesurée d'une manière rigoureusement exacte: cette année c'eût été chose impossible.

Le Pavillon construit en 1844 a parfaitement résisté à tous les vents et chutes de neige jusqu'à ce jour. Il est situé à 2404 mètres d'altitude ; c'est juste à moitié hauteur du président des cîmes des Alpes, le Mont-Blanc, qui est a 4808 mètres d'altitude (variable suivant les années de plusieurs mètres).

Un chalet en bois , construit à la Handeck sous la surveillance du maître d'hôtel de la localité, M, Huber, et d'après les plans que j'avais remis l'année passée, m'a servi de gîte de nuit à la Handeck en montant au Pavillon cette année. Il me sonnent que j'ai dormi fabuleusement bien dans cette nouvelle propriété. — Un de mes guides, charpentier de son état, a démonté cette construction, et dix individus de Guttanen l'ont transportée pièce par pièce au Pavillon. Sous ma direction il a été placé à l'Est de notre construction en pierre, sur le plateau que nous appelons Belle-Vue. Nous Pavons solidement fixé avec des roches énormes qui sont appuyées contre les i)arois aux quatre coins. J'y ai passé sur un matelas mie nuit déhcieuse et contemplé par une ouverture vitrée, pratiquée à l'Est, l'effet du soleil couchant ot du soleil levant. Je me suis amusé îi tracer les différents

PAVILLON DU GLACIER DE l'aAR. 383

effets de lumière de dnq en cinq minutes , et je dirai que j'ai ajouté au hsiS : «Gela se voit et ne se dit pas. » Tout ce que l'on peut transmettre, c'est de s'écrier en le voyant : Fabuleux! Fabuleux! Fabuleux!

DA. 20. Il ne s'agit pas de partir pour les hautes régions du globe.... Hygiène en haoïes Il faut revenir sain et sauf dans la civilisation. régions.

Un des matériaux importants pour étudier les hautes régions c'est la santé individtêeUe.

Mes courses nombreuses et mes séjours dans les glaciers, depuis 1 842 jusqu'en 1862 (soit pendant vingt années), m'ont mis à même de oommuniquer aux admiratein^ de la subhme nature et de ses œuvres quelques renseignements que j'ajoute aux paragraphes sdentiâques et pittoresques du Pavillon de l'Aar.

Habitude devient seconde nature En hautes régions toute locomotion factice cesse ; il faut aborder la question franchement , il faut marcher sur ses propres supports. — Pour faire sans fatigue de fortes courses , mettez en pratique l'habitude de marcher : préparez votre individu, entraînez-le peu à peu, soyez de jour en jour plus exigeant, et au bout de peu de temps vous serez vous-même étonné de vos succès , et certes vous direz avec moi : Les courses à pied sont une affaire de temps, de nourriture, de chaussure et de gîte de nuit.

Souliers en cuir forts et souples (souhers de chasse) , forme bro- chaussure. dequins lacés sur le devant de 15 centimètres de hauteur, semelle de 15 millimètres d'épaisseur dépassant le cuir, talon de 20 millimètres de hauteur et droit, nullement conique. L'extrémité de la semelle garnie d'un fer, façon fer à cheval à l'anglaise, à rainui'e afin que la tête des clous qui le fixent ne dépasse pas la surface ; le talon garni de même ; le restant de la semelle garni d'une i*angée de clous extérieurs et d'une autre rangée plus écartés et plus au centre. Porter ces souliers de temps en temps avant de se mettre en l'oute, afin qu'ils prennent bien l'empreinte du pied.

Préparer cette chaussure pour la rendre imperméable est chose essentielle des plus faciles et très-pratique. Voici la manière de s'y prendre : Immersez les souliers dans un baquet d'eau à la température ordinaire et laissez les séjourner dans le liquide pendant une beure de temps. En les sortant de l'eau, graissez la surface du soulier et la semelle avec un mélange d'une partie de suif que vous avez (ait fondre à une douce chaleur dans une partie d'huile , en ajoutant un peu de noir de fumée et exposez la chaussuit; à l'air et h

384 OLACIERS EN ACTIVITÉ.

Tombre. L'eau s'évaporera et la graisse s'introduira dans les poi-es du cuir et les bouchera. Quand on est en course, tous les soirs on aura soin de graisser les souliers sans les mettre préalablement dans Tcâu, et on sera étonné que par tous les temps Thumidité n'y pénètre pas. Bien se garder de les approcher d'un foyer chaud. Bas de laine. De toutes les matières textiles , c'est la laine seule qui est souveraine pour les bas du touriste en hautes régions. Tous nos guides portent des bas de laine; nous faisons de môme, et jamais personne n'a souffert par des empoules ou autres inconvénients. Par les plus grands froids je n'ai vu qu'un ami dont la plante des pieds était

adhérente par la gelée au soulier Il portait des bas de coton. —

Des bas de rechange ne sont point luxe, et on est bien aise d'en trouver pour les nuits que l'on passe sans se déshabiller en hautes régions sous ime roche quelconque.

Guêtres. En marchant dans les neiges ounevés ramollis par la chaleur, les guêtres sont indispensables , et le guide le plus négligent en a dans la poche pour s'en servir dans de certaines circonstances qui se présentent souvent.

Lnneues et voiles. L'action de la réverbération de la neige et des glaciers par le soleil sur les yeux est très-douloureuse et peut causer des perturbations sérieuses. Pour atténuer cet inconvénient , il est indi^ensable de porter des lunettes en verre de nuance foncée, teinte neutre, gris bnm de préférence, et pour préserver la peau du visage de se servir d'un voile vert foncé.

Jamais , au grand jamais , on ne doit entreprendre des courses sur les glaciers sans être muni de voile et de lunettes en couleur foncée.

Gants. I^6s gauts , uou en simple cuir, mais des gants qui préservent les mains du froid , ne sont pas luxe dans de certaines circonstances. Parapluie. Certes le parapluie par un fort vent est un meuble embarrassant, mais dans bien des cas il rend de très-bons services, et je conseille à tout le monde de se munir d'un riflard solide. Bâton des Alpes. L^ bâton des Alpes {Alpenstock) est indispensable en hautes régions. Il doit être en buis solide et d'une longueur proportionnée à la taille du naturaliste, auquel il rendra d'autant plus de services que son maniement lui est plus famiUer. — C'est un exercice qui s'apprend par la pratique.

Cordes n hache. L^s cas prôvus et imprévus dans les glaciers réclament absolument cordes et hache , et les guides doivent toujours en être munis.

Page 1