TOMBEAUX DES GLACIERS
couches de nevé représentent chacune la chute, de neige tombée dans une année. Les minces bandes de glace qui quelquefois séparent les couches de neige et celles qui partiellement se trouvent dans Tintérieur de ces couches , sont dues à Taction du soleil et des gelées alternées , au verglas et à la condensation qui se produisent à la surface ; en général elles sont dues aux perturbations atmosphériques nombreuses qui ont ime grande influence sur ces surfaces , qui y sont expoBées souvent pour un laps de temps assez prolongé avant que, -par de nouvelles chutes de neiges, elles soient de nouveau couvertes.
Par une belle matinée (juillet 1846) les glacialistes Ck. Martiasy Tombeaux des gia- B. C«U«Kb et moi quittons le Pavillon de l'Aar à soleil levant. Les ^^^ sur le Lautertrous méridiens, les trous d'orgue et les petites flaques d'eau étaient ^"' couverts d'une couche de glace. Cette congélation est normale par une nuit lénith complètement découvert, calme plat, température et humidité relative très-faible (point de rosée de — 10® à — 15®, le thermomètre abrité — 1®), le rayonnement nocturne est très-fort et la congélation de l'eau à plusieurs centimètres d'épaisseur est très-naturelle. ^
Nous cheminions fort à notre aise sur la siurface unie et à faible pente du glacier de l'Aar inférieur; arrivés sur la branche du Lauter- Aar, rive gauche, 2 kilomètres en amont de l'emplacement de l'exhôtel des Neuchâtelois , grande fut la surprise des guides de voir dans cette localité absence complète de crevasses qu'ils avaient vues l'année précédente. Un des guides déroule la corde et dit : «Prenez vos distances, Messieurs, et engagez le poignet dans la corde.» On exécute cette prescription et on se demande : Pourquoi ces précautions, aucun danger n'est à craindre. — «On ne peut pas savoir, dit le guide en chef Han$ Jaun, successeur de Leuthold, le glacier est souvent capricieux comme les femmes coquettes : il cache ses défauts, il faut s'en mélBer ; l'année passée il était crevassé dans cette région et il l'est encore.» Le guide fait une entaille à la surface du glacier avec la
OA. • Cette différence du point de rosée, — 14" au-dessous de la température de l'air abiant, n'étunne certes pas les personnes qui ont fait des ot)servations météorologiques ta hautes régions : cette différence n'est pas un maximum. —Le point de rosée de — 15** par on air ambiant de — ]*, je l'ai lu, non au psychromètrc (boule sN^be et boule BooiDée gelée), mais sur surface métallique (au roséemètre) : je l'ai lu au Faulborn , au PaviOoa de l'Aar. — En 1847, au col du Pic-de-Veleto (Espagne, Andalousie, Sicrra- Vrada), k notre station k 2400 mètres ait., j'ai trouvé un matin le point de rosée à — 27* par on air ambiant de + 3". Toutes les flaques d'eau sur le nevé et l'eau d'un pKit akaraza étaient gelés.
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hache; l'un après Tauti'e attachés à la corde nous nous rendons à cet emplacement et nous voyons par Touverture, on peut dire par une petite lucarne : im goulBft^ atroce, très-grand , une vraie caverne, caveau; son fond rempli d'eau, évasé dans le bas et couvert d'une couche de glace épaisse, mais à l'endroit de l'ouverture pratiquée de très-peu d'épaisseur. Le guide nous a dit qu'il avait aperçu à la surface une très-petite ouverture, et qu'il avait jugé que là devait se trouver nécessairement la plus faible couverture de glace, Ce caveau ne produisait aucun effet pittoresque comme celui dans le nevé décrit par M. DeMir. Il est vrai que le soleil n'éclairait pas la localité. Nous étions tous d'accord que ce gouffre était atroce, et certes atroce n'est pas très-pittoresque.
Un des glaciers des Alpes, connu pom* renfermer dans ses entrailles les caveaux ou tombeaux les plus dangereux, est celui qui existe sur le revers méridional du col de Saint-Théodule (3410"), sur la descente dans la vallée de Val-Toumanche. — Les guides, qui connaissent le danger, font faire au voyageur un long détour dans le nevé pour éviter de graves accidents.
Rimayes. DÂ. 18. BImayes (K).l
Crevasses de hautes régions qui se trouvent toujours à l'origine de tous les glaciers.
Il n'est aucun cirque , ni aucun glacier qui n'ait à son origine une rimaye. La limite à laquelle on les trouve dans les Alpes est entre 3000 et 4000-.
On les trouve toutes les années constamment dans la même position.
Les rimayes sont permanentes dans la localité où ils se forment, mais leurs dimensions varient d'une année à l'autre , et dans la même saison nous les trouvons moins ouvertes, moins béantes en juillet qu'à la fin d'août.
Les circonstances météorologiques les ont modifiées. — Ce qui les distingue surtout des autres crevasses , c'est une certaine forme flexucuse , qui indique une plus grande dépendance des reliefs environnants. — Elles ne sont jamais aussi droites que les crevasses du glacier : la plupail sont plus ou moins courbées ; il y en a même de très-flexueuses.
Leur profondeur varie et peut être très-considérable.
DA. ' Ftergschrundc,
RIMATES. 447
Leur laigeur est souvent assez grande , et comme elles ne peuvent pas être contournées à cause de leur longueur, gui s*étend sur toute retendue de la rive entre le glacier, les nevés ou neiges qui les couvrent et la roche en place, elles deviennent par cette raison l\me des principales difficultés des ascensions, et pour les traverser il faut se munir d'échelles.
M. Agrrwir et ses compagnons de vovage, lorsqu'ils firent en 1841 Voicension à la Jungflrau ^ , trouvèrent la rimaye du premier talus excessivement béante, ayant au moins 5"* d'ouverture; celle de la seconde terrasse , près du col du Roththal , était au contraire assez étroite pour pouvoir être enjambée.
Lorsque M. Cl. Stnder effectua la même ascension Tannée suivante, il trouva la première très-praticable; la seconde était tellement lai^e, qu'il eut de la peine à la franchir avec son échelle de 7" de longueur.^
Les rimayes sont souvent partiellement fermées par une couche de nevë plus ou moins épaisse; les chutes de neige d'été les ferment quelquefois totalement, mais seulement temporairement.
En hiver, au printemps, au commencement de l'été, et quelquefois en arrière-saison d'une année froide, nous voyons des rimayes sur tontes les pentes de neige ou de nevé, à toutes les altitudes, où les ^ KTès accumulés se maintiennent temporairement.
> vit des rimayes au mois de juin 1843 en une foule d'en- Rimayes au prio-
iteits qui sont dégarnis en été de neige. «Je fus frappé, dit-il, de t«nps <»«»»»•« ?«»»«*
\.,.- ,. ^^1 . .". 1 couvertes de neiges.
I w la neige former des nmayes sur toutes les pentes raides, sur les laarp^nents des vallées, et même sur les flancs des mamelons qui |Afe¥ent au devant du glacier. Ces rimayes affectaient la même posiiqœ les grandes rimayes des hautes régions; elles étaient en géà Tendroit le plus escarpé et suivaient assez réguhërement les ; des sommets, d'où je conclus qu'elles sont l'effet d'une seule I cause.'»
[Dmt les Vosges , mon ami B. €oU«Kb et moi ^ nous avons vu le Rimayes dans tes fpoi 1845 des taches nombreuses de neige sur le revers oriental de "^'^ ^^^^ ^^ des Vosges, depuis le Rothenbaeh (ISIO" ait.) jusqu'au Ho- ^"* j
^i i 'Tfyei T. IV, Ascension à la Jungfrau par m, Jk^mmmîm et ses compagnons
' Ttfyei T. IV, Ascension à la Jungfrau par «. 'Eieursions, p. 375.
* fnwes deVexistence (Vanciens glaciers dans les Vosges, par b. C)«ll«Mk \ ■9 1847.
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heneck 1366"' ait.). — La présence des neiges dans cette localité à cette époque de Tannée s'explique par la manière dont elles y ont été poussées en hiver par de violents vents d'Est à Ouest. Ce vent les oblige à s'accumuler dans les cirques du revers opposé qui séparent les points culminants. Quelques-unes de ces taches étaient à cette époque réduites h quelques mètres carrés; mais les plus grandes présentaient encore une surface de 4000 à 5000" carrés. Les pentes qui les supportent ont une inclinaison très-forte , en moyenne plus de 45®; ce sont de véritables précipices. Toutes ces neiges étaient changées en nevés, et dans la partie supérieure il existait une rimaye {Berg^ schnmd) de même forme et aspect comme ceux des nevés dans les Alpes.
Dans les mois de février et mars 1846 il était tombé une grande quantité de neige dans les Vosges; le cirque du Drumont (1208 et 1226"* ait.) qui regarde l'Est en était encombré; quelques semaines après la chute de ces neiges elles s'étaient tassées, transformées en nevé ; les circonstances de leur chute avaient été accompagnées d'im violent vent d'Ouest : il en résultait que le sonunet de la montagne et son revers Ouest étaient presque complètement dégagés, le gazon était pour ainsi dire à découvert , tandis que les escarpements Est qui forment cirque étaient encombrés; à quelques mètres de distance en aval du sommet, il s'était formé ime large rimaye transversale , pareille à celles des hautes régions des Alpes.
Comment les rimayes se forment-elles?
La progression des glaciers et des nevés qui les couvrent, ou des nevés qui touchent roche en place, se fait dans tous les sens, en longueur, largeur et hauteur ; mais toute la masse a une tension trèsmarquée d'un mouvement en aval. Les rimayes ne se produisent que dans les localités à fortes pentes et abruptes; une déchirure dans la partie supérieure se fera par suite du tassement : elle grandira, se changera en crevasse qui, par les circonstances météorologiques, deviendra béante dans la partie supérieure. Crevasses riveraines. DA. 19. €hnrrmammm rlTeraimes (L).
Ouvertures — vides — espaces entre roche en place et glacier.
Se trouvent partiellement à toutes les altitudes, plus nombreuses dans les basses régions où la neige de l'année et les nevés temporaires fondent dès le commencement de l'été.
Leurs dimensions et leurs formes sont très-variables.
Les unes sont locales et permanentes, d'autres temporaires se pro-